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Publié le 07/11/2007 à 10:55
Par lagrougniat
Sa meurtirère demasquée et assassinée, La Grougniat sauvée du scandale, Dédé peut maintenant reposer en paix...du moins en apparence... Découvrez le dernier chapitre de "Killing Session", le thriller Grougniste de Jean-Christophe GROJEU.
Vous pouvez retrouver l'ensembre des chapitres en cliquant sur la catégorie "Killing Session" ou sur le lien ci-dessous : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/killing%20session EPILOGUE
Un mois était passé depuis le drame de Courchevel. Les sessions avaient repris dès la semaine suivante et l’engouement du public avait décuplé, par cet instinct morbide qui peut habiter les gens par moment.
Nadine Amouk continuait de couvrir le Ternay Tour, assez contente en fait de se trouver au centre du microcosme le plus à la mode du moment. Elle était d’autant plus heureuse que tout allait bien dans sa vie. Elle avait revu plusieurs fois Julien Tchad et ils commençaient déjà à faire des projets, même si le jeune homme était maintenant chômeur. En effet, la question ne s’était pas posé longtemps de savoir qui allait être pris comme bouc émissaire au sein de la police pour cette maudite soirée. L’inspection générale des services avait statué en moins de deux semaines – un record – et Julien Tchad avait été « rendu à la vie civile » par une mise à la retraite anticipée et une obole en prime d’indemnités.
C’est sans doute pour cette raison qu’ils ne parlaient jamais de l’affaire. Le traumatisme avait été grand pour tous les deux, mais la vie avait en fait assez rapidement repris son cours normal. Julien s’intéressait même maintenant à la Grougniat et il n’était pas rare de le voir accompagner Nadine dans ses reportages.
Mais Nadine était seule ce soir là. Elle assistait à un événement rare : l’intronisation d’un nouveau grand maître. La commission de la DOIGT, l’organe supérieur de la Grougniat, avait créé l’événement en décidant d’élever au rang suprême la fille de Mme la Bourronne de Mesrine, l’une des deux princesses de Moldavie. Elle devenait ainsi à huit ans la plus jeune joueuse du Ternay Tour. La Grougniat tournait ainsi la page et oubliait déjà Dédé…
Nadine avait obtenu une interview exclusive des grands maîtres. Tous ensemble pour une fois. Cela constituait pour elle un réel challenge : les joueurs détestaient avoir à comparer leurs opinions et ces interviews donnaient toujours lieu à des joutes verbales surréalistes. Mais cette fois, Nadine avait bien l’intention de les emmener là où elle voulait…
- Madame et Messieurs les Grands Maîtres, tout d’abord merci de me recevoir tous ensemble. Je sais que vos emplois du temps correspondent rarement. - Notre célébrité a ses mauvais côtés. Les interviews en font malheureusement partie. répondit Remy d’un ton très hautain.
Nadine ne nota pas l’agression et enchaîna…
- Nous nous revoyons pour la première fois depuis les tragiques évènements de la finale du Ternay Tour. Comment avez-vous pu surmonter ce drame ? - La Grougniat exige ce détachement. reprit G.C Dialey. Nous n’avons pas le temps de nous apitoyer. La compétition est dure et n’arrête jamais. Nous réservons notre peine pour nos moments de solitude. - Vous avez sincèrement de la peine pour Dédé ? - Bien-sûr, coupa Diane. C’était un grand maître, peut-être le plus respectable de tous. C’était aussi notre ami. Sa disparition est le plus grand drame de la Grougniat depuis des siècles et nous y penserons sans doute toute notre vie.
Il était temps pour Nadine de lancer l’assaut.
- Mme la Bourronne de Mesrine, votre fille vient d’être nommée Grand Maître et ce après des années de lobbying de votre part. Est-ce pour cela que vous avez tué Dédé ?
Le silence qui suivit fut le plus glacial que la jeune journaliste eut jamais connu. Cingllette reprit alors la main…
- Tué Dédé ? Mais vous êtes folle mademoiselle. Vous savez très bien qui a tué Dédé. Et cette femme est morte sans même avoir pu être jugée. Alors même si je n’ai pas pour habitude de défendre Mme la Bourrone, je vous prierais de faire attention à ce que vous dîtes. - Je n’accuse pas Mme la Bourronne en particulier. Je vous accuse tous les cinq. Je pense même savoir comment cela s’est passé.
Remy sourit et lança…
- Alors nous sommes impatients de l’entendre, mademoiselle. - Je pense que vous aviez tous un motif pour tuer Dédé. Remy voulait autant que Scarlett se venger du piège dans lequel il avait fait tomber son couple. GC également ne voulait pas détruire son image sur ce stratagème, certes odieux mais qui ne méritait quand même pas la mort. Diane n’en pouvait plus des remarques incessantes sur son jeu et ses méthodes. Cingllette voulait que la rédaction de la Grougniat reconnaisse enfin ses titres, mais Dédé agissait en sous main pour le discréditer en permanence. Et Mme la Bourronne voulait non seulement lui faire payer de n’avoir jamais reconnu ses filles, mais surtout faire nommer l’une d’entre elle parmi les grands maîtres.
Mme la Bourronne de Mesrine ne sembla même pas étonnée.
- Bravo Nadine. Vous avez trouvé au moins cinq mobiles. Mais si vous aviez mieux connu Dédé, vous sauriez que nous pourrions en trouver une bonne centaine d’autres. Cela ne prouve en rien que nous l’ayons tué. - Je vous rassure tout de suite : je n’ai aucune preuve. Je le sais simplement. Je pense que comme la session s’était terminée tôt et dans la confusion générale, vous avez prétexté auprès de Dédé que le vrai vainqueur du Ternay Tour devait se décider entre eux, en finissant la session dans sa suite. Une fois sur place, vous avez attendu que les personnes du public regagnent leur chambre d’hôtel et vous avez alors profité du bruit pour le passer à tabac. Je ne sais pas si vous aviez l’intention de le tuer, mais une fois que vous vous êtes aperçus de son décès, vous l’avez tranquillement installé dans son lit, vous avez tout nettoyé et vous êtes rentrés calmement dans vos chambres respectives.
G.C prit un air outragé. Mais son jeu d’acteur sonnait faux.
- Et tout nous aurait accusés ? Vous êtes complètement folle, Nadine… - Vous aviez pensé à tout : des coups qui ne laissent pas de traces immédiates. On aurait découvert le corps le lendemain. Vu son âge, tout le monde aurait d’abord pensé à une crise cardiaque et les autorités ivoiriennes, son pays d’origine, se seraient empressées de réclamer son corps pour des funérailles nationales. Pas d’autopsie. Pas de suspect. C’est Scarlett qui a tout fait rater en laissant le corps dans l’eau pendant plusieurs heures. Les traces de coups sont ainsi sorties immédiatement.
Remy, en chef de bande, cherchait à parer les coups…
- Scarlett ? Ne me parlez pas d’elle. C’était ma fiancée. Elle est morte aujourd’hui. Je vous interdis même de prononcer son nom. Laissez la reposer en paix. - Elle a reconnu le meurtre de toute façon. Je ne vois pas pourquoi vous inventez toute cette histoire, reprit Diane.
Nadine avait déjà réfléchi à ces réponses. Elle connaissait bien les grands maîtres et elle avait donc prévu de quelle manière ils allaient l’attaquer.
- Mais Scarlett n’a jamais reconnu les coups sur le corps. La police a arrêté de chercher après sa mort. Mais ce point n’a jamais été élucidé dans les rapports. Elle ajuste admis avoir frappé Dédé à la tête avec une chaise. Mais elle n’a fait que découper de la viande froide. Elle ne savait sans doute même pas pour les traces de coups. Sinon, elle aurait lutté plus qu’elle ne l’a fait pendant les interrogatoires. Mais vous le saviez, ça, Remy ? - Vous m’accusez encore, mademoiselle. Je ne vais pas vous laisser raconter des inepties sans agir. Vous devriez vous méfier. - Je disais que vous saviez tout ça. Quand vous avez vu le corps de Dédé et l’état dans lequel se trouvait Scarlett, vous avez de suite fait le rapprochement entre elle et les blessures constatées sur votre « ami ». J’aurais quand même bien aimé voir vos têtes quand vous avez vu les coups de couteau et les impacts de balles. Ça devait être très drôle. - Gardez vos sarcasmes, repris Mme la Bourronne. Vous n’avez rien contre nous. Je ne sais même pas pourquoi nous vous écoutons encore. - Parce que vous êtes étonnés que quelqu’un ait découvert votre secret. Vous vous croyez tellement au-dessus de tout le monde, que vous n’en revenez pas qu’un « simple mortel » ait compris ce qui s’était passé.
Nadine triomphait. Aucun des grands maîtres ne bougeait plus.
- Je reprends donc : Remy, quand vous avez compris pour Scarlett, vous y avez vu une occasion incroyable de vous tirer tous d’affaire. Vous l’avez culpabilisée autant que possible, de manière qu’elle raconte tout à la police au moindre interrogatoire. Son meurtre par Alex, c’était la cerise sur le gâteau : plus de risque qu’elle ne parle, plus de risque que la police ne cherche plus avant, étant suffisamment dans l’embarras avec la mort de deux stars dans la même journée. Et au passage, vous vous vengiez ainsi d’elle, qui vous avait trompé avec votre pire ennemi. - Vous êtes dure, Nadine. Vous insultez sa mémoire en m’accusant. - Je n’insulte personne. Je vous donne ma version. Mais je vous tire mon chapeau. Non seulement votre plan était presque parfait, mais vous avez en plus avec vous la chance indispensable aux champions, « la goupille » comme vous l’appelez.
Cingllette se mit alors à applaudir.
- Bravo, mademoiselle. Vous pourrez écrire un bon bouquin policier. Une fiction sans faille. - Je n’écrirai pas de roman, je vous rassure. De toute façon, je me fiche de vous voir ou non en prison. Je sais ce qui est arrivé et cela me suffit. Et puis, c’est malheureux, mais j’ai toujours adoré les crimes parfaits. Je vous en admirerai presque.
Remy se leva le premier.
- Il semble que nous nous soyons tout dit. Nous vous laissons avec vos idées de gloire policière. Discutez-en avec votre chômeur de mari, ça lui rappellera le bon vieux temps.
Les cinq grands maîtres sortirent lentement, sans rien dire, en prenant bien soin de saluer la journaliste. Cette dernière était souriante. Elle en n’attendait pas moins d’eux. Mais elle avait prit du plaisir car à un moment, elle les a sentis déstabilisés. Et elle savait que ce moment était un instant rare.
Remy revint alors dans la salle, alors que Nadine rangeait ses affaires.
- Mademoiselle. Vous continuerez à suivre le Ternay Tour ? Vous n’allez pas démissionner quand même ?
- Je n’en avais pas l’intention… répondit Nadine, étonnée de la volte-face
- Tant mieux. Ça serait dommage. - Je vous remercie, Remy. - Mais c’est quand même du gâchis d’être devenue journaliste. Vous auriez sans doute été un grand maître redoutable…
FIN
Publié le 05/11/2007 à 18:06
Par lagrougniat
Scarlett a avoué. Mais l'histoire est-elle vraiment finie ? Découvrez l'avant-dernier chapitre de "Killing Session", le thriller grougniste de Jean-Christophe GROJEU.
Vous pouvez retrouver l'ensembre des chapitres en cliquant sur la catégorie "Killing Session" ou sur le lien ci-dessous : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/killing%20session
CHAPITRE XIII
Scarlett ne connaîtra plus jamais les plateaux de cinéma…
Après ses aveux inattendus, elle avait continué ses explications et avait décrit le meurtre avec une précision qui ne laissait pas de doute sur sa culpabilité.
Deux heures après que les grands maîtres aient regagné leur chambre, elle s’était rendu devant celle de Dédé. Elle a alors utilisé la carte d’accès que Miller avait récupéré par terre suite à l’altercation que ce dernier avait eu avec la victime. C’est à ce moment là qu’elle avait eu l’idée. Elle avait décidé que Dédé devait payer.
Lorsqu’elle entra dans la chambre du grand maître, il n’y avait aucun bruit dans la pièce. Dédé dormait sur le côté, face à la fenêtre. Cela lui avait rendu la tâche plus facile. Elle avait saisi une chaise qui se trouvait à côté du lit et avait frappé le vieil homme deux fois, sans jamais hésiter une seconde. Sûr qu’il était suffisamment assommé, elle l’avait alors déshabillé et traîné jusqu’à la salle de bains, où elle l’avait installé dans la baignoire. Peut-être était-il déjà mort à ce moment là, elle ne le savait pas.
Son idée première fut de faire croire à une chute fatale. Mais c’est au moment où elle avait tourné le robinet d’eau chaude que tout avait dégénéré. Il lui sembla que le corps avait bougé – ce qui est difficile à croire, vu la force des coups qu’elle venait de lui porter – et elle avait alors saisi le pistolet qu’elle avait emmené avec elle, pour le cas où les choses auraient mal tourné. Elle avait alors abattu le grand maître déjà inerte d’une balle entre les deux yeux. Elle expliqua ensuite qu’elle ne se souvenait plus vraiment pour quelle raison elle avait saisi un des couteaux dans la petite cuisine qui équipait chaque chambre. Elle se revoyait juste en train de larder le coup ce corps sans vie.
Elle avait ensuite effacé le plus possible de traces, comme elle l’avait vu faire dans un de ses films. Elle ne savait pas si les policiers pourraient remonter jusqu’à elle, mais elle était tellement soulagée par sa vengeance que cela lui importait peu. Elle avait alors quitté la chambre. Sa seule erreur aura été d’oublier de fermer le robinet d’eau, ce qui a donné l’alerte plus rapidement que prévu, évitant ainsi d’effacer encore plus de traces sur le corps.
Le procureur n’avait pas besoin de plus. Il était déjà devant la presse qui attendait comme un charognard depuis la veille devant les portes closes de l’hôtel. Bien-sûr, il embellit un peu l’histoire, pour prendre des gants vis à vis de l’opinion. Il relata la relation entre G.C et Scarlett, la jalousie de Remy. Il affirma que Dédé s’était aperçu de cette relation et que pour se venger Scarlett l’avait froidement assassiné. Peu subtil raccourci de l’affaire. Mais l’important était de sauver les meubles pour l’administration : un grand maître tué, un acteur suicidé et une actrice arrêté… il y avait eu assez de grabuge pour une même journée.
Mais Scarlett ne connaîtra jamais la prison…
Deux heures après la déclaration du procureur, la jeune femme fut emmenée sans menotte dans les allées de l’hôtel. Tout le monde se pressait contre le cordon de sécurité que la police avait mis en place pour l’occasion. Les flashs crépitaient dans tous les sens, les journalistes hurlaient pour tenter de recueillir une déclaration. Seuls les grands maîtres restaient à l’écart, peu interressés par les évènements. Ils étaient déjà passé à autre chose. La jeune actrice avançait tête baissée, le regard vide, semblant ne plus être de ce monde.
Ainsi, elle ne vit pas arriver Alex. Personne ne la vit arriver d’ailleurs. Cette jeune femme, amoureuse éperdue de G.C depuis des années, qui s’était faite éconduire par le grand maître à de nombreuses reprises, avait vu la déclaration du procureur dans une des télévisions de l’hôtel. Elle était là depuis le début, indifférente aux drames de la nuit. Mais quand elle avait entendu la révélation de la liaison de G.C et Scarlett, sa jalousie devenue maladive au fil des années s’était réveillée en sursaut. La balle qui sortit de son petit pistolet qu’elle avait toujours sur elle vint se loger pile dans le front de Scarlett, qui s’écroula presque souriante, comme libérée…
Les hurlements retentirent alors, trois policiers maîtrisèrent Alex sans mal et les flashs crépitèrent de plus belle. Julien Tchad, qui avait assisté à toute la scène comme on regarde une pièce de théatre s’approcha alors du corps de l’actrice. Il la regarda quelques secondes et lui ferma les yeux, en se disant que c’était peut-être mieux comme cela.
Publié le 01/11/2007 à 09:04
Par lagrougniat
L'assassin de Dédé enfin demasqué ? L'enquête touche au but. Retrouvez le douxième et avant-dernier chapitre de "Killing Session", le thriller grougniste de Jean-Christophe GROSJEU...Vous pouvez retrouver l'ensembre des chapitres en cliquant sur la catégorie "Killing Session" ou sur le lien ci-dessous : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/killing%20sessionCHAPITRE XII
Scarlett s’installa sur le petit fauteuil qu’un des policiers avait positionné devant une simple petite table en bois. Julien Tchad demanda qu’on lui apporte un verre d’eau, craignant que son émotion déjà palpable l’empêche de s’exprimer durant l’interrogatoire.
Nadine était aussi dans la salle. Elle connaissait bien Scarlett et Tchad avait pensé qu’une présence connue la mettrait plus en confiance pour parler librement. Car le policier savait qu’il naviguait à vue : jusqu’à maintenant, tout avait tourné au fiasco. Les grands maîtres ne lui avait rien dit, il était passé à côté de tous les indices qui étaient pourtant sous ses yeux et le seul pseudo-suspect qu’il avait eu entre ses mains venait de se jeter par une fenêtre. Et il se trouvait là avec une des plus grandes actrices du moment, pour la mettre en cause sur la base d’une simple intuition et d’une vidéo. Autant dire qu’il lui fallait jouer serré, sans compter que d’ici à une demie-heure, le procureur de la République passerait sans doute la porte de cette salle pour lui signifier qu’il était relevé de ses fonctions et faire des excuses à la jeune demoiselle.
Il avait donc choisi de ne pas l’agresser d’entrée. Il voulait qu’elle lui explique ce qui s’était passé, sans la heurter, juste pour libérer sa conscience. Car de tout ce qu’il savait de la Grougniat, tout tournait autour d’elle. Et l’état dans lequel elle se trouvait confirmait son impression.
- Scarlett… Vous permettez que je vous appelle Scarlett ? J’ai vu tout vos films et ça me donne la fausse impression de vous connaître…
Nadine sourit en regardant la pauvre technique de séduction du jeune lieutenant. Scarlett hocha timidement la tête pour donner son accord.
- Je m’appelle Julien Tchad,. Je suis Lieutenant de la police judiciaire et je dois vous interroger sur les évènements qui ont eu lieu cette nuit. Vous n’êtes pas mise en examen, vous n’avez même pas un statut de témoin actuellement. Vous avez tout à fait le droit de quitter cet entretien dans l’instant. Mais dans votre intérêt, comme je pense que vous avez des choses à nous dire, je préfèrerais que vous répondiez dès maintenant à mes questions. - Je n’ai pas grand chose à vous dire. répondit t-elle d’une voix presque inaudible. Je connaissais Dédé, mais pas plus que cela. - Pourtant vous aviez un contentieux avec lui…
Scarlett se figea d’un coup. La surprise provoquée par le policier lui fit disparaître touten evie de sanglot.
- Je… Je n’avais pas de problème avec Dédé… Je le connaissais à peine, je vous dis.- Ne me mentez pas, Scarlett. J’ai vu la vidéo. On entend très bien sur l’enregistrement. Dédé et Miller se disputait à votre sujet. Quel était le motif ?
Nadine tenta de ne pas réagir au mensonge de Tchad. Elle savait que qu’il jouait son vatout sur ce coup là.
- Cela ne me concernait pas… Je n’ai pas bien entendu… Je…
Le policier abandonna alors soudainement sa posture d’homme tranquille et tapa violemment du poing sur la table.
- Je vous ai dit de ne pas me mentir. Nous avons tout, tous les éléments pour au moins vous interroger dans le bureau du juge, peut-être même pour vous inculper de complicité de meurtre. Alors ne jouez pas à ce jeu là, car moi je n’ai de toute façon plus rien à perdre. Je répète ma question : quel était le motif de leur dispute ?
Scarlett comprit que tout était perdu et qu’elle ne pouvait plus nier en bloc. Il fallait tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être…
- Miller voulait me protéger.
Pour la première fois de cette longue journée, Tchad sentait en lui de la satisfaction. Enfin il touchait au but. Il lui fallait maintenant être prudent pour ne pas desserer l’étau…
- De qui ? De Dédé ?
- Il me harcelait sans cesse. Il voulait que je m’en aille, que je sorte de la salle et que je disparaisse dans la nature…
- Pourquoi cela ? Il vous faisait des avances ? Vous avez eu une relation avec lui et il est devenu jaloux ?
Scarlett explosa en pleurs sur la table. Elle ne pouvait plus contenir ses émotions.
- Il n’y a jamais rien eu entre Dédé et moi. Mais il s’est servi de moi pour destabiliser Remy et G.C. - Comment a-t-il fait ? - Il a tout organisé pour que je couche avec G.C. Il est ensuite allé prévenir Remy, avec qui je suis fiancé depuis six mois, deux jours avant la finale. Juste pour casser une éventuelle alliance entre les deux et les faire craquer. - Et ça a fonctionné ? - Plus qu’il ne l’espérait. Remy ne m’adresse plus la parole et G.C meure de jalousie dans son coin. Les deux ont explosé en vol pendant la session. Et je voyais Dédé qui s’extasiait sur sa chaise, alors qu’il n’avait pourtant rien à gagner hier soir. - Et pourquoi vous a t-il demandé de partir ? - J’ai voulu être là. Pour Remy. Pour lui montrer que ce n’était qu’un accident. Je l’encourageais sans cesse. Je voulais lui expliquer. C’est à ce moment là que Dédé est venu vers moi. - Et Miller s’est interposé ? - C’était mon ami. Je lui avais tout dit. Il voulait empêcher Dédé de me parler, pour qu’il ne me fasse par encore plus de mal… Et c’est pour cela qu’il est mort aujourd’hui. Pour me protéger.
La voix de Scarlett était emplie de spasmes de chagrin. Les paroles défilaient sans pouvoir s’arrêter… Tchad reprit sans lui laisser le temps de se remettre…
- Et Miller a donc tué Dédé pour vous protéger ! - Non. Je ne peux pas faire ça. C’est trop dur et trop injuste pour lui.
Le policier et Nadine ne comprirent pas tout de suite ce qu’elle voulait dire. Mais les pièces s’assemblaient une à une…
- Vous ne pouvez pas quoi, Scarlett ? - Je ne peux pas laisser dire que c’est lui. Il n’a pas tué Dédé.
Nadine et tous les policiers présents s’arrêtèrent d’un coup. Seul Julien Tchad continuait sans sourciller son interrogatoire. En fait, il avait compris cela depuis longtemps.
- Je le sais, Scarlett. Ce n’est pas Miller, puisque c’est vous qui l’avez fait.
Nadine n’en revenait pas. Sans aucune preuve, il s’était lancé à l’assaut quitte à faire tomber toute la procédure. A ce moment là, la porte de la salle s’ouvrit violemment. Le procureur entra dans la pièce avec un policier et un autre homme habillé d’un costume sur-mesure qui devait valoir plus cher que le salaire de toutes les personnes présentes dans la salle. L’homme prit la parole directement.
- Scarlett, par pitié, ne dites plus rien. Je suis maître Piergès. J’ai été mandaté par Remy pour être votre avocat. Cet interrogatoire est illégal et tout ce que vous avez dit jusqu’à maintenant ne vaut rien du tout.
Mais la jeune actrice ne pouvait plus s’arrêter. Tout cela la dépassait.
- Je veux finir, Maître. Je ne veux pas qu’on accuse Miller. J’ai tué Dédé, lieutenant Tchad, c’est vrai. Et je ne regrette pas de l’avoir fait. Ce que je regrette, c’est de ne pas l’avoir fait plus tôt, avant qu’il ne détruise ma vie.
Le procureur réagit alors pour la première fois depuis son entrée.
- Mademoiselle, vous avez bien conscience que vos aveux devant votre avocat et moi-même prennent maintenant une valeur juridique réelle ? - J’en suis consciente et je l’assume, monsieur le procureur.
Ce dernier se tourna vers Tchad.
- Cela ne vous sauvera pas, mon ami. Il y a des procédures dans ce pays. Vous avez résolu l’enquête, mais cela ne vous sauvera pas. - Je n’ai pas besoin d’être sauvé, M. le procureur. J’ai fait mon travail et cela ne me procure finalement ce soir aucune joie particulière.
Publié le 26/10/2007 à 09:18
Par lagrougniat
L'enquète touche au but... à condition de trouver de nouvelles pistes. Connait-on vraiment l'assassin de Dédé ? Voci le chapitre XI de "KILLING SESSION", le thriller Grougniste de Jean-Christophe GROJEU.
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CHAPITRE XI
Les grands maîtres avaient décidé de faire une pause à la demande de Remy. Cinq heures qu’ils jouaient depuis la fin de leurs interrogatoires, c’était trop long pour lui. Surtout après la session de la veille et les évènements de cette nuit. Et ce Cingllette qui continuait de se vanter de ses trois Ternay Tour, ça en devenait trop pour lui. Quand il poussa la porte de sa chambre, Scarlett, celle qu’il croyait il y a encore deux jours être la femme de sa vie, l’attendait en regardant la télévision.
- Je ne pensais pas te voir aujourd’hui ! lui dit elle sans même lui jeter un regard - J’allais te dire la même chose… répondit le grand maître, qui était déjà en train de se laver les mains.
Elle éteint la télévision et se plaça dans l’entrée de la salle de bain.
- Ecoute, on ne va pas rester comme ça pendant dix ans. Tu sais bien que tout est à cause de lui. - Il n’y était pour rien. C’est toi l’unique responsable. Il n’a fait que me dire la vérité. Il y a encore quelques personnes qui font ça de nos jours.
Scarlett sentait quelques larmes couler le long de ses joues. Elle voyait la situation lui échapper à chaque nouvelle seconde qui passait. - Tu sais bien pourquoi il l’a fait. Ce n’était que pour vous destabiliser, G.C et toi. Il s’est servi de cette histoire depuis le début. Il a tout fait pour que cela arrive.
Remy se tourna vers elle d’un seul coup. Il y avait du feu dans son regard.
- Tout fait ? Ah non, pas tout. Il a bien fallut que G.C et toi fassiez quelque chose par vous même à la fin. - C’était un sadique. Tu le sais aussi bien que moi. Il avait tout prévu : ce repas où tout était censé venir et auquel il ne t’avait en fait pas invité, de sorte que je me retrouve en tête à tête avec G.C. Et ces fleurs qui étaient arrivées la veille avec une carte non signée… Il avait tout mis en place. - Tu n’étais quand même pas obligée de … - Non ! Je n’étais pas obligée. Je sais et je m’en veux chaque minute qui passe. Mais je veux juste t’expliquer que je ne voulais pas que cela se passe, je n’ai pas voulu ça. J’ai fait une erreur, je l’assume. Mais il avait tout mis en place. - Dédé était mon ami. Nous étions des « justes ». Il ne m’aurait pas trahi volontairement.
Remy commençait lui aussi à pleurer. Pour la première fois, toute l’émotion de ces trois derniers jours remontait à la surface…
- Dédé n’était l’ami de personne. Il calculait tout. Tu ne t’es pas étonné une minute qu’il vienne t’annoncer ma liaison avec G.C deux jours avant la finale ? Il ne t’est jamais venu à l’idée qu’il avait tout organisé pour te faire craquer ? Le grand maître ne répondit pas. Il savait au fond de lui qu’elle disait vrai. Dédé ne l’avait jamais soutenu dans les moments difficiles. Même en session, il avait plusieurs fois trahi sa confiance et mis à mal les alliances historiques que Remy avait mis tant de temps à construire. Il n’arrivait plus à se défendre contre Scarlett. Les arguments lui manquaient. Une seule phrase lui venait à l’esprit.
- J’aimerais tellement être capable de te pardonner. - Je ne te le demande pas. J’espère juste…
Il n’était plus question de colère et de rancœur. Remy comprenait enfin ce qu’elle voulait lui dire. Il ressentait enfin sa sincérité.
- Dédé a voulu te faire du mal et il s’est servi de moi. Je suis désolé qu’il ait réussi. Je sais que c’est horrible, mais je suis heureuse qu’il ne puisse plus nuire à personne, car maintenant je sais de quoi il était capable pour réussir.
Remy était presque d’accord avec elle. Il ne répondit rien.
Quelques secondes plus tard, une idée lui traversa l’esprit du Grand Maître
- Scarlett, tu n’es pour rien dans la mort de Dédé ?
Elle hésita pour la première fois depuis le début de leur conversation… Elle commença à nier, mais les paroles sonnaient faux dans sa bouche. Remy restait devant elle sans rien dire, incapable de savoir quoi faire… On frappait déjà à la porte. Remy ouvrit la porte.
- Lieutenant Tchad ? Que faites-vous ici ? - On m’a informé que Scarlett se trouvait dans votre chambre. J’aurais quelques questions à lui poser.
Scarlett s’avança dans l’entrée.
- Bonjour Madame. Pourriez-vous suivre, s’il vous plait ? - Je ne vois pas pourquoi… - On vous expliquera en bas. Juste quelques vérifications.
Remy intervint alors…
- Dois-je appeler mon avocat ? Il me semble que vous lui avez déjà parlé tout à l’heure et qu’il vous avait déjà expliqué ce que vous risquiez à interroger tout le monde à tors et à travers.
Le lieutenant Tchad le regarda avec le même sourire qu’il avait lancé à Miller quelques minutes plus tôt. - Appelez tous les avocats que vous voulez. De toute façon, suite au suicide du collègue de votre fiancée, les lieux vont bientôt grouiller de juristes et de policiers en tout genre. Alors, un de plus ou un de moins, ça ne changera pas ma situation.
Scarlett passa devant Remy qui la regarda sans qu’elle puisse savoir le fond de ses pensées. Lui savait qu’il la voyait sans doute pour la dernière fois…
Publié le 16/10/2007 à 03:01
Par lagrougniat
Et si ce n'était pas un grand maître qui avait assassiné Dédé ? Tout de suite, le dixième chapitre de "Killing Session", le thriller grougniste de Jean-Christophe GROJEU. Vous pouvez retrouver l'ensemble des chapitres en cliquant sur la catégorie "Killing Session" ou sur le lien ci-dessous : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/killing%20session
CHAPITRE X
Miller n’avait rien vu venir. Julien Tchad avait décidé de faire vite et discret. Le jeune acteur n’avait même pas pu attraper son téléphone pour contacter son avocat. Le raisonnement du policier était limpide : s’il parvenait à joindre son conseil, le procureur mettrait moins de cinq minutes avant d’être averti et le jeune Lieutenant se retrouverait en moins d’une heure à la circulation dans une ville de province. Il avait donc décidé de se passer outre les règles classiques de la procédure judiciaire. Mais il connaissait les risques : s’il parvenait à faire craquer Miller, ses aveux n’auraient aucune valeur. Mais son intime conviction était que le jeune acteur n’était pas le meurtrier, juste un maillon dans la chaîne d’évènements.
Miller n’avait donc rien vu venir. Au moment où il avait introduit la carte d’accès dans la porte de sa chambre d’hôtel, deux policiers en uniforme étaient sortis de nul part et l’avait poussé violemment vers son lit. Moins de deux minutes après, il était maintenu sur une chaise face à Tchad, tout sourire s’avoir réussi la première partie de son plan : Miller était face à lui et il semblait terrifié. - Vous n’avez pas le droit ! Je ne sais même pas ce que vous me voulez ! lança Miller au policier qui le regardait fixement. - Vous vous doutez quand même de quoi je veux vous parler ? rétorqua Tchad, qui n’arrivait pas à se défaire de son sourire. - Le meurtre de Dédé, je pense. Mais je n’ai rien à voir avec cette affaire. - Ce n’est pas ce qu’on m’a dit. Je suis ici depuis moins d’une journée et on n’arrête pas de me parler de rumeurs qui vous concernent. Avouez qu’il aurait été dommage que je ne vous pose pas de question. Le regard du comédien sembla se transformer : on n’y lisait plus de peur, mais plutôt de la colère… - Des rumeurs ? Vous m’accusez sur des rumeurs ? Même vous, le policier soi-disant « implacable et impartial », vous faites votre conviction sur des ragots de bouches de vieilles ? Eh bien, jugez-moi… et puis brûlez-moi. Au moins, je serais enfin tranquille. - Hé mon gars ! Vous trouvez que j’ai une tête de psychiatre ? Tchad voulait couper court à toute envolée lyrique…Les rumeurs, je les écoute comme le reste. Et moi, je ne veux savoir qu’une chose : avec qui avez-vous failli en venir aux mains hier soir pendant la session ? Les yeux de Miller repartirent dans le vide. Il sembla comme tétanisé… - Mais vous n’avez pas le droit ! Je n’ai pas à vous répondre. Si vous êtes là avec moi, c’est que vous n’avez rien du tout. Alors s’il vous plaît, laissez moi sortir. Vous ne pouvez pas me retenir de toute façon. Julien Tchad sembla presque surpris de voir ce garçon qui semblait si solide au début de l’interrogatoire s’écrouler comme un château de carte sur cette simple question. Il prépara le coup de grâce. - Alors vous allez bien m’écouter. Si vous ne me répondez pas dans la minute qui vient, je sors de cette pièce et je fais rédiger un communiqué de presse disant que vous reconnaissez avoir eu une relation intime avec Dédé, mais que vous déclarez n’être pour rien dans son assassinat. Croyez-moi, dans trente ans, vous serez encore en train de démentir ! Ces mots furent comme un uppercut pour le jeune acteur. Sa tête tomba entre ses mains comme une pierre. Sa voix semblait écrasée par des larmes… - Je ne peux rien vous dire. Si je vous dis avec qui… vous allez conclure de toute façon.
Une lumière s’éclaira alors dans les yeux du policier. Il attrapa son téléphone. - Monsieur Mc-Cullum ? A nouveau le lieutenant Tchad. Avez-vous la possibilité de synchroniser les bandes d’hier soir pour deux caméras différentes ? Oui ? Très bien. Pouvez-vous regarder qui ne jouait pas à la table des grands maîtres au moment de la rixe dans la tribune VIP ? J’attends votre appel. Il raccrocha. Il avait beau ne rien connaître aux sessions, il avait remarqué que le jeu se pratiquait à cinq et que les grands maîtres étaient six. Donc obligatoirement, l’un d’eux était libre de ses mouvements à chaque donne… Le portable vibra sur la table - Tchad ! Vous avez pu voir… ok, merci ! Le policier se retourna vers Miller. Il n’eut qu’un seul mot à dire… - Dédé ?
Les larmes du comédien devinrent de véritables sanglots. Julien Tchad s’adressa alors calmement aux deux agents de police. - Messieurs, pouvez-vous relever M. Miller. J’aurai des questions à lui poser plus tard. M. Miller, on va vous garder dans votre chambre. Je ne tire pas de conclusions, mais comprenez que je ne peux pas non plus vous laisser partir après cela. Le jeune homme chercha alors quelque chose dans le fond de sa poche. Les deux policiers s’agitèrent alors et lui saisirent les bras. Il sortit alors de sa poche une carte d’accès de chambre. Tchad fit signe aux agents de le lâcher. Il posa la carte sur la table. - Vous gagnerez du temps comme ça. Et j’éviterai une fouille. La carte avait le numéro 210. La chambre de Dédé ! Julien Tchad sortit alors une paire de gants de sa poche, les enfila et prit la carte dans ses mains. Il la tendit à l’un des agents. - Faites relever les empreintes là-dessus. Et au moment où l’attention des trois policiers se relâcha quelque peu, du fait de cette preuve incroyable qui venait de se présenter à eux comme on sort un lapin d’un chapeau, Miller se dégagea et se mit à courir… La fenêtre ne résista pas au poids de son corps.
Julien Tchad ne jeta qu’un petit regard vers le corps de Miller. Il savait bien ce qu’il allait voir. C’était sa carrière qui gisait bêtement dans la neige cinq étages plus bas. Terminé le huis-clos qui l’arrangeait tant pour finir l’enquête. Dans vingt minutes, les ambulances et toutes les autorités judiciaires du pays allait arriver. De tout façon, cette affaire n’était déjà plus la sienne. Nadine entra dans la chambre à ce moment là. Elle avait tout entendu dans le micro que le policier avait gardé branché sur lui. Mais elle venait juste de comprendre comment tout cela s’était terminé. Tchad la croisa sans même la regarder. Elle se retourna puis tenta de le rejoindre. Ils rentrèrent ensemble dans la salle vidéo. Les images de la dispute de Dédé et Miller continuaient de tourner en boucle.
Il s’assit le premier et cette fois, c’était lui qui avait sa tête entre les mains. Nadine lui posa la main sur l’épaule. Il la prit dans ses bras presque immédiatement. Son regard était vide. Il la relâcha un instant plus tard. - Excusez-moi ! Je ne sais pas ce qui… Pardon ! Nadine lui sourit. - Ce n’est pas grave. Je comprends. - Vous savez, j’étais un bon policier avant. Le plus jeune gradé de ma région. Et puis, je ne sais pas… depuis quelques années, tout part de travers. Je fais des erreurs, c’est sûr. Mais le plus surprenant, c’est la malchance. Dès que cela s’arrange, quelque chose arrive et je retombe. - Vous ne pouviez pas vous douter qu’il allait sauter. Et puis, l’important, c’était de trouver le meurtrier. - Je ne suis même pas sûr que ça soit lui. Et quand bien même, j’ai quoi pour le prouver à mes supérieurs ? Une pauvre engueulade ? Les médias vont se faire plaisir. Ils vont me clouer sur la porte de l’Eglise avant demain matin. Il n’arrivait pas à détourner son regard des images sur le téléviseur. Comme si c’était elles qui étaient responsables de son malheur. Soudain, son attention se reposa sur Scarlett. - Nadine ! Vous pouvez regarder avec moi ? La jeune femme s’approcha. Elle avait vu ces images cent fois. Elle ne voyait pas l’intérêt de… - Regardez Scarlett ! Elle ne fait pas un mouvement ! - Je vous avoue que je ne vois pas où est le problème… - Vous ne voyez pas ? Deux personnes se battent à moins de trois mètres de vous et vous ne tourneriez pas le regard… La journaliste s’en voulut d’un coup de n’avoir pas remarqué ce détail… - C’est vrai. C’est assez surprenant. - Ce n’est pas surprenant du tout vous voulez dire ! C’est normal qu’elle ne se retourne pas. Nadine ne comprenait cette fois-ci plus rien… Mais Julien semblait comme revigoré par cette image entêtante. Son sourire était revenu. - Elle ne voulait pas regarder… car ils se battaient à cause d’elle !
Publié le 03/10/2007 à 04:34
Par lagrougniat
Les Grands Maîtres annulent leurs sessions cette semaine ? Eh bien la rédaction annule ses articles, il n'y a pas de raison. Une bonne occasion de trouver l'assassin de Dédé en découvrant le 9ème chapitre de "Killing Session", le thriller grougniste de Jean-Christophe GROJEU...
Vous pouvez retrouver l'ensemble des chapitres en cliquant sur la catégorie "Killing Session" ou sur le lien ci-dessous : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/killing%20session
CHAPITRE IX
Il avait beau dire le contraire, Julien Tchad était quand même impressionné. Ces compétitions que lui considérait comme de pauvres jeux de carte sans intérêt drainaient tout ce que la Jet-Set comptait de plus célèbre et de plus tape-à-l’œil. On dénombrait des acteurs qu’Hollywood payait à prix d’or, des comédiens de séries américaines célèbres, des chanteurs-vedettes de tous pays et autres célébrités diverses. Nadine ne lui avait pas menti : avec ton son barnum médiatique, les sessions grougnistes étaient devenues l’endroit où il fallait être, et surtout être vu.
Le plus surprenant se passait le carré VIP principal : là, une dizaine de personnes, les plus célèbres d’entre toutes, mettaient une telle ferveur à vivre les évolutions du jeu que cela sonnait presque faux. Feintant la colère, la joie ou le dépit, ils faisaient honneur à leur statut de star : tout dans la démesure. - Il ne faut pas qu’il y ait un attentat ici, les assureurs fermeraient boutique ! plaisanta Julien Tchad. - C’est vrai que cette fois ils sont tous là. répondit Nadine - Comment ça tous ? - Toutes les personnes que vous voyez là sont ou ont été des intimes des grands maîtres. - Ces personnes là ? Intimes des grands maîtres ? Mais c’est une blague. Les acteurs les plus connus au monde avec des joueurs de tarot ? - Vous ne comprenez toujours pas, on dirait. Là on ne parle pas de physique, ni même de célébrité. On parle de charisme. Passez deux heures avec eux, dans un autre cadre qu’un interrogatoire bien évidemment, et vous comprendrez. - Ça, je n’en suis pas sûr. Mais je veux bien vous croire. Mais avouez que tout cela est quand même surprenant.
Son regard se porta alors sur l’une des stars présentes. Scarlett. La seule peut-être qu’il connaissait vraiment. Il avait vu tous ses films, juste pour elle. Sa déception de la voir là n’arrivait pas à submerger son admiration. Nadine le remarqua aussitôt. - Vous avez l’air de savoir qui c’est… - C’est vrai. Je crois l’avoir vu dans un film que j’ai en DVD. menti lamentablement le policier. Nadine n’y crut pas une seconde. - Alors pour votre information, c’est la fiancée de Remy, le grand maître à gauche sur l’écran. Mais cette année a été difficile pour eux, les journaux s’étant gaussés de son aventure avec G.C DIALEY. Le fait que cela ait été rendu public a fortement ébranlé leur relation et aujourd’hui, personne ne sait vraiment où ils en sont. - Très content de le savoir ! répondit désabusé le lieutenant Tchad. Déjà qu’il n’avait aucune sympathie pour Remy depuis le coup de l’avocat… Mais le discours de Nadine n’était pas si inintéressant : cela expliquait sans doute le regard dans le vide de l’actrice. Elle en était plus belle que dans la fiction.
Son regard ne se détachait plus d’elle. Mais au bout d’un moment, un fait retint son attention : une dispute. Deux personnes semblaient être à la limite d’en venir aux mains derrière Scarlett. Le plus étrange était qu’elle ne semblait pas l’entendre, alors que l’échange avait pourtant l’air violent. - Vous avez vu ça ? demanda le policier Nadine, qui ne regardait plus vraiment l’écran, jeta un œil furtif. Mais elle se concentra soudainement, car la scène valait le coup d’œil. - C’est Miller, l’acteur de cette série dont j’ai perdu le nom. Ne me demandez pas son prénom, je n’ai jamais réussi à le prononcer. C’est bizarre en effet, je n’ai rien entendu pendant la session. - Avec qui s’accroche t-il ? Putain ! On ne voit rien avec l’autre devant. C’est qui ce guignol, là ? Il peut pas se pousser une seconde. - George Clooney ! - Quoi ? - Le guignol, c’est George Clooney. dit Nadine qui ne put s’empêcher de rire devant l’ignorance naïve du policier. Croyez-moi, vous ne lui trouvez peut-être pas le même charme qu’à votre starlette blonde, mais si un guignol comme ça voulait passer me voir chez moi… Julien Tchad lui rendit son sourire, tout surprit de s’être fait démasquer de la sorte. - N’empêche, votre George me plante mon enquête. - Je ne vois pas le rapport ! s’étonna Nadine - Une dispute qui à l’air prête à dégénérer deux heures avant un crime de sang. Pas besoin d’être policier pour y voir un lien probable. Regardez ! Les deux hommes s’en vont. - Ça pourrait coller… surtout que… non mais ça n’a rien à voir. Nadine comprit immédiatement qu’elle n’aurait pas dû dire ça. - Surtout que ? Finissez ! - Non, mais ça n’a aucun rapport. Et je vais vous emmener sur une piste qui n’en est pas une. - Ecoutez Nadine ! Je vous laisse suivre l’enquête comme si vous faisiez parti de la maison. Si mon supérieur vous savait là, vous seriez déjà assignée dans votre chambre et moi bon pour laisser l’enquête à mes subordonnés, qui soit-dit en passant n’attendent que ça. Alors au moins, évitez de me cacher des choses. Nadine savait que Tchad disait vrai. De plus, il fallait bien l’avouer, elle commençait à avoir du mal à lui refuser quelque chose. - Vous savez que le jeune Miller doit lutter depuis des mois contre une rumeur d’homosexualité qui le poursuit partout. - Non, je ne savais pas. Ça n’aurait d’ailleurs pas changé ma vie si je l’avais su. Mais je fais confiance à votre culture. - Ne soyez pas méchant, Lieutenant. Je disais donc que ces rumeurs courent et on va dire qu’elles ne se sont pas estompées dans le monde de la Grougniat. Julien Tchad repensa immédiatement à la phrase mystérieuse de M. Le Croupion : « Il y a bien longtemps que ce n’était plus les femmes qui l’intéressaient ». - Dédé ? Nadine acquiesca de la tête. - Et c’est prouvé ? - Des rumeurs seulement, toujours des rumeurs. A vous de voir s’il n’y a pas de fumée sans feu.
Le policier voyait là une énième piste s’ouvrir. Il ne voulait pas repartir dans des conclusions hâtives. Il n’en avait plus le temps. Et le curriculum du personnage annonçait par avance une tonne de désagréments pour lui. Mais l’évidence était trop troublante. - Eh bien, dit-il presque abattu. Allons parler à ce monsieur Miller.
Publié le 01/10/2007 à 11:53
Par lagrougniat
Les grands maîtres vont-ils être mis hors de cause dans le meurtre de Dédé ? Retrouver le huitième volet de "Killing Session", le thriller grougniste de Jean-Christophe GROJEU.
Vous pouvez retrouver l'ensemble des chapitres en cliquant sur la catégorie "Killing Session" ou sur le lien ci-dessous : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/killing%20session
CHAPITRE VIII Julien Tchad remerciait depuis une heure l’inventeur de la télécommande. Il venait de se passer en accéléré plus de huit heures de sessions. Huit heures… il n’arrivait pas à comprendre comment ces fameux « Grands Maîtres » arrivaient à tenir autant de temps, ni comment les spectateurs pouvaient rester scotché à ce spectacle pendant toute une nuit…
Mais il commençait à comprendre le jeu. Non pas la Grougniat en elle-même avec ses règles complexes, mais le jeu des grands maîtres. Et cela était en train de fissurer toutes ses convictions. Nadine disait vrai : la session n’est pas qu’une épreuve de cartes. C’est aussi une joute verbale et psychologique, un affrontement entre six personnes qui luttent pour la victoire sans une once de retenue. Mais pourtant, il ressort une sorte de respect entre les grands maîtres, quelque chose d’impalpable mais qui balayait les grandes théories de lutte pour la victoire qui aurait mal tourné du policier. Les attaques faisaient parties de l’épreuve, mais la bataille se limitait à la session. De plus, la fierté sans limite des six personnages, que Tchad n’avait jamais pu prendre en défaut, ne collait pas avec le côté sordide du meurtre. Vingt huit coups de couteau, ça relevait quand même d’une perte de sang froid manifeste. Et ces cinq là ne semblaient pas du genre à perdre leur sang froid de la sorte. A moins que ce ne soit encore une mise en scène ? Le lieutenant ne savait plus quoi penser…
Qui sinon les grands maîtres ? Dédé était un vieil homme, assez inoffensif d’aspect. Mais il est vrai que depuis le début de ses investigations, plusieurs personnes avaient livré un sentiment mitigé sur lui. Autant tout le monde vantait ses qualités d’analyse, de justesse, autant les gens semblaient plus nuancés quand on commençait à entrer dans le caractère profond du grand maître. Et cela étonnait un peu le policier, car normalement le jour même du meurtre, c’est plutôt la louange que l’attaque qui prime. Certains n’avaient même pas hésité à le présenter comme un manipulateur, laissant entendre que ce qui venait de lui arriver n’avait rien de surprenant. C’était plus les conditions et l’atrocité du meurtre qui choquaient, pas le crime en lui-même.
Et c’est des membres du staff du Ternay Tour que les critiques les plus sévères étaient venues. L’avantage pour le policier, c’était que ces personnes partageaient la vie des grands maîtres presque en permanence et qu’on pouvait donc accorder du crédit à leur témoignage. Alors que Charles Quintefleuche, le président de La DOIGT (l’organisme régissant les règles du jeu et le Ternay Tour) s’était surtout évertué à défendre les intérêts de sa compétition plutôt que d’honorer la mémoire du défunt, c’est M. Le Croupion qui se fit apparemment un plaisir de donner le cv « non officiel » de Dédé. Etrange personnage que ce Monsieur le Croupion. Sans personnalité, droit comme un « i » du haut de sa prestance, alors que son rôle dans les sessions se limitait à un pauvre comptage des points. Il semblait représenter une sorte d’autorité dure et inflexible, sa fonction se confondant avec son apparence. Nadine avait expliqué que jamais dans l’histoire personne n’avait contesté une seule de ses décisions. En somme, sa voix était d’or. Et il en tirait une fierté incroyable. Il se fit donc un plaisir de déblatérer sur le grand maître
D’après M. Le Croupion, Dédé était un être solitaire. On ne lui connut qu’une aventure, il y a plusieurs années, avec Mme la Bourronne de Mesrine, même si aucun des deux n’a jamais officiellement confirmé. La naissance des deux princesses de Moldavie durant cette période a alimenté les chroniques, mais jamais Dédé n’a assumé aucune de ces paternités. Le fait est que Mme la Bourronne ne le lui a jamais demandé non plus. Sentimentalement, sa vie s’est plutôt résumée à un vide sidéral, tant il s’est senti investit d’un rôle au sein de la Grougniat. Vétéran des grands maîtres en activité (même si on ne connaît pas sa date de naissance exacte), il a traversé les âges et les générations de grougnistes sans jamais faiblir. Il a vu des grands maîtres abandonner, arrêter la compétition sur blessure, voire même mourir dans de troubles circonstances, souvent à causes d’activités annexes dans lesquelles ils n’auraient jamais dû tremper. Lui n’a jamais subit rien de tout cela. Aucune blessure, aucune faiblesse morale et aucune tentation à laquelle céder. Il est resté là, autour de la table sans jamais manquer une session. Sa force mentale n’avait de paire que sa résistance physique.
Mais le tableau idyllique du joueur parfait s’arrêtait là. Car M. Le Croupion avait une théorie sur son incroyable longévité : s’il ne craquait jamais pour des plaisirs défendus, c’est qu’il les maîtrisait tous ! Il savait gérer les sessions, car il avait organisé tout le système du Ternay Tour il y a de nombreuses années ave son ami Charles Quintefleuche. Il ne se laissait pas embarquer dans des affaires louches, car il régnait en maître sur toute la nébuleuse des paris en ligne liés à la Grougniat. Il ne se laissait pas atteindre par les tentations de la chair, car il y a bien longtemps que ce n’était plus les femmes qui l’intéressaient et qu’il avait de nombreux moyens de pression pour museler les médias qui auraient pu dévoiler ses secrets les plus intimes. Si personne ne parlait, c’est aussi que Dédé avait des dossiers sur tout le monde. La Grougniat était un monde de tentations et chacun, grand maître comme suiveur, avait un jour ou l’autre cédé. Et à chaque fois, Dédé ou un de ses hommes de mains avaient été là. Pour ramener la cassette vidéo ou le document qui pourrait être utile le moment venu.
Alors qu’il enquêtait sur la mort d’un pauvre vieil homme injustement assassiné, Julien Tchad venait d’entendre le portrait du « Parain » de la Grougniat. La charge semblait presque irréelle. Et peut-être un peu trop violente pour être vraie. Mais il savait que M. Le Croupion ne sortait pas de son silence pour rien. Il voulait qu’il sache, qu’il sache sur qui il enquêtait. Pour peut-être ne pas s’égarer sur des fausses pistes. Ou peut-être pour se couvrir lui-même… M. Le Croupion un suspect ? C’était peut-être aller loin. Et puis quel intérêt aurait-il à attaquer comme cela alors que la bonne stratégie aurait plutôt été de rester calme et silencieux, ce qui n’aurait choqué personne ? La vengeance du croupion était là, en brisant les louanges alors que le corps n’avait même pas refroidi. Pas d’état de grâce pour le défunt. Déjà l’opprobre s’abattait sur le grand maître et c’était en ça que M. Le Croupion tenait sa revanche. Pourquoi avait-il à se venger ? « J’ai été jeune et je n’avais pas la même force de résistance au monde extérieur qu’aujourd’hui ». Julien Tchad ne chercha pas à en savoir plus. La dernière phrase du croupion résonna dans le silence : « Et tout ça pour mourir sans jamais avoir gagné un seul Ternay Tour »
Quand le policier retrouva Nadine, il n’avait plus aucune certitude. Cette enquête qui semblait difficile lui paraissait maintenant insurmontable. La liste des suspects s’élargissait d’heure en heure. Douze heures maintenant que le meurtre avait été commis et il n’y avait rien. La moitié du délai qui lui avait été accordé pour pouvoir garder tout le monde sous la main s’était envolé pour rien. Nadine s’approcha de lui et mis la main sur son épaule. Le policier se mit à table. - Si vous saviez le portrait de Dédé que je viens d’entendre. - On vous a parlé des ses activités « annexes » ? - Au moins d’une partie. Tout le monde semblait avoir un bon motif pour le tuer. Au pire, ce sont même ses fameux collègues qui avaient le moins de raison. - |