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CHAPITRE XII
Scarlett s’installa sur le petit fauteuil qu’un des policiers avait positionné devant une simple petite table en bois. Julien Tchad demanda qu’on lui apporte un verre d’eau, craignant que son émotion déjà palpable l’empêche de s’exprimer durant l’interrogatoire.
Nadine était aussi dans la salle. Elle connaissait bien Scarlett et Tchad avait pensé qu’une présence connue la mettrait plus en confiance pour parler librement. Car le policier savait qu’il naviguait à vue : jusqu’à maintenant, tout avait tourné au fiasco. Les grands maîtres ne lui avait rien dit, il était passé à côté de tous les indices qui étaient pourtant sous ses yeux et le seul pseudo-suspect qu’il avait eu entre ses mains venait de se jeter par une fenêtre. Et il se trouvait là avec une des plus grandes actrices du moment, pour la mettre en cause sur la base d’une simple intuition et d’une vidéo. Autant dire qu’il lui fallait jouer serré, sans compter que d’ici à une demie-heure, le procureur de la République passerait sans doute la porte de cette salle pour lui signifier qu’il était relevé de ses fonctions et faire des excuses à la jeune demoiselle.
Il avait donc choisi de ne pas l’agresser d’entrée. Il voulait qu’elle lui explique ce qui s’était passé, sans la heurter, juste pour libérer sa conscience. Car de tout ce qu’il savait de la Grougniat, tout tournait autour d’elle. Et l’état dans lequel elle se trouvait confirmait son impression.
- Scarlett… Vous permettez que je vous appelle Scarlett ? J’ai vu tout vos films et ça me donne la fausse impression de vous connaître…
Nadine sourit en regardant la pauvre technique de séduction du jeune lieutenant. Scarlett hocha timidement la tête pour donner son accord.
- Je n’ai pas grand chose à vous dire. répondit t-elle d’une voix presque inaudible. Je connaissais Dédé, mais pas plus que cela.
- Pourtant vous aviez un contentieux avec lui…
Scarlett se figea d’un coup. La surprise provoquée par le policier lui fit disparaître touten evie de sanglot.
Nadine tenta de ne pas réagir au mensonge de Tchad. Elle savait que qu’il jouait son vatout sur ce coup là.
Le policier abandonna alors soudainement sa posture d’homme tranquille et tapa violemment du poing sur la table.
Scarlett comprit que tout était perdu et qu’elle ne pouvait plus nier en bloc. Il fallait tenter de sauver ce qui pouvait encore l’être…
Pour la première fois de cette longue journée, Tchad sentait en lui de la satisfaction. Enfin il touchait au but. Il lui fallait maintenant être prudent pour ne pas desserer l’étau…
- Il me harcelait sans cesse. Il voulait que je m’en aille, que je sorte de la salle et que je disparaisse dans la nature…
Scarlett explosa en pleurs sur la table. Elle ne pouvait plus contenir ses émotions.
- Comment a-t-il fait ?
- Il a tout organisé pour que je couche avec G.C. Il est ensuite allé prévenir Remy, avec qui je suis fiancé depuis six mois, deux jours avant la finale. Juste pour casser une éventuelle alliance entre les deux et les faire craquer.
- Et ça a fonctionné ?
- Plus qu’il ne l’espérait. Remy ne m’adresse plus la parole et G.C meure de jalousie dans son coin. Les deux ont explosé en vol pendant la session. Et je voyais Dédé qui s’extasiait sur sa chaise, alors qu’il n’avait pourtant rien à gagner hier soir.
- Et pourquoi vous a t-il demandé de partir ?
- J’ai voulu être là. Pour Remy. Pour lui montrer que ce n’était qu’un accident. Je l’encourageais sans cesse. Je voulais lui expliquer. C’est à ce moment là que Dédé est venu vers moi.
- Et Miller s’est interposé ?
- C’était mon ami. Je lui avais tout dit. Il voulait empêcher Dédé de me parler, pour qu’il ne me fasse par encore plus de mal… Et c’est pour cela qu’il est mort aujourd’hui. Pour me protéger.
La voix de Scarlett était emplie de spasmes de chagrin. Les paroles défilaient sans pouvoir s’arrêter… Tchad reprit sans lui laisser le temps de se remettre…
- Non. Je ne peux pas faire ça. C’est trop dur et trop injuste pour lui.
Le policier et Nadine ne comprirent pas tout de suite ce qu’elle voulait dire. Mais les pièces s’assemblaient une à une…
- Je ne peux pas laisser dire que c’est lui. Il n’a pas tué Dédé.
Nadine et tous les policiers présents s’arrêtèrent d’un coup. Seul Julien Tchad continuait sans sourciller son interrogatoire. En fait, il avait compris cela depuis longtemps.
Nadine n’en revenait pas. Sans aucune preuve, il s’était lancé à l’assaut quitte à faire tomber toute la procédure. A ce moment là, la porte de la salle s’ouvrit violemment. Le procureur entra dans la pièce avec un policier et un autre homme habillé d’un costume sur-mesure qui devait valoir plus cher que le salaire de toutes les personnes présentes dans la salle. L’homme prit la parole directement.
Mais la jeune actrice ne pouvait plus s’arrêter. Tout cela la dépassait.
Le procureur réagit alors pour la première fois depuis son entrée.
- J’en suis consciente et je l’assume, monsieur le procureur.
Ce dernier se tourna vers Tchad.
- Je n’ai pas besoin d’être sauvé, M. le procureur. J’ai fait mon travail et cela ne me procure finalement ce soir aucune joie particulière.







