« Vous avez reçu un nouveau message. »
Je pose le fer à repasser dans un jet de vapeur.
C'est lui.
Mais un mail collectif... Youpi...
Dernier concert de la tournée ce soir à la maison de la musique – 20h.
Je meurs d'envie de le revoir depuis son appel... Où en est cette barbe naissante qu'il laissait volontairement flouter les traits de son visage ? Ses cheveux ? Aura-t-il encore ce sourire resplendissant en me voyant ? Y aura-t-il des silences gênés ou le même flot de paroles qu'avant ?
Avant quoi d'ailleurs ?
Et si je me trompe ?
A-t-il eu d'autres conquètes pendant tout ce temps ?
Je n'en doute pas une seconde... un homme ne peut se passer de femme dans son lit trop longtemps ! Et n'importe quelle femme se damnerait pour y être...
Et moi ? Où est-ce que j'en suis ?
Qu'est-ce que j'ai fait depuis tout ce temps ? Rien.
Qu'est-ce que j'aurais à lui raconter de ces quelques mois (une éternité !) qui nous ont tenus à distance ? Rien.
La maladie ? Rien. Je ne veux pas lui dire. Je n'ai rien à en dire d'ailleurs ! Je ne sais même pas comment elle s'appelle !
« Mon ennemi invisible » comme dit Evan.
Celui qui m'empêchait de vivre normalement avant le nouveau traitement. Celui qui me ronge l'intérieur de la tête...
J'ai du mal à ne pas y penser en permanence.
Comme un étranger à l'intérieur de mon corps qui en prend le contrôle quand ça lui chante...
Moi aussi je chante.
Mon groupe de chant... Je m'y sens bien.
Ça faisait longtemps que je ne m'étais pas sentie autant à ma place.
J'ai même un solo. Pas sur toute la chanson mais une partie, c'est déjà pas mal !
En plus je l'aime bien cette chanson (Que sera sera/ whatever will be will be/ the future's not ours to see/ que sera sera) et je chante le couplet « when I grew up and fell in love... » n'est-ce pas merveilleux ?
A la dernière répétition, je me suis effondrée, en larme, pendant le dernier refrain. Trop d'émotions d'un coup ! La « prof » m'a félicitée : ça voulait dire que le courant passait. Il ne pouvait mieux passer effectivement. S'en est suivi un long débat sur la nécessité de ressentir des choses en chantant et d'exprimer réellement ce qu'on ressent.
Bref je cogite je cogite mais l'heure tourne !
Et je ne sais toujours pas si j'ai le courage d'y aller aujourd'hui.
