Avant les avions ne tombaient jamais ou presque.
Dans le ciel on avait posé un joli réseau de câbles invisibles depuis le sol auquel les avions s’accrochaient au décollage. Ainsi suspendus les gros oiseaux de fer accomplissaient leurs trajets sans le moindre incident. Parfois un pilote facétieux accomplissait quelques loopings pour montrer aux voyageurs qu’il n’avait pas trouvé son brevet dans un paquet de bonux et qu’il n’y avait aucun danger à bord de ces monstres d’acier. Au grand dam de quelques estomacs qui déchargeaient leur contenu dans des sacs en papier destinés à cet effet. A part cela tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes aériens.
De temps en temps un avion qui n’avait pas voulu s’accrocher au ciel chutait avec ses passagers faisant les gros titres de la presse. Mais c’était rare.
Et puis avec les années le joli réseau de câble dans le ciel fut laissé à l’abandon et les pilotes ne prirent plus la peine d’y suspendre leurs avions.
Alors, bien sûr, les monstres volants se mirent à tomber comme des mouches. Chaque jour apportait son lot de catastrophes aériennes. Au point que les médias finirent par ne plus en parler tant cela devenait banal.
Cependant, cinq ou six fois dans l’année, on avait droit à un gros article à la une.
“Aujourd’hui, aucune chute d’avion à déplorer". “Pas le moindre crash au cours de ces dernières vingt quatre heures. Que se passe-t-il ?".
Ces journées sans crash une sourde angoisse s’emparait du monde et quelques journalistes se mettaient aussitôt en quête du moindre accident qui aurait pu survenir en un des derniers coins oubliés de notre planète.
Mais dès le lendemain, à la première heure, pour ne pas dire à la première minute, les avions tombaient de nouveau du ciel et le monde, rassuré, reprenait tranquillement ses activités.
Où irions nous si, défiant en cela les lois naturelles de la gravitations, les plus lourds que l’air cessaient tout bonnement de chuter sur nos pauvres têtes ?







