Un texte écrit à partir de mes ateliers d'écriture.
Au premier abord ils n'ont pas l'air méchants. Ils ressemblent à des mioches de 7 à 11 ans. Des garçons et des filles. Du genre qui ne peuvent pas se tenir tranquille cinq minutes. Mais je sais quelles créatures se cachent derrière ces apparences innocentes. J'ai l'habitude.
Alors je fourbis mes armes. Du papier, des stylos. Car il va falloir se battre à coups de mots. C'est pas qu'ils y tiennent. Eux les mots, ils s'en branlent, comme ils disent. Les mots on les couche pas sur le papier. Leurs mots à eux sont pointus, acérés. Leurs mots à eux sont souvent violence. Ils sont habiles. Ils ont l'entraînement de gamins qui tournent en rond dans leur cité de tours qu'ils ne quittent jamais, où presque...
Ils rodent. Dans un coin perdu au fond de la ville. Leur territoire se nomme Gerland. C'est à Lyon. Un peu/beaucoup excentré. C'est que ces monstres on ne saurait pas quoi en faire au coeur de la ville. Ils n'ont pas de parents, ou si peu pour la plupart. Enfance en déshérence...
Mais moi je les aime bien mes monstres. Ils ont des prénoms que parfois j'ai du mal à mémoriser. De ces prénoms qui disent d'autres pays, d'autres couleurs, d'autres lumières.
Juste une douzaine. Et moi tout seul avec mon écuyer, mon écuyère devrais-je dire, face à eux.
Le combat sera rude. Il ne faudra pas les blesser. Juste les apprivoiser. Partager leurs mots, leur donner les miens.
De ces mots naîtra une histoire.
Une histoire de virus. Une histoire de science-fiction. Je me demande quel genre d'histoire naîtra de ces joutes, de ces moments qui finiront par se faire complices.
Dans ma tête j'imagine nos histoires, notre histoire.
"C'était un bon gros virus qui passait son temps à manger. Un gentil virus qui ne voulait pas faire son travail de virus. Si ça n'avait tenu qu'à lui il n'aurait jamais fait de mal à personne. C'était ses frères et soeurs qui l'obligeaient..."
Où encore...
"Cellule city était plongée dans un songe. Chacun de ses habitants rêvait de belles et bonnes choses. Des qui se mangent, des qui s'écoutent, des qui se partagent, des qui se tendressent, bref toutes ces choses qu'on aime et qui rendent les nuits plus belles.
Cette nuit là était si belle, si heureuse, que personne ne vit arriver Joe Virus, à cheval sur sa grosse moto..."
Bien sûr nos histoires seront autres, notre histoire sera différente. Mes monstres ont leurs mots à eux. Mes monstres voudront raconter leur enfance, voudront dire leur quotidien d'enfants perdus dans un monde bien trop grand. Nous inventerons des mots. Des nouveaux. Des qui font rire et qui seront autant de passerelles jetées entre mon monde d'adulte et leur pays d'enfance.
Alors je les accompagnerai. Ils me raconteront une histoire et mes mots vous la diront. Mes mots vous guideront dans leur monde.
Aujourd'hui je vais affronter une douzaine de monstres. Des vrais. Et déjà un autre monde s'ouvre dans mon pays d'esprit...







