Le sujet de la tréandise a provoqué moult réflexions et se solde par un débat animé qui ne manque pas d’intérêt. Au-delà des divergences philosophiques d’approche de la tréandise et des contingences de tout ordre, l’analyste Alain Béchamel (*) a tenté d’explorer une autre voie… en articulant la problématique de la tréandise à l’évolution du jeu de la Grougniat.
La rédaction l’en remercie, alors même que Alain Béchamel est en train de couvrir le lancement de la campagne électorale à la présidence de la Fédération de Tarot du mid-west érythréen entre Saul Ketchup et Gary O’Lay.
LA TREANDISE, UNE NOUVELLE ERE POUR LA GROUGNIAT ?
La tréandise consiste en tout état de cause à s’engager dans la course au bourron sans le jeu qui convient. Elle consiste donc dans un bluff : faire croire au jeu, pour appeler les bons jeux.
Elle est donc malhonnête. Forcément malhonnête.
Mais elle a sans doute plusieurs points positifs.
D’abord elle complexifie nettement le jeu des annonces. En effet, elle fait rentrer la Grougniat dans une ère semblable à celle du poker, où les petits jeux peuvent empocher des mises considérables au nez et à la barbe des gros jeux. L’ère du bluff, qui consiste à impressionner l’adversaire et à le faire déjouer.
Ensuite elle oblige les joueurs autour de la table à des réflexions qui dépassent celles de leur simples cartes en main. A force de connaissance des uns et des autres, la Grougniat est entrée dans l’ère du « est ce qu’il bluffe ? »… agrémenté de « c’est pourtant pas son genre » … avec le piment du « en même temps c’est peut être justement pour ça… »… autant dire que chacun doit veiller à ne pas être dans un jeu trop typé, varier ses manières, tactiques et habitudes… progresser… non seulement dans le jeu, mais dans l’annonce…
Enfin, le risque de la tréandise plane : autant dire que celui qui a du jeu le sait pertinemment, il peut être tréandé. Donc il doit veiller à parler haut et fort, et vite, pour protéger son départ… sans quoi il intègre et accepte la possibilité d’une tréandise.
Sur la base de ces réflexions certes courtes et non exhaustives, on constate bien que la tréandise pousse les grands maîtres dans leur retranchement. En s’appuyant sur des interstices du jeu, la tréandise oblige les grands maîtres à aller toujours plus loin dans l’exercice de leur art.
On constate également que la tréandise est une véritable incitatrice à l’annonce haute. Pour se protéger d’un acte de tréandise, celui qui a du jeu est tenté de verrouiller les annonces… la tréandise a donc le mérite de prévenir les écrasages sans risque, voire les épiceries…
Tout en poussant à la faute… parce qu’en verrouillant, le partant s’est peut être engagé dans trop grand pour lui… et multiplie son risque de chute..
La tréandise devient donc aussi une arme d’attaque préventive ou de dissuasion… et sa simple agitation peut avoir des effets dévastateurs… bluffer une tréandise pour amener l’autre à partir trop haut et à monter au delà du raisonnable… ou bluffer une tréandise pour empêcher quasiment tout départ … et partir avec un jeu raisonnable, sur une petite annonce, pendant que les autres parient sur votre malchance et votre chute…
On est donc bien rentré dans une ère stratégique de haut vol. Avec multiplication des possibilités.
Faut il encore que nul, autour de la table, ne fausse la donne par quelques gestes expressifs qui démasquent toute stratégie secrète.
*Alain Béchamel a 42 ans, il suit la Grougniat depuis bientôt dix sept ans pour le compte de l’institut Itsus. Formé par le célèbre humaniste kantien québécois Jérôme Himo au sein de l’Université Javal, il a notamment participé à la rédaction du "Traité pour une Harmonisation des Jeux de Cartes" et est l’auteur du best seller « Cartes aux Graphiques » qui a révolutionné l’approche de l’analyse statistique du Tarot. Repéré par les responsables politiques des différentes fédérations de Tarot du monde, il est consultant du DOIGT au titre de la mise en œuvre des réformes comptables de 1644 qui ne sont pas encore toutes en application. Elu Grand Maître d’honneur en 1987, il avait refusé l’intronisation… estimant dans son fameux discours de Terlombey les deux Chapelles qu’il ne méritait pas pareil titre … son discours est devenu le Grand Ode Définitif, sorte de texte référence dans la littérature grougniesque en matière d’élégies aux Grands Maîtres.







