Encore un début de texte. Une idée développée lorsque Pierre Gévart a lancé le concours Clavène.
Merci à Jean-Luc Blary pour les corrections.
PATROUILLE SUR DANTE
Les planètes minières de type 6 ne sont plus en activité depuis près de vingt ans. À part Dante et Stigen sur lesquelles l'administration centrale préfère fermer les yeux.
Nous autres, de la patrouille 109, savons parfaitement qu'il se passe des choses pas très claires sous nos pieds. Mais ici, la consigne numéro un c'est de ne rien voir. Quoi qu'il arrive. Quoi qu'on découvre. Alors, bien sûr, nous on ne voit jamais rien, même si parfois c'est difficile. Comme la fois, il y a quelques semaines, où un mineur a planté son pic dans le crâne de son coéquipier.
Un malheureux accident, c'est ce que nous avons conclu dans notre rapport. Nous, on sait bien que c'était un meurtre délibéré, même si on n'a pas le droit de le savoir. Alors on fait comme si.
Et croyez-moi, ce genre de chose, ça ne facilite pas notre boulot.
Car nous autres de la patrouille 109, sommes en poste sur Dante. C'est peut-être par-là que j'aurais dû commencer. Nous sommes trois. Marcello Sandiego, Martina Fram et moi, Ter23, originaire de Bérénice XII. Comme vous autres Terriens, je suis humanoïde, mais ne possède ni yeux, ni bouche, ni nez. Mes deux partenaires me surnomment "la plante", car mon corps utilise la photosynthèse pour respirer et se nourrir. De temps en temps, une ou deux fois par mois, je dois aussi arroser la mousse qui recouvre mon crâne. Et en guise d'yeux j'utilise un sens radar hyperdéveloppé.
Tous les trois nous formons une bonne équipe.
Chaque jour, une fois la ronde terminée, nous mangeons avec les mineurs, à la cantina. Enfin, je dis "nous" par habitude. Car moi, je me contente de m'asseoir à la table et de rire mentalement de leurs blagues.
Marcello, ça le trouble un peu, mon absence de visage. Parfois il me dit : "Toi t'es vraiment pas un marrant. Mais je t'aime bien quand même".
Une fois, à la cantina, ils ont essayé de me faire boire de l'alcool, en m'arrosant le sommet du crâne. Mais mon organisme a rejeté aussitôt la boisson. On aurait dit que je transpirais à grosses gouttes, et au bout de trente secondes c'était fini. Il ne restait qu'une flaque d'alcool à mes pieds. Alors maintenant on me laisse tranquille.
Ici, les mineurs ne parlent jamais de leur travail. Tout ce que nous savons, c'est que c'est un boulot pénible et qu'il faut avoir parfois le coeur bien accroché. Bien sûr, à mon arrivée ici, j'ai essayé d'en apprendre un peu plus. Je n'ai pas découvert grand-chose.
Sur la nomenclature des mines, le type 6 n'est même pas défini. C'est le seul pour lequel il en est ainsi. Tous les autres types sont parfaitement explicités et commentés. Mais pas celui-là.
De toute manière nous ne sommes pas là pour nous poser des questions. Et l'administration a sans doute de bonnes raisons de ne pas vouloir dévoiler quelles ressources on exploite dans le sous-sol de Dante. Sans doute pour des raisons de sécurité. Cela les regarde. Nous, on n'est pas là pour se faire du mouron au sujet de leurs secrets.
Sur n'importe quel autre monde notre travail nous mettrait en relation constante avec la population. Ici, nous ne rencontrons les mineurs que lors des repas. Nous avons des appartements de fonction et des bureaux dans l'astroport même.
Le travail est des plus monotones. Vu qu'on n'a pas droit de regard sur ce qui se passe dans les galeries, on n'a jamais rien à faire. À part, chaque soir, établir un rapport pour dire qu'il ne s'est rien passé. Que tout va bien, même si un mineur plante son pic dans le crâne d'un de ses collègues. Moi, cette affaire, ça me travaille. Si je suis entré dans les patrouilles de sécurité, c'est que ce job m'intéresse et j'ai envie de le faire le mieux possible.
A suivre...







