Depuis juillet 1997, voici au jour le jour les infos du monde de la science-fiction et du fantastique et celles de l'univers de Markus Leicht, auteur du bouquin Péronnik l'idiot, aux éditions Eons.
Une autre aventure de Péronnik, Les mines du dieu Olyphant, est parue dans l'anthologie Les enfants de Conan et ma nouvelle Terrain de chasse accompagne le roman de Jess Kaan, Réfractaires, toujours aux éditions Eons.
Dernière nouvelle publiée : Chronique des années matinales, dans Appel d'air. Editions ActuSF. Dernier article : La dame de Sassmannhausen, dans Lunatique 77, aux éditions Eons.
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Publié le 07/01/2007 à 10:57
Par Markus Leicht
Voici une nouvelle écrite il y a une vingtaine d'années. En fait il s'agit de l'introduction d'un court roman fantastique que je n'ai jamais terminé. C'est un texte assez noir qui décrit plus ou moins ce que je vivais intérieurement à l'époque. Ça fait partie de ces textes que je voudrai bien réécrire complètement.  Un récit de Markus Leicht La première lame Arrivé au dernier étage de la vieille bâtisse je m'arrêtai pour reprendre mon souffle. A l'entrée du couloir, assis sur une chaise, un homme attendait. De l'endroit où je me trouvais, son visage, plongé dans l'ombre, paraissait un abîme insondable car je ne pouvais apercevoir ses traits, dissimulés par le large bord d’un chapeau de feutre. Il portait un costume noir sous lequel il semblait nu. La pauvre lumière diffusée par une ampoule noircie de chiures de mouches me permettait tout de même de distinguer l'enfilade du couloir dans son entier. Interminable. Inhumain dans sa longueur inhabituelle. Je comptais vingt-deux portes. Une dizaine de portes de chaque côté. Les deux dernières se trouvaient tout au bout, à l'autre extrémité, me faisant face. La convocation était arrivée la veille. Brève et sèche : "3 rue du puits. 21h 30. Dernier étage." Aucune signature. Mon nom était écrit en haut à droite. Un post-scriptum disait : "Surtout ne vous retournez pas. L'heure à son importance." Nous étions en hiver, mais le temps était des plus doux. Monter ces cinq étages m'avait mis en sueur. J'observai les portes une nouvelle fois puis demandai : - C'est bien ici, pour le rendez-vous ? L'inconnu ne manifesta pas le moindre signe de vie, comme s'il ne fut rien d'autre qu'un mannequin de cire. Peut-être dormait-il, peut-être ne m'avait-il pas entendu tout simplement. Je n'osais pas m'approcher de lui pour le toucher. Je répétai : - C'est bien ici, le rendez-vous ? J'ai reçu un mot. Quelqu'un l'a glissé sous ma porte, hier soir, tard. J'étais déjà au lit... Je récitai le contenu du message : - 3 rue du puits. 19h30. Dernier étage. L'homme parut approuver de la tête. Mais s'agissait-il vraiment d'un mouvement d'approbation. Dans ce lieu inconnu, à peine à quelques centaines de mètres de chez moi, je me sentais comme en pays étranger. Les murs du couloir étaient en piteux état. Ils suintaient d'humidité et par endroits de la moisissure et du salpêtre les recouvraient. L'homme, peut être devrais-je dire le gardien (car quelle autre fonction pouvait-il avoir en un tel lieu?), devait être âgé. Une personne plus jeune ne se serait pas tenue ainsi, le corps penché en avant, animé d'une sorte de léger balancement, mouvement perpétuel d’une improbable horloge humaine. Sans doute était-ce là sa manière de compter le temps pour passer les dernières journées d'une vie en train de s'achever. Je passai devant lui, m'arrêtai devant la première porte. Un écriteau annonçait : LIEU DE RENDEZ-VOUS. Je frappai quelques coups. Comme aucune réponse ne venait je poussai le panneau de bois. La chambre dans laquelle j'entrai était petite. Il s’en dégageait une écoeurante odeur, mélange d'urine, de vin et de vomi. La pièce était éclairée par une unique bougie dont la flamme vacillait avec des mouvements rapides, comme pour essayer de s'envoler de ce pauvre corps de cire qui n'allait pas tarder à mourir. Depuis que j'avais mis les pieds dans cette maison tout sentait la mort : l'air, les objets, le lieu lui-même. Jusqu'au gardien, seul être humain que j'avais rencontré jusqu'ici. Sur le sol, au milieu d'immondices de toutes sortes, quelques gros cafards noirs cherchaient de la nourriture. Ma présence ne les dérangea pas. Dans un coin, une vague forme humaine prostrée attira mon attention. Il s'agissait d'une femme aux cheveux filasse dont l'unique vêtement crasseux et déchiré tenait autant de la chemise de nuit que de la robe grossière. Une bouteille de vin presque vide était posée devant elle. Tout comme pour l'homme assis dans le couloir la vie semblait l'avoir quittée. Mais je savais qu'il n'en était rien. La puanteur du lieu n'aurait pas été assez puissante pour étouffer l'odeur de la mort. Sur les murs, sur le sol et au plafond, les ombres créées par la flamme de la bougie se livraient à une étrange danse païenne. Comme pour calmer la fureur d'un démon ou d'une indicible créature de l'au-delà. Un bref moment me vint à l'esprit l'image des grands anciens de Lovecraft, mais je rejetai aussitôt ces images nées de l'imagination de l'écrivain américain. Non, je ne me trouvais pas dans un roman. Je n'étais pas une simple marionnette issue de l'esprit torturé d'un auteur de bouquins fantastiques. La misérable chambre dans laquelle je me trouvais existait bien : 3 rue du Puits, dernier étage. Peut-être pour me convaincre que je ne me trouvais pas dans un cauchemar je me répétais l'adresse plusieurs fois. 3, rue du Puits, dernier étage. Dernière escale, aussi ? Un frisson me parcourut de la tête aux pieds. Dans quel endroit me trouvais-je donc et pourquoi m'avait-on fixé rendez-vous en ce lieu étrange ? Tout comme ceux du couloir, les murs nus de la pièce étaient recouverts de taches et de moisissures et l'unique fenêtre était condamnée avec des planches clouées à la va vite, un peu dans tous les sens. Du travail d'amateur. Pourquoi avait-on pris la peine d’obturer cette fenêtre ? Pour cacher la misère de celle qui vivait ici ? Pour dissimuler un terrible secret ? Non, ce ne pouvait être cela. Il y avait quelque chose d'autre. Un indéfinissable mystère qui ne cessait d'attiser ma curiosité et qui me poussait à aller de l'avant. Peut-être avait-on voulu empêcher l'arrivée d'un intrus venus du dehors. Barrer le passage à une obscure malédiction... La femme prostrée ne bougeait toujours pas. Apparemment elle ne m'avait ni vu ni entendu. Je profitai de son immobilité pour reculer jusqu'à l'entrée. Sans doute n'était-ce pas ici que j'étais attendu. Je fermai la porte et me retrouvai dans le couloir sombre. Le vieil homme n'avait pas bougé de place. Sur le bois de la porte en face de celle que je venais de refermer était écrit à la craie blanche : AUTRE LIEU DE RENDEZ-VOUS. En plus petit, d'une écriture différente, juste en dessous : Frappez. Entrez. Je m'exécutai. Sur le moment je crus faire irruption de plein pied dans un cauchemar. Car la pièce dans laquelle je pénétrai était l’exacte réplique de celle que je venais de quitter. Mêmes déchets jonchant le sol et mêmes cafards fouillant ces détritus. Mêmes taches sur les murs. Même femme prostrée avec la même bouteille de vin posée devant elle. Tout, dans le moindre détail, jusqu'au moindre grain de poussière, je l'aurais juré, était identique. Non, pas tout à fait. Je remarquai sur le sol des pièces d'argent. Il devait y en avoir une trentaine. Par la suite je devais comprendre qu'il y en avait exactement trente. Les éléments d'un incompréhensible puzzle étaient en train de se mettre laborieusement en place. Je devinais dans cette succession d'événements étranges, déroutants même, une construction parfaitement logique, parfaitement cohérente. Moi même, je le pressentais, je ne pouvais qu'être une des pièces de cet assemblage. Mais quel rôle étais-je censé jouer ? Pour quelle obscure raison m'avait on attiré jusqu'ici ? Et surtout qui avait bien pu me fixer ce rendez-vous ? La femme parut prendre vie. Elle releva la tête d'un mouvement lent. Son visage était une surface lisse et noire. Trou de ténèbres parmi les ténèbres. Un chat vint se frotter contre ses jambes nues. - Prenez les pièces et partez. Sa voix rauque, presque masculine, me fit sursauter. - Les pièces ? dis-je. Je n'ai nul besoin d'argent. - Prenez la corde alors. Elle tenait une grosse corde dans ses mains décharnées Des mains étonnamment blanches dans l'obscurité qui noyait la pièce. Et ces mains me tendaient la corde. Effroyablement tentatrices mais provocant en même temps, au plus profond de moi-même, une vive répulsion. J'allais faire un pas en avant. Mais un avertissement jailli du coeur des ténèbres m'arrêta : - Attention de ne pas vous noyer. Je baissai les yeux. La faible lumière de la bougie miroitait sur une surface humide. Du pied j'explorai le sol devant moi. De l'eau ! Il s'agissait d'une véritable nappe d'eau. Elle semblait profonde. Elle m'entourait tout comme elle cernait aussi l'étrange femme et son chat. « Les chats n’aiment pas l’eau », me dis-je. Pensée stupide, incongrue, en un tel endroit. J'essayai de percer la semi obscurité à la recherche de mon sauveur mais il n'y avait personne d'autre que la vieille femme et moi. - D'où vient toute cette eau ? demandai-je, inquiet. - Un lac, dit la vieille femme de sa voix de basse. Nous sommes au milieu d'un lac. J’essayai de la ramener à la réalité. - Il ne peut y avoir de lac dans une maison. Tout au plus une surface d’eau. Ma remarque la surprit. - Quelle maison ? Je désignai d'un geste de la main les murs qui nous entouraient. Je ne terminais pas mon mouvement. Je me mis à frissonner de la tête aux pieds. Les murs n'étaient plus là. Nous étions perdus au milieu d'un lac et le ciel commençait à s'éclaircir sur l'horizon. - La transmutation des éléments suit son cours, dit la voix inconnue. - L'oeuvre au blanc, précisa la vieille femme. - L'oeuvre au blanc ? demandai-je, de plus en plus dérouté. - L'eau. Précisa la femme. Avec la venue du jour son corps s'estompait. Sans doute n'était rien d'autre qu'une créature de la nuit, un simple fantôme. Le chat avait déjà disparu. La corde dérivait lentement vers moi au milieu des nénuphars et des fleurs de lotus. Lorsqu'elle fut à ma portée je la ramassai et l'accrochai au ciel... Au matin des corbeaux par dizaines déchiraient des lambeaux de chair sur le corps, tournoyant dans le vent, du pendu. La lune et le soleil se partageaient le ciel.
Publié le 06/12/2006 à 08:54
Par Markus Leicht
Un texte écrit, il y a un mois, dans le train qui me ramenait de Nantes. Kayama, ma sorcière, fusionnait dans mon esprit avec les Mouvements, d’Henri Michaux, ces poèmes graphiques composés de signes étranges qui sont autant de créatures dansantes. Comme tous les écrits mis en ligne depuis quelques semaines il s’agit d’un texte brut, c’est à dire sans réécriture. Le travail sur les mots, sur les phrases, viendra plus tard. Pour les créatures dansantes Pour Kayama aussi Seule était la créature, perdue dans une nuit qu’elle ne connaissait pas. Elle émettait de petits sons cristallins et de chacun de ces pleurs naissaient de minuscules étoiles qui tombaient doucement sur le sol. Parfois l’une d’elle se transformait en étoile filante et s’enfuyait pour se perdre haut dans ce ciel ténébreux, à nul autre semblable. La créature tournait lentement sur elle même. Pareille, au milieu de cette pluie de lumière qu’elle générait, à un danseur ou à une danseuse. Difficile de savoir s’il était elle, si elle était il. Son corps se déformait sans cesse et des bras jaillissaient de sa masse informe. Des membres qui lui donnaient soudain un caractère plus humain. Silhouette d’encre perdue dans cette nuit si dense. Petit à petit elle prenait plus d’assurance. Sa danse s’accélérait et les protubérances se faisaient plus nombreuses et chacune d’entre elles se séparait du corps pour devenir indépendante. Et très vite la créature ne fut plus une mais plusieurs. Et ses enfants dansaient à leur tour et la nuit se remplissait d’étoiles. Car les créatures étaient si proches l’une de l’autre que dans leurs mouvements leurs membres se frôlaient dans un feu d’artifice d’astres miniatures. Et leurs chansons cristallines se mêlaient dans un chant unique et leurs corps s’étreignaient, si fort, si fort, qu’au coeur de cette nuit ils fusionnaient. Et, de nouveau, seule fut la créature. Alors, mince silhouette d’encre, elle dansa encore plus vite, plus fort. Et bientôt, de nouveau, elle fut plusieurs. Les notes cristallines nées de ces formes en mouvement se transformaient en mots. Mots insaisissables, comme de furtifs glissements chuchotés, dont elles seules pouvaient comprendre la signification. Mots qui se croisaient, s’enlaçaient, s’entrelaçaient, s’embrassaient, dans des étreintes si intimes qu’ils finissaient par jouir les uns des autres. Puis recommençaient, insatiables, jusqu’à ce la fusion de toutes ses créatures dissemblables conduise à leur néantisation. Et la nuit, intense, cette nuit qui ne se connaissait pas elle-même, demeura sans la moindre vie qu’elle puisse abriter. Traversée de temps en temps par une étoile filante.
Publié le 10/11/2006 à 07:56
Par Markus Leicht
Je prépare un second volume des mésaventures de Péronnik. Voici un extrait. Il ne s'agit pas d'un texte définitif mais d'une version de travail. En fait un premier jet légèrement revu. En général, à partir de ce premier jet je réécris le texte dix, vingt, cinquante fois, jusqu'à ce que le texte corresponde à ce que je veux. Où du moins se rapproche le plus possible de ce que je veux obtenir. Ben oui, je fais partie de ces auteurs laborieux qui ont besoin de revenir des dizaines de fois sur le métier. Je n'aime pas trop montrer les premières versions car elles sont bourrées de scories, mais je me dis que ça peut peut-être intéresser quelques personnes de voir comment mon travail évolue en cours d'écriture. Le premier jet me permet de poser mes idées sans tenir compte de la narration. Après, lorsque je reprends le texte, je vois comment ça fonctionne et dans quelles directions je dois lancer mon travail.
La taverne du Barbu Barbant n'était plus ce qu'elle était. Certains disaient que c'était à cause de la bière. Sans doute était-ce vrai. Même l'eau de vaisselle n'y était plus buvable, c'est tout dire. D'autres affirmaient que c'était le patron qui n'était plus lui-même, depuis la mort de son crokmitain apprivoisé. Mais tout le monde vous le dira, un crokmitain ça va, ça vient, et ce n'est pas la disparition de l'un d'eux, fut-il le meilleurs de tous, qui empèchera le monde de tourner. Toutefois une chose était sure, au risque de devoir nous répéter : le Barbu Barbant n'était vraiment plus ce qu'il était. Péronnik lui connaissait la vrai source du problème. - Depuis que le patron n'accepte plus d'être payé qu'en kopeck vénusiens ou en roupies de sansonnets le prix de la goutte de bière a décuplé. - Et les marziens ne lachent plus les kopecks à moins de 15 roces et 3 coin-coins, rala Péron. Ce n'est pas du commerce équitable, ça. Il posa sur la table une dizaine de pièces informes. - Regardez moi ça. On se demande d'où elles sortent. - Elle ne viennent surement pas de Vénus, constata Ghroumu, d'un oeil expert. On dirait des jetons de Monopoly. - Effectivement, dit le tavernier qui s'était approché de leur table. Il s'agit bien de jetons de monopoly marzien. - Et voilà, grogna Péron. Je me suis encore fait avoir. Il faut dire pour sa décharge que ce n'était pas facile de reconnaître les kopecks vénusiens qui changeaient de forme, de couleur et de valeur facial tous les jours. En Cynandrie tout le monde se faisait avoir un jour ou l'autre. D'autant plus que les marziens étaient des faux monayeurs nés et il faut bien avouer qu'ils étaient fort habiles pour vous refiler n'importe quoi à la place des pièces demandées. Pour les roupies c'était encore plus délicat. Pièces et billets étaient incopiables et il fallait passer par les réseaux de trafiquants venus de l'Est. Aujourd'hui ce trafique était contrôlé par maistre Alarik qui avait passé divers accords avec les ingénieux de l'autre côté. En peu de temps il avait réussi à s'emparer du marché de la bière, de celui de l'eau de vaisselle, et enfin avait pris le contrôle du change avec les régions de l'est. - Nous devons négocier avec les ingénieux de l'Est, déclara Péronnik. Sinon nous ne pourrons bientôt plus nous payer le moindre tonnelet de notre bière préférée. - Pourquoi pas avec les Marziens, proposa Péron. - J'ai pas envie de me faire avoir par ces escrocs. Un plop se manifesta au dessus de leurs tête. Peur des escrocs, annonça une minuscule infobulle, courrez vite chez Brico Brico, souscrire une bonne assurance. Brico Brico, encore moins cher que pas cher. L'infobulle s'évanouit aussitôt. Depuis quelque temps elles se montraient prudentes. Plusieurs d'entre elles ayant fini en morceau sous la fureur de certains mauvais consommateurs qui ne comprenaient rien à la publicité et à son importance dans toute société moderne. Une campagne d'affichage n'annonçait-elle pas : Les infobulles sont vos amies. Ne leur faite pas de mal. Elles vous aiment. Aimez-les Suivez leurs conseils, vous ne vous en porterez que mieux. En bas de l'affiche, en caractères fluorescents, lisibles à une distance de plusieurs centaines de mètres : Campagne soutenue par Brico Brico, encore moins cher que pas cher. - Je croyais, constata Péronnik, s'adressant au tavernier, que vous aviez mis des filtres anti publicités... - Il y en a plusieurs, affirma celui-ci. Mais rien à faire. Elles continuent de passer. Désormais elles allient la magie à la technologie pour s'infiltrer partout. Les ingénieux s'adjoignent les services de sorcier et de nécromans de classe huit, pour déjouer les filtres. - Péronnik n'aime pas la magie. Une nouvelle bulle plopa au dessus d'eux : - La magie en 12 leçons, aux éditions de Maistre Alarik, vous apprendra tout ce que vous avez voulu savoir sur la magie et même le reste. En vente chez Brico... Bong!!! Le boulon de quarante heurta la bulle avec tant de force qu'elle alla s'écraser contre le plafond, avant de retomber en une belle pluie de poussière métallisée. Un arc en ciel se forma au milieu de la taverne et tout le monde applaudit. Ce n'était pas tous les jours qu'on avait droit à un spectacle de cette qualité. Péron rangea sa fronde sous sa veste. - Ah, ça fait du bien. Je commençais à manquer d'entrainement. Il soupesa le sac de boulons qu'il portait sur la hanche. Il avait encore de la réserve.
Publié le 28/10/2006 à 07:10
Par Markus Leicht
Encore un début de texte. Une idée développée lorsque Pierre Gévart a lancé le concours Clavène. Merci à Jean-Luc Blary pour les corrections. PATROUILLE SUR DANTE Markus Leicht Les planètes minières de type 6 ne sont plus en activité depuis près de vingt ans. À part Dante et Stigen sur lesquelles l'administration centrale préfère fermer les yeux. Nous autres, de la patrouille 109, savons parfaitement qu'il se passe des choses pas très claires sous nos pieds. Mais ici, la consigne numéro un c'est de ne rien voir. Quoi qu'il arrive. Quoi qu'on découvre. Alors, bien sûr, nous on ne voit jamais rien, même si parfois c'est difficile. Comme la fois, il y a quelques semaines, où un mineur a planté son pic dans le crâne de son coéquipier. Un malheureux accident, c'est ce que nous avons conclu dans notre rapport. Nous, on sait bien que c'était un meurtre délibéré, même si on n'a pas le droit de le savoir. Alors on fait comme si. Et croyez-moi, ce genre de chose, ça ne facilite pas notre boulot. Car nous autres de la patrouille 109, sommes en poste sur Dante. C'est peut-être par-là que j'aurais dû commencer. Nous sommes trois. Marcello Sandiego, Martina Fram et moi, Ter23, originaire de Bérénice XII. Comme vous autres Terriens, je suis humanoïde, mais ne possède ni yeux, ni bouche, ni nez. Mes deux partenaires me surnomment "la plante", car mon corps utilise la photosynthèse pour respirer et se nourrir. De temps en temps, une ou deux fois par mois, je dois aussi arroser la mousse qui recouvre mon crâne. Et en guise d'yeux j'utilise un sens radar hyperdéveloppé. Tous les trois nous formons une bonne équipe. Chaque jour, une fois la ronde terminée, nous mangeons avec les mineurs, à la cantina. Enfin, je dis "nous" par habitude. Car moi, je me contente de m'asseoir à la table et de rire mentalement de leurs blagues. Marcello, ça le trouble un peu, mon absence de visage. Parfois il me dit : "Toi t'es vraiment pas un marrant. Mais je t'aime bien quand même". Une fois, à la cantina, ils ont essayé de me faire boire de l'alcool, en m'arrosant le sommet du crâne. Mais mon organisme a rejeté aussitôt la boisson. On aurait dit que je transpirais à grosses gouttes, et au bout de trente secondes c'était fini. Il ne restait qu'une flaque d'alcool à mes pieds. Alors maintenant on me laisse tranquille. Ici, les mineurs ne parlent jamais de leur travail. Tout ce que nous savons, c'est que c'est un boulot pénible et qu'il faut avoir parfois le coeur bien accroché. Bien sûr, à mon arrivée ici, j'ai essayé d'en apprendre un peu plus. Je n'ai pas découvert grand-chose. Sur la nomenclature des mines, le type 6 n'est même pas défini. C'est le seul pour lequel il en est ainsi. Tous les autres types sont parfaitement explicités et commentés. Mais pas celui-là. De toute manière nous ne sommes pas là pour nous poser des questions. Et l'administration a sans doute de bonnes raisons de ne pas vouloir dévoiler quelles ressources on exploite dans le sous-sol de Dante. Sans doute pour des raisons de sécurité. Cela les regarde. Nous, on n'est pas là pour se faire du mouron au sujet de leurs secrets. Sur n'importe quel autre monde notre travail nous mettrait en relation constante avec la population. Ici, nous ne rencontrons les mineurs que lors des repas. Nous avons des appartements de fonction et des bureaux dans l'astroport même. Le travail est des plus monotones. Vu qu'on n'a pas droit de regard sur ce qui se passe dans les galeries, on n'a jamais rien à faire. À part, chaque soir, établir un rapport pour dire qu'il ne s'est rien passé. Que tout va bien, même si un mineur plante son pic dans le crâne d'un de ses collègues. Moi, cette affaire, ça me travaille. Si je suis entré dans les patrouilles de sécurité, c'est que ce job m'intéresse et j'ai envie de le faire le mieux possible. A suivre...
Publié le 15/10/2006 à 17:11
Par Markus Leicht
Voici le début d'une nouvelle de science-fiction que je réécris. Elle paraîtra sous une forme différente sur le CD que doit sortir Géante Rouge. Je suis plutôt du genre laborieux. J'ai besoin de temps pour peaufiner un texte. C'est une version de travail donc succeptible de changer encore. CLEANDRE, DERNIER ESPOIR Markus Leicht Laura s'arrêta au bas de la rampe, posant longuement ses yeux sur le paysage désolé qui s'étendait tout autour d'elle. Elle n'était pas vraiment surprise par ce qu'elle découvrait. En quittant Mars elle savait que de toutes les planètes découvertes par les hommes Cléandre se classait parmi les plus inhospitalières. La lumière sanguine d'un soleil mourant accentuait l'impression de tristesse qui se dégageait des pauvres baraquements qui étalaient leur misère tout autour de l'astroport. De simples taudis de planches fixées à la va vite et recouvertes de morceaux de tissus goudronnés et de feuillages pourrissants, autant refuge de la vermine que des humains qui avaient échoué là dans l'espoir de découvrir un nouvel eldorado. En guise d'Eden Cléandre se posait plutôt là. La jeune femme releva la tête et observa la tour sombre et peu avenante, qui abritait les bureaux des service de l'enregistrement des voyageurs et des immigrants, avant d'emboîter le pas à ses compagnons de voyage. Une bonne partie d'entre eux avait sacrifié leurs dernières économies pour ce périple vers l'inconnu, cette nouvelle terre plein de promesses si on en croyait les prospectus publicitaires des agences de voyage. Mais la vue du misérable campement qui s'étendait sur des centaines d'hectares ne laissait aucun doute sur ce qu'il en était réellement. La situation de Laura était toutefois différente de celle de ses compagnons. En effet, elle devait être la seule, ici, à posséder un billet de retour en bonne et due forme. Elle ne se trouvait sur Cléandre que pour quelques jours, tout au plus une semaine ou deux. Envoyée par l'Agence Martienne de Presse elle devait ramener de cette planète un reportage sur les colons et leur travail. Ce genre de sujet ne la passionnait pas outre mesure mais lui donnait l'occasion de découvrir un nouveau monde sur lequel elle n'aurait autrement jamais mis les pieds. Un officier administratif l'accueillit d'une manière assez neutre. Sans doute s'agissait-il d'un androïde. Pour des raisons d'économie, l'administration en utilisait beaucoup sur les mondes lointains. - Mademoiselle Laura Dobriev, de l'Agence Martienne de Presse, je suppose. On nous a prévenu de votre arrivée. La jeune femme présenta son passeport tandis que divers appareils invisibles la scannaient sous toutes les coutures. Un écran de contrôle afficha aussitôt une suite de tableaux et de chiffres, puis apparut un certificat garantissant qu'elle était bien celle qu'elle prétendait être et que ses documents étaient authentiques. - Votre chambre est réservée au Palace hôtel. De palace, le bâtiment n'avait que le nom et ressemblait à n'importe lequel de ces miteux hôtels de passe qui se dresse à proximité de tout astroport. A peine la journaliste eut-elle pris possession de sa chambre qu'un robot s'empressa de lui apporter boisson et nourriture. Elle se demanda si les colons bénéficiaient à leur arrivée des mêmes faveurs ou bien si elle devait cela à son statut particulier. Dès le départ du robot elle activa le verrouillage électronique de la porte. Le lieu ne lui inspirait guère confiance et on racontait tant d'histoires sordides sur les hôtels de ce genre qu'elle préférait prendre ses précautions. A suivre...
Publié le 20/09/2006 à 21:48
Par Markus Leicht
LES MIRABELLES Markus Leicht De temps en temps, par dessus les pots de confiture posés sur le sommet de l’armoire, une tête minuscule surgissait. Une tête ronde qui, dans la pénombre, paraissait toute fripée. - Il y a des bêtes sur l’armoire, dit Martin, qui avait surpris mon regard, tout en versant une nouvelle rasade de gnôle dans nos verres. - Je ne pense pas qu’il s’agisse de souris ou de rats, ai-je remarqué. - Non ?… Alors quoi ? a -t-il demandé en faisant miroiter la lumière sur l’alcool, dans son verre. La nuit je les entends parfois trottiner et couiner. On dirait qu’ils tiennent des conciliabules. Je me demande bien ce que des bestioles comme ça peuvent se raconter. - Peut-être parlent-elles de nous, ai-je dit, plus pour parler que par conviction. Qu’en savons nous ? Peut-être les intriguons nous tout autant que nous nous intéressons à elles. Ce n’était pas la première fois que j’apercevais ces têtes minuscules surgissant brusquement au dessus des bocaux pour disparaître tout aussitôt. Presque toujours dans la soirée, pendant que nous discutions devant une prune ou une poire maison. C’était toujours très court. Une vaque forme arrondie se montrait au dessus des bocaux de confiture ou de mirabelles à l’eau de vie. Deux petits yeux ronds nous observaient alors furtivement avant de disparaître tout aussitôt. - Il doit y avoir un trou dans le mur, disait Martin, humant avec un plaisir non dissimulé son verre de gnôle. Il faudra que je m’en occupe. Je levais machinalement la tête. Plus aucune présence ne se manifestait là-haut. De toute manière c’était rare que je fasse plusieurs observations dans une même soirée. Les bêtes étaient prudentes. Cela ne m’empêchait pas, régulièrement, de tenter de surprendre leurs yeux ronds une nouvelle fois. Je connaissais Martin de longue date. Nous avions été au collège ensemble, vingt cinq ans plus tôt, et depuis ce temps nous étions voisins. J’avais même épousé sa soeur. Une belle plante que la maladie avait emporté trop tôt. Martin lui était resté célibataire. Pour justifier ce célibat il disait : J’ai trop mes habitudes. Je ne pourrai pas m’accommoder de quelqu’un qui viendrait déranger mon bordel organisé. Régulièrement il décrétait qu’il devait entreprendre tel ou tel travaux dans la vieille demeure hérité de ses parents, mais il ne commençait jamais rien. Se contentant de dire régulièrement : “Cette maison a bien vécu. Elle mourra avec moi. Peut-être même sera-t-elle mon tombeau…” Un soir, cependant, il m’annonça tout de go : Les bêtes ont fait le cirque toute la nuit. Je ne sais pas ce qui leur a pris. Il faut vraiment que je m’occupe de ce trou dans le mur. Pour une fois il avait l’ait décider à passer aux actes. Le lendemain matin nous avons donc vidé l’armoire de la vaisselle et de diverses bricoles qu’elle contenait. Nous avons eu du mal à la déplacer. Elle était sacrément lourde. Une de ces armoires en bois massif comme on n’en fait plus depuis longtemps. Un de ces meubles dont on se demande toujours s’il n’a pas été assemblé sur place tant il semble figé pour l’éternité à la place qu’il occupe. On a sué comme des boeufs mais on y est arrivé, sans esquinter les pieds. Ce qui prouve que c’était du costaud, car souvent dans ces vieux meubles ce qui lâche en premier ce sont les pieds que la vermine a bouffé jusqu’au trognon. Derrière l’armoire, le mur était parfaitement lisse. La peinture n’était même pas écaillée et pas la moindre ouverture n’était visible. Martin est monté sur l’escabeau et a examiné la paroi de la main, en prenant bien son temps. Rien. Il a regardé le dessus du meuble. Il a même pris la peine de descendre tous les bocaux. Il y en avait une quinzaine. Ni poils, ni crottes. Pas la moindre trace dans la poussière qui recouvrait le dessus de l’armoire. - C’est étrange, a-t-il remarqué. Les bestioles, quelles qu’elles soient, laissent toujours des signes de leur passage. C’était comme si nous avions été victimes d’hallucinations. Martin a remis les bocaux à leur place, sauf un qu’il a laissé sur la table. “Celui-là on l’ouvrira tout à l’heure.” C’était les fameuses mirabelles. Derrière le verre poussiéreux du bocal l’alcool était légèrement trouble, juste comme il fallait. On a remis l’armoire à sa place. Puis Martin a répété deux ou trois fois : - Curieux ! Vraiment étrange cette histoire. Ensuite il a rempli deux verres de gnôle. - Je mettrai des pièges au dessus et au dessous de l’armoire. On verra bien ce que ça donnera. Le soir même les bêtes étaient de nouveau là. Le temps d’un clin d’oeil j’ai vu une petite tête ronde qui s’est empressée de se réfugier dans l’ombre en croisant mon regard. Martin a ouvert son bocal de mirabelles et nous les avons dégustées lentement tout au long de la soirée et d’une bonne partie de la nuit. Une fois le bocal ouvert elles se gâtent vite malgré la présence de l’alcool. Plusieurs fois dans la soirée Martin m’a expliqué combien cette variété de fruit est fragile. Qu’une fois le bocal ouvert il faut consommer jusqu’au dernier fruit sinon en moins de vingt quatre heures ils deviennent immangeables. A un moment Martin, qui est plutôt du genre taciturne, a ri lorsque j’ai remarqué que les mirabelles, après leur long séjour dans son alcool maison, ressemblaient à de minuscules têtes fripées. Un peu dans le genre de celles qu’on apercevait brièvement au dessus de l’armoire. En fin de compte je crois que les pièges qu’il a placé ont donné de bons résultats. - Il y en a moins, m’a-t-il affirmé, deux jours plus tard, comme je levais la tête vers le sommet de l’armoire. Une semaine après il a préparé une dizaine de nouveaux bocaux de mirabelles. Et pendant plusieurs jours la maison a été imprégnée d’une forte odeur de gnôle. Que je sache, ce n’est pourtant pas la saison des mirabelles.
Publié le 19/09/2006 à 22:01
Par Markus Leicht
LES DEUX GNOMES Un conte de Markus Leicht Allongé dans l’herbe, Tork rêvassait. Il regardait les poissons sauter hors de l’eau pour attraper mouches et libellules, pariant dans sa tête sur les chances de survie de l’un ou de l’autre, lorsqu’un bruit sur sa droite attira son attention. Aux vibrations du sol ce ne pouvait être qu’un humain. Le gnome se laissa rouler en souplesse jusqu’à un buisson tout proche pour surveiller l’intrus tout à son aise. Il s’agissait d’un homme du château, court sur patte et tout en rondeurs. Il le connaissait pour l’avoir déjà vu rôder au village. Comme tous ses compagnons du petit peuple Tork pouvait mettre un nom sur chaque habitant de la région. Celui-ci se nommait Sigma23. Personne ne savait d’où il venait. On disait qu’il était tombé du ciel une vingtaine d’années auparavant et qu’il parlait toutes les langues de la Terre. Dès qu’il eut parfaitement identifié le nouveau venu Tork souffla dans son cor et un signal, inaudible pour les humains, lança l’alerte dans toute la vallée. Avec les hommes mieux valait se montrer prudent. On ne savait jamais trop ce qu’ils pouvaient manigancer dans leur esprit tordu. Sigma23 s’assura qu’il était seul, puis imita le cri de la chouette plusieurs fois de suite. Peu après, des mots, que le gnome ne parvint pas à identifier, parvinrent de l’autre côté de la rivière. Ce second individu lui était inconnu. Grand et chétif. Son visage portait les stigmates d’une maladie. A n’en pas douter c’était un étranger. Tork se rapprocha prudemment des deux hommes pour tenter de percer leurs secrets, mais ceux-ci s’exprimaient dans une langue qui lui était incompréhensible. Il essaya tout de même de mémoriser phonétiquement leur conversation. Ce n’était pas facile car les deux humains utilisaient des sons qu’il ne connaissait pas, sur des hauteurs de ton et des fréquences qui le mettaient mal à l’aise. C’était bien la première fois qu’il entendait quelque chose d’aussi déroutant et malgré sa vive curiosité il n’attendit pas la fin de la conversation pour s’éclipser à travers les herbes. Supporter davantage de cette discution aurait été un calvaire pour ses oreilles. Le plus vite qu’il put il se précipita chez lui, et sur des pelures d’oignon transcrivit les sons qu’il avait mentalement enregistrés. Ça donnait un texte étrange. Une sorte d’incantation maléfique qui lui faisait peur. Il plia les pelures et les glissa dans la poche de son gilet. L’ancien pourrait sans doute lui en dire un peu plus sur l'étrange conversation qu'il avait espionnée. Celui-ci habitait à quelques racines de chez lui et l’accueillit sur le pas de sa porte. Un grand sourire illuminait son visage ridé. - Que me vaut l’honneur de cette visite, aventureux voisin ? - Nous avons à parler, dit Tork en prenant place dans un fauteuil. L’ancien servit deux verres d’alcool de prune puis bourra soigneusement une pipe. Malgré l’impatience qui le rongeait Tork laissa le vieux gnome tirer quelques bouffées avant de lui tendre ses pelures d’oignon. L’ancien vissa ses binocles sur son nez et lu avec attention ce qui était écrit. Puis il regarda Tork un long moment, relut le texte et au bout d’un moment hocha la tête. Il replia soigneusement les pelures avant de prendre la parole : - Ceci est mauvais. Plus personne ne parle la langue des premiers âges. Plus personne ne connaît les mots anciens. Il y eut un long silence. Le regard de l’ancien semblaient perdus dans un songe lointain. Puis une bouffée de fumée s’échappa des lèvres du vieux sage et Tork raconta la scène qu’il avait surprise au bord de la rivière. Le sage l’écouta attentivement, les yeux plissés, presque fermés. Et, quand le jeune gnome eut fini de narrer son récit, dit : - Les temps anciens ne sont plus et jamais ne reviendront. Et pourtant tu m’apportes les échos d’une langue que plus personne ne connaît et que toi-même n’aurait jamais du entendre. Il jeta les pelures d’oignon dans le feu. Les flammes crépitèrent vivement durant quelques secondes, le temps de dévorer les mots inconnus, avant de retrouver leur aspect habituel. - Qu’ont-il dit ? demanda Tork qui avait du mal à réprimer sa curiosité. - Ils ont parlé de machines étranges et inconnus et de voyages de milliers d’années. Ils ont parlé de cités dont les toits touchent le ciel. Ils ont parlé de la brûlure de 100 000 soleils. Et leurs mots ont dit la mort et la nuit éternelle. Et aussi que demain ne sera plus. Ils ont dit le désespoir. Ils ont dit que la brûlure de demain rongerait aujourd’hui et hier aussi. Et que plus à l’est l’herbe commence déjà à brûler. - Qu’adviendra-t-il de nous ? s’inquiéta Tork, que les paroles du vieux gnome intriguaient. - Il reste encore de l’alcool de prune, dit l’ancien en remplissant leurs verres. Il faudra que je pense à aller en chercher trois ou quatre bouteilles avant qu’il ne m’en reste plus. Et les deux gnomes, le jeune et l’ancien, dégustèrent dans la douceur du soir une longue gorgée, tandis qu’à l’horizon le soleil rougeoyait le ciel. Demain était encore loin. Et cet alcool de prune est si savoureux !
Publié le 17/09/2006 à 20:23
Par Markus Leicht
Voici un conte pour enfants écrit début 1990 pour le n°3 de la petite revue éditée par ma nièce : Epis. Il s’agit d’une des rares histoires que j’écrivis dans les années 90. Ce chat qui avait perdu le sourire c’était moi, bien sûr, et ceux qui me connaissent depuis longtemps devineront plein de choses à travers ce récit. Pour les autres il s’agira tout simplement d’un conte pour enfants. LE CHAT QUI AVAIT PERDU LE SOURIRE Un conte de Markus Leicht Banana Blitz, le chat de Cynthia Ann, souriait toujours. Même dans son sommeil. Aussi ne faisait-il jamais triste sur Solaterra, la petite planète où les chats font la pluie et le beau temps. Car il faut bien avouer que Banana Blitz n’était vraiment pas avare de beau temps, faisant de son sourire un soleil permanent pour ses amis et même pour les autres. Or un jour, après une longue promenade, Banana se rendit compte qu’il avait perdu son sourire. Dès lors tout devint gris. Même le ciel s’assombrit pour manifester sa tristesse. Les maisons devinrent grises, l’herbe devint grise, et toutes les couleurs, par solidarité‚ devinrent grises. Même le gris se fit un peu plus gris et, lui qui était déjà si triste d’être toujours gris, fut encore plus triste. Cynthia Ann appela donc ses amis à la rescousse. Il y avait Yeux de Lune, le papillon, Croc-Croc, le Rhinoféroce, pas si féroce que ça, et Neige, la fée de l’hiver, sans oublier Bernard, le cow-boy qui se livrait à d’étonnants rodéos, à cheval sur le dos des étoiles sauvages. Grâce à ses talents et à sa baguette magique, Neige aurait pu retrouver le sourire de Banana Blitz en un instant, mais comme d’habitude sa baguette était en panne et ses pouvoirs étaient inefficaces sans le secours de son instrument magique. Et comme on était un dimanche Banana ne pouvait utiliser aucun de ses dons. Ceux-ci ne se manifestant que le samedi, jour des trois lunes, comme vous le savez parfaitement. Est-il besoin de préciser qu’en la circonstance les amis chats de Banana s’étaient joints à l’équipe. Ebenezer Cacahuette, Radieuse Radiance et Chocolat-Café-Au-Lait se seraient vexés si leur aide n’avait point été requise. Sans son sourire, Banana était tout triste. Il ne se sentait plus lui-même et ses amis avaient eux-même du mal à le reconnaître. Cynthia Ann s’empressa donc de lui coller une étiquette, avec son nom, sur son dos pour éviter toute confusion. - Il faut refaire tout le chemin que tu as parcouru dans la journée, dit la fillette. A moins que quelqu’un n’ait volé ton sourire pendant ton sommeil. - Miaou-Miaou, (je l’avais en me levant), expliqua Banana. - Ou donc t’es tu rendu après ? demanda Neige. - Miou-Miaou-Miouou, (je suis allé me promener dans les bois). Toute la troupe refit donc le chemin parcouru par Banana Blitz. Chacun souleva le moindre caillou, le moindre grain de sable ou de poussière… En vain. Nulle part ils ne trouvèrent dans les bois, le sourire de Banana. Fatigués, affamés et surtout attristés, ils revinrent chez Cynthia Ann. Bernard, le cow-boy des étoiles, remarqua : - Ce sourire ne peut pas être bien loin. Cherchons dans la maison. Ils reprirent donc leurs recherches. Soulevant tapis et lames de parquet, sondant murs et plafonds, retournant tables et chaises. Croc-Croc le Rhinoféroce avait même sorti sa loupe pour être sûr de ne rien laisser passer. Ils étaient à deux doigts d’abandonner quand Ebenezer Cacahuette les appella égergiquement, d’un long : - Miouaouaouaou. Le coeur battant, ils s’élancèrent tous dans la salle de bain, d’où venait l’appel. Ebenezer tenait fièrement la brosse à dents de Banana Blitz. Quelle ne fut pas leur surprise à tous de découvrir que le sourire de leur ami était accroché après. - Youpi, s’écria toute l’équipe, tandis que Cynthia Ann rendait son sourire à Banana. Aussitôt le ciel redevint bleu, l’herbe se mit à verdir et les couleurs retrouvèrent leurs teintes habituelles et même le gris parut moins gris. Et Banana Blitz recommença à dispenser du beau temps pour ses amis et même pour les autres. Et plus jamais il ne laissa sa brosse à dents lui ravir son sourire. Et peut-être est-ce depuis ce temps que les brosses à dents ne sourient jamais.
Publié le 14/09/2006 à 11:56
Par Markus Leicht
Dés qu’on arrive en décembre et que l’hiver frappe à la porte, Flotchi et Crutch passent leurs journées à courir dans tous les sens. Malgré cela ils n’ont jamais le temps de faire tout ce qu’ils voudraient : jouer aux foot, essayer la nouvelle console à la mode, regarder courir les araignées aux longues jambes, manger des crèmes glacés à la pistache et suivre leurs séries préférées à la télé. Alors, quand les derniers jours de l’année approchent à grandes enjambés, ils se mettent à courir de plus en plus vite, dans l’espoir de rattraper le temps afin que l’année ne s’éteigne pas de sa belle mort. Mais l’année se termine toujours avant qu’ils l’aient rattrapée, laissant Flotchi et Crutch à bout de souffle sur les premiers jours de l’année suivante. Et la pile des choses non réalisées monte un peu plus haut, atteignant presque le plafond de leur chambre. Décidément, le temps est vraiment l’ennemi des araignées.
Publié le 12/09/2006 à 17:09
Par Markus Leicht
Parfois Flotchi et Crutch déambulent dans la ville dans l’espoir de faire fortune. Car ce n’est sans doute pas avec leur atelier de tissage clandestin qu’ils s’enrichiront un jour. Le tissage ça ne nourrit plus son homme, encore moins son araignée. Jour de chance pour Flotchi et Crutch. Le vent fait virevolter dans le caniveau le billet gagnant de la loterie. Billet, faut-il le dire, malencontreusement tombé de la poche d’un malheureux. Jour de danse pour Flotchi et Crutch. Ce n’est pas tous les jours qu’on amasse fortune, surtout sans le moindre effort. Mais le service des gros lots refuse de leur donner leur gain. Ici on ne remet pas d’argent aux araignées. Pauvres Flotchi et Crutch ! Il est parfois difficile d’être une araignée.
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markus : Voilà, ça marche cette fois-ci.
blogajo : Merci, pour le retour lien, mais je crois qu'il ne mène nulle part.Je pense que lors de mon post des espaces se sont insérés il faut les envevler
BlogaJo : j'aime bien ce blog j'ai mis un lien ici : http://blog.ifr ance.com/joquin tino
markus : Ça à l'air de marcher pour le moment.
Kel69 : Problème sur les forums : c'est inaccessible : General Error. C'est grave docteur Markus ?
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