Le 27 novembre 2007, à 14h 15, Markus L, célèbre écrivain lyonnais, disparaît mystérieusement de chez lui. La famille s'inquiète, la police enquête. Rien à faire, notre homme a disparu corps et âme.
Devant l'impuissance des forces publiques, les connaissances de l'écrivain font appel à Monsieur Ngwenolé, grand Marabout et charmeur de serpents. Monsieur Ghwenolé -entre temps il a changé de nom car aucun individu normalement constitué n'est capable de prononcer correctement le son Ngwe-, retrouve tout objet ou personne disparu. Mais pour une fois ce brave monsieur Ghwénolé n'y peut rien. L'adversité est plus forte que lui. Au bout de quatre jour il doit rembourser les 9 euros et 50 cents et les trois boutons de culotte que les amis de Markus L sont parvenus à réunir pour louer ses services. De dépit il reprend son ancien nom, toujours aussi imprononçable.
On se désespère. On pleure. On lit les écrits de notre célébrité autour de quelques bouteilles de bières et de jus de fruits.
- Moi, je dis qu'il n'a pas pu disparaître ainsi, remarque Selene. Il aurait au moins prévenu ses amis et son associé.
- C'est encore un coup des extra-terrestres, s'exclame Jibé, en observant le ciel par la fenêtre entrouverte pour essayer de repérer une soucoupe, entre deux nuages.
- Je vais préparer un gâteau au chocolat. On ne va tout de même pas se laisser mourir de faim, ajoute Sylvie Denis qui ne perd jamais le Nord. Surtout lorsqu'il s'agit de pâtisserie.
Dans la cuisine, Chaminoute et Adeline disputent une partie acharnée de dominos, sous le regard intrigué d'Excentrique qui aimerait bien que son chat sache faire autre chose que dormir.
De son côté Joelle Niss essaie de composer, avec l'aide de Sylvie Lainé, une chanson en souvenir du disparu et Roland C. Wagner écoute un à un tous les CD qui lui tombent sous la main, à la recherche d'un morceau qu'il ne connaîtrait pas.
C'est alors que Fabrice Méreste se lève d'un bond, s'exclamant : « Euréka ! E=MC² ! »
Il se jette sur une des fameuses chemise à carreaux de notre écrivain disparu et la fait sentir à Chaminoute. Aussitôt la chatte s'élance en courant hors de la maison.
Tous se précipitent derrière l'animal.
Elle les conduit en quelques minutes sur les berges du Rhône.
Ils craignent le pire.
Mais à leur surprise notre auteur est là. Assis tranquillement dans l'herbe. Il écrit. A côté de lui s'empile un bon millier de feuilles couvertes de son écriture.
Lorsqu'ils s'approchent il lève les yeux vers eux.
- Ben, que faites-vous ici ? Je suis venu sur ces berges pour écrire tranquillement quelques pages et je vous retrouve tous là.
- Depuis quand es-tu ici ? lui demande Fabrice, fébrile.
- Depuis une heure, peut-être un peu plus.
- Je crois que je comprends, dit le sculpteur de programmes informatiques. Regarde ces feuilles. Il y en a plusieurs centaines. Crois-tu que tu aurais pu rédiger tout ça en une heure ?
- Mais que s'est-il passé ? s'inquiète Markus L.
- Il ne peut s'agir que d'une crampe de temps.
- Une crampe de temps, s'étonnent Selene, Sylvie Denis, Chaminoute, Adeline, Excentrique, Joëlle Niss, Sylvie Lainé, Roland C. Wagner et Jibé.
- C'est grave ? s'inquiète de nouveau notre auteur.
- Que nenni, dit Fabrice. Du moins tant que c'est soigné à temps.
Il lui prend le poignet et observe la montre bon marché qu'il porte élégamment.
- Trois gélules midi, matin et soir, pendant une semaine, d'ambigramme 500 et ta montre se portera de nouveau comme un charme.
Comme tout le monde le regarde avec étonnement, Fabrice précise :
- J'ai fait des études, pendant une semaine, à la fameuse faculté de médecine horlogère de Lausanne.
- Et bien, constate Markus L, cette crampe de temps m'aura été profitable. Cela m'a permis d'écrire, mon deuxième, mon troisième, mon quatrième et mon cinquième roman. Et j'ai même commencé le sixième.
- Pas si vite ! remarque Jibé. Je n'ai pas encore commencé la lecture du premier. Et puis cette histoire ça m'a donné faim. Il est temps d'aller goûter ce gâteau que nous a préparé Sylvie… Tu nous liras des bouts de tes nouvelles oeuvres pendant ce temps.
- Ça ne va pas, non ! s'indigne notre auteur retrouvé. Je veux manger moi aussi. C'est que ça creuse une crampe de temps…
Markus Leicht








