Samedi 16 juin, Mme la Bourronne de Mesrine avait convié les grands maîtres et la rédaction de la Grougniat a un petit repas champêtre dans sa demeure Moldave. Au programme, pas de session, pas de Ternay Tour... mais des discussions théoriques sur les nouvelles lois du jeu. Mais la ferveur a reprit le dessus et la session improvisée fut l'une des plus belles de ce siècle... Jan Hala-Noix, notre écrivain-essayiste, ne pouvait laisser le public dans l'ignorance...
Mais le joli décor était vite le témoin de viles manœuvres. Où il était question de tactique. Et de manière.
Le duel opposait les légendaires Cingllette et Bourronne. Cette dernière était partie à l’assaut d’un triomphe sans partage. Elle accumulait devant elle foison de pions… et sans qu’aucun quolibet ne la touche, tant sa domination ne levait aucun doute. Au-dessus du lot, bénie par les dieux de la bonne distribution, la Bourronne laissait les autres grands maîtres se disputer dans la mêlée des poursuivants. Parmi eux, GC s’en sortait avec les honneurs, bien suivi par un Dédé des plus corrects, tandis que Diane, sans bruit, n’était ni appelée ni partante, et disparaissait dans l’indifférence générale, alors que Cingllette et Rémy étaient les premières victimes du parcours royal de la Bourronne…
C’est donc à l’inconcevable que spectateurs, suiveurs et grands maîtres étaient affrontés quelques heures plus tard quand, sans que rien n’est changé de cette donne, il s’avérait que Cingllette et la Bourronne concourraient pour le titre de la session, sous les huées d’un GC endiablé par le délétère, le tout drapé dans le silence glacial des trois justes, qui préféraient penser à autre chose que témoigner encore de cette insulte au jeu… Car Cingllette, une nouvelle fois, sans rien faire, approchait des sommets…
L’explication était simple : une Bourronne insatiable et grand cœur… qui chutait pour avoir fait preuve d’audace… La répétition malheureuse de cette re-descente entraînait le regain des autres, et particulièrement d’un, qui se contentait d’épicer jetées après jetées… et, comble de veine grâcieuse, s’adjugeait tous les rois appelés, était de sortie lors de tous les mauvais coûts… Passant entre les gouttes, récoltant pas à pas les pions dans son escarcelle… il scellait ce retour en fanfare sur une Golden qu’il volait au nez et à la barbe d’un Rémy trop timide, et quasi juvénile, lui qu’on a connu plus mordant avait quelque peu l’air d’un enfant de chœur que l’on peut détrousser avec son consentement… Le détrousseur avait le nom de celui que GC décriait comme « ce chanceux des six derniers mois », alias Cingllette, le chantre des économies et de la prudence.
Les invectives fusaient. La Bourronne était chantée jusque par Dédé… Diane ne se suffisait pas des invectives de GC… et mettait sa couche délétère sur le dos de l’isolé Cingllette… qui lançait des regards perdus vers le Sniff, déjà parti rejoindre ses pénates et lady Chatterley. GC pleurait à chaudes larmes dans les bras de Scarlett… « ça fait six mois », répétait il, « six mois qu’il a de la chance et que moi j’en ai pas… ». La Bourronne encaissait la victoire de Cingllette dignement. Elle venait de prouver l’étendue de son génial talent fou… capable du pire et du meilleur, tenace, elle ratait l’écrasante victoire mais l’avait transformée en une superbe défaite… Cingllette comprenait que les feux de la victoire offraient à ceux de la critique… et qu’à trop peu risquer dans son jeu, il triomphait sans gloire.
Le temps était clair… un parfum de barbecue méditerranéen planait dans l’atmosphère… On se serait cru sur une grève grecque, ne manquaient que la houle et les maisons blanches accrochées à la terre, ne manquaient que les vols arabesques de quelques volatiles amoureux d’azur et d’infini.
Les grands maîtres s’étaient assis détendus autour de la table des jeux… Cingllette, la barbe au près, resplendissait d’envie… On le sentait parti pour les grandes conquêtes. A ses côtés, Diane respirait la joie de vivre… était ce trop d’innocence dans l’impitoyable monde des réalités de la Grougniat ? GC ne s’embarrassait point ainsi de pensées naïves, et son visage épanoui reflétait quelques appétits insatiables de triomphes… ce qui le faisait étrangement ressembler à la Bourronne. On aurait dit des jumeaux. Un peu comme Dédé et Rémy, isolés dans un coin et pouffant de leurs commérages sur la vie, le temps, l’amour et la mort…
Mais le joli décor était vite le témoin de viles manœuvres. Où il était question de tactique. Et de manière.
Le duel opposait les légendaires Cingllette et Bourronne. Cette dernière était partie à l’assaut d’un triomphe sans partage. Elle accumulait devant elle foison de pions… et sans qu’aucun quolibet ne la touche, tant sa domination ne levait aucun doute. Au-dessus du lot, bénie par les dieux de la bonne distribution, la Bourronne laissait les autres grands maîtres se disputer dans la mêlée des poursuivants. Parmi eux, GC s’en sortait avec les honneurs, bien suivi par un Dédé des plus corrects, tandis que Diane, sans bruit, n’était ni appelée ni partante, et disparaissait dans l’indifférence générale, alors que Cingllette et Rémy étaient les premières victimes du parcours royal de la Bourronne…
C’est donc à l’inconcevable que spectateurs, suiveurs et grands maîtres étaient affrontés quelques heures plus tard quand, sans que rien n’est changé de cette donne, il s’avérait que Cingllette et la Bourronne concourraient pour le titre de la session, sous les huées d’un GC endiablé par le délétère, le tout drapé dans le silence glacial des trois justes, qui préféraient penser à autre chose que témoigner encore de cette insulte au jeu… Car Cingllette, une nouvelle fois, sans rien faire, approchait des sommets…
L’explication était simple : une Bourronne insatiable et grand cœur… qui chutait pour avoir fait preuve d’audace… La répétition malheureuse de cette re-descente entraînait le regain des autres, et particulièrement d’un, qui se contentait d’épicer jetées après jetées… et, comble de veine grâcieuse, s’adjugeait tous les rois appelés, était de sortie lors de tous les mauvais coûts… Passant entre les gouttes, récoltant pas à pas les pions dans son escarcelle… il scellait ce retour en fanfare sur une Golden qu’il volait au nez et à la barbe d’un Rémy trop timide, et quasi juvénile, lui qu’on a connu plus mordant avait quelque peu l’air d’un enfant de chœur que l’on peut détrousser avec son consentement… Le détrousseur avait le nom de celui que GC décriait comme « ce chanceux des six derniers mois », alias Cingllette, le chantre des économies et de la prudence.
Les invectives fusaient. La Bourronne était chantée jusque par Dédé… Diane ne se suffisait pas des invectives de GC… et mettait sa couche délétère sur le dos de l’isolé Cingllette… qui lançait des regards perdus vers le Sniff, déjà parti rejoindre ses pénates et lady Chatterley. GC pleurait à chaudes larmes dans les bras de Scarlett… « ça fait six mois », répétait il, « six mois qu’il a de la chance et que moi j’en ai pas… ». La Bourronne encaissait la victoire de Cingllette dignement. Elle venait de prouver l’étendue de son génial talent fou… capable du pire et du meilleur, tenace, elle ratait l’écrasante victoire mais l’avait transformée en une superbe défaite… Cingllette comprenait que les feux de la victoire offraient à ceux de la critique… et qu’à trop peu risquer dans son jeu, il triomphait sans gloire.
Nothing but the Grougniat
Jan Hala-Noix







