« Agathe ? C'est Gabriel »
Mon coeur s'est arrêté une seconde.
« je voulais prendre de tes nouvelles, savoir comment tu allais...
- je vais bien. »
Dans le genre délicatesse, douceur et bonheur de l'entendre j'aurais pu faire mieux !
« je te dérange peut être ?
- non pas du tout excuse-moi, je suis un peu surprise...
- oui, ça fait quelques temps déjà......... en fait j'ai su que tu avais arrêté les cours.
- ah... heu oui, ce n'est peut être pas la meilleure décision que je devais prendre, mais c'est fait. Je n'en pouvais plus de passer à côté de ma vie, de la regarder défiler sans pouvoir intervenir ; je n'étais à l'aise nulle part.
- Je peux comprendre... Et comment ça se passe, qu'est-ce que tu as envie de faire ?
- J'ai fait un report de scolarité pendant une année, une « année sabatique » en quelque sorte ! J'ai des tas d'envies !! Ecrire notamment, j'ai envie de voyager, de reprendre la musique peut être... de travailler un peu, s'il faut.
- C'est bien... mais tu pourras reprendre les cours après ?
- En fait j'ai fait un report pour cause de maladie, donc oui l'année prochaine je pourrais reprendre au deuxième semestre puisque j'ai validé le premier.
- Maladie ?
- ... je n'ai pas très envie d'en parler. Mais ne t'inquiète pas, ce n'est pas très grave !
- j'espère. »
Je ne voulais pas qu'il sache, qu'il se doute. Pas pour l'instant en tout cas.
« comment va Marie ? »
Tact, quand tu nous tiens...
« je m'attendais à ce que tu me poses la question... je l'ai vu il y a quelques semaines, elle est venue prendre des photos pendant la tournée. Elle va bien je crois. Elle est à nouveau avec quelqu'un. Elle a l'air heureuse...
- et toi... tu es heureux ?
- Joker... « je n'ai pas très envie d'en parler... » [il rit] Mais avec le groupe ça marche super en ce moment. On va bientôt entrer en studio... on a pas mal tourné ces temps-ci.
- Oui j'ai suivi un peu votre parcours de loin...
- Ah oui, de loin... ?
- Tu m'as vue c'est ça ?
- Evidemment que je t'ai vue ! Tu pensais peut être passer inaperçue toute seule, tout à gauche de la salle ? »
Je pouvais à nouveau sentir le sourire dans sa voix. Ça m'a retourné le coeur, le ventre, la tête. Les larmes me montaient aux yeux et nouaient ma gorge.
« en toute franchise, oui ! Je voulais vous voir et ne pas être vue. Te voir. J'ai surtout vu que Greg m'avait aperçue, je lui ai fait signe de ne rien dire.
- ... il n'a pas tenu sa langue...
- à propos de quoi ? [ je m'inquiétais]
- ... du fait que tu te sois effondrée dans ses bras. Mais ne lui en veux pas, il l'a dit sous la torture, je te le promets ! On t'avais tous vue...
- moi qui voulais me la jouer discrète !
- En fait on a tous cru t'apercevoir, et Greg nous a avoué que tu étais bien là...
- je voulais venir te parler, mais je n'en ai pas eu le courage... J'avais peur de ce que tu pourrais me dire ou me faire comprendre.
- Je ne te ferais pas souffrir à nouveau... »
Il avait parlé dans un souffle, ténu. J'aurais aimé en savoir plus, l'entendre parler davantage. Mais j'ai préféré changé de sujet, ne mesurant pas l'inclinaison de la pente qui approchait, j'ai préféré contourner.
« Vous entrez quand en studio ?
- dans trois semaines normalement.
- « normalement » ?
- on est un peu à la bourre dans la compo et les répetitions. Enfin, je suis un peu à la bourre dans mes compos, et on est à la bourre dans les répet à cause de mes compos. Mais pas uniquement, tout de même !
- inspiration difficile ?
- alcool difficile...
- pourtant l'alcool stimule la création non ?
- jusqu'à un certain point oui...
- je vois... »
Et nous avons rit. D'abord avec gène, puis avec complicité et malice.
« Tu m'as manquée.
- tu m'as manqué aussi !
- Je suis désolé je dois te laisser.
- Inspiration ?
- Peut-être ! Je te dirais ça la prochaine fois !
- Tu me rappelles bientôt ?
- Promis ! »
J'ai raccroché et pleuré mes crocodile pendant deux heures.
