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Publié le 14/08/2008 à 18:55
Par lagrougniat
Fallait-il rester ou tenter de descendre dans la vallée en pleine tempète ? On ne le saura sans doute qu'à la fin de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...


Retrouvez la totalité du roman en cliquant sur le lient suivant : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/wild%20of%20grougniat





Chapitre 13 : LE DECOMPTE COMMENCE


Le bruit était fort qui frappait la toile de la tente.

Le croupion se tenait recroquevillé sur lui-même. Il était brûlant de fièvre et geignait sans arrêt. Aux questions de Dédé, il répondait de manière totalement incohérente. Dédé lui prépara un thé bouillant. Mais le croupion n’avait pas la force de l’avaler. Alors que Dédé s’apprêtait à le lui donner gorgée par gorgée, il sentit le pouls du croupion qui baissait doucement. Il reposa la tasse de thé, et prit plus chaudement le croupion dans ses bras. Il approcha son oreille de la poitrine du fidèle greffier de la Grougniat. Il lui sembla ne rien entendre. Prestement il ôta ses gants et pris le pouls à la gorge. Rien. Le croupion était mort sous la tente, là, dans le ronflement de la tempête. On n’entendit même pas le cri de Dédé déchirer la montagne.

Quelques mètres plus loin, Diane et Madame la Bourronne se serraient l’une contre l’autre. Fort justement, elles estimaient que leur chaleur corporelle était leur plus grande chance de résister au froid. De leurs lèvres crevassées ne sortait aucun mot. Le silence et ses rêves étaient leur refuge.

Cingllette avait entamé un tour de toutes les tentes. Quand il arriva dans l’habitacle de Dédé, constatant la mort du Croupion, il ne sut dire qu’une chose : « Nous avons deux autres corps à sortir des tentes. »

Avec quelle douleur qui leur tournait le ventre ils allèrent dans les tentes pour en extraire les corps éteints. Trois personnes étaient déjà mortes de froid. Les vivres ne suffiraient pas, et les tentes non plus, à tenir si la tempête ne se calmait pas.
Ils se regroupèrent dans la même tente. Pessimistes l’un et l’autre, ils finirent par partager le thé sans évoquer rien que ce qu’ils aimaient le plus au monde.
« Je crois que c’est le jeu, la Grougniat », dit Dédé. « Je crois que moi aussi… » lui répondit Cingllette. Dans ces heures sombres, comme ils voyaient clairs encore.

Le décompte avait entamé sa marche funèbre, et dans la nuit rôdait maintenant la mort autour des tentes. A chaque seconde qui passait l’on pouvait s’attendre à ce qu’un cœur cesse de battre. Cingllette et Dédé, face à cette opposition divine, luttaient selon leur goût, ainsi que lorsque sonnent le glas des dernières heures, il est venu le temps de l’essentiel.

Ils n’eurent pas besoin de mot pour prendre une nouvelle décision. Et l’on vit Cingllette quitter la tente pour rejoindre celle occupée par Madame la Bourronne et Diane. Il était suivi de près par Dédé.


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