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Publié le 30/10/2007 à 15:50
Par marie-catherine2b
marie-catherine2b Blog de marie-catherine2b : La Vallée de la Soummam
La Vallée de la Soummam

Publié le 30/10/2007 à 15:47
Par marie-catherine2b

            La vallée de la soummam:
 un roman édité par"A Fior di Carta"

La vallée de la soummam: un roman édité par:


1) présentation de l'auteur



Née en Eure-et-Loir, elle passe son enfance à Alger ou sa mère travaille comme médecin et son père (pied noir) en coopération.
Ses deux frères naissent en Algérie au début des années 1960.
En 71 toute la famille rentre en France après avoir vécu la fin de la guerre d'Algérie puis son indépendance.
Plus tard, elle s'installera en Corse avec ses enfants.
Elle est aussi l'auteur d'une nouvelle: Je ne connaissais même pas son nom." Que l'on pourra lire dans un recueil de nouvelles policières dédiées à l'association Handi 20. Association qui a pour  but d'acquérir du matériel adapté aux personnes handicapés. Celui-ci sera mis en vente à partir du 5 Juillet 2008.


2) Pourquoi avoir écrit ce livre.

Polagnès qui est à l'origine de cet ouvrage travaillait dans le même service que celui de ma mère, à l'hôpital Moustapha d'Alger.
Je crois qu'elle a toujours eu une place privilégiée dans ma vie. Nous avons partagé une amitié vraisemblablement rare et je peux dire qu'avec l'âge elle était devenue le meilleur de moi.
Malheureusement, elle disparut en 1997 me laissant nos écrits et toutes les notes qu'elle avait déjà rédigées en 1965, au moment du coup d'Etat militaire algérien.
Je devais donc continuer seule notre travail, coller au plus prés de ses mots et de sa vérité. Cette histoire obligatoirement lui ressemble, mais ce n'est pas exactement la sienne.
Elle avait comme un certain nombre de Français participé au réseaux des porteurs de valises:" nous étions un peu inconscients, nous portions des valises au nom de la liberté chérie, lady liberty comme chantait Nougaro". Celle qui n'existe pas vraiment, mais qui réunit d'un même élan notre jeunesse, ou la massacre
. Et elle s'arrêtait là perdue dans ses pensées.
Je crois au fond qu'elle n'était pas très fière de ce qui s'est passé ensuite, surtout après le coup d'Etat militaire au cours duquel, beaucoup de ses amis furent emprisonnés. C'est là que lui sont parvenus les échos alarmants des traitements qu'ils subissaient.
Pour ma part, je ne suis pas particulièrement émotive, mais avoir lu dans ses notes : « il n'y a pas de récupération possible de dignité », me bouleverse.
C'était là l'insoutenable de cette affaire.
Comment échapper alors à l'écriture de ce livre?
Chaque homme pensait-elle, est deux et le véritable est l'autre.
Pour moi, il en sera ainsi, ce n'est pas moi qui ai écrit, c'est elle.
Je suis extrêmement heureuse d'avoir pu, au travers de ces quelques lignes, lui rendre hommage, parce qu'aujourd'hui je sais qu'il n'y a pas d'existence sans mémoire.


Les actes de la vie sont simples, mais il n'y a aucune récupération possible de dignité
Publié le 30/10/2007 à 15:44
Par marie-catherine2b

            la vallée de la Soummam:
Luis , Anna: la rencontre...

 la vallée de la Soummam: Luis ,  Anna: la rencontre...


Anna rit.
« C'est sain de rire», intervient la voix de Max dans les pensées floues d'Anna perdue à la terrasse du café.
Les rires de la nuit lyonnaise s'égrènent sur les mots de Max.
Elle les écoute un moment, puis ils s'effacent et tandis qu'elle les cherche et les essaye encore, ils s'évanouissent.
Luis est venu. Il s'est mélangé immédiatement à la foule d'étudiants hétéroclites qui bouillaient autour d'Anna.
Le « Vieux Lyon» regorgeait lui aussi de ces mille conversations intéressantes, bizarres, ahurissantes et souvent pleines d'amour, des amoureux seuls jamais dérangés même au cœur du magma.
La simplicité avec laquelle Luis se mêlait aux conversations mettait Anna à genoux.
Il savait parler avec chaleur et semblait s'intéresser bien plus aux gens qu'à leurs conversations. Anna avait pour cet homme des petites bouffées de tendresse.
Elle aurait voulu l'empoigner par les deux oreilles: approche-toi, regarde-moi.
Est-ce que tu sens aussi ce petit sanglot qui monte à la gorge, est-ce que tu sens aussi ce frémissement au creux des reins?
Déjà, je t'aime. Laisse- moi t'embrasser.
A présent, Luis parlait. Il racontait la peinture, les monuments, les rues de la ville, tout ce qu'il avait croisé au hasard et qu'il avait « visité.»
Quand il approuvait, il communiquait sa passion et souvent, les autres finissaient par croire qu'ils avaient eux même aimé ces trucs alors qu'ils avaient seulement tourné autour, avidement sans savoir par quel bout ils auraient bien pu les apprivoiser.
Il avait aussi des drôles d'idées qui mettaient tout de suite les gens en alerte et les intéressaient au plus au point. A ce moment-là, les regards devenaient plus attentifs.
Certains se mordaient le bout des doigts, d'autres se caressaient les lèvres, les cheveux, parfois même ils se mettaient à fumer goulûment comme s'ils avaient voulu absorber Luis dans leur incendie. Enfin, quoi qu'il en soit, tous l'écoutaient d'un air plutôt méditatif.
Ensuite ils méditaient et la conversation reprenait.
Ils quittèrent le bar vers deux heures du matin.
Luis vibrait au parfum, à la beauté, à la tiédeur de l'air.
Il marchait droit et souple.
Il s'arrêta. Ses pieds et son corps semblaient commencer une danse.
Oui, maintenant il dansait le flamenco dans une rue de Lyon silencieuse, noire et sa passion résonnait dans tous les pavés et les mûrs de la ville.
Il n'y avait pas de guitare, mais de la terre sourdait un rythme puissant.
Anna rentra dans la danse. Luis ne martelait plus le sol. Il ralentit le pas, prit Anna dans ses bras et entama une valse lente qu'il sifflotait. Leur émotion se sentait dans leur souffle et dans le regard qu'ils échangèrent.
Ils tournèrent ainsi jusqu'au bout de la rue.
La Vespa les attendait à l'angle.
Anna s'assit derrière Luis, jeta un dernier regard sur la rue qui demain, se réveillerait dans une sourde allégresse étonnée d'être encore habitée de musique.
A Terrenoire, munie d'un petit morceau de charbon de bois elle inscrivit sur le mur: « tresses noires sur nuit chaude, mon bonheur de peau brune».
Dessous il ajouta: « Je vais faire l'amour avec Anna». Elle roula dans ses bras.

Plus tard dans le commissariat de police, au cours de l'interrogatoire aux lumières crues, aux visages pleins de la violence à venir, dans l'étau du sommeil, Anna ne put expliquer la puissance de cet amour. Comment dire aux autres cette évidence?.
C'est alors que silencieuse retranchée dans sa peau sous les yeux des flics qu'elle exaspérait, elle réalisait ce fait qui ne l'avait jamais frappée.
Comment s'était installée entre eux cette évidence?
En silence parmi les menaces, elle découvrait ce qu'aux yeux d'étrangers leur rencontre pouvait avoir de mystérieux, de magique.
Publié le 30/10/2007 à 15:42
Par marie-catherine2b

Article relevé dans "corse noire"

 

Article relevé dans

La vallée de Soummam,

premier roman de Marie-Catherine Deville
Publié le 22 juillet 2007 à 23:42
Par flicorse

La peau des mots, à fleur de peau et de papier...

Un premier roman dans une nouvelle édition corse: La vallée de soummam, écrit par Marie-Catherine Deville et paru en juin 2007 aux Editions A fior di Carta .







Marie-catherine Deville a écrit ce premier roman qui revient sur une période douloureuse : la guerre d'Algérie. Mais c'est à Lyon que son héroïne, étudiante porteuse de valise, découvre l'amour fusionnel avant d'être victime de la barbarie. Une histoire passionnée relatée dans une langue directe, incisive, transperçante qui incite à lire d'un seul trait 90 pages d'une écriture qui apparaît souvent comme un jaillissement, un flot ininterrompu de mots sortis de la souffrance, après un long silence, et déversés comme la coulée lente de la lave d'un volcan lors d'une irruption.

L'écriture de ce roman nous ramène à Martin Melkonian, auteur du Petit héros de papier, lorsqu'il écrit : " L 'un après l'autre, les mots irritent la gorge, s'aggrippent à la glotte, puis – passage préparé- roulent sur la langue, patinent, virevoltent, expirent. " C'est ce besoin retenu de parler , de tout dire, qui donne ensuite du souffle au récit. Les mots viennent de l'intérieur, de " toute la surface à l'intérieur " , là où, sous pression et dans la douleur, ils s'étaient accumulés.

Alors que l'entrée en scène de Luis et Anna puis leur rencontre sont narrées à l'imparfait, le malheur surgit au présent et les douleurs sont actuelles parce que les raconter c'est les revivre. Anna est arrêtée et torturée. On souffre, on rage, on se révolte avec elle...

Face au plaisir sadique des bourreaux, on se dit, avec Musset, que " l'homme est un apprenti, la douleur est son maître "... La réflexion reste le seul acte possible à celui qui souffre. Il faut éviter de se concentrer sur soi pour éviter que la douleur vous débilite. Anna puise sa force de résistance dans ses pensées pour Luis et les souvenirs de leur amour passionné. Elle sera sauvée de ce passé cauchemardesque par un nouvel amour puis l'affection d'une femme beaucoup plus jeune qu'elle.

Le roman se termine par des échanges de courriers entre l'auteure et l'héroïne... C'est de la complicité entre ces deux femmes qu'est né le récit de cette histoire vécue. Sans aucun doute, la mémoire a sa part d'imaginaire mais Marie-Catherine Deville restitue, dans l'esprit et dans la lettre, les amours et la souffrance d'Agnès, disparue aujourd'hui. " Il n'y a pas de récupération possible de dignité, " pensait-elle, victime des pires sévices. C'était là l'insoutenable de cette affaire, commente l'auteure.


On doit à Jean-Toussaint Desanti un ouvrage intitulé " Sous la peau des mots ". Son épouse Dominique Desanti déclarait : " Dès qu'il s'attaquait à une question, Desanti voulait voir ce qu'il y avait au fond, " sous la peau des mots " précisément. Ce livre est le témoignage de sa volonté de se livrer à une étude de l'éthique, qui pourrait se résumer grossièrement ainsi : " Quels droits sont donnés à quels hommes ? "

Sous la peau des mots d'Agnès et d'Anna, son miroir romanesque, il y a la torture c'est-à-dire la barbarie, la négation des droits les plus élémentaires de l'être humain. La vallée de Soummam est un roman tragique écrit avec talent et justesse. Il fait mouche au cœur et aux tripes. L'auteure , dans son style efficace, a le mérite, en nous faisant vivre la douleur de la victime, de démystifier les bourreaux et de faire apparaître la torture comme un acte barbare injustifiable.

On ne le répétera jamais assez.... " Nul ne sera soumis à la torture, ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants. " (Article 5 des droits de l'homme du 10 décembre 1948 )



Après cette lecture, nous avons ressorti de notre bibliothèque le n°143 de la Petite collection Maspéro " La torture dans la république " de Pierre Vidal-Naquet ( édition 1972). En première page, on trouve cette interrogation : " Un pays de tradition libérale peut-il voir en quelques années ses institutions, son armée, sa justice, sa presse, corrodées par la pratique de la torture, par le silence et par le mensonge? Peut-il, une fois la page tournée, reprendre le chemin comme si de rien n'était ? "


A SUIVRE...
Publié le 30/10/2007 à 15:38
Par marie-catherine2b

la vallée de la soummam


la vallée de la soummam
Anna lourde comme un pierre, venait de quitter la vie pour entrer dans une deuxième phase de l'existence dans laquelle trônait désormais l'homme, l'homo-guerre, l'homo-flic, l'homo-mort.
On la releva.
Son corps éclata de douleurs dérangées.
On l'enveloppa dans un grand manteau à capuchon qu'on lui rabattit sur les yeux.
Elle se laissait manipuler comme une marionnette.
Dans l'obscurité du capuchon elle voyait l'eau claire qui lui lavait le corps.
On l'entraîna dehors.
A ses pieds, la nuit. Le temps avait coulé, elle avait dû perdre connaissance.
On la poussa dans une voiture, serrée entre deux hommes.
Les portières claquèrent dans sa tête. On roulait, on tournait, ralentissait, roulait, ralentissait encore puis on s'arrêta.
Elle descendit, marcha, passa des portes.
Elle est debout, elle vacille.
On lui enlève son capuchon, on lui détache les mains.
Elle est maintenant dans une grande pièce presque nue. Devant elle des banquettes le long d'un mur, un bureau en face, un flic assis, des policiers en uniformes.
Elle aurait voulu crier mais aucun son ne sort de sa bouche.
Elle a mal entre les jambes. Loin derrière elle sa vieille jeunesse. Soudain elle comprend, ils l'ont livrée à la police et c'est le M..N. A. qui a fait le coup.
C'est un règlement de comptes entre le M .N. A.( Parti politique algérien qui existait avant le F. L. N. ) et le F. L. N.( Armée secrète algérienne appartenant à la résistance).



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