Pour les amateurs de vieille SF voici Les Aventures extraordinaires d'un savant russe, par
Georges Le Faure (1858 - 1953) et Henri de Graffigny (1863-1942). Il s'agit du premier volume,
abondament illustré : La Lune.
Extrait :
A cet endroit le cratère s'évasait brusquement en un immense cône tronqué dont le sommet déchiqueté s'élançait à plus de 1.000 pieds dans l'espace; le souterrain aboutissait à une sorte de salle mesurant près d'un kilomètre de surface qu'éclairait la lumière du soleil tombant par l'orifice du cratère.
Le Sélénite, auquel ces lieux paraissaient parfaitement connus, fit entendre avec ses lèvres un appel qui réveilla dans l'intérieur du volcan des échos sonores et prolongés.
A cet appel, sortit de l'ombre une forme vague qu'Ossipoff reconnut bientôt pour être la silhouette d'un Sélénite.
Telingâ s'avança à sa rencontre, s'entretint quelques instants avec lui, puis, revenant sur ses pas:
—Dans une heure, dit-il, nous serons à Chuir.
Le savant consulta sa carte et poussa une exclamation de surprise.
Mais c'est à plus de 400 verstes d'ici, s'écria-t-il; avez-vous donc, pour nous y transporter, un moyen de locomotion rapide?
—Peut-être ont-ils des chemins de fer dans la lune, murmura Gontran.
Jonathan Farenheit haussa les épaules en grommelant:
—Quand bien même ils en auraient, il est impossible qu'ils franchissent une semblable distance en une heure... le railway de New-York à San Francisco en fait à peine le quart.
Et il ajouta orgueilleusement:
—Et c'est le train le plus rapide du monde entier.
En entendant la question d'Ossipoff, le Sélénite avait secoué la tête.
—Nous irons à Chuir, répondit-il, par la voie souterraine, mais sans qu'aucune force nous y transporte... la distance est trop courte pour que nous ayons besoin d'avoir recours à un autre moyen qu'un moyen naturel.
L'étonnement des Terriens se transforma en ahurissement.
—Mais alors?... murmura Fricoulet.
Il n'acheva pas sa phrase; au milieu de la vaste salle, débouchant d'un souterrain, venait d'apparaître comme dans une féerie, glissant sans bruit dans des rainures de la lave, une sorte de bateau monté sur patins.
Telingâ désigna silencieusement cet étrange véhicule à ses compagnons qui, l'un après l'autre, prirent place sur un banc courant le long du bordage; puis lui-même se tint debout à l'avant, la main placée sur un levier de métal.
Le Sélénite, qui avait amené le véhicule, le poussa, sans efforts apparents, jusqu'à l'entrée d'un boyau souterrain, où il l'abandonna.
Alors, comme tiré en avant par une force invisible, mais d'une puissance extraordinaire, l'embarcation fila dans la nuit silencieusement et avec une vitesse qui allait s'augmentant.
—Eh! j'y suis, dit Fricoulet à ses amis; nous glissons en ce moment sur un plan incliné...
—Mais, objecta Gontran, nous ne pouvons descendre tout le temps... sinon nous finirons par arriver au centre de la lune au lieu de demeurer à sa surface.
Le jeune ingénieur réfléchit un moment.
—Ce tunnel, dit-il enfin, se compose peut-être d'une suite de vallonnements, semblable à ce jeu de fête foraine que l'on nomme des montagnes russes... Quand le wagon aura acquis dans une pente rapide une vitesse propre suffisante, la courbe se relèvera probablement, pour s'abaisser de nouveau, et ainsi de suite, jusqu'à ce que nous soyons arrivés.
—Pensez-vous, monsieur Fricoulet, demanda Séléna, que ce système de montagnes russes pourrait se poursuivre pendant de longues distances?
—Je ne vois pas ce qui s'y opposerait, pourvu que le point de départ ait une élévation suffisante, minime du reste, en raison de l'insignifiance des frottements.







