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Publié le 07/11/2007
Par lagrougniat
Sa meurtirère demasquée et assassinée, La Grougniat sauvée du scandale, Dédé peut maintenant reposer en paix...du moins en apparence... Découvrez le dernier chapitre de "Killing Session", le thriller Grougniste de Jean-Christophe GROJEU.


Vous pouvez retrouver l'ensembre des chapitres en cliquant sur la catégorie "Killing Session" ou sur le lien ci-dessous :
http://blog.ifrance.com/lagrougniat/killing%20session







EPILOGUE

 
 

Un mois était passé depuis le drame de Courchevel. Les sessions avaient repris dès la semaine suivante et l’engouement du public avait décuplé, par cet instinct morbide qui peut habiter les gens par moment.

 

Nadine Amouk continuait de couvrir le Ternay Tour, assez contente en fait de se trouver au centre du microcosme le plus à la mode du moment. Elle était d’autant plus heureuse que tout allait bien dans sa vie. Elle avait revu plusieurs fois Julien Tchad et ils commençaient déjà à faire des projets, même si le jeune homme était maintenant chômeur. En effet, la question ne s’était pas posé longtemps de savoir qui allait être pris comme bouc émissaire au sein de la police pour cette maudite soirée. L’inspection générale des services avait statué en moins de deux semaines – un record – et Julien Tchad avait été « rendu à la vie civile » par une mise à la retraite anticipée et une obole en prime d’indemnités.

C’est sans doute pour cette raison qu’ils ne parlaient jamais de l’affaire. Le traumatisme avait été grand pour tous les deux, mais la vie avait en fait assez rapidement repris son cours normal. Julien s’intéressait même maintenant à la Grougniat et il n’était pas rare de le voir accompagner Nadine dans ses reportages.


 

Mais Nadine était seule ce soir là. Elle assistait à un événement rare : l’intronisation d’un nouveau grand maître. La commission de la DOIGT, l’organe supérieur de la Grougniat, avait créé l’événement en décidant d’élever au rang suprême la fille de Mme la Bourronne de Mesrine, l’une des deux princesses de Moldavie. Elle devenait ainsi à huit ans la plus jeune joueuse du Ternay Tour. La Grougniat tournait ainsi la page et oubliait déjà Dédé…

Nadine avait obtenu une interview exclusive des grands maîtres. Tous ensemble pour une fois. Cela constituait pour elle un réel challenge : les joueurs détestaient avoir à comparer leurs opinions et ces interviews donnaient toujours lieu à des joutes verbales surréalistes. Mais cette fois, Nadine avait bien l’intention de les emmener là où elle voulait…


 
-         Madame et Messieurs les Grands Maîtres, tout d’abord merci de me recevoir tous ensemble. Je sais que vos emplois du temps correspondent rarement.
-         Notre célébrité a ses mauvais côtés. Les interviews en font malheureusement partie. répondit Remy d’un ton très hautain.

Nadine ne nota pas l’agression et enchaîna…

-         Nous nous revoyons pour la première fois depuis les tragiques évènements de la finale du Ternay Tour. Comment avez-vous pu surmonter ce drame ?
-         La Grougniat exige ce détachement. reprit G.C Dialey. Nous n’avons pas le temps de nous apitoyer. La compétition est dure et n’arrête jamais. Nous réservons notre peine pour nos moments de solitude.
-         Vous avez sincèrement de la peine pour Dédé ?
-         Bien-sûr, coupa Diane. C’était un grand maître, peut-être le plus respectable de tous. C’était aussi notre ami. Sa disparition est le plus grand drame de la Grougniat depuis des siècles et nous y penserons sans doute toute notre vie. 


Il était temps pour Nadine de lancer l’assaut.

-         Mme la Bourronne de Mesrine, votre fille vient d’être nommée Grand Maître et ce après des années de lobbying de votre part. Est-ce pour cela que vous avez tué Dédé ?

Le silence qui suivit fut le plus glacial que la jeune journaliste eut jamais connu. Cingllette reprit alors la main…

-         Tué Dédé ? Mais vous êtes folle mademoiselle. Vous savez très bien qui a tué Dédé. Et cette femme est morte sans même avoir pu être jugée. Alors même si je n’ai pas pour habitude de défendre Mme la Bourrone, je vous prierais de faire attention à ce que vous dîtes.
-         Je n’accuse pas Mme la Bourronne en particulier. Je vous accuse tous les cinq. Je pense même savoir comment cela s’est passé.

Remy sourit et lança…

-         Alors nous sommes impatients de l’entendre, mademoiselle.
-         Je pense que vous aviez tous un motif pour tuer Dédé. Remy voulait autant que Scarlett se venger du piège dans lequel il avait fait tomber son couple. GC également ne voulait pas détruire son image sur ce stratagème, certes odieux mais qui ne méritait quand même pas la mort. Diane n’en pouvait plus des remarques incessantes sur son jeu et ses méthodes. Cingllette voulait que la rédaction de la Grougniat reconnaisse enfin ses titres, mais Dédé agissait en sous main pour le discréditer en permanence. Et Mme la Bourronne voulait non seulement lui faire payer de n’avoir jamais reconnu ses filles, mais surtout faire nommer l’une d’entre elle parmi les grands maîtres.

 

Mme la Bourronne de Mesrine ne sembla même pas étonnée.

-         Bravo Nadine. Vous avez trouvé au moins cinq mobiles. Mais si vous aviez mieux connu Dédé, vous sauriez que nous pourrions en trouver une bonne centaine d’autres. Cela ne prouve en rien que nous l’ayons tué.
-         Je vous rassure tout de suite : je n’ai aucune preuve. Je le sais simplement. Je pense que comme la session s’était terminée tôt et dans la confusion générale, vous avez prétexté auprès de Dédé que le vrai vainqueur du Ternay Tour devait se décider entre eux, en finissant la session dans sa suite. Une fois sur place, vous avez attendu que les personnes du public regagnent leur chambre d’hôtel et vous avez alors profité du bruit pour le passer à tabac. Je ne sais pas si vous aviez l’intention de le tuer, mais une fois que vous vous êtes aperçus de son décès, vous l’avez tranquillement installé dans son lit, vous avez tout nettoyé et vous êtes rentrés calmement dans vos chambres respectives.

G.C prit un air outragé. Mais son jeu d’acteur sonnait faux.

-         Et tout nous aurait accusés ? Vous êtes complètement folle, Nadine…
-         Vous aviez pensé à tout : des coups qui ne laissent pas de traces immédiates. On aurait découvert le corps le lendemain. Vu son âge, tout le monde aurait d’abord pensé à une crise cardiaque et les autorités ivoiriennes, son pays d’origine, se seraient empressées de réclamer son corps pour des funérailles nationales. Pas d’autopsie. Pas de suspect. C’est Scarlett qui a tout fait rater en laissant le corps dans l’eau pendant plusieurs heures. Les traces de coups sont ainsi sorties immédiatement.

Remy, en chef de bande, cherchait à parer les coups…

-         Scarlett ? Ne me parlez pas d’elle. C’était ma fiancée. Elle est morte aujourd’hui. Je vous interdis même de prononcer son nom. Laissez la reposer en paix.
-         Elle a reconnu le meurtre de toute façon. Je ne vois pas pourquoi vous inventez toute cette histoire, reprit Diane.

Nadine avait déjà réfléchi à ces réponses. Elle connaissait bien les grands maîtres et elle avait donc prévu de quelle manière ils allaient l’attaquer.

-         Mais Scarlett n’a jamais reconnu les coups sur le corps. La police a arrêté de chercher après sa mort. Mais ce point n’a jamais été élucidé dans les rapports. Elle ajuste admis avoir frappé Dédé à la tête avec une chaise. Mais elle n’a fait que découper de la viande froide. Elle ne savait sans doute même pas pour les traces de coups. Sinon, elle aurait lutté plus qu’elle ne l’a fait pendant les interrogatoires. Mais vous le saviez, ça, Remy ?
-         Vous m’accusez encore, mademoiselle. Je ne vais pas vous laisser raconter des inepties sans agir. Vous devriez vous méfier.
-         Je disais que vous saviez tout ça. Quand vous avez vu le corps de Dédé et l’état dans lequel se trouvait Scarlett, vous avez de suite fait le rapprochement entre elle et les blessures constatées sur votre « ami ». J’aurais quand même bien aimé voir vos têtes quand vous avez vu les coups de couteau et les impacts de balles. Ça devait être très drôle.
-         Gardez vos sarcasmes, repris Mme la Bourronne. Vous n’avez rien contre nous. Je ne sais même pas pourquoi nous vous écoutons encore.
-         Parce que vous êtes étonnés que quelqu’un ait découvert votre secret. Vous vous croyez tellement au-dessus de tout le monde, que vous n’en revenez pas qu’un « simple mortel » ait compris ce qui s’était passé.

 

Nadine triomphait. Aucun des grands maîtres ne bougeait plus.

-         Je reprends donc : Remy, quand vous avez compris pour Scarlett, vous y avez vu une occasion incroyable de vous tirer tous d’affaire. Vous l’avez culpabilisée autant que possible, de manière qu’elle raconte tout à la police au moindre interrogatoire. Son meurtre par Alex, c’était la cerise sur le gâteau :  plus de risque qu’elle ne parle, plus de risque que la police ne cherche plus avant, étant suffisamment dans l’embarras avec la mort de deux stars dans la même journée. Et au passage, vous vous vengiez ainsi d’elle, qui vous avait trompé avec votre pire ennemi.
-         Vous êtes dure, Nadine. Vous insultez sa mémoire en m’accusant.
-         Je n’insulte personne. Je vous donne ma version. Mais je vous tire mon chapeau. Non seulement votre plan était presque parfait, mais vous avez en plus avec vous la chance indispensable aux champions, « la goupille » comme vous l’appelez.

Cingllette se mit alors à applaudir.

-         Bravo, mademoiselle. Vous pourrez écrire un bon bouquin policier. Une fiction sans faille.
-         Je n’écrirai pas de roman, je vous rassure. De toute façon, je me fiche de vous voir ou non en prison. Je sais ce qui est arrivé et cela me suffit. Et puis, c’est malheureux, mais j’ai toujours adoré les crimes parfaits. Je vous en admirerai presque.

 

Remy se leva le premier.

-         Il semble que nous nous soyons tout dit. Nous vous laissons avec vos idées de gloire policière. Discutez-en avec votre chômeur de mari, ça lui rappellera le bon vieux temps.

Les cinq grands maîtres sortirent lentement, sans rien dire, en prenant bien soin de saluer la journaliste. Cette dernière était souriante. Elle en n’attendait pas moins d’eux. Mais elle avait prit du plaisir car à un moment, elle les a sentis déstabilisés. Et elle savait que ce moment était un instant rare.

 

Remy revint alors dans la salle, alors que Nadine rangeait ses affaires.

-         Mademoiselle. Vous continuerez à suivre le Ternay Tour ? Vous n’allez pas démissionner quand même ?

-         Je n’en avais pas l’intention… répondit Nadine, étonnée de la volte-face

-         Tant mieux. Ça serait dommage.
-         Je vous remercie, Remy.
-         Mais c’est quand même du gâchis d’être devenue journaliste. Vous auriez sans doute été un grand maître redoutable…

 

FIN

 
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