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Publié le 23/10/2008 à 17:25
Par lagrougniat
Remy n'est plus, G.C devient le patron qu'il n'a jamais voulu être. Va t-il savoir mener sa troupe à la survie ? C'est tout le problème de ce nouvel extrait de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...


Retrouvez la totalité du roman en cliquant sur le lient suivant : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/wild%20of%20grougniat






Chapitre 18 : LE COURAGE DE VIVRE SOUS LE PANACHE DES MOTS


GC ne pouvait plus perdre une seconde dans cette lutte entre géants. La nature s’opposait à lui, et il voulait l’affronter avec le talent de son courage le plus pur. Le temps jouait contre lui.

Il relevait aussitôt la tête du corps éteint de Rémy, dont les yeux fixaient un horizon improbable, et s’engagea, pesant les mots, à l’abordage de l’âme des hommes.

« Il me faut plus que vos forces, mes amis ! Il me faut plus que vos muscles ! Plus que votre résistance à la douleur, au froid, à la tristesse ! Il ne me faut pas même votre espoir ! Mes amis… nous sommes prisonniers de ces montagnes en furie… Elles ont pris leur Roi, Rémy, à la vie… et déjà elles le mènent loin de nous, à nos souvenirs, et à ses rêves les plus intimes… Mes amis… c’est notre vie maintenant ! Notre vie ! Le souffle qui s’échappe encore de vos lèvres crevées… la lumière qui entre dans vos yeux… ces sons qui vous parviennent… C’est notre vie, mes amis ! Notre vie ! Et ce n’est pas l’espoir qui nous guidera vers des plaines de chaleur et de paix… ce n’est pas notre courage non plus…
Non, mes amis. Nous ne sommes plus vraiment des hommes, nous commençons à regarder la mort avec envie ! La mort nous délivrera du froid qui brise nos pieds et nos mains… elle nous délivrera de la peur qui nous assaille au point d’en préférer la fin des choses plutôt que la lutte…
Et pourtant… De quoi avons nous peur mes amis ? De vivre ? Nous avons peur de vivre ? Rémy avait il peur de vivre ? Aurions nous peur de cela même qui nous tient là, et serions nous suffisamment fous pour préférer la mort, alors qu’elle est celle là même qui nous pousse ici dans ces retranchements inhumains ? Mes amis ! Ayons peur de perdre le sens de vivre… ayons peur de mourir en fous ! Nous nous croyons perdus ? Et qui a dit cela à part notre fatigue ? Et qui a dit que nous étions perdus à part notre soif d’en finir avec ses souffrances terribles qui sont là ? Qui l’a dit ? C’est la mort qui nous le dit ! La mort ! La mort !
Je ne veux ni courage ni espoir… je veux de la chair et du sang… je veux tous les soupçons de rage qui sont en vous… je veux de la moelle… du panache ! Des hommes qui, tant qu’ils pourront avancer, et parce que rien d’autre que leurs peurs ne les résout à la mort, continueront d’avancer et de se battre ! Mes amis… ne dormons pas ici… ici nous nous éteignons sans nous prémunir ni nous reposer… ici nous sommes voués à la mort lente… C’est peut-être du suicide, mais c’est notre chance !
Prenons le chemin de la nuit… nous n’y verrons pas moins bien que de jour, ainsi que cette tempête rendra le jour aussi sombre qu’un nuit d’apocalypse ! Allons, mes amis, allons pour Rémy, pour nos cœurs, et pour l’honneur des hommes ! »

On entendit voler la neige entre les hommes, étourdis.
Et dans ce même silence glacial, on entendit les survivants se mettre en route.
Publié le 09/10/2008 à 18:40
Par lagrougniat
La mort de Remy n'y a rien fait : un grand maître reste un grand maître et comme en sesion, l'instinct de survie est le plus fort. Découvrez un nouveau chapitre de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...


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Chapitre 17 : DES CRIS DANS LA NUIT


Etait ce les Dieux qui communiquaient entre eux, et dans leurs ondes des échos qui se glissaient parmi les êtres humains, laissant alors de ces vagues impressions qui se révèlent justes ?

Plus haut sur la montagne, sur le plateau où la session avait eu lieu, deux cris venus du fond des âges s’échappèrent des gorges de la Bourronne et de Diane.

Elles se regardèrent, effrayées par elles-mêmes, et la soudaineté réciproque de leur cri. Elles n’eurent pas besoin de s’expliquer les angoisses qui agitaient désormais leurs pensées. L’une, d’un souffle, dit tristement « GC… », pendant que l’autre, d’un souffle aussi, prononçait le nom de Rémy… Elles ne surent pas laquelle avait vu juste. Mais elles sentaient bien, aussi vraie qu’était cette tempête monstrueuse qui sévissait partout autour d’elle, que l’un des deux Grands Maîtres partis dans la descente était mort.

Et que les fureurs qui se déchaînaient étaient une oraison funèbre.

Elles retrouvèrent un long silence agité par leur visage perclus de tremblements. Et se serrèrent toujours plus l’une contre l’autre.



Publié le 29/09/2008 à 18:16
Par lagrougniat
La mort de Remy annonce t-elle la fin de la tempète ? C'est ce que nous allons voir dans ce nouvel épisode de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...

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Chapitre 16 : La tentation de la mort


Alors que les évènements s’étaient enchaînés depuis plusieurs heures de mal en pis, le moral était devenu une arme de survie. Et la survie était devenue le maître mot de ces hommes en perdition… La vie en elle-même n’avait de sens que dans le combat pour la garder.

Aussi la mort de Rémy, au cœur de son royaume, dans la foulée de cette session exceptionnelle qui devait être SA session, sonnait comme un coup de tonnerre qui traversait les corps de part en part, et brisait chairs et os, foudroyant le cœur par un cruel symbole.
Mon Dieu que tout était odieux dans ces heures noircies par l’horizon macabre ! Mon Dieu que le combat mené était celui d’une nature aussi terrible que réaliste !

GC ne sentait que trop bien le poids de la mort de Rémy parmi les survivants autour de lui, il ne le sentait que trop bien alors que lui-même, malgré tout son courage, vacillait au plus profond de son âme… Pourquoi vivre encore ? Pourquoi se battre ? Pour quelle vie ? Pour quels buts ? Pourquoi ? Et les membres des corps rompus et tors étaient là, hurlant de froid, de fatigue… et les idées ressassaient le tableau désespérant de la situation… et les questions qui s’amoncelaient par-dessus immisçaient doucement l’horrible souhait de mort… La mort, cette maligne, se grimait dans ses habits de repos, s’affairait à paraître plus douce que le calvaire de vivre…

Et GC ne sentait que trop bien combien glissaient les hommes autour de lui dans cette pente autrement plus envisageable que la survie semée d’humiliations, d’efforts insupportables et de douleurs terribles, GC ne sentait que trop bien combien il glissait lui-même vers cette inimaginable envie de s’abandonner aux bras de la mort.

O combien le mental était devenu le muscle premier de la survie des hommes ! ô combien GC, dans un éclair, en eut l’intime conscience… tel un sursaut dans son corps, un coup de sang qui se rappelait à sa nature, et appelait à vivre, à vivre encore, à refuser le sort de la fin, à se battre jusqu’au dernier souffle, à mettre en œuvre les ultimes soupçons de volonté dont l’énergie battait encore au creux de leur cœur épuisé !

La mort perdait de ses atours, et son jeu se révélant, de malin devenait macabre… d’intéressant devenait effrayant. GC basculait du côté de la lutte. Si le sang était glacé, il l’était d’effroi. La mort, à nouveau, lui faisait peur. Et cette peur était celle, primitive, qui se passe sur chaque parcelle de peau, et serre de la colonne vertébrale jusqu’au moindre repli des cils avec la force d’un nœud qui s’étrangle, et dresse l’esprit à se concentrer dans un élan de volonté implacable, et emmène avec lui les forces du corps au bout de leur possible. L’homme n’est plus alors celui qu’il croit être ; il est celui qui est : un animal en vie, capable de tout pour assurer sa survie sur Terre. Malgré les froids. Les souffrances.

Et quelque fut l’impossibilité des choses !

Publié le 22/09/2008 à 10:35
Par lagrougniat
Et si tout cela finissait mal ? C'est le moment de découvrir la suite de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...

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Chapitre 15 : PRIS AU PIEGE

Rémy levait les yeux de la carte mais on ne voyait quasi pas mieux son regard. L’iris était caché par les gelées qui tombaient de ses sourcils. « Je ne saurai dire exactement où nous nous trouvons, mais si ce que je crois est juste, alors nous n’avons pas fais ¼ du chemin en deux heures. Nous n’irons pas au bout cette nuit. Nous devons camper là. » L’horreur se saisit de chacun d’entre eux. Et ils se demandèrent alors s’ils étaient encore tous là ! La mort était devenue si intime qu’elle ne les étonnait plus. « Nous sommes trois de moins », dit bientôt MacMahon, que la rage de ses erreurs faisait tenir vivant et droit.

Ils étaient pris au piège en effet, incapables d’aller plus loin, incapables de remonter au campement du départ, et sans matériel aucun pour monter un bivouac.
Sur cet amer constat, GC prit la parole à son tour : « Avons nous de quoi réaliser un igloo ? » Rémy répliquait dans la foulée : « A cette altitude la neige est si dure que cela peut prendre du temps et des forces ! » GC ne lâchait pas l’affaire : « Avons nous d’autres options ? Vous voulez camper, mais comment campons nous ? Si nous nous posons simplement tous les quinze les uns contre les autres, demain, nous serons quinze au paradis de plus ! »

MacMahon vit Rémy devenir rubicond. L’adversité héritée de la Grougniat était en train de reprendre les Grands Maîtres au milieu de la tragédie. Il intervint avant que Rémy ne réplique.
« Rémy a raison et GC voit juste ! Il nous faut nous arrêter mais nous devons nous faire un abris ! »

Sans attendre et car personne ne voyait bien d’autres solutions, ils se mirent à creuser la neige comme ils pouvaient. A certains endroits, elle s’avérait moins dure, et des blocs purent en être extraits au prix d’efforts intenses. Cette bataille qui s’ajoutait à celle qui avait été menée pour descendre jusqu’ici faisait des ravages dans les rangs. Rémy mit vite un genoux à terre, et d’autres. GC redoublait d’énergie pour terminer rapidement la tâche. Quand un semblant d’abris fut prêt on y mis en priorité ceux qui avaient baissé les bras, abattus par la fatigue. Deux d’entre eux ne furent pas rentrés, qui étaient décédés sans bruit dans leur coin. Au plus mal, Rémy s’adressait doucement à GC : « Cher ami, vous me semblez fort et taillé pour le courage. Cet abris vous permettra de passer la nuit. Demain, regardez sur la carte, vous devrez suivre les points que j’avais noté. Demain, GC, je ne serai plus là. Je le sens. »

Dans le regard de GC, nulle tristesse ne passa, car il semblait que la tristesse ne soit plus possible en ce lieu. A la place, une sorte de vide s’engouffra en lui. Un vide qui parlait tout à la fois de conscience et de folie. Ces forces qui l’habitaient encore, étaient elles des forces saines ou l'expression même d'une folie qui le gagnait doucement ?
Il déglutit avant de répondre à Rémy : « Si vous deviez mourir pendant la nuit, je prendrai votre suite. Ne vous endormez pas, je vous prépare du thé. »


Quand il revint quelques minutes plus tard, il surprit les yeux de Rémy fixés sur le plafond de neige. La mâchoire était déjà rigide. Le Grand Maître était mort dans son Himalaya. Il recouvra son visage en rabaissant la capuche qui lui couvrait le crâne. Derrière lui, MacMahon suivait la scène et ne put réprimer une larme.

Au milieu de la tempête, un silence s’imposait alors. Comme à l’écho du cœur figé de Rémy. Un silence ténébreux mais beau. Un éclair zébra le ciel et donna de la clarté aux lieux alentours. La montagne, habillée d’épouvantes, avait des airs de veuve. Superbe de cruauté, elle semblait d’autant plus belle qu’elle venait d’ôter la vie à son plus célèbre amant.

Elle semblait d’autant plus belle que le mort reposait en paix, heureux sans doute, dans l’autre monde, de ne le plus partager qu’avec elle, sa montagne.

Publié le 09/09/2008 à 07:29
Par lagrougniat
La descente continue, mais les pertes sont lourdes. Les Grands maîtres luttent pour la survie de tous, mais sont-ils eux-même à l'abri ? C'est tout le sujet de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...

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Chapitre 14 : PARMI LES FEUX DU FROID



C’était un véritable capharnaüm où l’on ne pouvait rien distinguer de la montagne ou du ciel… et les pas de Rémy, à chacun d’entre eux, se préparaient à leur dernier mouvement.

Juste derrière, GC suivait sans perdre espoir. Il s’accrochait avec le mental d’un trappeur à la certitude de son destin. Il était GC, le Petit Prince de la Grougniat, que pouvait il lui arriver ? Si le destin l’avait mis là, c’est que là, sans doute, sans aucun doute, il avait quelque chose de grand à vivre et à accomplir ! Ainsi il avançait avec une sorte d’assurance. Et tous ces muscles étaient tendus vers l’objectif de rattraper le groupe parti plus tôt devant.

Rémy ne battait pas des mêmes certitudes. Il n’avait jamais marché à pareille altitude dans un climat si délétère. La nature leur envoyait en permanence le message de sa terrible grandeur. Et Rémy l’interprétait facilement comme une oraison funèbre.
Il se prenait à regretter d’avoir accepter cette marche, de n’être pas rester au campement. Un instant, il se dit que la vie était bien injuste avec lui. Puis il s’interdit cette pensée, alors même que des morts avaient été abandonnés derrière eux. « Il faut tenir, tenir… Ne serait ce que pour garder un ascendant psychologique sur GC si nous restons en vie par miracle ! » Il eut honte à nouveau de ses pensées, et se sentit surtout si imbécile de juger ce qu’il ressentait et pensait… « Si seulement je me faisais davantage confiance… si seulement je m’écoutais davantage… plutôt que de vouloir entrer dans je ne sais quelles cases que j’estime bonnes… »

Et les mètres, douloureux, avaient cessé de défiler. Perdu dans ses pensées intimes, Rémy s’était arrêté d’avancer. GC qui avait cru d’abord que le tibétain s’assurait de prendre la bonne route, comprit qu’en fait il s’était évanoui dans des rêveries. Il comprit le danger et se mit à hauteur de Rémy pour le tirer des songes.
« Rémy, nous devons nous concentrer chaque seconde. Nous concentrer, ou mourir ! ».

La ballade aux enfers pouvait reprendre ses droits. Et les pieds souffrir le martyr à chaque pas. Le visage geler toujours plus dans les bourrasques hideuses d’un vent perçant comme des coups de couteau. Les mains prendre appui sur les parois ou les sols et perdre de plus en plus de sensation. Les dos étaient des territoires de douleurs. Les muscles des jambes hurlaient. La gorge était brûlante de froid. La salive déglutie elle-même devenait une souffrance.

Parmi les feux du froid, ceux qui n’étaient plus aussi nombreux qu’à leur départ descendaient plus doucement que jamais, sans même savoir s’ils allaient dans la bonne direction. Cordée sans corde, ils se tenaient à quels espoirs, sinon aux forces désespérées que l’on dit relever de l’instinct de survie. Sortiraient-ils vivants de cette épreuve, ils en reviendraient après avoir passés des heures dans les bras glacés de la mort, ballottés d’un pas sur l’autre entre l’horreur de ce chantage ignoble qui fait miroiter l’abandon pour trouver le repos par la mort et cette espèce de rage sanguine, venue de l’au-delà des âges, et parcourant l’échine tout autant que la mâchoire, qui faisait tenir debout et aller de l’avant.

La colonne perdue dans les blancs et les noirs, serrées par tous les froids himalayens réunis en tempête, se regroupait à nouveau après une heure de marche.

Publié le 14/08/2008 à 18:55
Par lagrougniat
Fallait-il rester ou tenter de descendre dans la vallée en pleine tempète ? On ne le saura sans doute qu'à la fin de Wild Of Grougniat, le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...


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Chapitre 13 : LE DECOMPTE COMMENCE


Le bruit était fort qui frappait la toile de la tente.

Le croupion se tenait recroquevillé sur lui-même. Il était brûlant de fièvre et geignait sans arrêt. Aux questions de Dédé, il répondait de manière totalement incohérente. Dédé lui prépara un thé bouillant. Mais le croupion n’avait pas la force de l’avaler. Alors que Dédé s’apprêtait à le lui donner gorgée par gorgée, il sentit le pouls du croupion qui baissait doucement. Il reposa la tasse de thé, et prit plus chaudement le croupion dans ses bras. Il approcha son oreille de la poitrine du fidèle greffier de la Grougniat. Il lui sembla ne rien entendre. Prestement il ôta ses gants et pris le pouls à la gorge. Rien. Le croupion était mort sous la tente, là, dans le ronflement de la tempête. On n’entendit même pas le cri de Dédé déchirer la montagne.

Quelques mètres plus loin, Diane et Madame la Bourronne se serraient l’une contre l’autre. Fort justement, elles estimaient que leur chaleur corporelle était leur plus grande chance de résister au froid. De leurs lèvres crevassées ne sortait aucun mot. Le silence et ses rêves étaient leur refuge.

Cingllette avait entamé un tour de toutes les tentes. Quand il arriva dans l’habitacle de Dédé, constatant la mort du Croupion, il ne sut dire qu’une chose : « Nous avons deux autres corps à sortir des tentes. »

Avec quelle douleur qui leur tournait le ventre ils allèrent dans les tentes pour en extraire les corps éteints. Trois personnes étaient déjà mortes de froid. Les vivres ne suffiraient pas, et les tentes non plus, à tenir si la tempête ne se calmait pas.
Ils se regroupèrent dans la même tente. Pessimistes l’un et l’autre, ils finirent par partager le thé sans évoquer rien que ce qu’ils aimaient le plus au monde.
« Je crois que c’est le jeu, la Grougniat », dit Dédé. « Je crois que moi aussi… » lui répondit Cingllette. Dans ces heures sombres, comme ils voyaient clairs encore.

Le décompte avait entamé sa marche funèbre, et dans la nuit rôdait maintenant la mort autour des tentes. A chaque seconde qui passait l’on pouvait s’attendre à ce qu’un cœur cesse de battre. Cingllette et Dédé, face à cette opposition divine, luttaient selon leur goût, ainsi que lorsque sonnent le glas des dernières heures, il est venu le temps de l’essentiel.

Ils n’eurent pas besoin de mot pour prendre une nouvelle décision. Et l’on vit Cingllette quitter la tente pour rejoindre celle occupée par Madame la Bourronne et Diane. Il était suivi de près par Dédé.

Publié le 01/08/2008 à 07:42
Par lagrougniat
Les grands maîtres séparés, c'est une bien triste nouvelle. Mais quand c'est pour sauver leur vie et celle de centaines de spectateurs, c'est sans doute encore pire. Suivons la descente dans dans "Wild Of Grougniat", le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...


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Chapitre 12 : UNE DESCENTE AUX ENFERS


Ils marchaient depuis près de une heure quand Rémy ordonna la première pause. A la nuit s’était rajouté le brouillard. Il se dirigeait désormais à la boussole et selon ses souvenirs de la montée. Par chance, il était déjà venu ici quelques fois. Carte, boussole et souvenirs lui donnaient l’espoir de trouver son chemin.

Une fois tous regroupés autour de Rémy, ce dernier se mit à faire le décompte. Il arriva à 18 en se rajoutant à la fin. Deux personnes étaient restées en cours de route… Deux personnes dont chacun se surprit de la disparition… « Entre le vent et le brouillard… » Cette idée fut intolérable à MacMahon qui décidait illico de remonter les chercher. Il n’avait pas fait deux pas que GC l’arrêtait d’un cri prompt. « MacMahon ! Soyez sérieux ! Par ce temps, ils sont déjà morts ! Et quand bien même seraient ils vivants, nous ne les retrouverions pas ! Les retrouverions nous que nous ne pourrions rien faire pour eux ! »

Un silence traversa le groupe. Ils n’avaient pas de corde. Il était impossible de s’assurer que dans les prochaines étapes, aucun ne se perde à nouveau.
Si le froid anéantissait les odeurs de l’effort, il semblait redoubler la pression de l’angoisse sur les corps… et le parfum âcre de la mort se mit à planer entre eux tous. Cette montagne ressemblait à un cercueil.

GC sentit que Rémy n’avait plus la force de diriger, qu’il passait toute son énergie dans l’orientation. Si Rémy se trompait de route, c’était tous leurs espoirs qui étaient anéantis. GC devait donc épauler le Grand Maître du Tibet, et s’occuper lui-même de la motivation des hommes.
Ni une ni deux, il reprit à nouveau la parole.
« Combien de fois j’ai cru perdre une session ? Combien de fois ? Combien de fois je l’ai finalement gagné ? Combien de fois ? Tout est possible à qui sait y croire ! Tout est d’autant plus possible pour nous que cela nous paraît impossible ! Faisons le puisque c’est impossible ! Faisons le ! »

Rémy se tourna vers GC en le remerciant du regard. Il proposa qu’on fasse une pause après une nouvelle heure de descente. Et la marche au milieu de l’Enfer reprit son cours.


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