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La maison de l'escargot
Mon bloc perso.
J'ai entendu dans une interview l'autre jour : "Il est infiniment plus intéressant de vivre dans la fiction".
Je crois que c'est à peu près ce que je ressens.
A lire au fur et à mesure de mes fantasmes...
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Publié le 01 septembre 2007 à 11:55
Par lermaphrodite
 

Je ne savais même pas qu'il existait encore des trains-couchette. Enfin je ne m'étais jamais posé la question en fait. En arrivant on se croit dans un film. C'est la meilleure solution que nous a proposé le guichetier de la gare pour que le trajet soit moins pénible. Nous avons un compartiment à nous deux. Nous n'avons pas pris de billet retour, nous verrons ce que nous ferons ensuite. Mais j'ai quand même décommandé mon rendez-vous chez le Dr H.


Il est un peu plus de 22h, nous sommes dans le train. C'est Annabelle, la plus jeune de ses grandes soeurs qui vient nous chercher à la gare le lendemain matin. La cérémonie a lieu dans l'après-midi.


Gabriel n'a pas parlé pendant le trajet jusqu'à la gare ce soir. Je crois qu'il fait de gros efforts pour monter dans ce train. La dernière fois qu'il a fait ce trajet, c'était en sens inverse, ce samedi soir où il avait annoncé à ses parents qu'il allait faire de la musique son métier, qu'il avait réussi son examen au conservatoire, qu'il était à présent saxophoniste professionnel et qu'il entrait dans un groupe, qu'il allait passer sa vie à valser de salle de concert, en opéra ; de place de village, en studio d'enregistrement. Difficile à digérer pour un notaire qui espérait depuis la naissance de son fils unique qu'il prenne la suite... Ils s'étaient revus par la suite, froidement, pour des repas de famille ou lorsqu'il invitait ses parents à ses concerts importants, mais jamais dans la maison familiale.


Nous sommes allongés côte à côté sur la couchette du haut. Lui sur le dos, moi sur le ventre. Je le regarde. Je ne sais pas à quoi il pense. Enfin j'en ai une petite idée. J'essaie de détendre l'atmosphère. Nous parlons de choses et d'autres. Il a prévu de lire un texte à l'église, un texte qu'il a écrit. Mais il veut que je le lise avant demain après-midi, il ne sait pas si c'est bien. Je sais que ça l'est, mais je préfèrerais l'entendre de sa voix.On verra.



« Et est-ce que tu as prévu la façon dont tu vas me présenter à la famille ?


- heu, je t'avouerais que non ! Mais puisqu'on en parle, comment veux-tu que je te présente à la famille ?


- je n'en ai aucune idée... qui je suis pour toi ? Ah ha ! question piège, hein ?


- Agathe.... ma... mon amie... ?


- heureuse de l'apprendre ! [il rit]


- ma bien-aimée ? [je ris à mon tour] mon amante ?


- oui pendant qu'on y est dis-leur que je suis la fille avec qui tu as trompé Marie juste avant votre mariage !


- oui, non peut-être une autre fois... ma petite amie ?


- Pourquoi pas ta petite copine pendant qu'on y est ?

-
Ouai t'as raison, c'est bof quand même... on n'a plus 16 ans ! Ma bonne amie... ? [il rit de plus belle] Mon inspiration ? Ma muse ?


- ouai, j'aime bien la muse... [commençait à nous gagner ce fou-rire compulsif des moments de grande tristesse] ou ma bonne poire ?


- non, je ne me serais pas permis !


- pour le « bonne » ou pour le « poire » ?


- si on pouvait éviter les détails intime devant toute la famille lors des présentations, à la limite, je serais plutôt pour !


- c'est ta famille, c'est toi qui vois ! Moi j'aurais juste à rivaliser avec une photographe talentueuse et divinement classe et belle du haut de son mètre quatre vingt ! Alors au point où j'en suis...


- ... ma crevette ?


- oui c'est pas mal la crevette... c'est pas de la langouste, mais ça reste quand même réservé à certaines occasions particulières... ouai j'aime bien la crevette !


- bon, je vous l'emballe, la crevette ?


- déjà fait ! »



Je me suis endormie quelques heures plus tard, alors qu'il me caressait doucement le dos.

Arrivés à la gare, il me présenta sobrement « Agathe » à sa soeur, puis chez lui « mon Agathe » avec un infime clin d'oeil. Cette triste journée commençait plutôt bien.

Publié le 16 août 2007 à 14:00
Par lermaphrodite
 

Son père est décédé dans la nuit. Accident vasculaire cérébral. Il a été transporté d'urgences à l'hôpital mais il était trop tard. Ils l'enterrent dans deux jours. J'enveloppe délicatement ses épaules de mes bras, il a l'air complètement abattu. Il pose sa tête contre ma poitrine. Quand il la relève quelques minutes silencieuses plus tard, ses yeux ont laissé une petite auréole humide.



« En plus le trajet est affreusement long. C'est en partie pour ça que je ne vais pas les voir souvent. J'aurais dû y aller... mais je repoussais à chaque fois. Je vais aller à la gare pour mon billet.


- Tu veux que je vienne avec toi ?


- A la gare ?


- oui si tu veux, mais je pensais plutôt à l'enterrement...


- je ne sais pas... »



Nous en discutons sur le trajet. Il ne sait pas trop comment ça va se passer. Il n'a pas revu ses soeurs depuis des années. Ah si Gaëlle était allée le voir pour un concert il y a quelques mois. Il a peur de leurs reproches. J'essaie de le rassurer. Mais moi-même je ne sais pas. Est-ce que j'ai envie de rencontrer sa famille dans de telles circonstances ? Est-ce le bon moment pour qu'ils me rencontrent ? Je ne connais aucune de ses trois soeurs, ni ses cousins éventuels, oncles-tantes, ni même sa mère.


« Toutes mes condoléances Madame, je m'appelle Agathe, j'aime votre fils. »



« Je ne sais pas si j'aurais le courage d'y aller... [il a voulu descendre un peu plu tôt du RER pour marcher un peu avant de rentrer dans la gare]


- bien sûr que tu auras le courage ! Peut-être qu'il faudra que je t'injecte un sédatif pour te mettre dans le train, mais tu auras le courage d'en sortir. [il m'adresse un léger sourire de côté, les yeux luisants]


- Peut-être qu'il vaudrait mieux que je n'y aille pas... Tu sais je me suis disputé assez violemment avec mon père il a de cela quelques années, quand j'ai arrêté mes études de droit. Je crois qu'il ne m'a jamais pardonné que le seul fils de la famille ne reprenne pas son étude.


- Il a sûrement été très déçu mais il a compris, il a vu que tu étais bien dans ce que tu faisais, que tu avais du talent, que tu arrivais à en vivre... Les parents pardonnent, ce sont les enfants qui n'y arrivent que difficilement... Tu sais, je crois que c'est toi qui dois d'abord lui pardonner, de ne pas t'avoir fait confiance, de ne pas t'avoir encouragé à faire ce que tu voulais. Après tu pourras prendre ce billet de train et aller retrouver tous ceux qui comptent sur ta présence. [Il reste silencieux, le regard dans le vague.] Gabriel, [je lui prends les mains, l'oblige à me faire face] tu dois y aller. Tu dois être là. Tu as le droit, mieux que quiconque, de lui dire au revoir de vive voix. Tu en as besoin. Sinon tu le regretterais un jour ou l'autre... si tu veux on va prendre un petit déjeuner quelque part, on discute de tout ça ou de tout ce que tu veux, et après on va prendre ton billet, d'accord ? »



Il hoche la tête, comme un enfant qui remet sa vie entre les mains d'un adulte, se laisse entrainer par le bras dans un café. Il vide son sac. Le soleil nous éblouis, ainsi on ne distingue pas les larmes de l'autre.


Après avoir terminé son deuxième café il me prend la main et la plaque contre sa joue rugueuse.



« Si tu es toujours d'accord, j'aimerais que tu m'accompagnes. »

Publié le 31 juillet 2007 à 11:45
Par lermaphrodite
 

 

Les semaines suivantes coulèrent, douces et fraiches. J'aime les réconciliations ! Nous étions tous deux baignés de tendresse, enveloppés l'un dans l'autre, comme protégés du monde extérieur, comme si les choses se passaient d'elles-mêmes pour que nous n'ayons plu qu'à les savourer. Gabriel allait quelques heures par jour au studio de répétition pour peaufiner, parfaire ses compositions. Parfois je l'accompagnais, rarement lorsqu'il y avait les autres musiciens. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi. Je ne voulais pas m'imiscer dans leur travail, leur unité. Je n'avais d'avis à donner que si on me le demandait, et surtout si on me suppliait. Et la plupart du temps, je pu me féliciter des améliorations apportés sous ma houlette ! (mais chut...) Au point qu'ils me proposèrent de faire des choeurs sur l'une des chansons !



« on verra bien si vous voulez encore de moi au moment d'enregistrer !! »



Je redoutais le moment de LA conversation. Celle que je ne voulais pas avoir, remplie de choses dont je ne voulais pas parler. Par pudeur, par honte, par rejet ou je ne sais quel autre processus de refoulement. Je sortais de l'appartement (le sien ou le mien, histoire de varier les plaisirs !) deux fois par semaine pour aller en séance chez le Dr H. psychiatre renommé en son état. Il me mettait en garde contre mon propre bonheur... peut-être un prémice de rechute. Je ne voulais pas y penser. Je continuait mon traîtement, il n'y avait pas de rechute possible. Point final. Difficile de le convaincre quant à l'éternité que durerait mon bien-être, que durerait notre cocon.



Gabriel savait que je consultais un psy. Il n'en connaissait par contre pas les raisons. Il devait se douter d'une déprime passagère ou quelque chose dans ce genre-là. Je ne voulais pas le contredire. Mais le Dr H. insistait sur le fait qu'il devrait venir avec moi en consultation un jour, quand je serais prête. Pour qu'ils puissent (se) comprendre. Mais j'attendais un peu, pour l'instant aucun nuage à l'horizon.



Ce matin, j'émerge doucement d'un sommeil trop long, j'entends le bourdonnement de sa voix dans la pièce à côté. J'arrive à m'extirper des draps trop lourds, j'avance à tâton dans la pénombre de la chambre, les yeux mi-fermés. Je le trouve accoudé sur le comptoir qui sépare la kitchenette du séjour, le teint pâle.



« est-ce que Sophie est arrivée ? Oui... bin je sais pas. Je vais essayer de trouver un billet de train. Mais à mon avis je ne pourrais pas être là ce soir. Quoi ? Mais non ça n'a rien à voir ! [il semblait s'emporter un peu plus à chaque phrase] Je te dis simplement que j'ai plus de huit heures de voiture ou dix heures de train pour venir, que je ne me sens pas le courage de prendre la voiture dans mon état et qu'il n'y a qu'un train par jour ! Très bien, alors ne dis pas ça... Pour toi c'est facile tu es à côté ! D'accord. Oui excuse-moi. Je vous tiens au courant de mon arrivée. »

Publié le 01 juillet 2007 à 17:53
Par lermaphrodite
 

Ça faisait plusieurs mois que je n'avais pas pris le métro.

L'hiver ça a tendance à m'oppresser tous ce monde.

Là avec les beaux jours il s'est un peu vidé.

Je m'installe.

J'ouvre mon livre.

Je jette parfois un regard autour, regarder les gens.



Quelques dizaines de minutes et un changement plus tard, je marche quelques mètres. La maison de la musique est en face de moi.

Je reconnais le bâtiment. Les grands pans de béton et les poutres en bois.

Je prends ma place à l'entrée.

Je suis en avance, il n'y a pratiquement personne.

Je m'assieds sur le muret en brique et j'allume une cigarette.

J'observe les aléas des derniers techniciens qui déchargent le matériel.

Je m'attends à chaque instant à le voir surgir, là, devant moi.

Je ne suis donc pas surprise quand je le vois à travers la vitre du hall.

Il a l'air dépassé par les événements et tente visiblement d'expliquer quelque chose à quelqu'un qui n'a pas l'air décidé à comprendre...

Je ris intérieurement, ce qui doit juste esquisser un léger sourire sur mon visage.

Je ne crois pas qu'il puisse m'apercevoir de là où il est, étant donné que je suis au milieu des buissons, derrière l'agitation.

Il quitte mon champs de vision.

J'essaie de me pencher sur le côté, mais la lumière forme un contre-jour sur la vitre et je ne vois plus l'intérieur.

Je fume une deuxième cigarette, je n'ai pas grand chose d'autre à faire.

Une légère musique feutrée flotte dans l'air.

La porte s'ouvre et il apparaît. Il me fait signe.

Repérée !

Un jeune homme vient à sa rencontre et ils échangent quelques mots.

Puis il continue sur sa lancée, dans ma direction.

Il s'installe à côté de moi, en silence.



« je ne savais pas si tu viendrais... »



Il me tend une des deux bières qu'il avait à la main, et plisse les yeux alors que la fumée de sa cigarette les pique. Il me sourit.



« tu ne croyais quand même pas que j'allais rater le dernier concert de la tournée 2007... et je voulais tellement être bien placée que je suis arrivée trois heures avant tout le monde, pour ne pas me retrouver toute seule au fond à gauche de la salle !


- oui je comprends, j'aurais fait pareil »



Son sourire est chaleureux, teinté d'une léger voile de réserve, au-cas-où.



« je n'aurais pas aimé être le petit monsieur que tu engueulais tout à l'heure à l'intérieur...


- oh m'en parle pas... j'aurais préféré ne pas vivre ce moment non plus ! Le régisseur de la salle qui donne ses prérogatives... et c'est moi qui ai été chargé de négociation, évidemment... il m'a gonflé !


- [je ris doucement] j'ai vu ça oui ! »


Je le regarde en coin, le dévisage presque.

Il a l'air fatigué. Des cernes portent ses petits yeux bleu sombre.

Il sourit en comprennant que je le détaille.

Les faussettes qui encadraient son sourire sont toujours là, omniprésentes, évinçant tout le reste.

Il doit faire de même pour moi.

Doit sûrement me trouvée maigrie.

Mes joues pleines montrent à présent des pommettes saillantes. Mes formes se sont légèrement estompées.

Je ne mange plus beaucoup.



« Vous devez avoir pas mal de choses à faire avant le début du concert ?


- non ça va. On a bouclé les balances tout à l'heure. Après il faut qu'on s'échauffe et puis c'est bon. Mais on est assez cool ce soir... Concert de clotûre avant le studio, surtout famille-amis-proches...


- t'en es où de tes compos pour l'album ?


- ah... heu, je suis plus ou moins satisfait de ce que j'ai pondu, mais je suis censé avoir terminé... après il faut peaufiner un peu en répétition avec tout le monde. »



Un silence.



« et toi comment ça va ?


- plutot bien !


- tu en es sûre ? »



« Gab, qu'est-ce que tu fous ? Ah... salut Agathe... je ne savais pas que tu étais là... »



Il a l'air gêné. Peut être parce qu'il ne voulait pas nous interrompre.



« on va répéter "l'idée", Nat est arrivé...


- ok j'arrive. Viens [il se lève et me tend la main] tu nous donneras ton avis [je la saisie et la serre très fort dans la mienne] c'est une nouvelle. »



Il m'entraine avec lui en caressant doucement ma paume de ses doigts.

Et j'ai envie qu'il me serre fort dans ses bras.


Il est là, au creux de ma main.

Je ne veux plus le laisser partir.


Publié le 31 mai 2007 à 15:38
Par lermaphrodite
 

« En fait, ton problème c'est que tu as trop lu de tragédies antiques... Titus et Bérénice, ça n'est plus possible... même si c'est romanesque et beau, toi, tu n'as pas à choisir entre ton honneur, ton pays ou ton amour... alors fonce !! Vous vous aimez. Je ne vois pas où est le problème... »


Evan, qui en a marre de me voir tourner en rond - au cas où une illumination viendrait subrepticement anéantir tous mes doutes - s'est senti obligé de s'installer à côté de moi sur le canapé, genre "il faut qu'on parle..."



« je ne sais pas s'il m'aime...


- tu plaisantes j'espère ?

- Bin... non !


- Et alors selon toi, pourquoi est-ce qu'il t'a appelé ??


- je n'en sais rien... il se sent coupable de ma souffrance et de mon instabilité psychologique !


- je savais pourtant que tu étais naïve... [il soupire, les yeux tournés vers le plafond]


- ... bin quoi ?.... aller, explique-toi, maintenant que tu as commencé !


- comme si ce que je passe des heures à te disséquer pouvait influencer en quoi que ce soit une quelconque décision que tu ne prendras jamais...


- Alors déjà, le soucis, c'est que moi je n'ai pas l'impression d'avoir une décision à prendre ! Quelle décision ?


- Tu l'aimes oui ou non ? .... Tu vois ! rien que ça, tu n'arrives pas à y répondre !


- Tu n'as pas commencé par la question la plus facile... Tu sais toi quand tu aimes quelqu'un peut-être ?


- Mais tu sais bien que moi j'aime tout le monde ! Et puis on ne parle pas de moi...


- J'ai besoin de plus qu'une conversation téléphonique pour savoir si mon estomac se tord encore dans tous les sens quand je l'entends jouer, si je n'ai qu'envie de l'embrasser quand je le regarde et si je suis bien dans ses bras !


- eh bin voilà ! Tu l'as ta réponse grosse nouille !


- tu crois qu'il faut que j'y aille ?


- Mon dieu... on m'aurait donné une colocataire perspicace que mon quotidien n'aurait pas pu être plus palpitant ! ... Fonce ! »


Il a le don pour toucher la corde sensible. Celle qui ne produit un son que quand des doigts experts la pincent. Est-ce que les pimbèches qu'il ramène le voient sous ce jour-là ? Je l'espère.

Il m'avait pris la main. Je dépose sur la sienne un petit baiser, l'orage prêt à éclater dans mes yeux.



« Tu sais que tu ferais un très bon sujet de thèse ?


- On en reparlera quand tu auras validé ton année ! »



Je me prépare.

Les retrouvailles, les vraies retrouvailles, seront ce soir.

C'est décidé.

Publié le 01 mai 2007 à 22:12
Par lermaphrodite
 

« Vous avez reçu un nouveau message. »


Je pose le fer à repasser dans un jet de vapeur.

C'est lui.

Mais un mail collectif... Youpi...

Dernier concert de la tournée ce soir à la maison de la musique – 20h.


Je meurs d'envie de le revoir depuis son appel... Où en est cette barbe naissante qu'il laissait volontairement flouter les traits de son visage ? Ses cheveux ? Aura-t-il encore ce sourire resplendissant en me voyant ? Y aura-t-il des silences gênés ou le même flot de paroles qu'avant ?

Avant quoi d'ailleurs ?

Et si je me trompe ?

A-t-il eu d'autres conquètes pendant tout ce temps ?

Je n'en doute pas une seconde... un homme ne peut se passer de femme dans son lit trop longtemps ! Et n'importe quelle femme se damnerait pour y être...

Et moi ? Où est-ce que j'en suis ?

Qu'est-ce que j'ai fait depuis tout ce temps ? Rien.

Qu'est-ce que j'aurais à lui raconter de ces quelques mois (une éternité !) qui nous ont tenus à distance ? Rien.

La maladie ? Rien. Je ne veux pas lui dire. Je n'ai rien à en dire d'ailleurs ! Je ne sais même pas comment elle s'appelle !


« Mon ennemi invisible » comme dit Evan.

Celui qui m'empêchait de vivre normalement avant le nouveau traitement. Celui qui me ronge l'intérieur de la tête...

J'ai du mal à ne pas y penser en permanence.

Comme un étranger à l'intérieur de mon corps qui en prend le contrôle quand ça lui chante...


Moi aussi je chante.

Mon groupe de chant... Je m'y sens bien.

Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie autant à ma place.

J'ai même un solo. Pas sur toute la chanson mais une partie, c'est déjà pas mal !

En plus je l'aime bien cette chanson (Que sera sera/ whatever will be will be/ the future's not ours to see/ que sera sera) et je chante le couplet « when I grew up and fell in love... » n'est-ce pas merveilleux ?

A la dernière répétition, je me suis effondrée, en larme, pendant le dernier refrain. Trop d'émotions d'un coup ! La « prof » m'a félicitée : ça voulait dire que le courant passait. Il ne pouvait mieux passer effectivement. S'en est suivi un long débat sur la nécessité de ressentir des choses en chantant et d'exprimer réellement ce qu'on ressent.


Bref je cogite je cogite mais l'heure tourne !

Et je ne sais toujours pas si j'ai le courage d'y aller aujourd'hui.


Publié le 21 mars 2007 à 10:20
Par lermaphrodite

« Agathe ? C'est Gabriel »



Mon coeur s'est arrêté une seconde.



« je voulais prendre de tes nouvelles, savoir comment tu allais...

- je vais bien. »


Dans le genre délicatesse, douceur et bonheur de l'entendre j'aurais pu faire mieux !


« je te dérange peut être ?

- non pas du tout excuse-moi, je suis un peu surprise...

- oui, ça fait quelques temps déjà......... en fait j'ai su que tu avais arrêté les cours.

- ah... heu oui, ce n'est peut être pas la meilleure décision que je devais prendre, mais c'est fait. Je n'en pouvais plus de passer à côté de ma vie, de la regarder défiler sans pouvoir intervenir ; je n'étais à l'aise nulle part.

- Je peux comprendre... Et comment ça se passe, qu'est-ce que tu as envie de faire ?

- J'ai fait un report de scolarité pendant une année, une « année sabatique » en quelque sorte ! J'ai des tas d'envies !! Ecrire notamment, j'ai envie de voyager, de reprendre la musique peut être... de travailler un peu, s'il faut.

- C'est bien... mais tu pourras reprendre les cours après ?

- En fait j'ai fait un report pour cause de maladie, donc oui l'année prochaine je pourrais reprendre au deuxième semestre puisque j'ai validé le premier.

- Maladie ?

- ... je n'ai pas très envie d'en parler. Mais ne t'inquiète pas, ce n'est pas très grave !

- j'espère. »



Je ne voulais pas qu'il sache, qu'il se doute. Pas pour l'instant en tout cas.



« comment va Marie ? »



Tact, quand tu nous tiens...



« je m'attendais à ce que tu me poses la question... je l'ai vu il y a quelques semaines, elle est venue prendre des photos pendant la tournée. Elle va bien je crois. Elle est à nouveau avec quelqu'un. Elle a l'air heureuse...

- et toi... tu es heureux ?

- Joker... « je n'ai pas très envie d'en parler... » [il rit] Mais avec le groupe ça marche super en ce moment. On va bientôt entrer en studio... on a pas mal tourné ces temps-ci.

- Oui j'ai suivi un peu votre parcours de loin...

- Ah oui, de loin... ?

- Tu m'as vue c'est ça ?

- Evidemment que je t'ai vue ! Tu pensais peut être passer inaperçue toute seule, tout à gauche de la salle ? »



Je pouvais à nouveau sentir le sourire dans sa voix. Ça m'a retourné le coeur, le ventre, la tête. Les larmes me montaient aux yeux et nouaient ma gorge.



« en toute franchise, oui ! Je voulais vous voir et ne pas être vue. Te voir. J'ai surtout vu que Greg m'avait aperçue, je lui ai fait signe de ne rien dire.

- ... il n'a pas tenu sa langue...

- à propos de quoi ? [ je m'inquiétais]

- ... du fait que tu te sois effondrée dans ses bras. Mais ne lui en veux pas, il l'a dit sous la torture, je te le promets ! On t'avais tous vue...

- moi qui voulais me la jouer discrète !

- En fait on a tous cru t'apercevoir, et Greg nous a avoué que tu étais bien là...

- je voulais venir te parler, mais je n'en ai pas eu le courage... J'avais peur de ce que tu pourrais me dire ou me faire comprendre.

- Je ne te ferais pas souffrir à nouveau... »

 


Il avait parlé dans un souffle, ténu. J'aurais aimé en savoir plus, l'entendre parler davantage. Mais j'ai préféré changé de sujet, ne mesurant pas l'inclinaison de la pente qui approchait, j'ai préféré contourner.



« Vous entrez quand en studio ?

- dans trois semaines normalement.

- « normalement » ?

- on est un peu à la bourre dans la compo et les répetitions. Enfin, je suis un peu à la bourre dans mes compos, et on est à la bourre dans les répet à cause de mes compos. Mais pas uniquement, tout de même !

- inspiration difficile ?

- alcool difficile...

- pourtant l'alcool stimule la création non ?

- jusqu'à un certain point oui...

- je vois... »



Et nous avons rit. D'abord avec gène, puis avec complicité et malice.



« Tu m'as manquée.

- tu m'as manqué aussi !

- Je suis désolé je dois te laisser.

- Inspiration ?

- Peut-être ! Je te dirais ça la prochaine fois !

- Tu me rappelles bientôt ?

- Promis ! »



J'ai raccroché et pleuré mes crocodile pendant deux heures.

Publié le 30 janvier 2007 à 14:13
Par lermaphrodite
 

« Ça a commencé il y a dix minutes... »
Ce n'est pas la première fois en plus... c'est quand même rageant ! Pour sa soeur ça avait été pareil, allez savoir...



On n'est jamais là quand il faudrait, on doit se faire une raison : c'est comme ça ! Et ce n'est pas si grave. Il y aura d'autres choses que l'on ratera encore dans toute la durée de sa triste existence... on s'en veut terriblement sur le moment, puis on oublie jusqu'à la prochaine fois...



C'est comme ça qu'on rate toujours le début du film, le facteur avec son recommandé, le train, le bus, la saison des amours, la levée de la poste, l'ouverture de la banque, le jour de chance, le rendez-vous chez le gynéco et autre plaisir... Fatalement, notre vie se joue toujours à dix minutes près...



Mais tout de même... C'est un des moments les plus importants de sa vie, une étape franchie, un pas. Mal assuré, claudiquant... C'est un instant inoubliable qui va compter énormément, parce qu'il est nécessaire, parce qu'il est la base de tout le reste. Une première pierre. Un des moments les plus émouvants. Et sa propre mère n'est pas présente pour le voir, l'accueillir, l'encourager et le chérir. Heureusement que pour l'accouchement, on m'a obliger à être présente, sinon je l'aurais loupé aussi !



J'ai raté un des moments les plus émouvants de sa vie. Un symbole de volonté et de courage, de réussite et d'ambition. Parfois on aimerait tant revenir en arrière, rembobiner et recommencer... En mieux...



J'aimerais revenir à ce moment où la secrétaire m'a interpelée « Juliette, Mme Rosemond veut te voir... » Tout ça pour ça... pour me dire qu'elle avait été enchantée de travailler avec moi et patati, et patata... pour rien quoi ! Rien, mais quand même un bon quart d'heure de consummé !

Qu'est-ce que je ne donnerais pas pour l'anéantir ce maudit quart d'heure ! Remettre la pendule à 17h02 et tout recommencer...



Regarder la pendule, la photo sur mon bureau, remettre mon manteau, mon écharpe, attraper mon sac, attraper au vol le dossier de M. Leroux pour le poser sur le bureau de Françoise, la secrétaire, qu'elle me dise simplement « ah merci... tu vas récupérer tes pitchounettes ? Alors profites-en bien, bon week end ! » Chercher les clés dans mon sac, me mettre à l'abris du vent dans la voiture. Contact, musique, marche arrière... Arriver sur le parking en bas de l'immeuble, sonner, « entre » je monte, l'ascenseur, le coeur serré, l'appréhension, cinquième, je sors sur le palier "Langevin" la porte s'ouvre sur un petit museau chocolaté « Maman ! » elle me saute dans les bras...



« Salut ma puce ! Je suis contente de te voir ! » Je l'embrasse tendrement. Puis Martin. Pour une fois ça ne me fait pas cette drole d'impression quand je rentre. Cette impression qu'il m'attend toujours. Quand on était ensemble, il avait toujours ce regard de reproche, ce regard qui n'osait ni regarder la montre, ni la couleur du ciel, mais qui savait pertinement que j'étais en retard. Et bien non, cette fois, je ne le suis pas. « Comment tu vas ? » il me fait la bise. Il n'y a pas pire offense que de faire la bise à une femme qui vous aime et que vous avez aimé un jour. « Bien, dure journée... et toi ? » Il est en vacances, il avait gardé les filles toutes la journée. Au programme, coloriage, gomettes, sieste, Barbies et atelier patisserie pour Elise...



« Où est Anna ? » Mademoiselle est assise par terre, sous la table de salle à manger-cabane, elle donne à manger à Nestor-le-gros-ours. Quand elle m'aperçoit, son visage concentré se décrispe et ses lèvres se retroussent sur son quintette impétueux de dents : elle me sourit. Je m'accroupie à quelques mètres d'elle. « Tu viens me voir ? »



A cet instant, ni une ni deux, Anna laisse tomber ours et cuillère, s'extirpe de sa cachette, se met debout en s'aidant de la chaise qui la dissimulait à moitié, stoppe quelques instants, corrige son équilibre, appréhende la distance -trop-facile-je-me-lance- vacille un peu et ça y est, la course est lancée. Elle s'élance vers moi, sur ses deux pieds uniquement, à vive allure pour ne pas perdre le fil, la bouche ouverte, le regard fixe sur l'horizon. Elle marche. « Elle marche ! »



L'arrivée fut cahotique, heureusement Maman avait eu la bonne idée de tendre les bras, et sa poupette y tombe dedans, dans un grand éclat de rire. Elle est aussi stupéfaite que moi. On se regarde toutes les deux, Martin dans l'embrasure de la porte rit et n'en croit pas ses yeux non plus. Et l'ainée qui s'empresse de commenter « Bravo Anna ! tu vois ce n'était pas si compliqué ! »



Scène attendrissante que j'aurais voulu réelle...

Mais je suis arrivée dix minutes trop tard !

Le palier atteint, la porte était entrouverte, mais pas de museau chocolatée en vue, seulement un Papa, avec un certain regard de reproche -tu-es-en-retard- qui me dit vivement en se dirigeant vers le salon « Anna marche ! Ça a commencé il y a dix minutes !! »

Publié le 27 décembre 2006 à 10:58
Par lermaphrodite
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Joyeux Noël à tous et bonnes fêtes de fin d'année !


Publié le 12 décembre 2006 à 18:32
Par lermaphrodite
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