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Mon bloc perso.
Depuis juillet 1997, voici au jour le jour les infos du monde de la science-fiction et du fantastique et celles de l'univers de Markus Leicht, auteur du bouquin Péronnik l'idiot, aux éditions Eons.
Une autre aventure de Péronnik, Les mines du dieu Olyphant, est parue dans l'anthologie Les enfants de Conan et ma nouvelle Terrain de chasse accompagne le roman de Jess Kaan, Réfractaires, toujours aux éditions Eons.
Dernière nouvelle publiée : Chronique des années matinales, dans Appel d'air. Editions ActuSF. Dernier article : La dame de Sassmannhausen, dans Lunatique 77, aux éditions Eons.

Vient de paraître Le Passe Rêve, recueil de textes courts, aux Editions Le Songe des Murènes.

Les lecteurs de ce blog peuvent se retrouver dans les forums du Journanal :
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Publié le 15/08/2006 à 18:22
Par Markus Leicht
Voici une petite histoire étrange. Des inconnus qui passaient régulièrement et Moustache qui manifestait une certaine peur à chacun de leurs passages, il n'en fallait pas plus...


LES GENS QUI FONT PEUR AUX CHATS

MARKUS LEICHT

 

C'est le jour de la lune que les gens qui font peur aux chats se manifestèrent pour la première fois. Ou du moins c'est ce jour là que je remarquai les premiers indices de leur présence. Mais je pense que s'ils étaient passés plus tôt je l'aurai senti. Car je devine toujours leur passage. Il est d'imperceptibles signes qui ne trompent pas.

Comme si l'air lui-même était différent.

Et puis il y a le chat... Quand je suis rentré, ce soir là, il avait encore le poil hérissé et il poussait de petits grognements en regardant la porte.

Je ne sais pas qui ils sont. Ils viennent toujours quand je suis absent, mais je recnnais qu'ils me font peur à moi aussi.

La journée du lendemain s'est déroulée sans incident notable. Pas le moindre signe de leur présence.

Le mercredi, ils sont passés une nouvelle fois. Un voisin les a entendus frapper en milieu d'après-midi. Ils ont glissé un papier sous la porte. Il n'y avait rien d'écrit dessus. Pas la moindre trace, pas la moindre tache. Pas la moindre empreinte qui eut pu dévoiler un peu de leur personne. Le voisin, à qui j'en ai parlé, a haussé les épaules. Une plaisanterie de gamins, sans plus, a t-il constaté. Moi, j'ai un doute. Je sais qu'ils existent.

Comme lors de leur précédent passage le chat était inquiet. Il n'a même pas voulu que je le caresse. Je n'aime pas ça. J'ai l'impression d'une menace.

Du jeudi au dimanche, les gens qui font peur aux chats ne se sont plus manifestés. Mais dès le lundi suivant ils sont revenus.

Ils avaient de nouveau glissé une feuille de papier sous la porte. Cette fois ci la feuille n'était pas totalement vierge. En bas, à droite, était tracé maladroitement ce que je crus déchiffrer comme la lettre oméga, symbole, dans certaines traditions, de la fin de toute chose. La menace se voulait-elle plus précise à travers ce néfaste message d'avertissement ?

Cela commençait à m'inquiéter sérieusement. Qui donc étaient ces inconnus ? Quel but poursuivaient-ils ?

Le mardi ils passèrent de nouveau. Je restais chez moi le reste de la semaine pour essayer de les surprendre. Mais ils ne se manifestèrent pas. Comme si soudainement ma présence les dérangeait. Comme si ce n'était pas moi qui les intéressait mais le chat. Et peut-être était-ce réellement le cas. Ce n'en était que plus terrifiant. Je me demandais quel lien étrange pouvait s'être tissé en mon absence entre le chat et ces inconnus. Quel pacte terrifiant les liait.

Le lundi de la semaine suivante je suis retourné au travail et bien sûr ils sont passés. Ainsi que le mardi, le mercredi et le jeudi. Le jeudi soir je trouvais une nouvelle feuille de papier glissée sous la porte. Tachée de quelques gouttes de sang encore fraîches. Par contre le chat était très calme. Comme si de nouveaux éléments étaient intervenus dans le mystérieux cérémonial qui se déroulait en mon absence. Toute peur semblait l'avoir quitté. Je ne sais pas pourquoi mais cette constatation me parut encore plus angoissante. Je frissonnais toute la soirée.

Les jours suivants les gens qui font peur aux chats ne se manifestèrent pas. Ils ne devaient plus jamais le faire. Ils semblaient s'être totalement volatilisés.

Une semaine après leur dernier passage un voisin découvrit dans les greniers les corps affreusement déchiquetés de trois hommes vêtus de noir. D'après le médecin légiste ils avaient été attaqués par un ou plusieurs félins de belle taille. On n'en su pas plus.

Aujourd'hui l'affaire est définitivement close. La police a renoncé à découvrir l'identité de ces hommes et les circonstances de leur mort étrange. C'est mieux ainsi.

Croyez-en mon conseil : Laissez les chats tranquilles. Ne venez pas les effrayer lorsqu'ils sont seuls. Les chats n'aiment pas avoir peur.

Et surtout, ne m'obligez pas à me couvrir de ma fourrure et à sortir du tiroir de la cuisine mes griffes d'acier bien tranchantes...


Publié le 14/08/2006 à 21:48
Par Markus Leicht
Voici un texte bref qui date des années 70/80. A cette époque là j'en écrivais tous les jours. Parfois plusieurs.


COTTON STREET


De toutes les rues de la Ville Cotton Street est la plus animée. Les gens s'y bousculent, poussent des gueulantes soudaines, comme pour expectorer un trop plein de mots qui leur rongerait la tête de l'intérieur, se marchent mutuellement sur les pieds, badaudent et pickpockettent. Il y a des magasins et le mardi est jour de marché.

Il ne pleut jamais sur Cotton Street.

Les chiens ! Ils sont interdits dans Cotton Street. Les guetteurs ont pour mission de ne pas les laisser entrer. De toute manière il n'y a pas de chiens dans la Ville. D'ailleurs personne ne sait ce qu'est un chien. Personne n'en a jamais vu. Pas même les guetteurs.

Et j'ai peur, la nuit. J'ai peur quand j'entends les aboiements dans Cotton Street.

Parfois la foule est folle. Pas toujours. Parfois seulement. Il suffit en général de 15 jours sans pluie. Le seizième jour cela devient insoutenable et elle craque.

Tous les 16 jours la foule est folle.

Il ne pleut jamais sur Cotton Street.

 

Markus Leicht

Publié le 13/08/2006 à 18:59
Par Markus Leicht

Ce texte a été écrit en 1995 pour l'exposition CONTAMINATION.





Une feuille. Blanche. 80 gr.

Elle pourrait être jaune ou bleue. Ou autrement encore.

Mais elle est blanche.

542 signes. 87 mots. 22 lignes.

26 de ces signes sont des majuscules.

114 sont des u.

28 sont des .

L’encre est noire.

On remarquera une prolifération anormale des u. Comme un cancer en u.

Un des mots est absent du/des dictionnaire(s). Du moins dans la forme usitée ici.

Certaines phrases sont incomplètes.


Une phrase est un ensemble organisé de mots exprimants une ou plusieurs idées. Pour être complète il lui faut au moins un sujet et un verbe.


Certaines phrases sont disloquées.


Des phrases dans lesquelles il y a une succession impossible de catégories syntaxiques sont des phrases disloquées.


L’ensemble constitue un texte. Pas même un poème. Juste un texte. Comme ça. Et ce texte est posé sur un mur.

Comme une affiche. Photocopié. Agrandi.

Et puis... Mais non, il n’y a rien d’autre à dire.

On ne pourra jamais quantifier les brefs moments de bonheur et les longues heures de souffrance qui sont derrière ce simple texte.


Ou alors :

542 signes. 87 mots. 22 lignes.

26 de ces signes...

Markus Leicht. Tous droits réservés.

Publié le 13/08/2006 à 07:46
Par Markus Leicht
Une nouvelle parue dans Hard Luck, la revue publiée par le dessinateur de BD, Ambre (Le journal d'un loser, Une si bruyante solitude...)


PAYSAGE INTERIEUR : NUIT

Une nouvelle de Markus Leicht

- Bonjour !

- Salut !

Une ou deux fois par semaine au café de la plage.

Parfois un regard un peu plus appuyé. Parfois un sourire. Tendresse hative. Tendresse furtive.

Et la mousse au dessus du verre de bière.

Un autre jour : une autre. Regards. Elle. Je. Regards. Rien d'autre.

Parfois, des mots. Et le monde à réinventer en dix minutes. Elle. Rien qu'elle. Ses yeux. Bleu gris. Marrons, peut-être. Sa bouche. Rouge trop appuyé. Suivre le contours de ses lèvres. Ses cheveux. Courts, aujourd'hui. Presque noirs. Et la bière au goût amer qui rape la gorge.

Avec, en fond sonore, la radio. Chansons sans consistances qui laissent un goût de vide dans la tête. Et, de temps en temps, îlot de réalité perdu dans un océan de mièvrerie, une information piège l'attention :

... marée noire d'une gravité sans précédent... Amoco Cadiz...

... Aldo Moro... enlevé par les brigades rouges...

... Elections législatives... Bla-bla-bla...

Avant de revenir aux mouvements dans la salle et aux bruits de conversations. Parfois une petite cuillère qui tombe.

Et toujours la mousse au dessus du verre de bière.

Je. Tu. Un matin du mois de mars.

Je. Nous.

Peut-être le hasard.

Première rencontre. Toi avec un autre. Comme un je étranger.

Les yeux se posent sur une main. Remontent le long d'un pull plein de couleurs. S'arrêtent sur le visage. Sourire clandestin.

Toi et l'autre. Conversation un peu animée. Départ. Frôlement.

Un matin de mars.

Et puis Je-Tu. Combien de jours plus tard ? Pas d'importance...

Nous deux ensembles. Sur une route près de Roanne, dans la fraicheur d'un matin de mars. Vers "La croix du Sud".

Peut-être aurions-nous du choisir l'autre direction, au carrefour ? "Le barrage", je crois. Le temps et la mémoire s'effritent. Bientôt il ne restera plus que de la poussière.

Je me souviens encore de la route : toute en lacets. Et, après une longue marche ponctuée de moments de désirs et de mots, une maison abandonnée. Nous sommes entrés et nous sommes laissés surprendre par l'humidité des lieux.

Fragment de souvenir pas encore mort, ressurgit cet instant ou Je-Tu n'a plus été que Je ou peut-être Tu. Comme un orgasme intérieur.

Pensée parasite. Revenir à la maison abandonnée. Chercher au fond de la mémoire, parmi les dernières images, une maison abandonnée...

Et puis l'envie irrépressible.

Envie très forte de se toucher. envie de se regarder. envie de la peau sur la peau, envie de la chair dans la chair.

Et tes rires de printemps.

Nous nous sommes déshabillés avec le silence et l'ombre. Toute parole devenue inutile.

Rien d'autre que le désir. Rien d'autre que tes gémissements et nos souffles désordonnées. Et nos sexes humides de nos jouissances répétées.

Jusqu'en octobre. Jusqu'à Lyon.

Et puis, portés par le temps, nous nous sommes quittés. Nos corps en attente de nouvelles envies.

- Bonjour !

- Salut !

Une ou deux fois par semaine. Au café de la plage.

Et la radio parfois en fond sonore.

... Guyana : suicide collectif de 400 membres de la secte... Jim Jones... Temple du peuple...

Rien n'a changé.

Mais la bière a un goût un peu plus âcre.

Plus rien que le temps qui ronge les derniers souvenirs.

Je. Tu ?

Je ?

Markus Leicht 1997

Publié le 11/08/2006 à 22:01
Par Markus Leicht
Aujourd'hui on me connait surtout pour mes textes fantastiques ou SF. Ou pour mes récits humoristiques. Mais dans les années 60/70 j'ai écrit beaucoup de textes courts, certains très classiques, d'autres plutôt expérimentaux. La période post 1968 fut très riche en tentatives de toutes sortes. Et mon écriture s'ouvrait à des recherches narratives très diverses. Voici un texte de cette période.
(Note : le Journanal ne change pas de formule. Il ne fait que suivre mon évolution. J'avais repris l'écriture en 2000, avec ma nouvelle Le tueur de cerfs-volants, dans l'antho Escales 2001, aux éditions Fleuve Noir mais ce n'est qu'à partir de 2004 que le démon de l'écriture m'a repris vraiment. Donc vous retrouverez à partir d'aujourd'hui les infos habituelles parfois entrecoupées d'articles ou de textes divers).



DE QUELQUES APOCALYPSES DOUCES : CUT/UP

Un récit de Markus LEICHT

William Burroughs lisait pour la troisième fois un court roman de Theodore Sturgeon. Peut-être "Some of your blood". Je ne suis plus sûr. De Burroughs non plus. Cela se passait il y a longtemps. Du côté de 1965, à moins que ce ne soit un peu plus vers le nord, du côté de 1966. Mais même de cela je ne suis plus certain. Peut-être en ce temps là 1965 dérivait-il vers d'autres lieux, vers d'autres temps. Tout ce dont je me souviens c'est que Kennedy nous avait quitté. L'Amérikkke essayait de sortir d'une longue nuit. Le rêve aux cinquante étoiles n'en finissait pas de mourir.

L'envoyé des étoiles venait juste d'arriver. Le président lui serrait la main. Flash ! Flash ! Flash !

Images mentales en 625 lignes.

Une musique métallique résonnait dans ma tête et - Flash ! - des journalistes s'agglutinaient autour du vaisseau inconnu venu de l'espace.

Moi, je me contentais de regarder, seul dans mon coin, tandis que William S. Cut/up découpait avec une mauvaise paire de ciseaux un texte peu connu de Théodore Sturgeon. Sur la dernière page du magazine, je m'en souviens très bien, il y avait la petite fille de papier. Elle s'appelait Gina. Elle était italienne. Brune. Presque nue. Une culotte de dentelle. C'est tout ce dont je me rappelle. Je ne revois même pas les seins aux pointes roses. Mais peut-être cela n'a-t-il aucune importance. Seulement le rasoir.

D'autres, sans doute aussi William S., se souviendront sur la dernière page, des vêtements de la petite fille de papier. Il fallait les découper soigneusement et replier les onglet pour la vêtir.

L'envoyé des étoiles... Ce ne pouvait être qu'en 1965...

Le président souriait. Flash ! William cut/up Burroughs écrivait une longue lettre à Théodore Sturgeon.

Réglage de la stabilité horizontale.

Elle s'appelait Gina. La lame tranchante du rasoir découpait la culotte de papier.

Un peu de ton sang rougissait la dernière page du magazine. Et ma tête s'incendiait aux dérapages d'une musique d'Heiner Stadler. Cut/up.

L'envoyé des étoiles parlait dans ma tête. Il s'appelait Théodore S. Et je crois bien que sur sa planète il rêvait d'étranges histoires qu'il écrirait certainement un jour.

Entrelacement imperceptible des lignes horizontales.

Le magazine s'imprégnait lentement de mon sang. Cut/up. Lentement de ton sang. Cut/up. Avidement de nos sangs mêlés. Cut/up. Jusqu'à la dernière goutte.

Dans un coin de la pièce William S. dormait.

Un bout de 1965 dérivait vers 1992.

Sur une musique d'Heiner Stadler, à moins que ce ne fut un autre...

Fondu au noir.

Ou peut-être... Cut/up.


Avec un peu de ton sang. Sur la lame d'un rasoir.

A moins que ce ne fut 1966.

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Mll MICHEL : Bonjour, je suis l'auteur de l'ouvrage "Nouvelles de l'ombre". Merci de récupérer le nouveau visuel et résumé sur le site edilivre.com.
Saxe : das liest sich gut an!
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