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Publié le 16/10/2007 à 03:01
Par lagrougniat
Et si ce n'était pas un grand maître qui avait assassiné Dédé ? Tout de suite, le dixième chapitre de "Killing Session", le thriller grougniste de Jean-Christophe GROJEU.

Vous pouvez retrouver l'ensemble des chapitres en cliquant sur la catégorie "Killing Session" ou sur le lien ci-dessous :
http://blog.ifrance.com/lagrougniat/killing%20session





CHAPITRE X


 
 
Miller n’avait rien vu venir. Julien Tchad avait décidé de faire vite et discret. Le jeune acteur n’avait même pas pu attraper son téléphone pour contacter son avocat. Le raisonnement du policier était limpide : s’il parvenait à joindre son conseil, le procureur mettrait moins de cinq minutes avant d’être averti et le jeune Lieutenant se retrouverait en moins d’une heure à la circulation dans une ville de province. Il avait donc décidé de se passer outre les règles classiques de la procédure judiciaire. Mais il connaissait les risques : s’il parvenait à faire craquer Miller, ses aveux n’auraient aucune valeur. Mais son intime conviction était que le jeune acteur n’était pas le meurtrier, juste un maillon dans la chaîne d’évènements.

 
Miller n’avait donc rien vu venir. Au moment où il avait introduit la carte d’accès dans la porte de sa chambre d’hôtel, deux policiers en uniforme étaient sortis de nul part et l’avait poussé violemment vers son lit. Moins de deux minutes après, il était maintenu sur une chaise face à Tchad, tout sourire s’avoir réussi la première partie de son plan : Miller était face à lui et il semblait terrifié.
-          Vous n’avez pas le droit ! Je ne sais même pas ce que vous me voulez ! lança Miller au policier qui le regardait fixement.
-          Vous vous doutez quand même de quoi je veux vous parler ? rétorqua Tchad, qui n’arrivait pas à se défaire de son sourire.
-          Le meurtre de Dédé, je pense. Mais je n’ai rien à voir avec cette affaire.
-          Ce n’est pas ce qu’on m’a dit. Je suis ici depuis moins d’une journée et on n’arrête pas de me parler de rumeurs qui vous concernent. Avouez qu’il aurait été dommage que je ne vous pose pas de question.
Le regard du comédien sembla se transformer : on n’y lisait plus de peur, mais plutôt de la colère…
-          Des rumeurs ? Vous m’accusez sur des rumeurs ? Même vous, le policier soi-disant « implacable et impartial », vous faites votre conviction sur des ragots de bouches de vieilles ? Eh bien, jugez-moi… et puis brûlez-moi. Au moins, je serais enfin tranquille.
-          Hé mon gars ! Vous trouvez que j’ai une tête de psychiatre ? Tchad voulait couper court à toute envolée lyrique…Les rumeurs, je les écoute comme le reste. Et moi, je ne veux savoir qu’une chose : avec qui avez-vous failli en venir aux mains hier soir pendant la session ?
Les yeux de Miller repartirent dans le vide. Il sembla comme tétanisé…
-          Mais vous n’avez pas le droit ! Je n’ai pas à vous répondre. Si vous êtes là avec moi, c’est que vous n’avez rien du tout. Alors s’il vous plaît, laissez moi sortir. Vous ne pouvez pas me retenir de toute façon.
Julien Tchad sembla presque surpris de voir ce garçon qui semblait si solide au début de l’interrogatoire s’écrouler comme un château de carte sur cette simple question. Il prépara le coup de grâce.
-          Alors vous allez bien m’écouter. Si vous ne me répondez pas dans la minute qui vient, je sors de cette pièce et je fais rédiger un communiqué de presse disant que vous reconnaissez avoir eu une relation intime avec Dédé, mais que vous déclarez n’être pour rien dans son assassinat. Croyez-moi, dans trente ans, vous serez encore en train de démentir !
Ces mots furent comme un uppercut pour le jeune acteur. Sa tête tomba entre ses mains comme une pierre. Sa voix semblait écrasée par des larmes…
-          Je ne peux rien vous dire. Si je vous dis avec qui… vous allez conclure de toute façon.

 
Une lumière s’éclaira alors dans les yeux du policier. Il attrapa son téléphone.
-          Monsieur Mc-Cullum ? A nouveau le lieutenant Tchad. Avez-vous la possibilité de synchroniser les bandes d’hier soir pour deux caméras différentes ? Oui ? Très bien. Pouvez-vous regarder qui ne jouait pas à la table des grands maîtres au moment de la rixe dans la tribune VIP ? J’attends votre appel.
Il raccrocha. Il avait beau ne rien connaître aux sessions, il avait remarqué que le jeu se pratiquait à cinq et que les grands maîtres étaient six. Donc obligatoirement, l’un d’eux était libre de ses mouvements à chaque donne… Le portable vibra sur la table
-          Tchad ! Vous avez pu voir… ok, merci !
Le policier se retourna vers Miller. Il n’eut qu’un seul mot à dire…
-          Dédé ?

 
Les larmes du comédien devinrent de véritables sanglots. Julien Tchad s’adressa alors calmement aux deux agents de police.
-          Messieurs, pouvez-vous relever M. Miller. J’aurai des questions à lui poser plus tard. M. Miller, on va vous garder dans votre chambre. Je ne tire pas de conclusions, mais comprenez que je ne peux pas non plus vous laisser partir après cela.
Le jeune homme chercha alors quelque chose dans le fond de sa poche. Les deux policiers s’agitèrent alors et lui saisirent les bras. Il sortit alors de sa poche une carte d’accès de chambre. Tchad fit signe aux agents de le lâcher. Il posa la carte sur la table.
-          Vous gagnerez du temps comme ça. Et j’éviterai une fouille.
La carte avait le numéro 210. La chambre de Dédé ! Julien Tchad sortit alors une paire de gants de sa poche, les enfila et prit la carte dans ses mains. Il la tendit à l’un des agents.
-          Faites relever les empreintes là-dessus.
Et au moment où l’attention des trois policiers se relâcha quelque peu, du fait de cette preuve incroyable qui venait de se présenter à eux comme on sort un lapin d’un chapeau, Miller se dégagea et se mit à courir… La fenêtre ne résista pas au poids de son corps.

 
Julien Tchad ne jeta qu’un petit regard vers le corps de Miller. Il savait bien ce qu’il allait voir. C’était sa carrière qui gisait bêtement dans la neige cinq étages plus bas. Terminé le huis-clos qui l’arrangeait tant pour finir l’enquête. Dans vingt minutes, les ambulances et toutes les autorités judiciaires du pays allait arriver. De tout façon, cette affaire n’était déjà plus la sienne.
Nadine entra dans la chambre à ce moment là. Elle avait tout entendu dans le micro que le policier avait gardé branché sur lui. Mais elle venait juste de comprendre comment tout cela s’était terminé. Tchad la croisa sans même la regarder. Elle se retourna puis tenta de le rejoindre. Ils rentrèrent ensemble dans la salle vidéo. Les images de la dispute de Dédé et Miller continuaient de tourner en boucle.

 
Il s’assit le premier et cette fois, c’était lui qui avait sa tête entre les mains. Nadine lui posa la main sur l’épaule. Il la prit dans ses bras presque immédiatement. Son regard était vide. Il la relâcha un instant plus tard.
-          Excusez-moi ! Je ne sais pas ce qui… Pardon !
Nadine lui sourit.
-          Ce n’est pas grave. Je comprends.
-          Vous savez, j’étais un bon policier avant. Le plus jeune gradé de ma région. Et puis, je ne sais pas… depuis quelques années, tout part de travers. Je fais des erreurs, c’est sûr. Mais le plus surprenant, c’est la malchance. Dès que cela s’arrange, quelque chose arrive et je retombe.
-          Vous ne pouviez pas vous douter qu’il allait sauter. Et puis, l’important, c’était de trouver le meurtrier.
-          Je ne suis même pas sûr que ça soit lui. Et quand bien même, j’ai quoi pour le prouver à mes supérieurs ? Une pauvre engueulade ? Les médias vont se faire plaisir. Ils vont me clouer sur la porte de l’Eglise avant demain matin.
Il n’arrivait pas à détourner son regard des images sur le téléviseur. Comme si c’était elles qui étaient responsables de son malheur. Soudain, son attention se reposa sur Scarlett.
-          Nadine ! Vous pouvez regarder avec moi ?
La jeune femme s’approcha. Elle avait vu ces images cent fois. Elle ne voyait pas l’intérêt de…
-          Regardez Scarlett ! Elle ne fait pas un mouvement !
-          Je vous avoue que je ne vois pas où est le problème…
-          Vous ne voyez pas ? Deux personnes se battent à moins de trois mètres de vous et vous ne tourneriez pas le regard…
La journaliste s’en voulut d’un coup de n’avoir pas remarqué ce détail…
-          C’est vrai. C’est assez surprenant.
-          Ce n’est pas surprenant du tout vous voulez dire ! C’est normal qu’elle ne se retourne pas.
Nadine ne comprenait cette fois-ci plus rien… Mais Julien semblait comme revigoré par cette image entêtante. Son sourire était revenu.
-          Elle ne voulait pas regarder… car ils se battaient à cause d’elle !

 

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