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Publié le 21/09/2007 à 13:00
Par lagrougniat
Les grands maîtres sur le grill ? Ont-ils quelque chose à voir avec le meurtre de Dédé ? Voici le 6ème chapitre de "Killing Session", le thriller grougniste de Jean-Christophe Grojeu, en exclusivité pour vous...

Vous pouvez retrouver l'ensemble des chapitres en cliquant sur la catégorie "Killing Session" ou sur le lien ci-dessous :

http://blog.ifrance.com/lagrougniat/killing%20session





CHAPITRE VI


Le refectoire des employés avait été vidé à la hâte. Les meubles avaient été entassés dans un coin de la pièce, et seule une grande table rectangulaire restait au centre de la pièce avec trois chaises. Etonnement, cette salle d’interrogatoire organisée ressemblait presque à celles que l’on pouvait trouver dans les locaux de la police judiciaire : lugubre et sans charme. La différence de traitement entre le personnel et les résidents de l’hôtel sautait au visage en entrant dans la pièce. Mais pour les évènements qui allaient s’y jouer, le lieu correspondait parfaitement au but recherché par le lieutenant Tchad : l’endroit était à l’écart des grandes salles du hall et assez petit pour conférer un sentiment de pression indispensable pour l’exercice  de l’interrogatoire. De plus, la vitre donnant sur les cuisines permettait à certains observateurs de pouvoir écouter sans être vu.

 
Nadine faisait parti de ces privilégiés. Julien Tchad lui avait permis d’assister aux entretiens, de manière à ce qu’elle puisse déterminer le niveau de vérité des conversations. Sa connaissance des Grands Maîtres lui permettrait de repérer des attitudes étranges, des tics inhabituels ou tout autre chose qui pourrait la surprendre. Mais il y a bien longtemps que plus rien ne la surprenait dans la Grougniat. Et elle riait d’avance de voir le policier s’évertuer à mettre sous pression sur ces compétiteurs pour qui l’influx nerveux est plus qu’une habitude : presqu’un état naturel.

 
Cingllette fut appelé le premier. Il entra en jetant un regard hautain aux trois policiers présents. Il s’installa sans qu’on lui demande et toisa Julien Tchad. Ce dernier tenta de suite de reprendre la main.
-         Monsieur, vous vous nommer Flor…
Cingllette le coupa immédiatement.
-         Ne vous trompez pas à la première question. Ce nom n’est indiqué que sur mes papiers d’identité. Notre statut nous permet de ne plus être appelé que par nos noms de grands maîtres, que nous tenons souvent de notre famille depuis des siècles. C’est un fait reconnu par le CIO. Alors si vous commencez comme cela, sinon je devrais le considérer comme une insulte et ne plus répondre. Avouez que ça serait dommage.
Le policier eut un moment de stupeur. Une telle réplique alors même qu’il n’avait pas dévoilé son jeu le laissait craindre le pire pour la suite.
-         Certes, monsieur Cingllette. Excusez-moi. Reprenons. Je vous ai fait venir pour connaître votre opinion sur le drame qui nous réunit tous ce soir.
Le lieutenant avait bien étudié les personnalités de chacun et il savait que Cingllette aimait par dessus tout faire partager aux autres ses points de vues.
-         Mon opinion ? Dédé est mort, c’est triste pour la Grougniat. Voilà. C’était un bon adversaire, même s’il n’a jamais su exploiter son jeu.
Le manque d’émotion dans la voix du grand maître glaçait le sang du policier.
-         Exploiter son jeu ? C’est tout ce que vous trouvez à dire ?
-         Vous savez combien de Ternay Tour vous êtes en train de regarder ? reprit Cingllette en levant trois doigts en l’air. 3 Ternay Tour depuis hier soir. Et pour Dédé ? Aucun. En 40 ans de Grougniat. Vous comprendrez que je sois attristé par son meurtre, mais que je ne sois pas persuadé que la Grougniat  y perde beaucoup.
Il se passa quelques longues secondes avant que chacun reprenne ses esprits. Le ton de l’interrogé était monocorde et la pression avait nettement changé de camp.
-         La Grougniat ? Mais je ne vous parle pas de ça. Je vous parle de meurtre. D’un homme tué. Vous comprenez ce que je vous dis ?
Le policier sentait la colère monter en lui et il avait de plus en plus de mal à se contenir.
-         Parler de Dédé sans parler de la Grougniat ? On voit bien que vous n’y connaissez rien. Pour nous, tout est Grougniat. Seules les sessions comptent. Je ne vous parle pas récompenses, Ternay Tour, argent ou célébrité. Je vous parle de la Grougniat, de l’affrontement. Alors étudiez votre sujet et puis nous pourrons peut-être en reparler.
-         Vous comptez vous en sortir avec vos grandes phrases pseudo-philosophiques ? Mais plus je vous écoute, plus je pense que vous êtes impliqué. On ne peut pas avoir un tel détachement sans haine.
-         Alors inculpez-moi. Mais attention, parce que  si vous continuez à vous baser sur vos impressions avec votre raisonnement sclérosé de néophyte, cela vous posera plus de problèmes que vous ne l’imaginez.
-         Je dois prendre ça pour une menace ? s’agaça le policier, qui ne s’attendait pas à se retrouver dans la position de l’accusé.
-         Je garde mes menaces pour les sessions. En dehors, je ne fais que raisonner objectivement.
Cingllette se leva alors et prit la direction de la sortie. Les trois enquêteurs n’osèrent même pas le retenir. Dès qu’il eut quitté la pièce, le plus jeune demanda :
-         Je fais rentrer le suivant ?
Tchad s’assit et dit presque en chuchotant.
-         Laissez-moi quelques minutes. Parce que si les quatre autres sont pareils, j’ai peur que je n’arrive pas à garder mon sang froid. Ça serait dommage d’avoir deux morts dans la même soirée.

 
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