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La maison de l'escargot
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J'ai entendu dans une interview l'autre jour : "Il est infiniment plus intéressant de vivre dans la fiction".
Je crois que c'est à peu près ce que je ressens.
A lire au fur et à mesure de mes fantasmes...
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Publié le 05 septembre 2006 à 10:32
Par lermaphrodite
 

Pour la première fois depuis longtemps je me suis réellement reposé ce jour là.

Je suis étendue sur mon lit, le voilage ondulant devant la fenêtre ouverte, secoué d'une légère brise d'été. Les rayons de soleil percent les fines mailles mais sans laissé entrer la chaleur, si bien que j'ai parfois un frisson de fraicheur.

J'ai mis mon baladeur sur mes oreilles et j'ai ouvert un roman. Ça faisait tellement longtemps !!

Je suis là.

Je suis bien.

Je ne sens plus rien.

Seulement le moelleux des oreillers dans mon dos.

Je plonge directement dans une histoire différente de la mienne.

Je ne suis plus moi pour un petit moment et je rêvasse.

Je frémis, je souris, je transis pour une fiction et je ne pense plus à mes propres soucis, mes propres angoisses et mes propres dilemmes.

Ça fait un bien fou !!

Petit à petit, je m'endors.

Profondément.

Pleinement.

Je ne rêve pas, je sombre tout simplement.

Et je dors, sans me soucier de rien d'autre que de la raie ensoleillée qui réchauffe mon pied droit et me rappelle que j'ai froid. Je me mets sous ma couette et je dors...


Je suis réveillée par la sonnerie de mon téléphone sur l'étagère.

Il est presque onze heures du soir.

C'est Gabriel.

Je reprend mes esprits et décroche avidemment.


Il reste vague quand je lui demande comment il va. Je suis même incapable de dire si le concert s'est bien déroulé ou mal.

S'il est content de lui ou pas.

S'il m'en veut ou pas.

Il répond par trois mots au maximum, comme si un de plus pouvait trahir ce qu'il ne voulait pas que je sache « oui » « non » « peut être » « si, ça va. »


Je ne sais pas ce qui ne va pas quand je raccroche. Je ne sais même pas si quelque chose ne va pas ou si je me fais des idées parce qu'il était simplement moins loquace que d'habitude pour des raisons diverses.

Il m'a néanmoins raconté sa journée, évasivement mais bon, peut être les détails qui m'auraient fait plaisir n'étaient-ils pas important.

Peut être pensait-il que ça ne m'intéressait que dans les grandes lignes.

Je n'en sais rien.


Certaines personnes font tout pour savoir ce qui cloche, crever un abscès parfois inexistant, mais moi je préfère attendre, laisser couler : parfois les choses s'arragent toutes seules sans déchirement. C'est pour cette solution que j'ai opté.

Malgré les conseils d'Evan.

Rien ne pouvait assombrir mon humeur.

Et Gabriel avait droit à une petite baisse de régime, surtout quand je suis partie alors qu'il m'avait demandé de rester.

Je suis un peu déçue de son appel, comme lui a du l'être de mon départ.

Sans rancune.

Publié le 02 août 2006 à 11:26
Par lermaphrodite
 

De retour chez moi, je me sens plus sereine mais aussi plus vide.

Vide de tout ce que j'avais laissé là-bas...

Gabriel était loin. Mais de quoi est-ce que je me plaint ?

Il m'a demandé de rester, mais je n'ai pas pu répondre à sa demande.

C'est normal, je crois.


Evan était là, près à me psychanalyser dés mon arrivée. (Je n'ai pas encore précisé qu'il était étudiant en psyho, 3ème année...)



« on ne peut jamais savoir ce que font les gens de leur journées quand on ne les passe pas avec eux. Tu ne connaissais que sa vie en « temps calme » ; maintenant tu sais ce qu'elle est en temps normal...


- malheureusement je préférais le temps calme !


- toi peut être, mais pas lui...


- oui, lui il est dans son élément. Il adore tout ce qu'il fait, tout ce qui se concrétise pour eux heure après heure... c'est beau tu sais !


- toi aussi tu seras dans ton élément d'ici quelques jours !


- j'en doute de plus en plus... »



Il ne répond rien. Qu'est-ce qu'il peut répondre ? Tout est instable, rien n'est joué ni acquis.



« tu flottes entre deux horizons »



Voilà le genre de phrase dont il aime user pour clore une discussion.



«  tu peux être un peu plus clair ?


- tes deux horizons c'est d'un côté faire ta vie avec Gabriel, et l'autre être médecin. Et là pour l'instant tu erres et tu ne sais pas vers lequel tu vas te diriger...


- je n'ai pas besoin de me diriger, les deux ne sont pas incompatibles !!


- tu crois ça ?? »



Il a pris un petit rictus embêté. Un sourire gêné et triste.

Comme s'il pensait avoir fait écroulé tous mes espoirs, mais qu'il se sentait néanmoins soulagé de m'avoir fait part de son opinion.


Ce qui n'était pas complètement loin des faits actuels...

Si je réussi mon concours, j'aurais encore moins de temps à lui accorder qu'il en avait (et aura) pour moi. Pendant le reste des vacances en tout cas. Parce que l'année prochaine si tout va bien, je n'aurais pas à travailler en permanence comme cette difficile année passée...



«  oui mais à long terme ?


- le long terme a bien le temps de venir !! moi ce que je veux, c'est être à ses cotés (symboliquement) pour le moment. C'est la seule chose que je sais pour l'instant, après tout dépendra de mes résultats... Et je ne veux pas y penser jusqu'à mardi prochain... 


- comme tu voudras ! »



Moi je n'attendais qu'une chose, que Gabriel m'appelle le soir même. Et qu'il me dise que je lui manque déjà...

Publié le 28 juillet 2006 à 11:13
Par lermaphrodite
 

Le reste de la journée s'est plutôt mieux passé. Mais je ne me sentais toujours pas apaisée.

Etrangère à tout ce que j'approche..

Ces lieux, ces gens que je ne connais pas et dont je n'imagine même pas l'importance.

C'est beaucoup pour ma réserve !


Mais j'ai pris sur moi toute la journée, je l'ai suivi, souriante, avenante, mais entortillée de l'estomac !

J'ai discuté, je me suis présentée « Agathe, une amie de Gabriel... »


Je suis restée en retrait lorsque les sujets de conversations ne me regardaient pas.

Je m'instruisais, regardais avec curiosité, et tout cela m'intéressait énormément.

Mais toujours une chose me rappelait que ce n'était pas mon monde à moi.



Le tout suivi d'une plaisanterie du directeur de la salle sur mon age de groupie adolescente...


Gabriel a vu que ça m'avait blessée, peut-être cela l'a-t-il blessé aussi, il m'a souri tendrement avec un clin d'oeil malicieux. Ça a pourtant suffit à me rassurer.


Le soir venu, la préparation du concert prenant forme, concrètement, sous mes yeux et pour la première fois en entier.

Les mises au point entre eux, les conseils, les critiques, les discussions interminables... Je connaissais leur jargon à présent, après avoir demandé quelques explications tout de même !



Je profite de leur répétition pour m'installer sur une chaise afin de bouquiner un peu. Me retrouver dans mon monde à moi. A ma place.


En y réfléchissant, une compagne de musicien, (en admettant que ce soit ce que je vais devenir à long terme, en toute supposition conditionnelle) ne fait jamais partie de sa vie quotidienne, en tournée du moins. C'est trop prenant, trop intense pour qu'il y ait une place (non pas spatiale mais temporelle) pour elle.


Mais serais-je assez forte pour supporter ses absences répétées, ses insomnies lointaines, ses inspirations nocturnes ?

Alors que moi je devrais travailler pour réussir, avoir une hygiène de vie sans tache, sans rature, un cycle de sommeil stable...?


Tout ça me paraît un peu compliqué...



J'assiste au concert, avec autant d'intensité et de feux d'artifice dans mon ventre que le précédent.


Une fois sortis de scène, les instruments rangés, les musiciens épuisés de trop d'émotion, au moment où ils se retrouvent autour d'une bière pour énumérer, critiquer, avancer, je prends Gabriel à part.


Il sait déjà ce que je vais lui dire, je crois.



« Je vais partir demain.

- Pourquoi ??

- c'est très compliqué pour moi ! Je t'admirais avant de te connaître et là c'est trop pour moi. Je ne peux prendre partie à ce rêve. Je ne suis pas dans mon élément. J'aime vous voir, vous entendre, vous parler, mais pas tout en même temps !! »



Il y eu un silence, le temps de la réflexion.



« je comprends... je ne serais pas à l'aise à l'hopital moi non plus...

- oui c'est exactement ça... ton métier te prends beaucoup ; je dois me contenter du reste, car je ne peux pas te suivre, je n'en ai pas le droit.

- Alors c'est notre dernière soirée avant quelques temps ?

- j'en ai bien peur ! Mais j'aimerais la passer avec vous tous. Tu es d'accord ?

- Bien sûr ! »



La soirée se passa à merveille !

Dans un petit bar de campagne, une ambiance tamisée, des tables basses et de gros fauteuils en velour.

Je ne sais pas si je me suis détendue sachant que je partais le lendemain, ou si c'est eux qui me faisaient plus de place, ou encore si tout le monde avait évolué au contact de l'autre mais je me sentais bien avec eux. Mais pas pour autant l'envie de rester.


Installée sur les genoux de Gabriel, j'en ai discuté avec eux aussi, et ils ont très bien compris, bien qu'un peu ennuyés, car mettant en doute leur accueil. Je les rassure, et aussitôt ils plaisantent à nouveau.



« et en plus on n'est pas facile à vivre, je t'assure... »



Je ris avec fraicheur.


Et puis il faut que je rentre pour mes résultats de toute façon, afin d'orienter mon avenir, et d'y voir plus clair.


Comme quoi, rien n'est jamais simple.

Publié le 26 juillet 2006 à 08:59
Par lermaphrodite
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Publié le 23 juillet 2006 à 11:29
Par lermaphrodite

Après une nuit beaucoup moins chaste que les précédentes passées à ses côtés - quand il logeait chez moi - je me suis endormie dans ses bras.

Pour la première fois, une nuit sans ambiguités.

Presque sans pudeur, sans craintes,

Seulement son corps chaud contre le mien, son souffle léger sur mon visage et ses bras autour de mes hanches nues.


La nuit poursuivie par une douche commune le matin venu, une tendresse extrème s'était emparée de nous, que tous le reste avait masqué jusqu'à ce soir où l'on s'était livré entièrement l'un à l'autre.


Il a été assez gênant d'affronter le regard des musiciens au repas du lendemain.

Tous savaient très bien ce qui s'était passé, tous avaient un sourire plein de sous-entendus, mais sans jugements d'aucune façon.

Je me sentais néanmoins assez mal.

Je suis d'ailleurs restée un peu en retrait.

Ils ont dû le remarquer.


Pour autant que je m'étais sentie à mon aise la veille, là j'avais beaucoup de mal à trouver ma place et une raison à ma présence auprès d'eux.


Au cours des diverses discussions qui m'entouraient, j'ai commencé à me sentir prisonnière, ma respiration devenait sacades, et une bouffé de chaleur empourprait mon visage. Gabriel a senti le malaise et m'a demandé si ça allait, d'un air un peu inquiet. Je le rassurais avec un sourire quelque peu forcé.


Quelques minutes après, je m'éclipsai pour aller prendre l'air du côté de la rue, sur le trottoir désert.

J'inspirais à grande bouffé l'air chaud et pesant de ce début d'après-midi.

Je sentais l'humidité dans mon dos se réchauffer.

L'espace d'un instant ma vision s'était brouillée mais les nuages devant mes yeux se dissipaient peu à peu.



« qu'est-ce qu'il ne va pas ? »


Gabriel était sorti en ne me voyant pas revenir tout de suite. Il m'a entouré les épaule de son bras rassurant.



« je ne me sentais pas très bien. Mais ça va mieux...

- tu es sûre ? Tu es encore toute pâle. Dis-moi ce qu'il s'est passé. Ça ne t'es certainement pas tombé dessus d'un coup !

- Je ne sais pas trop. Je ne me sentais pas très à l'aise à vrai dire... je ne suis tout simplement pas à ma place quand vous êtes tous ensemble, et c'est normal !

- Ce n'était pas voulu de leur part, je t'assure... et de la mienne non plus !!

 

[il arbora un sourire légèrement moqueur, mais toujours tendre, tandis qu'il me caressait le genou pour me rassurer]


- je ne sais pas si je vais pouvoir rester...


[il ne répondit rien, un brin irrité. Comme une regard d'incompréhension voilà son air enjoué]


- reste ! S'il te plait. Pour moi... dis-moi ce qui t'as ennuyé tout à l'heure, et je casserais la gueule à celui qui a lancé le sujet !

- Pas besoin !! ce n'est pas quelque chose en particulier... c'est bizarre. Enfin c'est moi qui suis bizarre !! c'est « vous », c'est tellement beau à voir que je me suis sentie coupable de briser une telle unité, une telle fusion...

- c'est normal ! On passe l'essentiel de notre temps ensemble, ça fait dix ans qu'on se voit en permanence... c'est normal que nos liens soient étroits et complices.

- Je sais... »



Des larmes étaient montées depuis ma gorge et n'attendaient qu'un battement de cils pour éclore et couler.

Je n'avais décidément pas choisi la facilité en le choissant lui !

Ça l'a fait rire quand je suis ai dit, une grosse larme roulant sur ma joue, le nez bouché par le sanglot refoulé avec peine.

Pour seule consolation il m'a prise dans ses bras, assis tous deux, comme ça, sur le bord d'une vitrine, me berçant en me caressant les cheveux tandis que j'humidifiais le tissus sur son épaule.



« et en plus maintenant ils vont croire que je les déteste, tous !

- mais non... »



Il sait ironiser pour me faire sourire.

Je l'aime.

Publié le 21 juillet 2006 à 17:34
Par lermaphrodite

Incipit   Chapitre 1  Chapitre 2  Chapitre 3  Chapitre 4  Chapitre 5  Chapitre 6  Chapitre 7  Chapitre 8  Chapitre 9  Chapitre 10  Chapitre 11  Chapitre 12   Chapitre 13  Chapitre 14  Chapitre 15   Chapitre 16  Chapitre 17    Chapitre 18  Chapitre 19   Chapitre 20    Chapitre 21    Chapitre 22    Chapitre 23    Chapitre 24


Je me sentais différente ce soir.

Comme si rien ne pouvait se passer d'autre.

Comme si c'était ce à quoi j'avais toujours aspiré.

Cette sensation de bien-être total, le coeur chantant, l'esprit léger.

Je ne pensais à rien d'autre qu'à lui, ses doigts parcourant sa guitare, ses doigts remettant une mèche de cheveux derrière mon oreille à quelques minutes d'intervalle.


Ils enlevaient tous les instruments de la scène. Rangeaient fils, cables, pieds de micro. Chaque instrument dans son étui, précieux.


Il m'a fait signe, discrètement. Je devais le rejoindre dans les loges.

J'avançais vers la porte, accès interdit. Il se tenait dans l'encadrement.

Je le suis.


Une grande euphorie régnait.

Ils se racontaient les moments qui leur avaient plu, les petites choses qu'ils avaient remarquées...

Je souriais de les voir si épanouis dans leur art.


Gabriel disparu un instant puis revient, quelques minutes plus tard, une nouvelle chemise sur le dos. Il enserre ma taille de toute la douceur de ses bras.


Je les félicite de leur performance. Ils me charrient :



« je ne sais pas si tu étais très objective, toi, ce soir ! »


« tu ne vas pas nous faire croire que tu nous as regardé, nous ? »



Des rires s'élevaient, très hauts dans l'air chaud de la pièce.



Il m'entraine un peu à l'écart au bout d'un moment de discussion.

Il me dit tendrement que je ne pouvais lui faire de plus grand bonheur que d'être là ce soir, et qu'il espérait que je reste un peu avec eux. Ils partaient demain soir pour une ville proche.



« je n'ai réservée ma chambre que pour une nuit

-
Et bien tu resteras avec nous pour la suite du "voyage" !

-
Je ne sais pas si les autres vont beaucoup apprécier...

- C'est eux qui ont proposé. Ils ont trouvé que j'avais particulièrement bien joué ce soir !!

-
ah, donc ce n'est pas moi qui t'idéalise !!

-
peut être un peu quand même, non ? Laisse-moi mes illusions !

-
Oui... bon ok peut être un peu ! »



Deux fossettes encadraient son sourire.

Il m'annonça que les autres allaient boire un verre, mais qu'il avait plutôt envie que nous restions seuls.



« on n'a pas mal de choses à se dire et à éclaircir je crois...

-
peut être bien, oui... »



je souriais, un peu gênée.


On s'est installé dans un parc, et on a discuté une grande partie de la nuit.

On s'est raconté tout ce qui s'était passé pendant l'absence de l'autre.

Ce mois d'incertitude et de solitude.

Ces doutes ressassés qui n'avaient plus aucune importance à présent.

Jusqu'à quand ?

Un jour ou l'autre tout ça allait refaire surface, obligatoirement.



Mais pour l'instant...

C'est main dans la main qu'on est allé rejoindre ma chambre.

Publié le 20 juillet 2006 à 09:52
Par lermaphrodite

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Une atmosphère bizarre planait sur ces retrouvailles oniriques.

Comme si toutes les barrières étaient tombées, toutes les embuches, toutes les difficultés avaient disparues.

Une insouciance commune nous avait gagné.

Le bonheur fusionnel de se revoir avait estompé tous les angles de notre bulle.


Il m'a ensuite demandé rapidement si j'avais fait bon voyage, comment je m'étais décidée à venir...



« je suis jeune, je suis en vacances, j'étais empressée de revoir un homme qui n'était qu'à 3h en train de moi, alors je me suis dit « on ne vit qu'une fois » et je suis partie à la gare... »



Il m'a répondu par un sourire.


Il était à présent 17h. Ils devaient s'occuper du son et se préparer pour le soir.

Il m'a proposé de rester dans les loges pendant ce temps.



« ce sera un peu speed à partir de maintenant, on se verra après... »



Je restais assise sur une murette en pierre qui cerclait les pieds de la clématite parcourant le mur. J'observais chaque détail de ce moment si particulier.

Je ne les ai pas quittés des yeux.
Je ne l'ai pas quitté des yeux.

Juste le temps d'entrapercevoir quelques curieux à trajet la grille derrière laquelle je me trouvais plusieurs dizaines de minutes auparavant.


Il était très concentré mais se permettait tout de même un regard, un clin d'oeil, un sourire dans ma direction. Les autres musiciens n'avaient pas l'air gêné par ma présence.

Ils m'adressaient eux aussi un sourire ou un signe de temps en temps.


Après avoir chatouillé pendant de longues minutes son violon, Greg est venu s'asseoir à mes côtés.



« C'est bien que tu sois venue...

- J'ai longtemps hésité, je ne voulais pas vous déranger, mais rien que pour cette après midi à vos côté, ça vallait le coup. Et puis surtout j'avais besoin de le voir !

-
Il en avait tout autant besoin, si ce n'est plus.

-
je sais que ça n'a pas été facile pour lui, j'ai fait de nombreuses erreurs...

-
lui aussi ! On peut dire que vous vous êtes cherchés longtemps !

-
Peut-être même qu'on se cherche toujours... chacun de notre côté et ensemble... »



La fin d'après-midi a été plutôt intensive pour eux, je ne me doutais pas que c'était à ce point !

Je les voyais de temps en temps courir d'un lieu à un autre, puis revenir. L'un d'eux arrivait dehors, face à la scène, ne cherchant pas ce qu'il trouvait ou celui qu'il trouvait il repartait...

Ce chassé-croisé musical m'a bercé au point que je m'assoupis un instant.


Un baiser sur le front m'éveilla. Il est accroupi devant moi et me demande si je veux grignoter un petit peu avant le concert. Je l'ai suivi dans les loges, entrainée par sa main. Le temps de saluer ceux que je n'avais pas eu le temps de voir, ou que j'avais seulement aperçu, de manger un morceau avec eux, et je me suis eclipsée de leur quotidien pour me mettre sur un bord de la scène.


J'ai regardé les gens arriver, leur sourire enthousiaste et impatient, leur discussions, leurs prévisions. Je me sentais sereine.



Puis ils sont entrés sur scène.

Je savais que chacun de ses regards était pour moi.

Je murmurais chacun des mots qui sortait de sa bouche.

Je frissonnais à chaque son qu'il émettait.


Les sons se sont atténués dans une ondulation souriante des spectateurs.

Une clameur entêtante.

Une chaleur à couper le souffle.

Mes mains me brulaient de trop d'applaudissements.
Mais rien n'aurait pu m'arracher ce sourire.

Publié le 18 juillet 2006 à 18:29
Par lermaphrodite

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Arrivée à la gare, je suis un peu hésitante : est-ce qu'il vaut mieux que je me trouve un endroit où dormir ce soir, ou est-ce qu'il vaut mieux que j'écoute mon coeur cognant contre ma poitrine et qui me scande d'aller le voir le plus vite possible ?


Je ne sais pas trop.

Peut être aussi n'est-il pas encore arrivée sur le lieu du concert à une heure aussi précoce.

Je decide alors de me ballader un peu avan que mon sac ne pèse trop sur mon épaule.

Je vais prendre mon temps...


Je me promène au bord du fleuve, rafraichi par la présence aquatique en bas.

J'arpente, j'erre, je m'imprègne...

J'essaie de deviner ce qu'il fait.
Je sais qu'il n'est jamais tout à fait dans son état normal à l'approche d'un concert. Il sent l'angoisse monter au fur et à mesure que l'heure avance.

Il essaie d'être naturel mais ne l'est pas du tout.

Il devient un peu irritable.

Ça l'avait amusé lorsque je lui avais dit. Il m'avait répondu en riant qu'il était irritable en permanence.

Ce n'est pas forcément un défaut !


Vers 15h je me suis trouvée face à face à une petite devanture perdu dans un feuillage. J'ai pris une chambre pour une nuit seulement. Ensuite on verra...



J'ai pris ensuite mon courage à deux mains, ai ravalé ma salive, et me suis dirigée vers le lieu du concert. En plein air visiblement.

Une petite cour pavée.
Une scène au fond, légèrement abritée par une avancée de toit.

Je peux tout voir de la rue, à travers les grilles.

Du matériel est déchargé sur le sol.

Personne apparemment.


Je tends l'oreille afin de percevoir un bruit, mais rien à part le chant d'un merle - me semble-t-il - dans un platane tout proche.

Je reprends ma route. La rue est calme et donne sur une petite place.

Je m'installe à la terrasse d'un café, à l'ombre, et ouvre un roman en sirotant un diabolo-grenadine.



Quelques dizaines de minutes plus tard, un leger fond musical flotte dans l'air jusqu'à atteindre mes oreilles... c'est eux, j'en suis sûre.


Je me rapproche du portail en fer forgé. Et ils sont là. Mais je ne le vois pas.

L'un d'eux, Greg, m'a aperçu je crois. Je lui fais un signe de la main.

Il me sourit et s'approche.



« salut ! Qu'est-ce que tu fais là ?? je ne savais pas que tu devais venir !

-
moi non plus je ne le savais pas à vrai dire... j'ai pris ma décision hier soir !

-
Ah... je vois ! Gabriel est dans les loges. Je vais lui dire de venir...

-
non non, ne le dérange pas !

-
il va m'étrangler en sachant que je ne lui ai pas dit que tu étais là ! Enfin tu lui feras la surprise toi-même, je vais juste lui dire de sortir.

-
merci... »



Sur ce il est reparti, j'ai aperçu un autre de ses acolytes qui me fait de grands signes. Je devine Greg lui faire signe de se taire car il s'est arrêté net et m'a fait un grand sourire.


Quelques secondes plus tard, je l'ai vu sortir un peu égaré, tout décoiffé, des feuilles à la main.

Je me suis dégagée un peu sur le côté pour mieux le voir et pour que lui me voit.


C'est fait.



Il est resté figé une fraction de seconde, juste assez pour échapper ses partitions, puis a souri et s'est approché rapidement de la grille.


Ses fossettes le devançant, il ne savait pas quoi dire et souriait en me contemplant silencieusement.



« salut...

-
non, pas un "salut" à travers des grilles... »



Je l'ai vu partir en courant, laissant aussi perplexe que moi  les autres musiciens qui m'envoyaient un regard compréhensif et légèrement mutin.


Il courait à présent vers moi depuis la porte en bois sur le côté. Je m'avançais vers lui, et arrivée face à face il a eu une légère hésitation puis m'a serrée dans ses bras, tendrement.
Notre étreinte polongée par un « tu ne peux pas savoir à quel point je suis heureux de te voir ! » il m'a embrassée.


Un long baiser brulant sur mes lèvres impatientes.



« Surprise ! ... il ne me manque que le papier cadeau et le ruban ! »



Il a ri et m'a embrassé à nouveau.

Publié le 16 juillet 2006 à 20:05
Par lermaphrodite
Incipit   Chapitre 1  Chapitre 2  Chapitre 3  Chapitre 4  Chapitre 5  Chapitre 6  Chapitre 7  Chapitre 8  Chapitre 9  Chapitre 10  Chapitre 11  Chapitre 12   Chapitre 13  Chapitre 14  Chapitre 15   Chapitre 16  Chapitre 17    Chapitre 18  Chapitre 19   Chapitre 20    Chapitre 21



Son sourire et sa douceur hantent mes rêves depuis quelques nuits.

Je sens presque sa présence à mes côtés, une chaleur dans mon ventre qui irradie et me remplie d'une joie débordant par tous les pores de mon épiderme.

J'ai envie de le voir.

Mais le rythme de la tournée ne lui permet pas de rentrer.



« Et pourquoi, toi, tu ne vas pas le voir là où il est ? Tu es en vacances, voyage ! »



Evan m'a surprise à rêvasser sur le canapé, le baladeur sur les oreilles et sa voix dans ma tête en un frisson. Effectivement je n'avais pas pensé à ça.

Je ne sais pas si son emploi du temps nous laisserais le temps de nous voir, même si c'est moi qui fais le trajet.

Mais je pourrais néanmoins le regarder, l'écouter, le soutenir, le rassurer sur mes sentiments à son égard par le simple fait de le prendre dans mes bras.



Ce serait bien...

Peut-être qu'il faudrait que je l'appelle avant pour être sûre que ça ne le dérange pas, ou que ça ne le gêne pas, vis à vis des autres.
Il vient quand même de rompre ses fiançailles...


Je ne sais pas quel était le rapport de ses « coéquipiers » avec Marie. Je ne sais pas s'ils l'appréciaient, s'ils la voyaient souvent, si elle les soutenait, si elle participait à leur vie de groupe, si elle assistait à des répétitions parfois, si elle donnait son avis sur des chansons...


En y pensant, je ne sais même pas si Gabriel a écrit des chansons sous son inspiration. Sa muse ?

Après ses confidences, je ne suis pas sûre. Peut être au début. Au moins.



« Ma belle » c'est ce qu'il m'a dit... je suppose que ça ne peut que lui faire plaisir de voir sa belle... enfin j'espère. Et dans tous les cas moi j'ai besoin de le voir, de sentir sa présence même s'il est sur une scène à un mètre au dessus du sol par rapport à moi. Même s'il est dans les coulisse et moi dans la salle, même s'il est dans un bus et moi dans n'importe quel hotel. Même si je l'entends seulement dans une chanson. Même s'il n'a pas le temps de m'enlacer, moi j'en ai besoin.


Une surprise intensifiera ce moment, un visage connu dans la salle...
Un visage inattendu... j'aimerais que ça le perturbe un peu, l'espace d'un quart de seconde, que tout s'accélère et qu'il réalise la raison de ma venue.
J'aurais le coeur net à ce moment précis. Je saurais alors à quoi m'en tenir, et dans tous les cas, j'ai envie de le voir et de les entendre. Je ne les ai pas vus en concert depuis un bon bout de temps.
Un moment pourtant si particulier et si étrange.


J'ai pianoté rapidement sur mon ordinateur, je ne connaissais pas l'itinéraire de la tournée sur le bout des doigts. En comparaison avec les horaires des trains, j'ai opté pour Bordeaux.



Le lendemain matin, je suis dans le TGV.

Je regarde par la fenêtre, les paysages et horizons qui défilent devant mes yeux.

Je pense à lui. J'imagine son regard quand il me verra.
Soit un sourire qui voudra dire "tu es venue, enfin..." soit un haussement de sourcil "qu'est-ce que tu fais là ?" soit... je ne sais pas.
Je veux un peu de surprise moi aussi !



Ce départ sur un coup de tête, c'est un peu une acceptation de ma part. Acceptation de son entrée dans ma vie, parce que je le veux, parce que j'en ai besoin et que je ne pourrais pas vivre sans.

Mais je ne sais pas si tout ça est vraiment sérieux.


Des tas de choses nous éloignent l'un de l'autre... un métier (ou futur métier) prenant et qui ne laisse pas beaucoup de répis pour une vie personnelle épanouie, une différence d'age conséquente et tous les problèmes que cela peut entrainer : des gouts différents, des besoins différents, des avis divergents, au final une génération d'écart...


Mais il est tout de même tout ce que j'aime.

Il est poésie, il est chanson, il est esquisse et couleurs, il est légèreté et maladresse, il est frontière et ouverture, il est fraicheur et douceur...



A cet instant précis je savoure l'espoir de ses bras autour de moi...

Plus que quelques heures et je serais dans la même pièce que lui.

Publié le 13 juillet 2006 à 17:19
Par lermaphrodite
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Il m'a donc convaincu de le rappeler, un fois rentrée chez moi, il n'était pas tout à fait minuit, mais je savais qu'il ne dormait pas.


« attends je sors... excuse-moi, je n'entendais rien... on était dans un bar avec les autres, et ils font un véritable boucan...

-
oui, mais l'intensité sonore a dû diminuer maintenant que tu es parti !

-
Eh bien, pas tant que ça... [je peux deviner la mimique qu'il a faite] Tu vas bien ?

-
Très bien oui, j'étais au cinéma quand tu as appelé, je ne filtre pas encore mes appels !

-
Oh rassure-toi, ça ne fait rien ! Mais je suis désolé de ne pas t'avoir rappelé plus tôt... on a été un peu débordé !

-
je t'avouerais que j'ai eu peur que tu sois faché contre moi...

-
et pourquoi est-ce que j'aurais été faché contre toi ??

-
pour l'autre soir, tu n'avais pas l'air très content quand je t'ai dit que je n'étais pas seule...

-
ah... ça s'entendait tant que ça ?

-
Heu... j'ai presque ressenti le besoin de fermer la fenêtre vu la froideur sur laquelle s'est terminée la conversation !


[j'étais un peu gênée de lui parler de ça, mais j'avais joué la carte de la franchise, alors il fallait que j'aille jusqu'au bout, afin d'enterrer cette histoire ! L'alcool de fin de soirée aidant sa propre franchise, quelque chose de bien en resortirait peut être...]

-
Je suis désolé ! J'ai vraiment réagi démesurément... je... c'était ridicule !! rien ni personne, et encore heureux, ne t'interdit de voir quelqu'un... on s'est dit des choses mais... enfin, on n'est pas marié quoi !

-
Et puis le mariage avec toi, c'est pas forcément un engagement !


[un souffle souriant dans le combiné m'a conforté dans l'idée que ces mots n'étaient pas de trop, et qu'il n'avait pas été choqué de les entendre...]

-
tout est différent...

-
Je sais...

-
mais c'est vrai que je me sentais assez mal de t'imaginer avec un autre... j'étais...

-
... jaloux ?


[sa voix s'est envolée dans un magnifique éclat de rire]

-
oui c'est exactement ça... excuse-moi encore... promis, je ne te considère pas comme un territoire conquis !

- j'espère bien !! »



On a discuté de choses et d'autres. Apparemment il avait eu quelques problèmes technique pendant le concert mais rien de bien grave. Il avait fait passer ça avec humour et le public avait été ravi quand même.


Il avait appelé Marie pour prendre de ses nouvelles, elle allait bien apparemment, et elle était d'accord sur le fait qu'ils n'éprouvaient plus les mêmes sentiments l'un pour l'autre. Et elle trouvait à présent que c'était peut être bien mieux ainsi, même si elle avait un peu de mal à le digérer.


Il ne rentrait pas avant plusieurs semaines. Mais la tournée était magique pour lui. Un trop plein de belles choses, de rencontres, de musique, d'émerveillements encore plus chaque soir.

Il était dans son élément et il s'y sentait mieux que n'importe où dans le monde...

Il était heureux, et ça faisait longtemps que je ne l'avais pas deviné si éblouissant de joie.



« tu me manques...

toi aussi, ma belle, tu me manques !! et j'ai très envie de te voir... mais il faudra patienter encore un peu... »



Ces mots résonnent encore dans ma tête... Et je vais les garder longtemps.

Le temps de le revoir je crois.
C'est à dire un certain temps !

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