De temps en temps, l'encyclopédie vivante de la Grougniat Max Galère vous fait partager ces moments qui ont marqué la grande (ou la petite) histoire de la Grougniat...
Aujourd'hui : Le Bourron Perdu

Il s'appelle Thierry Néfaire, mais dans la ville de Saint Mulien Jolin Jolette (sud de la France), tout le monde l'appelle Titi. Un surnom sympathique pour un garçon malchanceux.
Abandonné par son père, puis par sa mère, il a erré de foyers en foyers pendant toute sa jeunesse. Adulte, il se retrouve livré à lui-même. Un temps dans la rue, il est ensuite aidé par la mairie pour obtenir un petit appartement de 14 m2, ammenagé dans les combles du gymnase de la ville. Il exerce deux emplois pour survivre : boulanger le matin de 5h à 7h, puis maçon de 16h à 18h. Lui qui révait de devenir astronaute a dû très vite oublier ses rèves de gloire. Sentimentalement, ce n'est pas mieux. Il a eu une copine une fois, mais ça n'a pas dépassé douze heures.
Mais dans le village, tout le monde l'aime bien Titi, c'est un peu la mascotte, toujours prêt à donner un coup de main ou à discuter au bar de la Place, son repère la plupart du temps.
La seule vraie raison de vivre de Titi, ce qui le fait tenir, ce sont les dimanches. Car Titi ne va pas à la messe, ni à la chasse, ni même au foot. Non ! Il fait comme des millions de personnes, il chasse la trouvaille et la perle rare. En somme, il arpente les VIDES-GROUGNIAT.
Tout ceux qui ont eu la chance de participer à un vide-grougniat le savent : les occasions sont rares de pouvoir trouver autant de merveilles liées aux sessions. Vieux jeux de tarot ayant servis sur le Ternay Tour (ou du moins c'est ce que disent les vendeurs), bourrons décorés à la main, pions en ivoire de synthèse, copies des registres de M. Le Croupion... On trouve tout (et surtout n'importe quoi) sur ces marchés gigantesques, avec son lot d'escroqueries (le vendeur qui a cédé à un couple de New-Yorkais la réplique exacte du palmarès de Mme la Bourronne doit encore croupir en prison). Mais il règne dans les vides-grougniat une atmosphère unique, festive et familiale, comme si l'esprit des grands maîtres imprégnait les lieux.
Titi adore ces endroits. Il n'a pas assez d'argent pour acheter, mais de temps en temps, il investit quelques euros dans un jeu de tarot usagé ou un livre sur le Ternay Tour 1977, l'époque où il regardait les exploits d'El Decouvror sur la télévision du Bar de la Place.

Ce qu'il ne savait pas, c'est que sa vie allait changer ce dimanche de Printemps dans son propre village, pour le grand vide Grougniat de Saint Mulien Jolin Jolette. Il est 5h du matin et Titi arpente déjà les allées de la foire qui se met en place. Il sait, comme les quelques antiquaires déjà sur place, que les meilleures affaires se font tôt le matin. Le reste de la journée, c'est pour les touristes. Et son regard est attiré tout de suite par une lumière qui vient d'un petit stand au fond de l'allée principale. Il s'approche et voit alors un superbe bourron, en plaqué or, sur qui le soleil a choisi de faire rebondir ses premiers rayons...
Mise à prix : 1€50. Titi hésite. Il n'a déjà pas mangé de viande depuis 3 semaines, cette somme est déjà plus qu'il n'en a sur lui. Mais la pièce est si belle. Il négocie avec le vendeur : 1€ tout de suite et une corvée de bois lors des premiers froids. Titi est fier avec son bourron si durement acquis. pour lui, cette merveille a plus de valeur que tout ce qu'on peut trouver de cher sur ce marché. Mais ce qu'il ignore... c'est qu'il a raison.
Car ce bourron n'est pas un pauvre gobelet fabriqué pour une fête des pères : il s'agit peut-être du bourron le plus ancien de l'histoire de la Grougniat. Une étude au carbone 14 le datera d'environ le XIIIème siècle avec notre ère et d'après les textes anciens, les plus grands spécialistes archéologiques grougnistes pensent qu'il s'agit du fameux "Bourron de la Mer Rouge", qui aurait été utilisé par Moïse lors de sa fameuse session jouée au coeur de la mer entrouverte.
La valeur de l'objet est donc inestimable. Des milliers de collectionneurs tueraient rien que pour pouvoir l'approcher et il faut bien l'avouer, peu de personnes pensaient que la pièce existait vraiment. Et voilà qu'on la découvre dans un petit vide-grougniat de campagne, maintenant dans les mains du malchanceux du village, qui vient d'acheter son destin pour 1€ et une corvée de bois...

L'histoire est donc belle... ou du moins aurait dû l'être. Car Titi ne deviendra jamais riche et célèbre : un antiquaire ayant répéré que le bourron valait sans doute plus que ce que Titi avait mis pour l'acquerir, il proposa à notre pauvre bougre la somme de 500 € pour qu'il se sépare de son trésor. Alors que tout le monde aurait eu la puce à l'oreille de se voir proposer un tel pécule, Titi fut obnubilé par cette fortune qui se présentait à lui et céda, non sans un pincement au coeur, cet objet qu'il voyait maintenant comme son porte-bonheur.
Rassurez-vous, Titi ne sut jamais que l'antiquaire a cédé le bourron au Musée des Art Grougnistiques de Genève pour 17 Millions d'euros : il fut écrasé par une stère de bois alors qu'il exécutait sa "corvée à 50 centimes" chez le premier vendeur du Bourron.
Décidement, Titi m'était pas chanceux. Mais il aura offert au Monde qu'il redécouvre ce trésor de la Grougniat. Nous espérons que cet article lui rendra assez hommage pour qu'il figure enfin dans les livres d'histoire de la Grougniat.
Nothing but the Grougniat !
Max Galère
Historien Grougniste
Aujourd'hui : Le Bourron Perdu
Il s'appelle Thierry Néfaire, mais dans la ville de Saint Mulien Jolin Jolette (sud de la France), tout le monde l'appelle Titi. Un surnom sympathique pour un garçon malchanceux.
Abandonné par son père, puis par sa mère, il a erré de foyers en foyers pendant toute sa jeunesse. Adulte, il se retrouve livré à lui-même. Un temps dans la rue, il est ensuite aidé par la mairie pour obtenir un petit appartement de 14 m2, ammenagé dans les combles du gymnase de la ville. Il exerce deux emplois pour survivre : boulanger le matin de 5h à 7h, puis maçon de 16h à 18h. Lui qui révait de devenir astronaute a dû très vite oublier ses rèves de gloire. Sentimentalement, ce n'est pas mieux. Il a eu une copine une fois, mais ça n'a pas dépassé douze heures.
Mais dans le village, tout le monde l'aime bien Titi, c'est un peu la mascotte, toujours prêt à donner un coup de main ou à discuter au bar de la Place, son repère la plupart du temps.
La seule vraie raison de vivre de Titi, ce qui le fait tenir, ce sont les dimanches. Car Titi ne va pas à la messe, ni à la chasse, ni même au foot. Non ! Il fait comme des millions de personnes, il chasse la trouvaille et la perle rare. En somme, il arpente les VIDES-GROUGNIAT.
Tout ceux qui ont eu la chance de participer à un vide-grougniat le savent : les occasions sont rares de pouvoir trouver autant de merveilles liées aux sessions. Vieux jeux de tarot ayant servis sur le Ternay Tour (ou du moins c'est ce que disent les vendeurs), bourrons décorés à la main, pions en ivoire de synthèse, copies des registres de M. Le Croupion... On trouve tout (et surtout n'importe quoi) sur ces marchés gigantesques, avec son lot d'escroqueries (le vendeur qui a cédé à un couple de New-Yorkais la réplique exacte du palmarès de Mme la Bourronne doit encore croupir en prison). Mais il règne dans les vides-grougniat une atmosphère unique, festive et familiale, comme si l'esprit des grands maîtres imprégnait les lieux.
Titi adore ces endroits. Il n'a pas assez d'argent pour acheter, mais de temps en temps, il investit quelques euros dans un jeu de tarot usagé ou un livre sur le Ternay Tour 1977, l'époque où il regardait les exploits d'El Decouvror sur la télévision du Bar de la Place.
Ce qu'il ne savait pas, c'est que sa vie allait changer ce dimanche de Printemps dans son propre village, pour le grand vide Grougniat de Saint Mulien Jolin Jolette. Il est 5h du matin et Titi arpente déjà les allées de la foire qui se met en place. Il sait, comme les quelques antiquaires déjà sur place, que les meilleures affaires se font tôt le matin. Le reste de la journée, c'est pour les touristes. Et son regard est attiré tout de suite par une lumière qui vient d'un petit stand au fond de l'allée principale. Il s'approche et voit alors un superbe bourron, en plaqué or, sur qui le soleil a choisi de faire rebondir ses premiers rayons...
Mise à prix : 1€50. Titi hésite. Il n'a déjà pas mangé de viande depuis 3 semaines, cette somme est déjà plus qu'il n'en a sur lui. Mais la pièce est si belle. Il négocie avec le vendeur : 1€ tout de suite et une corvée de bois lors des premiers froids. Titi est fier avec son bourron si durement acquis. pour lui, cette merveille a plus de valeur que tout ce qu'on peut trouver de cher sur ce marché. Mais ce qu'il ignore... c'est qu'il a raison.
Car ce bourron n'est pas un pauvre gobelet fabriqué pour une fête des pères : il s'agit peut-être du bourron le plus ancien de l'histoire de la Grougniat. Une étude au carbone 14 le datera d'environ le XIIIème siècle avec notre ère et d'après les textes anciens, les plus grands spécialistes archéologiques grougnistes pensent qu'il s'agit du fameux "Bourron de la Mer Rouge", qui aurait été utilisé par Moïse lors de sa fameuse session jouée au coeur de la mer entrouverte.
La valeur de l'objet est donc inestimable. Des milliers de collectionneurs tueraient rien que pour pouvoir l'approcher et il faut bien l'avouer, peu de personnes pensaient que la pièce existait vraiment. Et voilà qu'on la découvre dans un petit vide-grougniat de campagne, maintenant dans les mains du malchanceux du village, qui vient d'acheter son destin pour 1€ et une corvée de bois...
L'histoire est donc belle... ou du moins aurait dû l'être. Car Titi ne deviendra jamais riche et célèbre : un antiquaire ayant répéré que le bourron valait sans doute plus que ce que Titi avait mis pour l'acquerir, il proposa à notre pauvre bougre la somme de 500 € pour qu'il se sépare de son trésor. Alors que tout le monde aurait eu la puce à l'oreille de se voir proposer un tel pécule, Titi fut obnubilé par cette fortune qui se présentait à lui et céda, non sans un pincement au coeur, cet objet qu'il voyait maintenant comme son porte-bonheur.
Rassurez-vous, Titi ne sut jamais que l'antiquaire a cédé le bourron au Musée des Art Grougnistiques de Genève pour 17 Millions d'euros : il fut écrasé par une stère de bois alors qu'il exécutait sa "corvée à 50 centimes" chez le premier vendeur du Bourron.
Décidement, Titi m'était pas chanceux. Mais il aura offert au Monde qu'il redécouvre ce trésor de la Grougniat. Nous espérons que cet article lui rendra assez hommage pour qu'il figure enfin dans les livres d'histoire de la Grougniat.
Nothing but the Grougniat !
Max Galère
Historien Grougniste







