
Je vous invite à un voyage chronologique dans le temps, pour mieux comprendre l'évolution de la place du chat auprès de l'homme (même si je ne vous apprends rien), et ceci à travers les siècles passés.
A la différence du chien (que j'affectionne
aussi) en qui le loup
ne se reconnaît guère, le chat a toujours fasciné par l'air de parenté qu'il garde avec ses cousins sauvages, il peut encore abandonner ses confortables coussins pour retrouver ses instincts de prédateur.
Mais quel serait l'ancêtre direct du chat domestique ?
Une étude morphologique des momies de chats a permis de prouver définitivement que des trois chats sauvages connus de la faune égyptienne, le chaus, le chat de Marguerite et le chat ganté, seul le dernier pouvait être l'ancêtre de nos compagnons actuels.
Vénéré par les égyptiens (sous les traits de la déesse Bastet) détesté et torturé au moyen âge, le chat va peu à peu au fil des siècles, prendre une place importante dans la vie de l'homme suscitant le respect jusqu'à la fascination pour certains.
A partir de la deuxième moitié du 17ème siècle, le chat entre en littérature après avoir gagné les faveurs des milieux bourgeois et aristocratique .
De chasseur qu'il était, d'humble habitant du foyer, peu ou mal nourri, il devient un compagnon apprécié pour sa grâce et son élégance et commence à jouir d'un statut comparable à celui du chien. Peu à peu en gagnant la faveur des élites, le chat fait parler de lui et acquiert ses lettres de noblesse.
Dès le 18ème siècle, de nombreux peintres
ont fait le portrait de jeunes filles ou enfants tenant dans leurs bras ou ayant près d'eux un jeune chat. Parmi eux Fragonard, Goya, Boucher...
A cette époque on peut voir apparaître un début de sensibilité à l'égard des animaux (Sentiment presque inexistant jusque là !!!) Montaigne dénonce la cruauté enfantine envers les animaux, dans l'incompréhension générale (bien peu avait l'âme aussi sensible que lui).
Au siècle des lumières, les animaux, qui étaient jusque là sacrifiés à la Saint Jean (dont de chats), trouvent des défenseurs du moins chez les esprits éclairés, qui voyaient dans cette pratique une "honte de l'esprit".
En 1773, cette barbarie est définitivement supprimée grâce à Mme d'Armentières( femme du commandant en chef des trois-Évêchés). Autre ardent défenseur du chat à cette époque François Augustin Paradis de Moncrif (1687-1770), écrivit un ouvrage intitulé
"Chat", une première !!!
L'auteur y vante les qualités des gracieux félins et s'attaque aux préjugés infondés à son égard. Suite à la publication de cette ouvrage, considéré comme "gravement frivole" il récoltera de nombreuses moqueries (surnommé d' "historiogriffe" )et critiques (on le renvoie à ses gouttières) notamment de la part de Voltaire!!
Paradis Moncrif disait du chat :
"Il est impossible qu'on ne parvienne point à sentir que dans son chat, on possède un ami de très bonne compagnie
, un pantomime
admirable, un astrologue né, un musicien
parfait, enfin l'assemblage des talents et des grâces".
Il écrivait aussi :"A la différence du chien animal du besoin, "esclave fidèle"qui sent l'indigence prochaine, le chat va vers l'homme par pure tendresse et lui prodigue gratuitement, l'agrément de son commerce. On lui reproche ses griffes acérées, sans tenir compte des efforts constants qui lui sont nécessaires pour faire patte de velours. Ses sentiments sont élevés , son caractère fin et enjoué, son corps rempli de grâce et d'harmonie..."
Le chat s'accorde aussi parfaitement à l'esprit du 18ème siècle où apparaissent de nombreux salons littéraires intimes et confortables où l'on exprime librement ses pensées
Mais cet engouement soudain pour les chats, considéré comme un goût bourgeois,
suscite de violentes réactions de la part du petit peuple qui s'insurge de ce traitement de faveur envers un animal.
Cette évolution étonnante des sentiments à l'égard des chats ne laisse pas indifférent et l'on voit
s'opposer les défenseurs admirateurs inconditionnels aux détracteurs passionnés, tel que Buffon par exemple, homme de lettres et naturaliste éminent qui attribuait aux chats tous les vices. Il écrivait : "Le chat est un domestique infidèle, que l'on ne garde que par nécessité". Pour cet ailurophobe, le chat n'étant qu'un animal sauvage qui ne méritait aucune considération
.
Au 19ème et 20ème siècle, le chat conquiert les poètes et les intellectuelles
Grâce à des écrits tels que ceux de Champfleury (lié à Baudelaire, Théophile Gautier,
Courbet,Victor Hugo...)
on peut connaître la place accordée
au petit félin, notamment au 19ème siècle, qui est devenu l'animal
totem de l'artiste et le compagnon des gens d'esprit.
Charles Baudelaire sensible à la belle présence du chat à ses côtés
et sous le charme sensuel de sa voix
,
de son regard 
et de sa grâceélastique
lui a consacré trois poèmes, dont celui ci-dessous :
Les chats
("Les fleurs du mal")
Les amoureux fervents et les savants austères
Aiment également, dans leur mûre saison,
Les chats puissants et doux, orgueil de la maison,
Qui comme eux sont frileux et comme eux sédentaires
Amis de la science et de la volupté
Ils cherchent le silence et l'horreur des ténèbres;
L'Erèbe les eût pris pour ses coursiers funèbres,
S'ils pouvaient au servage incliner leur fierté.
Ils prennent en songeant les nobles attitudes
Des grands sphinx allongés au fond des solitudes,
Qui semblent s'endormir dans un rêve sans fin;
Leurs reins féconds sont pleins d'étincelles magiques,
Et des parcelles d'or, ainsi qu'un sable fin,
Étoilent vaguement leurs prunelles mystiques.
Et c'est en 1871, qu'a lieu la première exposition féline, à Londres. Son succès fut tel que la manifestation devint annuelle.
En France une exposition eut lieu en 1896 à Paris
(16 races étaient recensées)
et le Cat Club de France et de Belgique vit le jour en 1913.
Au 20ème siècle, appartenir au monde de la culture suppose que l'on chérisse les chats
et les intellectuels et personnalités littéraires, telles
que Colette, Cocteau, Paul Léautaud, Maurice Genevoix peuvent
afficher ouvertement l' attachement qu'ils portent à leur chat sans être raillés et critiqués.
Désormais le chat obtient sa subsistance sans devoir rien en retour, et comme le chien,
il occupe une place importante dans beaucoup de foyers jusqu'à être considéré
comme un membre de la famille et je me réjouis de cette évolution et de ce statut
enfin reconnu et mérité.

Ce texte savant rédigé et illustré par Valérie pour notre connaissance et notre délice MERCI | |