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Publié le 22/09/2008 à 10:35
Par lagrougniat
Et si tout cela finissait mal ? C'est le moment de découvrir la suite de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...

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Chapitre 15 : PRIS AU PIEGE

Rémy levait les yeux de la carte mais on ne voyait quasi pas mieux son regard. L’iris était caché par les gelées qui tombaient de ses sourcils. « Je ne saurai dire exactement où nous nous trouvons, mais si ce que je crois est juste, alors nous n’avons pas fais ¼ du chemin en deux heures. Nous n’irons pas au bout cette nuit. Nous devons camper là. » L’horreur se saisit de chacun d’entre eux. Et ils se demandèrent alors s’ils étaient encore tous là ! La mort était devenue si intime qu’elle ne les étonnait plus. « Nous sommes trois de moins », dit bientôt MacMahon, que la rage de ses erreurs faisait tenir vivant et droit.

Ils étaient pris au piège en effet, incapables d’aller plus loin, incapables de remonter au campement du départ, et sans matériel aucun pour monter un bivouac.
Sur cet amer constat, GC prit la parole à son tour : « Avons nous de quoi réaliser un igloo ? » Rémy répliquait dans la foulée : « A cette altitude la neige est si dure que cela peut prendre du temps et des forces ! » GC ne lâchait pas l’affaire : « Avons nous d’autres options ? Vous voulez camper, mais comment campons nous ? Si nous nous posons simplement tous les quinze les uns contre les autres, demain, nous serons quinze au paradis de plus ! »

MacMahon vit Rémy devenir rubicond. L’adversité héritée de la Grougniat était en train de reprendre les Grands Maîtres au milieu de la tragédie. Il intervint avant que Rémy ne réplique.
« Rémy a raison et GC voit juste ! Il nous faut nous arrêter mais nous devons nous faire un abris ! »

Sans attendre et car personne ne voyait bien d’autres solutions, ils se mirent à creuser la neige comme ils pouvaient. A certains endroits, elle s’avérait moins dure, et des blocs purent en être extraits au prix d’efforts intenses. Cette bataille qui s’ajoutait à celle qui avait été menée pour descendre jusqu’ici faisait des ravages dans les rangs. Rémy mit vite un genoux à terre, et d’autres. GC redoublait d’énergie pour terminer rapidement la tâche. Quand un semblant d’abris fut prêt on y mis en priorité ceux qui avaient baissé les bras, abattus par la fatigue. Deux d’entre eux ne furent pas rentrés, qui étaient décédés sans bruit dans leur coin. Au plus mal, Rémy s’adressait doucement à GC : « Cher ami, vous me semblez fort et taillé pour le courage. Cet abris vous permettra de passer la nuit. Demain, regardez sur la carte, vous devrez suivre les points que j’avais noté. Demain, GC, je ne serai plus là. Je le sens. »

Dans le regard de GC, nulle tristesse ne passa, car il semblait que la tristesse ne soit plus possible en ce lieu. A la place, une sorte de vide s’engouffra en lui. Un vide qui parlait tout à la fois de conscience et de folie. Ces forces qui l’habitaient encore, étaient elles des forces saines ou l'expression même d'une folie qui le gagnait doucement ?
Il déglutit avant de répondre à Rémy : « Si vous deviez mourir pendant la nuit, je prendrai votre suite. Ne vous endormez pas, je vous prépare du thé. »


Quand il revint quelques minutes plus tard, il surprit les yeux de Rémy fixés sur le plafond de neige. La mâchoire était déjà rigide. Le Grand Maître était mort dans son Himalaya. Il recouvra son visage en rabaissant la capuche qui lui couvrait le crâne. Derrière lui, MacMahon suivait la scène et ne put réprimer une larme.

Au milieu de la tempête, un silence s’imposait alors. Comme à l’écho du cœur figé de Rémy. Un silence ténébreux mais beau. Un éclair zébra le ciel et donna de la clarté aux lieux alentours. La montagne, habillée d’épouvantes, avait des airs de veuve. Superbe de cruauté, elle semblait d’autant plus belle qu’elle venait d’ôter la vie à son plus célèbre amant.

Elle semblait d’autant plus belle que le mort reposait en paix, heureux sans doute, dans l’autre monde, de ne le plus partager qu’avec elle, sa montagne.


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