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Publié le 19/02/2009
Par lagrougniat
La montagne ne semble vraiment pas désireuse de libérer nos grands maîtres et les pauvres malheureux spectateurs. Voici un nouvel épisode de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...

Retrouvez la totalité du roman en cliquant sur le lient suivant : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/wild%20of%20grougniat






Chapitre 27 : UNE TENTE DANS SES PENSEES


Dédé et Cingllette ne perdirent pas de temps et rentrèrent aussitôt à l’abri. Ils se firent chauffer de l’eau, et laissèrent leur main près du feu. Cingllette estimait qu’ils avaient suffisamment de gaz pour se permettre de faire du thé toutes les deux heures.

Dédé sortait un carnet et récapitulait avec l’aide de son camarade l’ensemble des réserves dont ils disposaient. A eux deux, et après leur tour des tentes, ils en avaient une idée assez précise. L’idée leur traversa l’esprit que la mort de certains augmentaient les chances de survie des autres. Gestionnaire, Dédé remplissait les cases, augmentant la proportion de telle denrée par personne. Cingllette, malgré le serment des quatre, broyait alors un peu de noir.

Dédé s’en rendit compte : « Ne vous laissez pas gagner par des émotions superflues. Il sera temps de s’émouvoir quand nous en aurons le loisir. Je conviens que ces mots sont violents. Je conviens aussi qu’ils sont réalistes. Et que leur prix n’est pas plus élevé que ce que nous jouons, notre vie. »


Cingllette reprit avec calme. « Tout cela je le sais, Dédé. Tout cela je le sais. Et contempler cette vérité n’est pas sans laisser en moi une amertume que ce thé n’éteint pas. 

Dédé renchérit dans son esprit du moment : « Prenez ce thé pour ce qu’il est : une source de chaleur qui étanche votre soif. L’amertume appartient à ceux qui ont un toit, des réserves de nourriture, de l’eau et un lit. »
Face à cette cruelle situation, Cingllette ne voulait pas désarmer. « Certes, mon ami, et en cela notre serment est dans le vrai. Juste pour nous permettre de vaincre les périls qui s’abattent sur nous ! Mais je reste l’homme que je suis. Et quand bien même certaines émotions sont elles, à vos yeux, superflues en ces conditions que nous avons, je les trouve saines, car elle me garde humain ! »

Alors Dédé comprit ce que Cingllette avançait. Il n’était point en train de céder presque aussitôt après avoir fait la preuve de son mental, non… Cingllette était en train de négocier la suite ! Il fallait jusque dans l’épreuve rester humain, n’aller pas trop loin dans la froideur efficace, pour s’en sortir plus qu’en survivant. S’en sortir, c’était vivre après avoir survécu. Et pour vivre bien alors, il fallait sans doute être resté sensible dans l’épreuve. Ne pas trop s’oublier, ne pas trop lutter loin dans les abîmes.

Pour montrer qu’il avait comprit, Dédé alla plus loin que les seules réflexions de Cingllette : « Celui qui est mort, de GC ou de Rémy, n’aura pas à se souvenir. Qui a le plus de chance des deux ? »Cingllette conclut : « Nous devons penser que le plus chanceux est celui qui aura survécu. »

 

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