Publié le 19/07/2008
Par lagrougniat
Dans son premier recueil de poésie, Une Session en Enfer, Arthur Rambo décrit le mal de vivre grougniste et, même, déborde en conjectures métaphoriques pour toucher au sacré dans une expression davantage proche du mime vernaculaire que de la tradition hugolienne du verbe. En cela, Rambo est dans la droite lignée des plus grands poètes grougnistes et touche à la quintessence même du jeu dont il parle.
Certains critiques n’ont pas hésité à dire qu’Arthur Rambo, mort trop tôt d’avoir suivi les sessions à travers le monde entier alors qu’il était de faible constitution, « était celui qui avait le mieux su décrire, au mot près, l’alchimie délicate qui s’opère dans la neuro-physionomie grougniste ». Le funambule des mots, qui jonglait avec les vers et les rimes comme un Grand Maître avec les Gardes contres, poète maudit de la Grougniat du 19ème siècle, avait vécu de tumultueux amours avec Mlle La Duchesse de Mesrine, arrière arrière Grand Mère de Mme la Bourronne de Mesrine, Grand Maître actuelle et tenante du titre familial.
Il ne reste de son œuvre que de rares traces, retrouvées par une équipe d’archéologues aguerris, dans les restes incendiés de sa demeure américaine de San Francisco, suite au tremblement de terre du siècle. Ces traces vous sont ici exclusivement livrées. Voici les splendeurs d’Une Session En Enfer !
Le charbon de doigts
Les cartes arrivent par trois belles et mystérieuses Je les tournes une à une en retenant ma joie Je les aligne sans ordre et déjà fabuleuses Elles éclairent mon jeu s’éclaire et me laissent sans voix Je les caresse maintenant avant de les classer Les atouts ne demandent qu’à se mettre en émoi Les familles m’attendent pour enfin s’aligner Même les bouts sont là pour me tracer la voix Je lève doucement les yeux vers ce ciel bien noir Remerciant à la fois les Dieux et le hasard Pour ce jeu irréel qui ne vient qu’une fois Pour ce moment magique, une vie de combat Des sessions à maudire jusqu’à la sainte Grougniat Pour ce jeu magnifique, un vrai charbon de doigts

Les yeux injectés de cartes
L’homme s’éveille en sueur Il a mal dormi Il sort de sa torpeur Il descend de son lit Pas un regard perdu Pour la servante hagarde Il passe par les cuisines Et prend une poularde A peine commencé Le repas se finit Pas le temps de réver Ce jour sera pour lui Pas un mot pour sa femme Déjà il s’habille Pas le temps pour les dames Du moins pas aujourd’hui Plus de six jours d’attente Pour enfin les revoir Comme une mort lente Pour atteindre ce soir La session se profile Et déjà il revit Il traverse la ville Et enfin vient la nuit Il s’assoit doucement Déjà le jeu commence Les cartes volent au vent Comme dans une danse Il est prêt pour la guerre Et quand les autres partent Il n’est plus que colère L’œil injecté de carte
 Les jarrets à hauteur de visage
Je partais fier et beau pour ma première session L’uniforme sans pli sentait bon le jasmin Mon père m’avait donné son plus beau pantalon Car j’étais un grand maître depuis ce matin
Ma mère m’avait prévu un gros repas de fête Je m’en étais repu comme jamais avant Arrivé au dehors, ma monture était prête Je partais de chez moi, je me sentais vivant
Je m’installais bien droit sur mon fier destrier Ma grand-père était là tout seul à sa fenêtre Lui qui bien avant moi, il y a des années Avait eu les honneurs d’être nommé grand maître
Mais je ne savais pas qu’il resterait le seul Car ma monture tomba au détour d’un virage J’allais mourir ici avec pour seul linceul Les jarrets du cheval à hauteur de visage

Noir comme une garde contre
« O mon dieu faite tout pour que ne pas que je bouges Pourvu que mon teint pâle ne deviennent pas rouges Après des heures sombres sans espoir de victoire Le ciel bleu est revenu pour m’apporter la gloire
Pendant des heures mon jeu était resté blanc Pas un atout, un roi, ni même un pauvre blanc Et puis voilà qu’enfin vient le bout du désert Le jeu parfait est là et je redeviens vert
Il faut que j’appelle le roi qui va m’accompagner Le chien me fait marron :il s’y était caché Il est dit que ce soir la chute je rencontre Mon avenir est noir, noir comme une garde contre

Les points à la pelle
La récolte fut bonne en cet été pluvieux Sa famille mangera, il en était heureux Le blé d’or ruisselait dans sa petite grange Maintenant préparons la saison des vendanges Le soleil se levait quelques heures après lui Tous les jours il s’en va en plein cœur de la nuit Pour labourer ses terres et nourrir son bétail Préparer ses outils et trier ses semailles Il est bien loin le temps des batailles acharnées Des petites, des gardes contres et double poignées Des Ternay Tours gagnés, une vie de paraître Il y a bien longtemps, quand il était grand maître Aujourd’hui il oublie cette époque de gloire Uje vie de labeur à trimer sans victoire Oublié les sessions et les points à la pelle Il fallait bien choisir, il est parti pour elle
Nothing but the Grougniat !
Habib Liotec Critique Littéraire Grougniste
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