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Publié le 23/05/2008 à 19:13
Par lagrougniat
Le poète écrivait : "Un coucher de soleil n'est rien à côté d'une session qui débute". C'est vrai, mais lorsque la session se passe à 8000 mètres d'altitude, les deux éléments peuvent se confondrent... et se déchaîner ! Tel est le sujet de "Wild of Grougniat", le roman posthume d'Albert Shopainoulder, que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution... 

Retrouvez la totalité du roman en cliquant sur le lient suivant :
http://blog.ifrance.com/lagrougniat/wild%20of%20grougniat




Chapitre 5 : UNE SESSION D'ALTITUDE

On eut dit une ascension, lente et prodigieuse, vers le sommet. Une ascension, lente et prodigieuse, dans le suspense. Le public oubliait les montagnes millénaires qui l’entouraient ; le public oubliait l’altitude qui gouvernait le ciel dont il puisait l’air de narines essoufflées ; le public oubliait tout et ne vibrait plus qu’aux mouvements de la table des jeux.

Autour d’elle, les six Grands Maîtres se relayaient pour les donnes à cinq joueurs. Inspirés sans doute par le théâtre qui les accueillait et cette nature auguste, les Grands Maîtres déployaient des trésors de technique et de stratégie. Aux chutes succédaient les prises de bourron ; aux échappées enchaînaient les retours à la terre ferme… Les ferveurs d’une victoire se calmaient dans les rappels d’une défaite. Et les Grands Maîtres, vaincus ou victorieux, ressemblaient à des héros. De ces héros tenaces et courageux, emportés par la fougue de leur âme, emportés comme au tumulte d’une vérité personnelle qui les guiderait au-delà de tout : il leur fallait gagner, gagner et jouer !

On eut dit une ascension lente et prodigieuse. Au pays des 8000, il n’était nul besoin d’être poète pour confondre les Grands Maîtres aux héros qui dépucelaient les sommets, aux mythes vivants qui osaient défier les chastes neiges et les arêtes abruptes. Cramponnés à leur score et à leurs cartes, ils ouvraient des voies nouvelles… oubliant l’exploit d’un coup par la réalisation d’une nouvelle performance sur le coup suivant !

Les Justes avançaient en cordée… Les madeleines s’accrochaient à leur but et refusaient de céder la moindre pousse. Dans la sauvagerie glaciale d’une session qui touchait à ses ultimes coups, madame la Bourronne dérapait la première et sur une prise mal ajustée se retrouvait à la traîne, perdue pour la victoire. Diane et Rémy ne pouvaient s’arrêter et continuaient l’ascension.
Emportant GC dans sa chute, madame la Bourronne se tassait dans son fauteuil, comme pour s’abriter des vents extrêmes. Le Petit Prince de la Grougniat comprenait que Dédé et Cingllette ne seraient plus que deux à défendre les chances des Madeleines. En tête, la course faisait rage. Porté par le public, Rémy emmenait Diane dans ses pas, moins habituée à ses extrémités. Dédé, comme Diane, semblait se protéger quelque peu derrière Cingllette, qui ouvrait des brèches tant qu’il pouvait. Au moindre écart, il le savait, la chute serait fatale.

Charles Quintefleuche n’avait pas fait de commentaire depuis plus de deux heures ; une assistance respiratoire le soutenait en permanence. Nadine Amouk se tenait tout contre Alain Béchamel, pour gagner de la chaleur. Le ciel s’était couvert depuis les belles heures de soleil du début de session. La voûte céleste était peuplée d’étoiles et de bruit inconnus, dont les échos rappelaient sans cesse l’extraordinaire caractère de la session, et son dénouement proche.

Si généreux dans l’effort toute la partie, Rémy mettait genoux à terre. Dans le silence de sa tristesse, Diane entendait l’injonction supérieure : il fallait qu’elle gagne… S’il ne gagnait pas sur ses terres, il fallait que Diane la Chasseresse l’emportât. Mais rien n’était moins sûr, et l’appétit de Dédé et de Cingllette se nourrissaient de cet événement prometteur : Rémy hors course, ils gagnaient un espoir important de l’emporter. Dans ces dernières encablures, le moral d’acier valait garde contre ! Et celui qui voudrait l’emporter le plus longtemps, celui qui céderait le plus tard à la pression, celui qui saurait se dépasser le plus profondément, celui là gagnerait la session !

Pour autant qu’ils furent deux, les Madeleines oubliaient quelques détails… et Dédé qui lançait l’assaut final heurtait la paroi de pleine face, pris dans les mailles désespérées d’une Bourronne à bout de souffle… Le sort souriait à Diane, qui se retrouvait seule à seul avec Cingllette, au pied d’une terminale montée prodigieuse d’inconnus. GC et Rémy, restés plus bas et quasi à même hauteur, levaient la tête vers les deux derniers concurrents en lice… Dans leur cœur battant la chamade ne souffrait pas les mêmes élans…

Et si GC rêvait à la suprématie des Madeleines sur les terres de Rémy, ce dernier croisait les doigts, plein de confiance envers son acolyte des Justes !



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