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Mon bloc perso.
Depuis juillet 1997, voici au jour le jour les infos du monde de la science-fiction et du fantastique et celles de l'univers de Markus Leicht, auteur du bouquin Péronnik l'idiot, aux éditions Eons.
Une autre aventure de Péronnik, Les mines du dieu Olyphant, est parue dans l'anthologie Les enfants de Conan et ma nouvelle Terrain de chasse accompagne le roman de Jess Kaan, Réfractaires, toujours aux éditions Eons.
Dernière nouvelle publiée : Chronique des années matinales, dans Appel d'air. Editions ActuSF. Dernier article : La dame de Sassmannhausen, dans Lunatique 77, aux éditions Eons.

Les lecteurs de ce blog peuvent se retrouver dans les forums du Journanal :
http://markus .leicht.free.fr /phpbb3/
Publié le 04/02/2008 à 23:49
Par Markus Leicht


Voici un nouveau petit texte de SF.


Sylvain était poli avec tout le monde. Dès qu'il se levait la première chose qu'il disait était :


- Bonjour le chat.


En général l'animal passait la nuit sur son lit, la tête appuyée sur ses pieds, et était bien trop occupé à dormir pour lui répondre.


Puis le garçon allumait son ordinateur et le saluait également.


Celui-ci lui répondait invariablement par la même question :


- On joue ?


Parfois Sylvain disait oui. D'autre fois il voulait aller sur internet.


Au bout d'un quart d'heure il quittait sa chaise pour se préparer son petit déjeuner.


- Bonjour les céréales, disait-il en faisant chauffer une casserole de lait.


- Allez-vous nous manger ? demandaient celles-ci.


- Oui, répondait Sylvain. J'ai grande faim. Ne vous en déplaise.


Il jetait un oeil sur le contenu du paquet de céréales.


- Juste assez pour le déjeuner. Pas une d'entre vous n'échappera à mon appétit.


Et d'un coup, d'un seul, il versait le contenu du paquet dans son bol. Se demandant par la même occasion si les chercheurs avaient eu raison de doter les OGM de la parole. D'autant que les céréales poursuivaient parfois leurs discussions dans son estomac. Quand il était chez lui ce n'était pas trop gênant mais lorsqu'il était en classe ce n'était pas toujours le top. Surtout lorsque ses céréales entamaient la discute avec celles qui se trouvaient dans l'estomac de Paul ou de Bernard. Parfois quand les petites voix devenaient trop agaçantes l'instituteur demandait aux enfants de prendre une pastille de bicarbonate suractivé au bon goût de menthe ou de framboise. Cela mettait fin instantanément aux parlottes des céréales et l'enseignant pouvait reprendre son cours.


Qu'on ait doté certains objets de la parole n'était pas toujours inutile. Ainsi, lorsque le cours se terminait Sylvain se faisait souvent rappeler à l'ordre par sa trousse ou son cartable. « Tu oublies ta gomme ! » « Ou est passé ton livre de géographie ? » Avec ces deux là pas moyen d'oublier quoi ce soit.


Sylvain s'empressait de récupérer les affaires manquantes.


- Merci la trousse. Merci le cartable.


Avec ces choses, il fallait être attentif. Sinon elles étaient capables de faire la tête toute la journée. Sylvain se souvenait d'une fois ou sa trousse avait refusé de s'ouvrir parce qu'il avait oublié de la remercier.


D'autre fois c'était vraiment agaçant ces objets qui parlaient pour rien.


A midi sa mère l'attendait pour lui servir le repas. Ce n'était pas sa vrai mère - ses parents travaillaient toute la journée -, mais un robot de la série zêta-zêta qu'on utilisait dans la plupart des foyers comme mère de substitution.


- Maman robot, que vais-je manger aujourd'hui ?


- Une succulente omelette aux lardons et au fromage, avec un bol de riz aux légumes.


- Hum, ça a l'air bon, disait Sylvain en se mettant à table.


- Ça l'est, se contentait d'affirmer maman robot.


- Bonjour l'assiette, et les couverts, et le verre, ajoutait le gamin, toujours aussi poli.


- Bonjour et bon appétit, se contentait de dire la vaisselle.


L'après-midi Sylvain retournait en classe. Deux heures de cours. Aujourd'hui ça tombait bien, c'était l'après-midi sport. Une heure de gymnastique, puis une heure de basket. Il aimait bien. Sauf lorsque le ballon râlait parce qu'il ne le lançait pas assez fort.


Après il rentrait à la maison pour faire ses devoirs. A dix-huit heures il regardait ses dessins animés préférés à la TV puis le repas du soir était là.


- Ce soir père et mère rentreront tard, annonçait maman robot, comme tous les soirs, en servant une soupe aux légumes.


- Ouaiaiais, des croûtons, s'extasiait-il en se jetant sur son assiette.


Après le repas il s'installait devant l'ordinateur, puis il jouait jusqu'à l'heure d'aller au lit.


- Père et mère rentreront tard, redisait maman robot en venant lui souhaiter bonne nuit.


Puis elle éteignait la lumière et le système électronique interne du garçon robot se mettait en veille. Le chat en profitait pour venir s'allonger contre ses pieds.


Et dans l'esprit de l'enfant robot les rêves programmés commençaient à se dérouler pareils à un film, jusqu'à l'heure du réveil parfaitement réglée.


 

Markus Leicht

Publié le 29/12/2007 à 00:13
Par Markus Leicht


Quand il fait si chaud que je n'ai aucune envie de faire quoi que ce soit je prends mon courage à deux mains et je vais faire un tour au palais des animaux magiques. Ce n'est pas très loin. Juste de l'autre côté du Fleuve.

Normalement l'accès du palais est interdit aux plus de 13 ans. Mais ma fausse carte d'identité ne me donne pas plus de douze ans et demi. Bien sûr, au début les gardiens étaient un peu surpris en m'apercevant, et chaque fois on me demandait de montrer un document attestant de mon âge. Maintenant ils se sont fait à ma tête. A part quelques-uns qui me regardent toujours bizarrement. Qui se demandent comment cela se fait-il que mon âge n'évolue pas depuis la première fois que j'ai mis les pieds dans ce palais des merveilles, il y a cinq ans. Mais personne n'ose se plaindre. Alors je continue de venir.

Le palais des animaux magiques ne ressemble à aucun autre. Il est grand. Très grand. Parfois je me demande comment on ne déplore pas plus de disparitions d'enfants au sein de cet univers étranges de couloirs labyrinthiques et de grands escaliers. Au coeur de cette jungle de pièces qui se succèdent à l'infini et de salles étranges qui, selon d'habiles mécanismes, basculent sur elles-mêmes. Le plancher prenant soudain la place du plafond et vice versa.

Les premières fois que je suis venu en ces lieux, tous les vingt pas je traçais discrètement de petites croix sur les murs, avec un vieux crayon à papier, pour être sûr de retrouver mon chemin. Elles sont toujours là. En dehors de moi personne ne les remarque tant elles sont discrètes.

La presse n'en parle jamais mais je suis certain que chaque année plusieurs dizaines d'enfants se perdent dans ce palais et ne réapparaissent jamais. C'est ainsi que je me souviens encore de certains enfants, Carole, Mathieu, Flora, que du jour au lendemain on ne revit jamais plus, bien que coutumier du lieu. Et moi-même, plusieurs fois, je ne dus qu'à la présence de mes petites croix de pouvoir rejoindre la sortie. Car, dès que vous vous aventurez trop loin dans ces salles vous ne trouvez plus le moindre gardien pour vous guider. Comme si eux même avaient peur de plus pouvoir retrouver la sortie.

Tous les animaux magiques sont réunis dans ce palais. Certains sont vivants. D'autres sont momifiés pour l'éternité. Le grand dragon, lui est bien vivant. Plusieurs fois j'ai failli finir grillé, pour l'avoir déranger dans son sommeil. Heureusement il est trop grand pour passer d'une salle à l'autre. Lorsqu'on l'a enfermé ici ce n'était encore qu'un bébé dragon. Mais maintenant, vu sa taille, il ne sortira plus jamais de cette prison qui recèle tant de merveilles.

J'aime bien le phoenix et la licorne. Et le minotaure aussi. Mais ils sont devenus trop communs aujourd'hui tant la littérature et le cinéma s'en sont emparés. Le chat Murr et le chat de Cheshire m'intéressent bien davantage. Toujours plongés dans de déconcertants dialogues auxquels parfois j'essaie de participer. Plusieurs fois le chat Murr a voulu s'emparer de mon âme d'enfant, mais l'adulte que je suis a toujours su déjouer les pièges qu'il ne cesse de me tendre lors de nos joutes verbales.

De toutes les créatures qui vivent dans le palais il n'y a que le roi des singes que je n'apprécie pas vraiment. Il passe son temps à faire de mauvaises farces aux enfants. Curieusement il se méfie de moi. Je crois qu'il a deviné que je ne suis pas réellement un enfant.

Dans un aquarium géant on peut voir tritons et sirènes, ainsi que la baleine qui avala Jonas… Plus loin, dans une de ces salles où personne ne s'aventure à part moi, il m'arrive de croiser un hippogriffe ou une de ces femmes changées en renard des contes japonais.

Oui, ils sont tous là. Certains que je n'ai pas encore rencontrés. Mais je sais qu'un jour je croiserais ces bêtes merveilleuses que j'ai toujours rêvé de voir. Le sphinx, l'Hydre de Lerne, le lapin blanc toujours pressé, le lion poltron du pays d'Oz, et bien d'autres encore. Quelque part au détour d'un couloir ou d'une pièce encore inexplorée ils m'attendent. Quelque part dans ce palais des animaux magiques où j'ai toujours douze ans et demi...

Markus Leicht
Publié le 01/12/2007 à 21:20
Par Markus Leicht
Voici une histoire écrite au départ pour Myspace. Elle met en scène quelques personnes du milieu de la SF ainsi que des amis (dont la chanteuse Joelle Niss) et la chatte Chaminoute.



Le 27 novembre 2007, à 14h 15, Markus L, célèbre écrivain lyonnais, disparaît mystérieusement de chez lui. La famille s'inquiète, la police enquête. Rien à faire, notre homme a disparu corps et âme.

Devant l'impuissance des forces publiques, les connaissances de l'écrivain font appel à Monsieur Ngwenolé, grand Marabout et charmeur de serpents. Monsieur Ghwenolé -entre temps il a changé de nom car aucun individu normalement constitué n'est capable de prononcer correctement le son Ngwe-, retrouve tout objet ou personne disparu. Mais pour une fois ce brave monsieur Ghwénolé n'y peut rien. L'adversité est plus forte que lui. Au bout de quatre jour il doit rembourser les 9 euros et 50 cents et les trois boutons de culotte que les amis de Markus L sont parvenus à réunir pour louer ses services. De dépit il reprend son ancien nom, toujours aussi imprononçable.

On se désespère. On pleure. On lit les écrits de notre célébrité autour de quelques bouteilles de bières et de jus de fruits.

- Moi, je dis qu'il n'a pas pu disparaître ainsi, remarque Selene. Il aurait au moins prévenu ses amis et son associé.

- C'est encore un coup des extra-terrestres, s'exclame Jibé, en observant le ciel par la fenêtre entrouverte pour essayer de repérer une soucoupe, entre deux nuages.

- Je vais préparer un gâteau au chocolat. On ne va tout de même pas se laisser mourir de faim, ajoute Sylvie Denis qui ne perd jamais le Nord. Surtout lorsqu'il s'agit de pâtisserie.

Dans la cuisine, Chaminoute et Adeline disputent une partie acharnée de dominos, sous le regard intrigué d'Excentrique qui aimerait bien que son chat sache faire autre chose que dormir.

De son côté Joelle Niss essaie de composer, avec l'aide de Sylvie Lainé, une chanson en souvenir du disparu et Roland C. Wagner écoute un à un tous les CD qui lui tombent sous la main, à la recherche d'un morceau qu'il ne connaîtrait pas.

C'est alors que Fabrice Méreste se lève d'un bond, s'exclamant : « Euréka ! E=MC² ! »

Il se jette sur une des fameuses chemise à carreaux de notre écrivain disparu et la fait sentir à Chaminoute. Aussitôt la chatte s'élance en courant hors de la maison.

Tous se précipitent derrière l'animal.

Elle les conduit en quelques minutes sur les berges du Rhône.

Ils craignent le pire.

Mais à leur surprise notre auteur est là. Assis tranquillement dans l'herbe. Il écrit. A côté de lui s'empile un bon millier de feuilles couvertes de son écriture.

Lorsqu'ils s'approchent il lève les yeux vers eux.

- Ben, que faites-vous ici ? Je suis venu sur ces berges pour écrire tranquillement quelques pages et je vous retrouve tous là.

- Depuis quand es-tu ici ? lui demande Fabrice, fébrile.

- Depuis une heure, peut-être un peu plus.

- Je crois que je comprends, dit le sculpteur de programmes informatiques. Regarde ces feuilles. Il y en a plusieurs centaines. Crois-tu que tu aurais pu rédiger tout ça en une heure ?

- Mais que s'est-il passé ? s'inquiète Markus L.

- Il ne peut s'agir que d'une crampe de temps.

- Une crampe de temps, s'étonnent Selene, Sylvie Denis, Chaminoute, Adeline, Excentrique, Joëlle Niss, Sylvie Lainé, Roland C. Wagner et Jibé.

- C'est grave ? s'inquiète de nouveau notre auteur.

- Que nenni, dit Fabrice. Du moins tant que c'est soigné à temps.

Il lui prend le poignet et observe la montre bon marché qu'il porte élégamment.

- Trois gélules midi, matin et soir, pendant une semaine, d'ambigramme 500 et ta montre se portera de nouveau comme un charme.

Comme tout le monde le regarde avec étonnement, Fabrice précise :

- J'ai fait des études, pendant une semaine, à la fameuse faculté de médecine horlogère de Lausanne.

- Et bien, constate Markus L, cette crampe de temps m'aura été profitable. Cela m'a permis d'écrire, mon deuxième, mon troisième, mon quatrième et mon cinquième roman. Et j'ai même commencé le sixième.

- Pas si vite ! remarque Jibé. Je n'ai pas encore commencé la lecture du premier. Et puis cette histoire ça m'a donné faim. Il est temps d'aller goûter ce gâteau que nous a préparé Sylvie… Tu nous liras des bouts de tes nouvelles oeuvres pendant ce temps.

- Ça ne va pas, non ! s'indigne notre auteur retrouvé. Je veux manger moi aussi. C'est que ça creuse une crampe de temps…

Markus Leicht

Publié le 24/11/2007 à 00:26
Par Markus Leicht
Une petite histoire pour passer le temps.


Qui est Oscar Toupie ?


Telle est la question qui ce matin là envahit les esprits au réveil. Personne ne savait qui était Oscar Toupie et nul individu au monde n'avait jamais entendu parler de lui jusqu'ici. Mais ce matin là, il était présent dans toutes les pensées. Les empereurs, les dictateurs, les ministres, les ingénieurs, les boulangers, les vendeurs d'enclumes à la sauvette et les chômeurs, tous se posaient la même question.


Bien sûr il y avait bien d'autres sujets d'actualité à se mettre sous la dent.


Sung Ho venait de remporter pour la douzième fois consécutive le championnat intermondes de ping pong.


Et la veille au soir les Etazunis déclaraient qu'ils ne participeraient pas au colloque sur les OGM cannibales. De toute manière les plantes transgéniques ne s'étaient jamais attaquées à un être humain. Jusqu'ici seuls quelques Marziens et Vénuziens avaient été dévorés vifs par des plants de maïs glouton. Junior jr en avait profité pour glisser dans son discours aux Planètezunies que ce n'était pas parce qu'il était un androïde qu'il n'était pas capable de gérer son pays aussi bien, sinon mieux, qu'un humain.


Quant aux Vénuziens du sud ils venaient de déclarer la guerre au peuple poisson, sous prétexte qu'ils n'avaient plus assez de place pour construire de nouveaux stades de foot.


En bref tout allait pour le mieux dans le meilleurs des Troismondezunis, à part cette question qui obsédait du plus petit au plus grand : Qui est Oscar Toupie ?


Bien sûr chacun tenta d'apporter sa réponse. Les journalistes, les ministres, les curés, les ivrognes, les vitriers et même les Marziens et les Vénuziens. C'est dire à quel point la question turlupinait tout le monde.


Pour certain il s'agissait du frère de Madonna. Pour d'autres c'était le chef très secret des neuf mystérieux inconnus qui gouvernent le monde. Quelques-uns pensaient que c'était le pseudonyme d'un écrivain célèbre. Parfois on avançait les noms de Daniel Pennac, où Jimmy Guieu, ou encore Markus Leicht. Mais aucun d'entre eux n'avait confirmé l'information. On disait aussi qu'Oscar Toupie était le présentateur d'une obscure émission de télévision que personne ne regardait. Ce qui était certain c'est qu'aucun registre d'état civil ne consignait une telle identité.


Cela dura toute la journée. Puis Terriens, Marziens et Vénuziens finirent par aller au lit. Et au réveil plus personne ne se souvint de cet Oscar Toupie. Une nouvelle question avait envahi tous les esprits : Qu'allons-nous manger à midi ? Pour les maïs gloutons la question ne se posait pas vraiment : le premier Marzien ou Vénuzien qui passerait à portée ferait l'affaire. Mais pour les Terriens, Marziens et Vénuziens, l'affaire était d'importance. Du plat de riz au poulet au gratin dauphinois. Du boeuf bourguignon aux vols au vent. De la salade niçoise au cassoulet au confit de canard. Des spaghettis à la bolognaise au chili ou au couscous…


Qu'allait-on manger à midi ?


Markus Leicht

Publié le 22/11/2007 à 10:46
Par Markus Leicht

Cette nouvelle fut écrite sur une idée lancée par Pierre Gévart. Il fallait continuer un bout de texte (en gras).

 

 

Sur Clavène, planète minière de type 4, les prospecteurs avaient installé leurs campements aux abords immédiats de l'aire d'atterrissage, sans que les autorités essayent même d'y mettre de l'ordre. Léna s'arrêta au bas des échelons, se demandant si elle n'allait pas immédiatement rembarquer.


Mais la vieille fille se dit qu'elle ne pouvait pas abandonner ainsi sa chère mémé, surtout après un aussi long voyage. Dix ans auparavant, dans un enregistrement vidéo, elle lui avait déclaré que le jour où elle aurait assez d'économies pour s'offrir un aller retour jusqu'ici elle viendrait voir comment elle était installée. Ce n'était donc pas le moment de flancher. Mais il faut bien reconnaître que l'accueil n'était pas des plus chaleureux. Le campement de mineurs avait même un air franchement lugubre.


Un fois le poste de contrôle franchi, Léna se dirigea vers un vélotaxi et tendit au robot en uniforme bleu la carte sur laquelle elle avait soigneusement écrit :


Grand-mère Dany
Baraquement 7658
Clavène capitale, ouest.


Le robot acquiesça et elle eut juste le temps de s'installer dans la minuscule coque avant que le taxi ne prenne la direction demandée.


Grand mère Dany habitait tout à fait de l'autre côté du campement aperçu lors de son arrivée. Ici les baraques de bois, entourées d'un minuscule jardin, paraissaient moins tristes.


Le taxi la déposa devant une maison à l'abandon. Léna ne s'en inquiéta guère. Vu l'âge avancé de la mémé celle-ci ne devait pas avoir beaucoup l'occasion d'entretenir la baraque et le jardin. Elle aurait tout de même espéré qu'un voisin s'en occupa un peu. Elle posa sa valise et son parapluie et frappa à la porte. Devant le silence qui s'éternisait elle entra. La maison était vide. Et cela faisait incontestablement plusieurs années que plus personne ne vivait ici de manière régulière. Ou donc était passé mémé ? La dernière fois qu'elle avait reçu un message vidéo d'elle c'était à peine quelques mois auparavant. Et jusque là elle était censée toujours habiter à la même adresse.


Songeuse, Léna s'assit à la table de la pièce qui servait tout à la fois de cuisine, de salon et de chambre, et étudia le lieu du regard. Elle s'étonna de ne voir aucun des bibelots dont sa grand mère avait l'habitude de s'entourer, ni les photos diverses qu'elle punaisait aux murs. Que s'était-il donc passé ? Si la vieille avait rendue l'âme l'administration lui aurait immanquablement fait parvenir un certificat de décès et si elle était tombée malade sans doute l'aurait-on prévenue.


Elle rangea sa valise dans un coin et cliqua deux fois sur son tututeur de poignet. Cinq minute plus tard un vélotaxi s'arrêta devant la porte pour l'emmener au centre de Clavène capitale, c'est à dire à l'astroport, car c'était là qu'était installés les bureaux administratifs ainsi que le centre commercial.


Elle s'arrêta tout d'abord au commissariat pour signaler la disparition de mémé Dany. Mais le fonctionnaire auquel elle eut affaire ne trouva pas trace de la vieille dame dans son fichier informatique qui recensait pourtant tous les habitants, vivants ou morts, depuis l'arrivée des premiers colons.


- Diable, fit le policier penaud. Voilà qui est fâcheux. Aurions nous oublié d'enregistrer grand mère Dany ? Ou pire, y aurait-il un bug dans l'ordi central et certains fichiers auraient-ils été malencontreusement effacés. Désolé, Madame, j'appellerais les archives demain matin pour savoir ce qu'il en ait. Je vous tiendrai au courant.


- Une mémé ça ne disparaît tout de même pas comme ça, s'offusqua Léna.


- En effet, approuva son interlocuteur, et sans doute allons nous la retrouver sous peu.


La terrienne acheta des provisions pour une semaine puis retourna à la baraque numéro 7658.


En arrivant elle eut la mauvaise surprise de voir que sa valise et son parapluie avaient été jetés sur le chemin et qu'un couple logeait dans la maison.


- Mais, s'inquiéta Léna, que faites-vous chez grand-mère Dany ?


- Grand-mère Dany, s'étonna l'homme à la carrure de déménageur. Jamais entendu parler.


- Ceci est la demeure de ma grand-mère.


- Cela serait surprenant car nous possédons cette maison depuis huit ans.


- Qui êtes-vous, lui demanda la femme, suspicieuse ? Et que venez-vous faire ici ?


- Je veux retrouver ma mémé, dit Léna. Qu'en avez-vous fait ? L'avez-vous trucidé et enterré dans la cave pour lui voler ses économies ?


- Mais, madame, nous ne connaissons point votre mémé et vous prions de bien vouloir nous laisser tranquille. Nous sommes ici chez-nous.


Sur ce l'homme lui claqua la porte au nez.


- Ben ça c'est un peu fort, se dit la vieille fille. Non seulement on trucide ma mémé adorée, mais en plus on se comporte en malotru.


Un tutut, et le même robot taxi arriva, ramenant une nouvelle fois Léna au commissariat ou le même fonctionnaire l'accueillit.


- On a refroidi grand mère Dany, annonça-t-elle tout de go, au policier ébahi.


- Comment ça on a refroidi grand mère Dany ? interrogea le fonctionnaire. Vous voulez dire que vous avez découvert sur Clavène un trafic de viande froide ?


- Non, je voulais dire que j'ai découvert qui a tué mémé.


- Commençons par le commencement, fit le policier.


Jusqu'ici il n'y avait jamais eu de crime sur Clavène et ce n'était pas cette timbrée fraîchement débarquée qui allait semer la zizanie dans la routine quotidienne.


- Adresse du délit ? demanda-t-il.


- Chez mémé, baraque 7658, ouest.


L'ordinateur afficha une série de données.


- Grand mère Dany n'a jamais habité cette baraque, constata le policier. Il y a quatorze ans la maison a été bâtie par un certain Maurice Leprospecteur. Lequel a revendu la baraque à monsieur et madame Martinez il y a huit ans. Ceux-ci viennent y passer deux ou trois semaines par an. Ils sont arrivés ce matin, par le même vol que vous.


- Ben, elle est passé ou la vieille, alors ?


Le policier sortit le listing de tous les colons arrivés dix ans plus tôt. Pas de grand mère Dany dans le lot.


- Une mémé ça ne disparaît pas comme ça, tout de même, s'exclama Léna.


- Je ne peux rien vous dire d'autre, madame. Allez voir mon collègue, qui s'occupe du contrôle des nouveaux arrivants. Peut-être pourra t-il vous en dire plus.


Léna se fit conduire par le robot taxi jusqu'aux bureaux de l'immigration.


Un jeune homme charmant l'accueillit et après qu'elle lui eut narré son affaire parcourut une série de grands cahiers.


- Négatif, madame. Aucune grand mère Dany, de quelque nature que ce soit. Je ne vois qu'une solution. Vous n'avez pas frappé à la bonne porte.


De colère Léna se leva d'un bond et cassa son parapluie sur le crâne du malheureux jeune homme.


- Cela vous apprendra à sous entendre que je suis bigleuse.


- Euh, fit un collègue du jeune homme, je crois qu'il voulait juste dire que vous avez du vous tromper d'escale. Ici vous êtes sur Clavène sur Béta IV. Sans doute désirez-vous vous rendre sur la soeur jumelle de notre planète, Clavène sous Béta IV. Toutes les semaines on voit débarquer des passagers qui se trompent.


La vieille fille haussa les épaules et sa valise à la main se dirigea tête haute vers le quai d'embarquement numéro trois, tandis que la voix d'une hôtesse annonçait : «Le vaisseau à destination de Clavène sous Béta IV partira du quai trois, dans trente cinq minutes...»


Vraiment elle avait bien raison. Dès le début cette planète ne lui inspirait pas confiance... Elle aurait du se fier à son instinct.


Markus Leicht


Publié le 20/11/2007 à 07:36
Par Markus Leicht

Ça fait un moment que je ne vous ai pas mis une petite nouvelle. Voici une petite histoire absurde.


Le dimanche j'aime bien partir à la campagne. La voie ferrée qui relie Bellevaudan à Val le Chatel est des plus tranquilles. Et puis on y trouve encore des fanfrelons, juste après le Bois du Clos Fleury. Chaque fois j'en écrase au moins une demi douzaine. J'aime bien. Ça fait de gros splash et de larges taches grises à pois jaune sur les travées et le machefer entre les rails. Je trouve ça très décoratif.


Mariane, ça ne lui plait pas trop. Elle trouve que ça salit la draisine et que c'est dégueulasse, par-dessus le marché. Il faut reconnaître que la purée de fanfrelons ça a vraiment une apparence et une consistance peu ragoûtante.


Les enfants ça les amuse. Ils attendent toujours avec impatience qu'un fanfrelon ou, de préférence, une famille fanfrelon s'aventure sur les rails.


- Ecrase les, s'écrie Emilie, dès que le cas se présente.


- Plus vite, conseille Caroline.


- Fanfrelons, pan, pan, chante Maurice, le plus jeune.


Moi, je fonce.


Splash, splash, splash, font les fanfrelons quand je les heurte de mes butoirs renforcés...


- Tu en as raté un, fait Emilie.

Alors je fais marche arrière pour poursuivre et écraser celui qui a échappé au massacre. Pas de pitié pour les fanfrelons ! comme dit une chanson du top 50. D'ailleurs, à part se faire écraser, un fanfrelon ça ne sert strictement à rien. A tel point qu'on peut se demander pourquoi Noé en a sauvé un couple dans son arche.


 

Pour les curieux précisons que les fanfrelons se présentent comme des grosses bulles à roulettes. A l'intérieur il n'y a que du vide et leur peau grise est couverte de pois jaunes comme vous l'aurez sans doute déjà compris. Une fois par an, des gardes champêtres, ayant reçu une formation adéquate, remontent la petite clé en fer blanc cachée dans leur pelage, pour les maintenir en vie, ou du moins dans leur semblant de vie mécanique.


Parfois les trafiquants volent les défenses des bêtes mortes. Les Fanfrelons possèdent six défenses au dessus d'un semblant de museau. Elles n'ont aucune valeur en elles-mêmes. Les trafiquants les réduisent en poudres de diverses couleurs qu'ils revendent au marché noir. Poudre d'escampette, poudre aux zieux, poudre de perlimpinpin, poudre noire, poudre de lune, on en trouve de toutes sortes. Ces trafiquants savent vraiment y faire. Moi j'ai bien essayé une fois mais je n'ai obtenu que de la poudre cracra, comme dit Mariane.


Mais je respecte trop les fanfrelons splashés pour voler leurs défenses. N'était-ce pas John Wayne, qui remarquai avec juste raison : « Un bon fanfrelon est un franfelon mort, donc paix à son âme et à ses défenses ».


Laissons les donc courir tranquillement sur leurs roulettes dans le Paradis des fanfrelons. Leur vie est si peux intéressante ! Juste un grand splash, en somme ! Car il faut bien dire que la vie des fanfrelons ne prend tout son sens qu'au moment précis où les butoirs de la draisine les heurtent pour les réduire en bouillie. C'est-à-dire dans leur dernier instant.


Mais quelle fin ! Quelle apothéose !


Markus Leicht

Publié le 19/04/2007 à 00:09
Par Markus Leicht

La tarte aux poireaux


Un texte de Markus Leicht

Tous les lundi Mamie Philomène préparait sa succulente tarte aux poireaux. Il s'en souvenait comme si c'était hier. Elle lui avait même appris la recette. Malheureusement, le temps était passé et il l'avait complètement oubliée. Il avait bien essayé de retrouver les gestes... Rien à faire. La tarte aux poireaux c'était trop fort pour lui.

Tous les lundi jusqu'à l'âge de neuf ans il avait savouré cette si délicieuse tarte. Et puis sans prévenir Mamie Philomène était partie. Sans même lui dire au revoir.Elle l'avait lâchement abandonné aux pattes au beurre et au riz à la tomate pour aller sans doute préparer sa tarte pour d'autres. L'ingrate ! Comment avait-elle pu l'abandonner ainsi lui qui non seulement finissait sa part mais en redemandait toujours une seconde et même parfois une troisième ?

Il s'était juré de retrouver mamie Philomène, quand il serait grand. S'il le fallait il paierait les plus célèbres de tous les détectives pour la retrouver : Sherlock Holmes, Nero Wolf, Philip Marlow, Sam Spade, Lord Peter, Hercule Poirot... Il ferait même appel au FBI et à Interpol.

Peut-être qu'un amateur de tartes aux poireaux l'avait kidnappée. Mais il ne l'abandonnerait pas ainsi. "Tient bon, mamie. Et surtout ne perd pas la main. Quand je te retrouverai tu devras m'en préparer une sacré quantité de tartes en retard."

Alors en attendant ce jour là il essayait de se souvenir de la recette. Eplucher la crème fraîche... Non, ce ne devait pas être ça. Bien battre les poireaux avant de les laisser reposer. Non, c'était trop violent. Lui qui n'avait jamais fait de mal à une mouche n'aurait jamais pu se résoudre à battre de pauvres poireaux qui ne lui avaient rien fait.

Tout ce dont il était sûr c'est que dans la tarte en question il y avait des poireaux. Et sans doute y avait-il de la tarte aussi. Il croyait se souvenir aussi de la crème fraîche. Mais après ? Quels ingrédients magiques intervenaient dans la préparation ? Sûrement des épices. Et, certainement, un tour de main unique, aussi.

Et puis les années passèrent. Jamais les grands détectives de son enfance ne s'occupèrent de sa grand-mère. Ni le FBI, ni Interpol. "Les salauds ! Ils auraient tout de même pu me la retrouver ma mamie."

Et encore d'autres années s'écoulèrent. Et enfin il comprit qu'elle ne reviendrait jamais la mamie. Que jamais il ne retrouverait le goût des tartes aux poireaux du lundi.

Décidément il aurait du refuser de quitter son enfance. Refuser de devenir un adolescent ou un adulte. Cochonne de vie : pourquoi personne ne l'avait jamais prévenu ? Lui il l'aimait bien la tarte au poireau du lundi.

Alors il essaie. Putain de mémoire ! Une vraie passoire…

Eplucher la pâte à tarte, puis préparer…

Publié le 17/04/2007 à 23:38
Par Markus Leicht

Un texte de Markus Leicht



Désolé, un problème technique est survenu. Nos ingénieurs ont été avertis et vont s'en occuper.


Bonjour, monsieur le robot. Pourriez-vous prendre cinq minutes de votre temps, que je sais fort précieux, pour discuter avec moi ?

Désolé, un problème technique est survenu. Nos ingénieurs ont été avertis et vont s'en occuper.

Ça je le sais déjà, vous me l'avez dit il y a une minute à peine. Et je vous en remercie. Je vous remercie grandement de prendre soin de mon problème technique avec autant de diligence. Mais si je m'adresse à vous ce matin ce n'est nullement pour un problème technique. Non, monsieur le robot... Je voudrais vous soumettre un problème humain. Bon, je sais que ce n'est pas de votre ressort. Que vous autre, robots, des problèmes humains vous n'en avez rien à foutre.

Et pourtant... Vous gérez monsieur le robot plus de 150 millions d'humains. C'est beaucoup. Plus de deux fois la population de mon pays. C'est énorme. Alors les problèmes humains vous devriez connaître, vous devriez comprendre.


Désolé, un problème technique est survenu. Nos ingénieurs ont été avertis et vont s'en occuper.

Vous avez raison, monsieur le robot. Ce problème humain ne doit être qu'un problème technique. Qu'un simple bug. J'attends donc que vos techniciens viennent me réparer. Vite.

J'attends que vos techniciens s'occupent de ce problème, pas si humain que ça, après tout.

Bip... Bip... Bip...

Syntax error... Syntax error...


Désolé, un problème technique est survenu. Nos ingénieurs ont été avertis et vont s'en occuper.


Publié le 24/03/2007 à 00:30
Par Markus Leicht

Minuits lunaires

 


Pour mes martiennes.


Parfois, souvent peut-être, je suis un naufragé. Perdu quelque part dans mes rêves, perdu dans les rêves des autres, je ne sais pas trop.

Sur mon île j'attends, sur mon monde perdu j'espère, dressant de nouveaux ponts vers ces étoiles si lointaines, si inaccessibles.

Mon île est grande. Suffisamment pour accueillir tous mes amis. Ceux de la vraie vie, ceux de mes mondes virtuelles, ceux de l'entre deux.

Quelque fois j'ai l'impression que cette île est trop grande, alors je jette des bouts à la mer. L'instant d'après je la trouve trop petite. Où vais-je mettre tous mes amis si je n'ai plus assez d'espace ? Devront-ils se transformer en poisson ou en sirènes ? En oiseaux ou en papillons.

Alors j'attrape des bouts d'étoiles et mon île retrouve une taille suffisante.

Parfois un pêcheur m'attrape dans ses filets, et refuse de croire que je ne suis pas un poisson. Des fois une fusée se pose sur mon île-étoile et un astronaute plante fièrement un petit drapeau comme si je n'étais pas là. Des fois encore des envahisseurs viennent m'envahir et mon île ne ressemble plus à mon île. Et je ne ressemble plus à moi-même. Des fois encore plus rares mes rêves viennent à ma rencontre et je redeviens celui que j'ai toujours été : éternel naufragé à la lisière des songes, la dernière vigie des minuits lunaires.


Publié le 06/02/2007 à 01:51
Par Markus Leicht


Presque tous les matins j'écris. Des petits textes sans prétention, des fragments de nouvelles. Une discussion sur messenger, avec Mikhal-Talia, à propos de l'écriture et de la littérature, et au réveil cette histoire était là.


Donc pour Mikhal-Talia, en espérant que ses textes trouveront l'écho qu'ils méritent.


Ce matin là Manolo se réveilla la tête remplie d'idées à ne plus savoir qu'en faire. Des idées comme on en a qu'une fois dans une vie. De quoi écrire au moins deux cents romans ou nouvelles.

"Des idées béton que je te dis. Des vrais de vrai."

Enfin un monde extatique allait reconnaître son talent. Il était vraiment le génie de ce siècle. Grave !

Des boules quies dans les oreilles, pour que ses idées ne s'échappent pas - il faut être prudent quand on a autant d'idées originales qui tournent dans la tête -, il prenait son petit déjeuner d'un air guilleret. Quoique manger en gardant un air guilleret ne soit pas toujours compatible. Tout au moins faisait-il l'effort pour le paraître du mieux qu'il pouvait.

Après quoi, bien rassasié de ses tartines couvertes d'une onctueuse et surtout épaisse couche de crème chocolat goût noisette, - sa préférée -, il allait prendre sa douche, non sans s'être auparavant bardé le crâne d'adhésif. Tout le monde sait que les idées sont solubles dans l'eau. Et quand on en a une deux centaine qui feront de vous un génie on ne peut pas se permettre de les perdre pour une douche.

Puis, toujours bardé de son adhésif, - il serait toujours temps de l'enlever le moment venu -, il commençait à couvrir des feuilles et des feuilles de ses idées si brillantes.

Tous ceux dont l'activité est d'écrire vous le confirmeront, les idées, aussi bonnes soit-elles, finissent toujours par se diluer, puis par s'évanouir complètement, quelque soit les précautions prises pour les enfermer dans votre tête. Sans doute l'adhésif utilisé par Manolo n'était-il pas de première qualité. Car chez lui les idées finissaient toujours par s'évaporer en un rien de temps.

Au bout de plusieurs heures de cette activité frénétique notre génie s'arrêtait. La totalité de ses merveilleuses idées enfin couchée sur le papier.

Il était prêt.

Le monde allait enfin découvrir son incommensurable génie. Sans aucun doute allait-on le considérer dès lors comme l'Einstein de la littérature. Sans doute lui remettrait-on dès la parution de son premier roman le Nobel et tous les grands prix littéraires de l'année. Sans doute, pour faire bonne mesure, serait-il obligé d'en refuser quelques-uns. Le Femina ou le Renaudot. Cela lui assurerait l'amitié de Houellebecq ou d'Amélie Nothomb.

Chaque matin au petit déjeuner on lui apporterait des chariots de tartines de crème chocolatées à la noisette et chaque soir d'accortes jeunes femmes viendraient le border, lui et sa maîtresse officielle. Car un écrivain de son talent doit avoir une ou plusieurs maîtresses officielles.

A quatre heure, après l'indispensable goûter il relisait sa prose pour décider quel roman il écrirait en premier, pour préparer l'oeuvre qui lui assurerait un succès éternel. A son grand regret les idées couchées sur le papier ne lui paraissaient plus aussi génialissime qu'elles lui avaient paru dans un premier temps. Elles étaient même médiocres.

Comment diable avait-il espéré atteindre la gloire avec de tels écrits. De rage il déchiquetait l'ensemble des feuilles inutilement noircies et sortait pour aller se chercher une bonne pizza.

Si ce n'était pas pour aujourd'hui, ce serait pour demain. Oui, il le sentait. Ça commençait à bouillonner sous son crâne. Demain matin ce serait mûr à point. Demain ses rêves de grandeur prendraient forme.

Ce soir il se contenterait d'une pizza campagnarde... Il faut bien un commencement à tout.


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MARIO KEKI : CA DIT FAIRE MAL !
boya : c'est un forum, si personne ne vient parler de ce qui l'intéresse parceque jusque là, il n'y a pas d'amateur, ça donne peu de chance de progresser
Selene : Bon, de toute façon, si on ne se retrouve pas dans les Forums, on va se retrouver aux Printemps de l'Imaginaire :)
markus : C'est vrai que pour le moment ce sont surtout les amateurs de comics qui l'ont pris en main.
Selene : désolée, mais cette fois-ci je ne pense pas que je vais te suivre dans les nouveaux forums, on y parle que de trucs qui ne m'intéressent pas !