2.3- Groupe de travail Agriculture et forêts
S'il est grand temps que l'on songe à l'énergie récupérée à partir de la biomasse comme l'une des alternatives à l'utilisation des combustibles fossiles, on peut être inquiet par le développement "d'une agriculture et une sylviculture efficaces" que prône le plan "Biocombustibles" présenté conjointement par les Ministères de l'Agriculture et de l'Industrie en avril dernier.
2.3.1- Le bois, énergie renouvelable
La filière mérite d'être réorganisée et son utilisation doit être encouragée par les pouvoirs publics. Cependant, cette filière connaît des limites :
- Les transports de la matière brute ou de la chaleur produite pourraient rapidement anéantir les efforts en terme d'énergie récupérée et de réduction des gaz à effet de serre. Il convient donc de n'envisager cette énergie que dans le cadre d'une relocalisation significative de son utilisation sur les lieux de production du bois.
- Le prélèvement de la totalité de la biomasse disponible en forêt (branchages, feuillages, sous étages, bois tarés...) conduirait à un déstockage trop rapide du carbone et serait préjudiciable à la biodiversité que les arbres morts contribuent à entretenir. Il conduirait également au non renouvellement des sols, autre puits de carbone à entretenir, et risquerait d'entraîner des apports d'intrants (engrais, pesticides) coûteux en énergie afin de maintenir des écosystèmes devenus incapables de s'auto entretenir.
- Il serait plus judicieux de reconsidérer l'utilisation du bois en papeterie pour la fabrication de trop nombreuses publicités et emballages qui encombrent boîtes à lettres et poubelles et posent également des problèmes de déchets et de transports. Une partie du bois servant à ce papier pourrait être affectée à la production de chaleur.
2.3.2- La production de biocarburants
- Elle pose les mêmes problèmes de transport et donc d'utilisation que le bois de chauffage et n'est donc valable que dans le cadre d'une utilisation locale.
- Elle risque d'entraîner à son tour une intensification de l'agriculture avec son cortège d'intrants (engrais, pesticides) coûteux en énergie et polluants pour les nappes aquifères et son gaspillage d'eau pour l'irrigation.
- Cette agriculture sera aussi une cible pour les grosses multinationales qui chercheront à imposer les OGM, ce qui ne fera qu'accentuer les effets cités précédemment et appauvrir la biodiversité.
2.3.3- La maîtrise des coûts de production agricole
S'il est en effet souhaitable de valoriser les déchets agricoles à des fins de récupération d'énergie ou d'engrais organiques, une des solutions de maîtrise des coûts de production passe d'abord par le choix de cultures adaptées aux sols et au climat de la région. L'économie d'énergie (chauffage des serres...), d'eau (irrigation) et d'intrants (coûteux et polluants) ainsi réalisée est le plus sûr bénéfice que peut espérer un producteur. C'est donc dans ce sens qu'il serait souhaitable de négocier les aides financières nationales et européennes.
En conclusion : si la biomasse constitue une des alternatives intéressantes au problème climatique, il convient d'étudier très précisément les potentialités régionales et de maintenir un juste équilibre. La valorisation de la biomasse ne peut s'envisager que dans le cadre de filières courtes, c'est à dire à l'opposé des "champs de biomasse" sur des kilomètres carrés de maïs, de tournesol, de peupliers et autres monocultures de pins.







