Minuits lunaires
Parfois, souvent peut-être, je suis un naufragé. Perdu quelque part dans mes rêves, perdu dans les rêves des autres, je ne sais pas trop.
Sur mon île j'attends, sur mon monde perdu j'espère, dressant de nouveaux ponts vers ces étoiles si lointaines, si inaccessibles.
Mon île est grande. Suffisamment pour accueillir tous mes amis. Ceux de la vraie vie, ceux de mes mondes virtuelles, ceux de l'entre deux.
Quelque fois j'ai l'impression que cette île est trop grande, alors je jette des bouts à la mer. L'instant d'après je la trouve trop petite. Où vais-je mettre tous mes amis si je n'ai plus assez d'espace ? Devront-ils se transformer en poisson ou en sirènes ? En oiseaux ou en papillons.
Alors j'attrape des bouts d'étoiles et mon île retrouve une taille suffisante.
Parfois un pêcheur m'attrape dans ses filets, et refuse de croire que je ne suis pas un poisson. Des fois une fusée se pose sur mon île-étoile et un astronaute plante fièrement un petit drapeau comme si je n'étais pas là. Des fois encore des envahisseurs viennent m'envahir et mon île ne ressemble plus à mon île. Et je ne ressemble plus à moi-même. Des fois encore plus rares mes rêves viennent à ma rencontre et je redeviens celui que j'ai toujours été : éternel naufragé à la lisière des songes, la dernière vigie des minuits lunaires.







