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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 17 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
Quelqu’un peut-il me dire où est le printemps ? J’ai demandé à une cerise, elle ne sait pas et était verte à l’idée qu’il avait disparu. J’ai demandé à ma copine coccinelle, elle ne sait pas et a détalé à toutes pattes (quitte à avoir un point de côté) affolée par ma question. J’ai demandé à mon autre copine hirondelle, elle ne sait pas non plus et a même ajouté que ce n’était pas elle qui faisait le printemps. A part la grenouille d’Albert Simon, laquelle, m’a dit avec sarcasme qu’elle est ravie de voir le monde du haut de sa petite échelle, je n’ai pu obtenir d’autres informations. Mais il est vrai que la grenouille d’Albert Simon, vu son âge, doit frôler la sénilité et elle peut se tromper.

Comment voulez-vous que le Prince Charmant trouve ma maison avec cette pluie persistante qui éteint sans cesse la lanterne posée sur le pas de ma porte ? Et puis, le Prince Charmant en K-way et en bottes de caoutchouc, ça me fait nettement moins rêver…

Ceci dit, il parait qu’il faut laisser passer les Saints de glace : Saint Mamert, Saint Pancrace et Saint Servais. Oui mais si on ne fait rien, ils vont nous blouser.

Je m’explique.

Si Servais envoie la pluie, ce qu’il vient de faire cette année, Médard en fait tout autant. Or, la Saint Médard, c’est le 8 juin. Et si il pleut à la Saint Médard, il pleut quarante jours plus tard. Il ne faudra donc rien prévoir le 48 juin. Et Saint Urbain ? Y avez-vous pensé à Saint Urbain ? Parce que si il pleut également le 25 mai, jour où il est fêté, il pleuvra pendant quarante jours !!!!! Cela nous mène au 65 mai. Prenez des notes si vous ne suivez pas.
 
C’est la bérézina mes amis. Le printemps a disparu et est probablement séquestré par quelques saints vindicatifs menés par Saint Médard et Saint Urbain, vraisemblablement syndiqués à Force Ouvrière. Quant à nous, comme d’habitude, nous sommes des otages. Allons-nous rester inertes ? Certainement pas !

Luttons ! Créons le Front de Libération National du Printemps ! Armons-nous de nos parasols, mettons nos lunettes de soleil, badigeonnons nous le visage de nos crèmes anti-UV et organisons un rassemblement dans le maquis. A Tralonca, éventuellement, si la place est libre.

« Pour la Saint Médard, ruons dans les brancards et pour la Saint Urbain, nous prendrons un bain ».


Copyright © 2008 Martine Rousset
Publié le 16 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Elle tendit sa main moite à Helmut. Il l’a pris mollement et brièvement. C’est à la seconde où elle déclencha le chronomètre de la pendule qu’elle le vit. Le stylo enrubanné. Le stylo du Danois qu’elle devait rencontrer. Il était là, sur la même table qu’elle, sorti de la poche d’Helmut Schön…

Leurs regards se nouèrent. Perdus au milieu de cette faune échiquéenne, ils étaient soudain seuls au monde.
Helmut, enfin, avança de deux cases le pion du roi, nota son coup et d’un geste bref, commuta le compte à rebours de la pendule vers celui des noirs.Cerise cherchait en vain la concentration. Elle avança à son tour le pion du roi de deux cases et chuchota :
- Ca existe l’ouverture danoise ?
- Non… Pas plus que la suédoise…
- Allez le pitbull, joue.
- Tais-toi triple buse !
Ils continuèrent ensuite en silence, sans parvenir cependant à s’isoler chacun dans son jeu.
Elle devint la dame. Lui, le roi. Leurs pièces glissaient voluptueusement sur l’échiquier. Leurs doigts s’effleuraient parfois, s’attardant sans raison au-dessus d’une pièce déjà jouée. Il lui prit son fou avec son cavalier. Elle lui sourit et sans quitter la profondeur de ses yeux noirs, elle lui vola le cavalier responsable avec sa dame noire.
Ils auraient voulu s’embrasser. Même si l’arbitre n’avait aucune raison de le sanctionner, ils ne le firent pas.
C’était aux noirs de jouer. Helmut en profita pour se dégourdir les jambes un instant. Il passa derrière Cerise et lui caressa discrètement la joue. Elle frissonna.
Quand Helmut reprit sa place, il se pencha en avant et lui murmura :
- J’adore ton jeu… sensuel !
Elle rosit.
Leur partie durait depuis près d’une heure et ils étaient à égalité. Ils échangèrent des pièces mais encore davantage des regards. Les pièces dansaient de case noire en case blanche, rythmées par l’intensité de leur émotion. Lorsque Cerise menaça le roi noir avec sa dame blanche, il lui sembla que cette dernière souriait, probablement aux anges de s’approcher du souverain. Une tour salvatrice s’interposa. Le roi, sur la pointe des pieds, lui adressa un signe par-dessus la tour. La dame fit une révérence et se décala langoureusement de deux cases. Un fou fusa en diagonale de l’échiquier, s’arrêtant in extremis au bord d’une case. Le cavalier rua sans plus attendre, surpris par la menace. Les pions conspiraient. Une tour blanche s’effondra mais l’autre résista, probablement mieux étayée. Les deux cavaliers noirs terminèrent leur chevauchée autour de la pendule. La dame blanche, bardée de ses deux cavaliers protecteurs, provoqua une dernière fois le roi adverse en battant des cils. Le roi chercha quant à lui à battre retraite mais en vain.
- Echec et mat, susurra Cerise dans un souffle. 
Elle avait gagné.
Il prit sa main et en embrassa la paume :
- Je viens de jouer la partie la plus sentimentale de ma vie…
Sa main encore dans la sienne, elle lui rendit son baiser :
- Tu as mal joué.
- Je ne joue pas. Pas avec toi. 

Cerise fut probablement de ceux qui, mal dans leur peau, se réfugièrent corps et âme dans leur passion qu’ils voulurent débordante. Celle de Cerise la mena à tous les bonheurs. Helmut et Cerise restèrent les passionnés d’échecs qu’ils étaient déjà. Cerise accoucha de Stanislas, leur premier garçon, le jour de la finale du championnat du monde en Chine et la naissance d’un enfant né de deux Grands Maîtres Internationaux qu’ils étaient devenus depuis fut annoncée et chaleureusement applaudie lors de la remise des prix. Quant au second, Gontran, né quatre ans plus tard, il se manifesta alors qu’elle enseignait la marche des pièces à Stanislas.

- C’est un garçon ! S’écria la sage-femme en brandissant la petite chose vagissante et en la posant sur le ventre de la jeune mère épuisée…
 


FIN

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 15 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

J’y crois pas ! Si je m’en réfère au nombre de visiteurs pendant mon escapade, il me semble bien que là, vous êtes à fond avec Cerise ! Vous voyez, on a beau dire qu’on ne s’intéresse pas aux gentilles histoires, n’empêche qu’on a vite faite de mettre les deux pieds dedans. Eh bien, vous savez quoi ? Ça me fait bien plaisir… D’autant plus que j’ai aimé l’écrire…

 

Cela n’est-il pas revigorant de se laisser entraîner dans une histoire d’amour ? Une histoire dans laquelle on voudrait bien être à la place des protagonistes ? Une histoire qui donne envie d’être amoureux ? Une histoire qui rappelle des bons souvenirs (houlà, ça fait longtemps…) ? Une histoire qui nous fait croire à l’existence du Prince Charmant (Roger, tu peux boire ta bière tranquille, ce n’est pas de toi que je parle).

 

Cela mérite donc que l’on s’y arrête un moment avant le dénouement. Et puis de toute façon, ni vous, ni Cerise n’êtes à un jour près. Quant à moi, je connais la fin…

 

Mais… Finira bien ? Finira moyen bien ? Finira mal ? Finira un peu mal mais pas trop ?

 

Finalement, de quel droit ferait-on échapper Cerise à son destin uniquement parce que cela nous réconforterait de savoir qu’elle sera heureuse à l’instant du mot « FIN » ? Ce fameux mot « FIN » qui n’est qu’un prétexte pour clore un texte. Eh oui, il faut bien que cela s’arrête à un moment donné (Les Feux de l’Amour, ça existe déjà…). Mais après le mot « FIN », sera-t-elle toujours aussi heureuse ? A vous de voir car à ce moment-là, le destin de Cerise sera entre vos mains. Cela satisfera tous les Diogène en puissance (les vrais, les tatoués, pas ceux qui s’étourdissent d’un simple dé à coudre de rhum…) qui pourront transformer Pitbull en un dangereux joueur d’échecs psychopathe ou faire sombrer Cerise dans l’alcool (de l’eau de rose à l’eau de vie, il n’y a qu’un pas vite franchi…) ?

 

Vous aurez le droit à tout ça après le mot « FIN » mais en attendant, laissons Cerise tranquille. Elle a fort à faire avec son mystérieux Pitbull Danois. Et puis, laissons rêver les rêveurs sinon je n’ai plus aucune raison de laisser une lanterne sur le pas de ma porte à l’intention du Prince Charmant (la lanterne, c’est pour qu’il ne se prenne pas les pieds dans le paillasson si il arrive de nuit).

 
Copyright © 2008 Martine Rousset
   
Publié le 14 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Un tournoi à Paris donna l’occasion de leur rencontre. Ils devaient tous deux y participer. Fébrile, elle s’enquit sur le web de la liste des participants danois. Il y en avait une dizaine et elle savait que parmi eux se trouvait Pitbull. Mais lequel ? Elle jonglait avec ces noms imprononçables, s’interrogeant sur celui qu’elle devrait s’appliquer à énoncer clairement. Elle supposa qu’il en faisait de même avec les participantes suédoises… Cela la fit jubiler.

Pour se reconnaître, ils avaient convenu d’un détail dont la difficulté à le repérer les fit mourir de rire devant leurs écrans respectifs. Les participants devant noter leurs parties au fur et à mesure du jeu, il s’étaient entendus pour que chacun aurait attaché un ruban rouge autour de son stylo. « Avec une belle boucle ! » avait précisé Cerise.

Ils rirent en imaginant la façon dont ils allaient devoir surveiller les stylos de trois cents joueurs d’échecs !

Ce jour arriva enfin. Rongée par l’appréhension, Cerise arriva à peine cinq minutes avant le début de la première ronde. Son stylo soigneusement enrubanné à la main, elle chercha rapidement le numéro de sa table sur les feuilles des appariements.
Table six avec les noirs contre… Helmut Schön ! « Et zut, et en plus c’est lui qui commence » pensa-t-elle dépitée.

Elle se dirigea vers la table six et s’installa devant les pièces noires en attendant son redoutable adversaire. Elle posa son stylo sur la table, à proximité de la feuille de marque.
Elle aperçut Helmut qui arrivait d’un pas nonchalant avec la même touffe hirsute de cheveux blonds que celle de l’adolescent qu’il n’était plus.
Elle lui adressa un sourire crispé en guise de bonjour. Elle jeta rapidement un regard circulaire vers les stylos des joueurs environnants mais elle ne vit rien qui l’interpella.
Quand elle tourna la tête, elle réalisa qu’Helmut l’observait. Agacée, elle planta ses yeux dans les siens. « N’essaie pas de m’impressionner, ça ne marchera pas » dirent ses yeux plissés par une expression de défi. L’allemand avait l’air étrange, totalement secoué par quelque chose qui échappait à Cerise. « Il a probablement mal dormi. Bien fait. Tu vas voir mon cher teuton de quelle façon je vais te dévaster l’échiquier » s’amusa-t-elle à penser sans y croire.

L’arbitre annonça au micro :
- Serrez-vous la main. Les noirs appuient sur la pendule et les blancs commencent. 


(à suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 13 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Plusieurs années passèrent et Cerise fit son entrée en faculté de Droit après avoir obtenu son baccalauréat avec mention Bien. Elle avait également confirmé son titre de championne de France bien qu’elle ait changé de catégorie. Elle fut même gratifiée du titre honorifique de Maître International. Elle portait toujours fièrement ses kilos superflus et n’avait nullement l’intention de se priver du plaisir du grignotage qui l’apaisait. Cerise n’avait pas vraiment changé. Elle était juste devenue une adulte.

Quant à Triple Buse et Pitbull, ils correspondaient toujours. Leur relation était peu ordinaire puisque près de cinq ans après leur première partie d’échecs sur Internet, aucun des deux n’avait dévoilé à l’autre son prénom.

Elle le trouvait drôle. Ils se racontaient également des choses très personnelles frisant parfois la philosophie. Leurs messages finirent par s’empreindre de tendresse mais celle-ci resta virtuelle. Peut-être se croisèrent-ils lors d’un tournoi quelque part dans le monde ? Ils l’ignoraient l’un et l’autre.

Quant à Helmut, elle le rencontra plusieurs fois et joua même contre lui trois parties. Après en avoir perdu deux, elle obtint péniblement un match nul à la troisième. Son émoi vis-à-vis de lui avait totalement disparu. Il était trop sérieux et elle le trouvait bien ennuyeux. Elle se demanda comment ce garçon aussi lugubre avait pu faire chavirer son cœur d’adolescente.

Un soir, elle reçut un message de Pitbull qui la laissa collée à sa chaise. Il décidait qu’il était grand temps qu’ils se rencontrent. Déstabilisée, elle ne sut dire si elle en avait envie ou non. Elle réalisa qu’elle était terrorisée à l’idée de se dévoiler physiquement. Il allait tomber de haut… Il s’attendait peut-être à une jolie sylphide… Jolie elle l’était assurément mais sylphide non…
Elle hésita plusieurs jours avant de lui répondre. Il la relança mais elle resta silencieuse. Et enfin, elle accepta en lui souhaitant toutefois de ne pas être trop déçu. Il lui répondit par un message joliment teinté de romantisme, lui avouant qu’elle le troublait depuis bien longtemps et qu’il souhaitait ardemment pouvoir la regarder dans les yeux.
Ils firent un jeu de cette rencontre en ne s’envoyant pas mutuellement leurs photographies. L’inconnu les amusait. Leurs messages ne furent plus que des échanges d’amoureux transis quoique chargés d’humour, l’un et l’autre étant bien incapables de s’en empêcher.
 

(à suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset