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Publié le 22/07/2008 à 12:03
Par lagrougniat
Qui va survivre ? Ceux qui sont restés ou ceux qui ont tenté la descente ? On ne peut pas connaître plus grand suspense que dans "Wild Of Grougniat", le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...
Retrouvez la totalité du roman en cliquant sur le lient suivant : http://blog.ifrance.com/lagrougniat/wild%20of%20grougniat
Chapitre 11 : LES DEBUTS DE LA SURVIE
Au camp de fortune qu’installaient ceux qui étaient restés, les dernières femmes s’étaient regroupées pour constituer des réserves de nourriture et de boissons. On y voyait encore un peu, malgré le brouillard qui commençait à tomber.
Dans les bourrasques tonitruantes, Cingllette, Dédé et quelques autres tentaient d’assurer la tenue d’une tente suffisamment grande pour tous. Mais le défi s’avérait impossible. L’emprise au vent était trop grande. On se résolut à monter plusieurs tentes de petites tailles, plus faciles à tenir au sol. Les vingt personnes redoublèrent d’effort, et ce fut tous ensemble qu’ils mirent sur pied dix campements.
Les doigts et les pieds des uns et des autres étaient rongés par le froid. Les dix tentes furent bientôt prises d’assaut par les corps harassés. Dédé, à peine installé et protégé par le froid, se rappela des vivres qui avaient été laissés en tas, sans qu’aucune tente ne soit approvisionnée. C’était le meilleur moyen pour que chacun meurt à petit feu, endormi sans rien à boire de chaud ni rien à mettre dans l’estomac. Abandonnés à la tempête, les vivres disparaîtraient en moins de deux heures.
Ignorant sa fatigue, Dédé reprit le chemin du dehors, laissant seul dans la tente le croupion perclus de crampes. Il alla de tente en tente pendant près d’un quart d’heure, parvenant à délivrer des vivres à cinq tentes seulement. Il insultait le monde intérieurement, pour se donner des forces et résister à la douleur du froid.
Alors qu’il soulevait une caisse pour une sixième tente, des bras vinrent soulager la charge. Cingllette était là, roc au milieu des frayeurs jouées par la montagne, prêt à donner à Dédé l’aide qu’il lui fallait. Il n’y eut pas un mot entre eux et Cingllette se dirigea tout de suite vers la sixième tente, pendant que Dédé préparait déjà d’autres vivres. En un quart d’heure supplémentaire, ils parvinrent à donner suffisamment à tous. Sans un mot encore, ils se séparèrent.
Publié le 14/07/2008 à 12:10
Par lagrougniat
Dans la tempète qui fait rage, les groupes se séparent. Pour mieux se retrouver en bas ? Pas si sûr... Continuons d'avancer dans Wild Of Grougniat", le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...
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Chapitre 10 : AVEC REMY DANS LA DESCENTE
Alors que Rémy étudiait la carte avec une certaine inquiétude, éclairé par le mince filet de lumière d’une lampe torche qu’il avait fixé autour de son front, Diane s’avançait vers lui. Elle était suffocante mais ses mots n’hésitèrent pas. Au milieu du tonnerre et des éclairs effrayants, elle ne pouvait pas y aller par quatre chemins. Rémy ne retint que l’information : Diane n’avait plus d’énergie, elle n’avait pas confiance, elle préférait rester plutôt que de partir. Les Justes volaient en morceaux. Mais l’heure était elle encore aux clans de la Grougniat ?
Cingllette prit le parti de rester auprès de Dédé pour veiller sur Diane. Dédé ordonna à Madame la Bourronne de rester auprès de lui. Et GC n’écouta que son panache, et s’abaissa au sol pour resserrer ses lacets. « J’y vais. J’accompagne le groupe des vingt qui redescendent avec Rémy. »
MacMahon regroupait quelques affaires dans un sac et décidait d’emboîter le pas de Rémy et de GC. Il partait avec ceux qui prenaient le plus de risque.
Dédé s’avançait vers Rémy à l’écart de l’agitation. « Peut-être ne nous reverrons nous pas, Rémy ! La descente que vous entamez est une aventure risquée. Mais ici, à 40, nous ne tiendrons jamais jusqu’à la prochaine rotation ! » Dédé replantait le décor. Sans doute avait il besoin de soulager sa conscience, alors qu’il mesurait pleinement les conséquences du choix qu’il avait prit. « Votre choix s’imposait, Dédé, c’est un choix difficile, nous l’assumerons ensemble, en Grands Maîtres que nous sommes. Ce bivouac que vous entamez sûrement pour plusieurs jours, car je ne crois pas à une rotation prochaine, sera une rude épreuve également. Gardez chacun à sa sérénité et son courage, vous en êtes capable ! » Sur ces derniers mots, Rémy tournait les talons et finissait les préparatifs. Dédé l’interrompit une dernière fois : « Bonne chance, Rémy ! Vous avez été un loyal adversaire ! » L’Himalayen, qui comprenait que cet instant était sans doute leur ultime échange à tous deux, gardait tout son humour délétère : « Je suis toujours loyal avec ceux qui ne me conteste pas de titre ! »
Rémy avait rejoint GC quand Cingllette se porta à hauteur de Dédé. L’aïeul souriait gravement. Gleuton lui frappa amicalement sur l’épaule, avant d’en rappeler Dédé à l’organisation du bivouac.
MacMahon se tenaient déjà aux prémices de la descente. Il avait regroupé les autres membres du groupe. On reconnaissait parmi eux quelques célébrités venus assister à la session des 8000. GC et Rémy sortirent de l’ombre et se tinrent debout devant tout le monde. Rémy fit un pas en avant et prit la parole.
« J’irai au plus court : nous devons rattraper ceux qui sont partis devant nous, accompagnés des meilleurs sherpas de l’Himlaya. Ils sont plus nombreux que nous. On peut donc estimer que nous pouvons descendre plus vite. Mais ils sont guidés par des gens d’ici, des spécialistes. Ça n’est donc pas gagné. Aussi je vous demanderai à tous beaucoup d’efforts. Et je vous suis déjà gré de donner tout ce que vous avez dans le ventre. La situation est compliquée. Nous avons des chances de nous en sortir. Ces chances, va pas falloir les perdre de vue. Pas une seule foulée. Messieurs, c’est parti ! »
Tout au long du discours, nul n’eut l’idée d’interrompre Rémy. GC se sentit prit de forces épiques… et comme la situation devenait des plus dangereuses, il était persuadé qu’elle était à même de faire exploser sa personnalité dans toutes ses dimensions.
Publié le 03/07/2008 à 07:52
Par lagrougniat
Des fois, la Grougniat doit savoir s'effacer, surtout lorsqu'il s'agit de la survie de plusieurs centaines de personnes. Voici la suite de "Wild Of Grougniat", le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...
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Chapitre 9 : LE NOUVEAU CHEF
L’opéra ténébreux qui se jouait sur le plateau himalayen que s’était choisi la Grougniat pour son Ternay Tour hommage à Rémy était une vaste vision catastrophique. Sans le sang froid plein de perspicacité de Dédé, l’horreur aurait surgi sans mal et, la folie des hommes rajoutée aux déchaînements de la nature.
MacMahon l’avait rapidement convenu : les soixante places devenaient prioritaires dans la mesure où le vol serait plus sûr, malgré le temps, que la marche. Les plus jeunes, les plus vieux, et les femmes, prenaient place. Leurs cheveux virevoltaient dans la nuit glaciale pendant qu’ils montaient dans les appareils, tympans battus par les hélices furieuses. Décidément, les détails s’encourageaient les uns les autres et servaient un menu complet de tragédie.
Les quarante restant avaient deux choix : partir à pied, se calfeutrer sur place pour la durée de la tempête, attendre une rotation d’hélicoptère. Pour l’hélico, le temps était de plus d’une demi heure. Si les hélicos pourraient repartir et, par ces conditions, rien n’était moins sûr. Restait l’alternative : partir ou rester.
La foule avait déjà quitté le plateau, et les meilleurs sherpas avec qui guidaient leur marche. Autant dire qu’un départ était risqué ; mais rester… ! Un frisson traversait l’échine dorsale de Dédé. Un nouvel éclair de conscience l’entraînait dans la foulée vers une ultime décision : « vingt rejoignent la première vague de descente, ils sont nombreux le premier groupe, à vingt, ils peuvent les rattraper. Rémy connaît les lieux, il les guidera ! Les vingt autres restent ici. Je reste avec eux. »
Rémy qui, depuis quelques minutes, assistaient au commandement de Dédé, quoique entrepris sérieusement par l’angoisse, se tint droit et sans rien dire, assumant le choix du chef. C’était la plus pertinente des options, et il était bien, de ceux qui étaient encore là, celui qui connaissait le mieux le terrain.
Passé ce raisonnement, il tremblait des pieds à la tête, regrettant jusque dans sa moelle de se retrouver en pareille situation.
Publié le 24/06/2008 à 17:24
Par lagrougniat
Quand les éléments se déchainent, une session doit-elle se poursuivre ? C'est toute la problématique de "Wild Of Grougniat", le roman posthume de Alain Shopainoulder que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...
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Chapitre 8 : PANIQUE A BORD
Les blancs éclairés et émouvants de la veille se transformaient en puissantes et effrayantes mâchoires qui, d’un mouvement noirci du ciel que zébraient de tonitruants éclats quasi sismologiques, se refermaient sans condition sur ses admirateurs éconduits.
Acquis à leur panique, ces derniers n’en étaient pas à se demander s’ils avaient été trompés ou s’ils avaient été naïfs. Ils n’en étaient pas à tenter de comprendre la faillite imprévisible de l’organisation du Ternay Tour. Ils n’en étaient pas à s’interroger sur la bonne marche à suivre pour se sortir de ce pétrin imprévu et inconnu. Aucun d’eux n’avait connu pareille situation. Aussi chacun suivait tout le monde, et la foule, malgré ses mouvements dissonants, suivait un semblant de direction commune. Le tout ressemblait à un charivari de morts vivants… et les fuyards portaient tous dans ces instants d’instincts de survie, en plus des marques de peur qui scarifiaient leur visage, pesant sur les épaules comme une apocalypse vestimentaire qui commençait à recouvrir leur corps, des airs de requiem.
MacMahon n’avait plus bien grand chose à faire. La foule avait prit le chemin de la descente : pour eux, ils croisaient les doigts, ainsi que pour tous les stadiers qui accompagnaient leur marche. S’ils rejoignaient le camp de base à temps, et que personne ne se perdait en route : le miracle aurait eu lieu ! Sa nouvelle priorité était double : il se focalisait sur les Grands Maîtres et les VIP. Plus d’une centaine de personne à évacuer par hélico ou en les faisant suivre la marche. Les hélico étaient au nombre de trois, ils pouvaient prendre chacun, en abandonnant le matériel, près de vingt personnes… Le calcul était simple : soixante personnes pouvaient partir, une quarantaine restait sur le carreau. Son regard était traversé par une flamme de colère, désespérée. Qu’avait il fait ?
Dédé ne le laissait pas plus d’une seconde au cœur de ce tourment soudain. Celui qui, le premier, avait quitté la scène, était là, moins de cinq minutes plus tard, changé et habillé, qui faisait face à l’organisateur. Rien dans ces gestes ni son timbre de voix n’indiquait qu’il cédait à une quelconque panique. Au contraire, l’homme maîtrisait ses moyens.
MacMahon comprenait qu’il n’organiserait plus le sauvetage du Ternay Tour. Dédé venait de prendre la main.
Publié le 10/06/2008 à 21:05
Par lagrougniat
La session bat son plein, mais McMahon a des doutes. Que pourrait-il bien se passer dans cette session des 8000 qui touche sa fin ? Avançons un peu plus dans "Wild Of Grougniat", le roman posthume de Alain Shopainoulderque nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...

Chapitre 7 : La Dernière Note
Ce qui se passait tenait davantage du miracle que du jeu. Partant pour empocher le succès, Diane et Cingllette, successivement, perdait tout en deux coups, s’appelant à chaque fois, et la Golden ne semblait pas vouloir avoir de fin. Le miracle, pendant ce temps là, avait lieu, Dédé et Rémy, grands profiteurs des deux chutes, reprenaient les rênes de la session…
Le public était en extase. Il était subjugué par les tournures de la session, et ses rebondissements en masse, tous plus fulgurants les uns que les autres. Il ne voyait pas, dans l’ombre, caché derrière la lumière qui recouvrait de son voile de splendeur des Grands Maîtres en pleine gloire, le visage blêmissant de MacMahon, ni se rapprocher de lui un Docteur Peillon alarmé… Le temps changeait à la vitesse d’un vol de Choucas. Il n’était plus question de Phoenix, de Cracoucas, de Calamar géant ou de Knut… Toutes les personnes présentes sur les lieux de la session couraient un grand danger. L’annulation n’était pas même le souci… et le souci était plus grand : comment allait on s’en sortir, à ces hauteurs là ?
MacMahon rentrait sur scène alors que Rémy annonçait une garde contre sur un énième bourron à mille. L’empochait il qu’il gagnait la session ! Tous les sherpas présents dans le public gloussaient de plaisir… Les Grands Maîtres ne comprirent pas ce qu’il se passait alors que MacMahon faisait une intrusion soudaine et inappropriée près du tapis, rompant le protocole.
Seul Dédé avait connu cela. Une équipe de secours était montée sur scène à l’époque où Flairinho avait fait une attaque en pleine session. Dédé n’eut pas besoin de plus de temps pour savoir qu’il se tramait de graves choses. Il rejoignait déjà les loges lorsque MacMahon, prenant un ton solennel, demandait au public de rester calme et de suivre les instructions du personnel pour rejoindre le plus sereinement possible le camp de base, quatre heures de marche plus bas.
On entendait se clore la session des 8000 par un grondement intempestif de panique. Mais ce n'était pas le public qui grondait. C'était le ciel. Le ciel terrible de l’Himalaya.
Publié le 05/06/2008 à 07:54
Par lagrougniat
8000 mètres d'altitude, six grands maîtres... La session des sommets bat son plein. Mais une session peut-elle se passer sans cataclysme ? C'est tout le sujet de Wild Of Grougniat, le roman posthume d'Alain Shopainoulder, que nous livrons en exclusivité avant sa parution...

Chapitre 6 : Les doutes de MacMahon
Alors que se jouaient en scène les soubresauts de la session et que tout convergeait vers une fin fantastique, MacMahon déjà préparait la suite des évènements. La coulisse n’était jamais au repos. Auprès d’un expert en météorologie, le Docteur Peillon, il se renseignait sur les possibilités de descente dans la foulée. Les prévisions avaient tablé sur un retour au camp de base en quatre heures d’une marche tranquille. Mais à la nuit se rajoutait une baisse étonnante des températures, et un amoncellement de nuages bas qui n’annonçaient rien de bon.
A la grise mine du Docteur Peillon, MacMahon comprenait bien que les plans seraient peut-être à modifier et qu’il était dans tous les cas plus que préférable que la session se termine vite. Il partait déjà vers le Croupion pour prendre état de la partie. Le Croupion se retournait une demi seconde pour ne rien perdre du spectacle et assurer jusqu’au bout sa parfaite partition. Il échappait, à peine audible, une « Golden » qui rassurait MacMahon.
Mais il ne fallait pas traîner. Et si les Grands Maîtres en terminaient dans le prochain quart d’heure, le public devait être parti dans le quart d’heure suivant. Il envoyait aux stadiers des recommandations, re-précisant la démarche à suivre, et appelant à la plus grande maîtrise de soi. Pour le parterre de VIP, l’organisation s’assurait de la tenue ou non de la cérémonie d’après session. Au vue de la situation, MacMahon annulait les festivités et rappelait l’hélico des VIP au plus vite.
Un quart d’heure était passé, déjà, depuis qu’il avait demandé au Croupion… et les Grands Maîtres semblaient jouer toujours.
Publié le 23/05/2008 à 19:13
Par lagrougniat
Le poète écrivait : "Un coucher de soleil n'est rien à côté d'une session qui débute". C'est vrai, mais lorsque la session se passe à 8000 mètres d'altitude, les deux éléments peuvent se confondrent... et se déchaîner ! Tel est le sujet de "Wild of Grougniat", le roman posthume d'Albert Shopainoulder, que nous vous livrons en exclusivité avant sa parution...
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Chapitre 5 : UNE SESSION D'ALTITUDE
On eut dit une ascension, lente et prodigieuse, vers le sommet. Une ascension, lente et prodigieuse, dans le suspense. Le public oubliait les montagnes millénaires qui l’entouraient ; le public oubliait l’altitude qui gouvernait le ciel dont il puisait l’air de narines essoufflées ; le public oubliait tout et ne vibrait plus qu’aux mouvements de la table des jeux.
Autour d’elle, les six Grands Maîtres se relayaient pour les donnes à cinq joueurs. Inspirés sans doute par le théâtre qui les accueillait et cette nature auguste, les Grands Maîtres déployaient des trésors de technique et de stratégie. Aux chutes succédaient les prises de bourron ; aux échappées enchaînaient les retours à la terre ferme… Les ferveurs d’une victoire se calmaient dans les rappels d’une défaite. Et les Grands Maîtres, vaincus ou victorieux, ressemblaient à des héros. De ces héros tenaces et courageux, emportés par la fougue de leur âme, emportés comme au tumulte d’une vérité personnelle qui les guiderait au-delà de tout : il leur fallait gagner, gagner et jouer !
On eut dit une ascension lente et prodigieuse. Au pays des 8000, il n’était nul besoin d’être poète pour confondre les Grands Maîtres aux héros qui dépucelaient les sommets, aux mythes vivants qui osaient défier les chastes neiges et les arêtes abruptes. Cramponnés à leur score et à leurs cartes, ils ouvraient des voies nouvelles… oubliant l’exploit d’un coup par la réalisation d’une nouvelle performance sur le coup suivant !
Les Justes avançaient en cordée… Les madeleines s’accrochaient à leur but et refusaient de céder la moindre pousse. Dans la sauvagerie glaciale d’une session qui touchait à ses ultimes coups, madame la Bourronne dérapait la première et sur une prise mal ajustée se retrouvait à la traîne, perdue pour la victoire. Diane et Rémy ne pouvaient s’arrêter et continuaient l’ascension. Emportant GC dans sa chute, madame la Bourronne se tassait dans son fauteuil, comme pour s’abriter des vents extrêmes. Le Petit Prince de la Grougniat comprenait que Dédé et Cingllette ne seraient plus que deux à défendre les chances des Madeleines. En tête, la course faisait rage. Porté par le public, Rémy emmenait Diane dans ses pas, moins habituée à ses extrémités. Dédé, comme Diane, semblait se protéger quelque peu derrière Cingllette, qui ouvrait des brèches tant qu’il pouvait. Au moindre écart, il le savait, la chute serait fatale.
Charles Quintefleuche n’avait pas fait de commentaire depuis plus de deux heures ; une assistance respiratoire le soutenait en permanence. Nadine Amouk se tenait tout contre Alain Béchamel, pour gagner de la chaleur. Le ciel s’était couvert depuis les belles heures de soleil du début de session. La voûte céleste était peuplée d’étoiles et de bruit inconnus, dont les échos rappelaient sans cesse l’extraordinaire caractère de la session, et son dénouement proche.
Si généreux dans l’effort toute la partie, Rémy mettait genoux à terre. Dans le silence de sa tristesse, Diane entendait l’injonction supérieure : il fallait qu’elle gagne… S’il ne gagnait pas sur ses terres, il fallait que Diane la Chasseresse l’emportât. Mais rien n’était moins sûr, et l’appétit de Dédé et de Cingllette se nourrissaient de cet événement prometteur : Rémy hors course, ils gagnaient un espoir important de l’emporter. Dans ces dernières encablures, le moral d’acier valait garde contre ! Et celui qui voudrait l’emporter le plus longtemps, celui qui céderait le plus tard à la pression, celui qui saurait se dépasser le plus profondément, celui là gagnerait la session !
Pour autant qu’ils furent deux, les Madeleines oubliaient quelques détails… et Dédé qui lançait l’assaut final heurtait la paroi de pleine face, pris dans les mailles désespérées d’une Bourronne à bout de souffle… Le sort souriait à Diane, qui se retrouvait seule à seul avec Cingllette, au pied d’une terminale montée prodigieuse d’inconnus. GC et Rémy, restés plus bas et quasi à même hauteur, levaient la tête vers les deux derniers concurrents en lice… Dans leur cœur battant la chamade ne souffrait pas les mêmes élans…
Et si GC rêvait à la suprématie des Madeleines sur les terres de Rémy, ce dernier croisait les doigts, plein de confiance envers son acolyte des Justes !
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