Ici, quand ça lui chante, à 7 heures 53, plus tôt ou plus tard, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ourse, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Nina : Elle est dvenue clodo! vous le saviez,mais ou est-elle?
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tassuad : ce jour là j'étais à Santa Reparata di Balagna dans la salle communale où un orchestre jouait , j'ai sorti mon harmo et je fus accepté illico
Le Doc : Va être épuisée la danseuse,elle est en transe depuis le 24 mai!
Cigale : Ben ca lui chante pas souvent à 7H53
Nostalgie : Pourquoi nous priver de tous ces jolis textes nous sommes orphelins de ce blog. Tristes aussi. Amitiès
TASSUAD : AVEC DE LA CHANTILLY MAISON
Owlette : Dessert: 2 tartes..2!
Roger : Mais quelle surprise,pourqu oi ne pas parler de moi, je le vaut bien
MARTINE : Ifrance ne veut pas de moi ! Et zut... Je hais la technique...
Acrostiche : Nous souhaitons ta présence.Se souvenir c'est bien mais lire c'est mieux REVIENS
Acrostiche : Rine que de temps en temps.Etpour nous faire plaisir.Viens nous distraire.Inven tes,tu sais si bien le faire.Emportes nous dans tes contes.
Un ami : Si tu pleures trop parceque tu as perdu ton soleil,tes larmes t'empêcheront de voir les étoiles.
Le blog : C'est le desert total, je suis désespéré, je commence une dépréssion.
C'est Nous : Pourquoi nous laisser tomber?
Roger Nina : Nous restons sur le tapis? Ben zut alors!
Roger Nina : Nous restons sur le tapis? Ben zut alors!
Nostalgie : Comme ce blog manque! 2 fois par semaine c'est trop demander?
tassuad : je l'ai vu en concert il y a longtemps un bonheur !!!
micorne : Barbara, un vrai bonheur merci Martine
Owlette : Sublime Barbara! Vive les 100000
3 connecté : pour quoi? ils attendent le passage des coureurs ? dopés
connecté : 6 connectés ? circulez ya rien à voir
Le Blog : He alors Martine ? Et moi, suis toujours là, j'ai faim, donnes moi des mots svp.
tassuad : le blog est mort ! vive le blog !
Ouf : Il était temps!
Kikéla : chouette la blogueuese.Quel le bonne surprise . youpi tralala
tassuad : digne? dingue? tong?
Enfin : Le retour. Sonnes les Martines !
Owlette : tout, blog et carabistouilles confondus
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Publié le Samedi 08 septembre 2007 à 12:13
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
Comme il est exquis de parler d’amour ! Cette petite escale de douceur que je me suis proposée grâce à l’écriture de l’histoire de Lazare et Nina m’a ravie. Mièvres, les histoires d’amour ? Et alors ! Allez, reconnaissons qu’une once de candeur se cache en chacun de nous… L’intrigue est ordinaire, je l’admets. Un homme. Une femme. Une rencontre. Rien de bien original diraient Paul et Virginie, Roméo et Juliette, Tristan et Yseult ou… Stone et Charden. L’immense privilège d’un auteur (écrivain, gribouilleur ou cracheur de mots, appelez-le comme vous voulez) est de pouvoir diriger ses histoires et ses personnages comme il l’entend et de camper ses décors et ses ambiances selon ses humeurs. J’ai hésité pour Lazare. Mais il m’a semblé être un type trop bien pour ne pas le rendre heureux. Puisque la création d’écrits mène au rêve, autant que Lazare en profite. De toute façon, j’écris ce que je veux ! Si Nina se qualifie d’électron libre, c’est qu’elle a bien dû s’inspirer de quelqu’un… Selon mon humeur, je peux coucher tendrement quelques douceurs sur le papier, me jeter gaiement sur ma page comme un canard sur un hanneton, me rebeller à ma guise contre les injustices de notre bas monde, ironiser sur les écrits des autres alors que les miens ne valent pas mieux (satanée « entrebâillure »…), étaler gratuitement avec colère quelque pamphlet libérateur, écrire en souriant ce qui est actuellement sous vos yeux, aligner quelques maussaderies parce qu’il pleut sur mes carreaux ou être d’humeur « au secours » même si cela ne veut pas dire grand-chose ! Savez-vous qu’en musique, un caprice ou capriccio est une composition de forme libre et fantaisiste ? Il est si agréable de laisser vagabonder l’écriture où bon lui semble, sans carcan, sans préjugés et sans œillères, au gré de ses humeurs que j’accepte d’être une vilaine jeune fille (message perso : J) capricciosa.
Publié le Vendredi 07 septembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Lazare quitta l’autoroute et arriva enfin à Sète. Son voyage s’était bien déroulé mais les kilomètres l’avaient sonné. Son rendez-vous avec Nina, prévu à vingt heures dans un restaurant de la ville, lui laissait deux bonnes heures devant lui. Il gara sa voiture sur un parking sous un énorme pin parasol, baissa le dossier de son siège et s’endormit aussitôt, Radio Nostalgie à fond. Il se réveilla en sursaut alors qu’Edith Piaf chantait Milord. « Allez veneeez Milooord, vous asseoiiir à ma table… ». Nina. Le restaurant. Quelle heure était-il ? Il avait juste le temps. Il but en grimaçant quelques gorgées d’eau un peu tiède restant au fond de sa bouteille, s’octroya quelques minutes pour émerger de la torpeur de sa sieste et éteignit la radio, clouant le bec à Joe Dassin et à ses pains aux chocolats. Il suivit à la lettre les indications de Nina pour trouver le restaurant et y parvint aisément.
Elle était déjà là, noyée dans un pantalon noir et une immense chemise blanche de grand-père, une longue écharpe en étoffe légère à rayures noires et blanches autour du cou, signe convenu de reconnaissance. Lorsqu’elle réalisa que ce grand homme brun qui s’approchait était Lazare, elle ne sut plus que faire de ses mains, de ses bras, de son sourire, de ses yeux qui lui semblèrent tout à coup étrangers. Elle se sentit empruntée de la pointe de ses cheveux hirsutes jusqu’à celle de ses ongles rongés. Lazare lui serra cérémonieusement la main et s’installa timidement face à elle. Durant de longues minutes pendant lesquelles ils se perdirent par diversion dans une discussion niaiseuse, ils s’observèrent, se scrutèrent, se détaillèrent, s’inventorièrent. Instant inévitable où deux âmes se reniflent avant de s’abandonner. L’ambiance tamisée de cette ancienne cave transformée en restaurant les détendit et la chaude lueur de la petite bougie orange posée sur leur table les rassura. Suspendues à la voûte, des notes de musique classique les enveloppaient en sourdine. Ils parlèrent et parlèrent encore. Ils s’apprirent un peu plus et rirent beaucoup. Ce soir-là, aucun des deux ne l’avoua à l’autre mais l’état de surprise dans lequel chacun se trouvait plongé les faisait tous deux exulter. Ils continuèrent avec délice à tutoyer le vouvoiement et à monter cet invisible et exaltant escalier qui mène peut-être vers un « ailleurs », s’arrêtant avec ravissement à chaque marche. - Oh ! Ecoutez ! C’est l’adagio d’Albinoni ! S’exclama soudain Nina, l’index dressé et le visage relevé vers la voûte. - Triste… - Triste mais superbe. - Fameux adagio pour lequel Albinoni n’y fut quasiment pour rien. Vous le saviez ? - Oui, juste quelques fragments retrouvés parmi les ruines de la bibliothèque de Dresde après un bombardement et dont s’est inspiré un musicien italien. C’est cela ? - Tout à fait. Un certain Remo Giazotto. Dites, nous sommes les derniers clients… Elle balaya la salle de restaurant du regard. Toutes les chaises étaient vides et les tables dressées pour le lendemain. Le patron les observait d’un œil et surveillait sa montre de l’autre.
Dès qu’ils arrivèrent chez la jeune femme, elle ouvrit l’une des portes du couloir. - Voici votre chambre Lazare. Je vous donnerai une couverture car les nuits sont encore un peu fraîches. Voulez-vous un café ? Un Cognac ? - Un Cognac, volontiers. Il posa son petit sac de voyage sur le lit et la suivit vers le salon. Il la regarda verser le liquide dans deux verres à pied. Elle lui sembla fragile mais il sentait qu’en réalité elle ne l’était pas. Juste sensible. - A la vôtre ! fit-elle en lui tendant un verre. - Tchin-tchin ! Vous savez jouer au poker ? - Au poker ! Ce fameux jeu où il faut bluffer ? - Oui, c’est cela. Ça vous dit ? - Allons-y. Rafraîchissez-moi la mémoire pour la règle du jeu et je suis prête à vous plumer. - Me plumer… Vous ne croyez pas si bien dire ! Je ne joue qu’au strip poker voyez-vous… Elle haussa les épaules en riant et se dirigea vers le tiroir d’un petit meuble d’où elle extirpa un jeu de cartes puis elle invita Lazare à s’installer à la table de la salle à manger. Elle éteignit le plafonnier et ne laissa qu’une petite lampe verte allumée sur la table. Nina eut vite fait d’apprendre les finesses du jeu et Lazare d’en subir les conséquences… Quand il était persuadé qu’elle bluffait, elle lui brandissait deux paires aux as sous le nez. Quand il jugeait qu'un "Servie !" était trop peu convaincant, il se trompait encore lamentablement. Lazare n’avait pour le moment sauvé que ses chaussettes et son slip. Nina n’avait abandonné que son écharpe. Elle jeta les cartes sur la table et écrasa la cigarette de Lazare qu’il avait oubliée dans le cendrier. - J’ai pitié de vous… J’abandonne. Il lui sourit. Leurs regards se soutinrent alors un long moment. Ils restaient silencieux. Puis Lazare, d’une voix peu assurée : - Je ne vais pas vous embêter à occuper votre chambre d’amis… Je peux dormir près de vous ? - C’est-à-dire que… je dors nue… - Aucune importance Nina. Moi aussi…
Lorsqu’elle éteignit la lampe de chevet près de son lit, Lazare, enfoui sous la couette n’eut qu’un mot : - Servi ! Mais il ne bluffait pas.
Nina et Lazare étaient là, tous les deux sur leur escalier invisible. Combien de marches ? Où menaient-elles ? Quelle importance… Ils les gravissaient sans se poser de questions. Et il parait qu’ils les gravissent encore. On dit même que l’un des deux a déménagé pour se rapprocher de l’autre. Mais on ne sait pas lequel.
Heureuse idée qui surgit un jour de nulle part. On tente l’impossible et l’impossible survient. D’où ? De nulle part… Il suffit d'y croire.
FIN (mais juste pour nous, pas pour eux...)
Publié le Jeudi 06 septembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Nina se précipita sur son téléphone avant que la troisième sonnerie ne déclenche son répondeur. - Nina, j’écoute, annonça-t-elle. C’était Lambert Delarue des éditions « Des mots pour nos lardons ». - Bonjour Nina. Je voulais juste savoir si vous aviez reçu notre commande pour l’illustration de notre prochain livre de contes. C’est très urgent. Elle ne l’avait pas reçue pour la simple raison qu’elle ne consultait plus sa boîte postale depuis près de dix jours. Elle avait choisi délibérément la politique de l’autruche tant l’inspiration lui manquait en ce moment. Elle s’en sortit par une grippe fictive et un « mais justement, puisque je vais beaucoup mieux, je m’apprêtais à partir récupérer mon courrier à la poste ». Monsieur Delarue sembla y croire. Il lui souhaita un bon rétablissement mais ne manqua pas de lui rappeler que le travail serait à lui remettre la semaine suivante. Nina se sentait lasse. Le cœur sec et fatigué. Lasse de cœur… Ces dessins venaient mal, son humour s’effilochait. Elle aussi, elle s’effilochait. Usée par ces jours tristement calqués les uns sur les autres.
Lazare alluma la télévision à l’instant du générique de l’Inspecteur Derrick. Son soporifique favori à l’heure de la sieste. Il venait de recevoir le matin même trois nouveaux manuscrits dont un « Ma biographie » émanant d’un illustre inconnu dont la perspective de lecture des 978 pages en caractères 10, simple interligne, l’avait plongé dans une léthargie instantanée. Quant à cette fameuse Nina, il n’avait pas eu de réponse. Encore une tarée.
Nina, assise à sa table de travail, torturait un crayon entre ses dents et réfléchissait à la façon dont l’éléphant et la souris de « Amis pour la vie » pouvaient bien être représentés en faisant du shopping. Elle maudissait l’auteur de cette idée saugrenue. Elle avait posé tout à l’heure, dans un coin du salon, le courrier de sa boîte postale mais ne l’avait pas touché. Elle se leva, alluma la radio et cassa un carré de chocolat noir de la tablette qui traînait sur un guéridon. Elle enfourna le carré de chocolat, le laissa fondre sur la langue et attrapa en soupirant la pile de courrier. Que des grandes enveloppes, sauf une. Une petite enveloppe blanche avec juste son prénom et son adresse griffonnés d’une fine écriture en pattes de mouche. Elle choisit de l’ouvrir en premier en priant pour que l’éventuelle commande qui s’y trouvait soit aussi réduite que la taille de l’enveloppe. Elle lut une première fois le mot de Lazare en fronçant les sourcils. A la seconde lecture, elle se remémora son message dans sa petite bouteille en plastique. Elle fut immédiatement tiraillée entre un irrésistible fou rire et une incroyable curiosité envers ce Lazare. « Prénom de vieux » pensa-t-elle, « mais je vais lui répondre ». « Cher grain de sable ensablé, je suis le grain de sel. Il me semble bien que nous avons un grain en commun ! J’ai quarante deux ans et je dessine des ours, des lapins et autres flamands roses dans des livres pour enfants. Et vous ? A bientôt. ».
Trois jours plus tard, elle reçut une réponse : « Cher grain de sel qui n’en manque apparemment pas, je suis le grain de sable. Bien que je dispose de dix années de plus que vous, nous avons un deuxième point commun. Les livres que je lis pour mon travail et que me confient leurs auteurs ont tous été écrits par des manchots, des oies et autres dindes. A bientôt. » Il terminait sa lettre par un post-scriptum qui indiquait son numéro de téléphone.
Nina hésita deux journées entières avant d’oser, enfin, composer le numéro de Lazare. Il répondit à la première sonnerie. - Allo ? Fit une voix nasillarde et peu harmonieuse. - Bonjour… c’est le grain de sel… L’homme parut déstabilisé. Mais cela ne dura pas. - Vous m’avez fait sursauter ! Vous pourriez prévenir quand vous allez téléphoner ! Je ne suis même pas maquillé… - Je vous dérange ? Fit-elle amusée. - Bien sûr que non… Comment allez-vous Nina ? Vous avez une jolie voix. Que dessinez-vous aujourd’hui ? Une vache ? Un héron ? Une luciole ? - Un hibou… Et oui, je vais bien. - Nina, pourquoi cette bouteille à la mer ? - Oh, une idée comme ça. Juste pour le geste et le symbole qu’il représente. La main tendue, l’ouverture, ma chose à moi qui flotte sur une étendue que l’on ne peut pas maîtriser… - L’aventure aussi ? - En quelque sorte, si toutefois c’est de l’inconnu et de ses surprises dont vous voulez parler. - C’est exactement ce à quoi je voulais faire allusion. L’inattendu… Nina, et si je vous invitais au restaurant ? - Mais vous êtes à Nice et moi à Sète ! - Et alors ? Votre bouteille a bien fait le trajet, elle ! - Certes, mais elle a mis plus de six mois pour cela ! - Alors… Que faites-vous pour Noël ? Mais non, je plaisante… Noël est trop loin. Tout ce qui est loin est incertain. Donc, Noël est incertain… Je dis n'importe quoi... Vous avez une chambre d’ami ? - Vous vous invitez ?! - Si vous le voulez bien. Il ne s’agit que de vous inviter à dîner. Vous pouvez décliner mon invitation. Quant à la chambre d’ami, il s’agit d’un simple détail pratique. Nina hésita. Nina tergiversa. Nina soupesa. Mais Nina pressentit. Elle accepta. Ils promirent de s’appeler à nouveau et de convenir ensemble d’une rencontre.
Nina rattrapa en un temps record le retard accumulé ces dernières semaines et dénicha une multitude de détails hilarants pour illustrer ses dessins.
Lazare termina sa pile des manuscrits et adressa à leurs auteurs des commentaires interminables. Il acheta également à la librairie « Bébert le coléoptère », illustré par Nina, qu’il lut de la première à la dernière page. Retenant son souffle, il espéra jusqu’au bout que Bébert retrouverait son chemin dans la forêt où, imprudent, il s’était perdu. Bébert s’en sortit et Lazare put enfin respirer. Demain, il achètera « Anabelle la coccinelle ».
En attendant de se rencontrer, Nina et Lazare se téléphonèrent chaque soir. Leurs conversations durèrent à chaque fois un peu plus longtemps. Chacun d’eux glissa tout doucement vers la confidence et la confiance. Avec délice. Avec bonheur. Sans s’être jamais vus.
Deux mois et des dizaines d’heures de conversations téléphoniques plus tard, période pendant laquelle ils furent tous deux submergés de travail, ils s’entendirent enfin pour une rencontre le week-end suivant. (Vous êtes encore là ? Alors... à demain)
Publié le Mercredi 05 septembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Lazare, la cinquantaine heureuse et épanouie, était ce que l’on appelle vulgairement un « joyeux fêtard ». Issu d'une vieille famille d'origine normande, il était cependant natif de Nice et y vivait toujours aujourd’hui. Ce grand homme brun et gracieux avait une allure si séduisante et un tel bagout, qu’hormis une collection de cocktails dont il taisait jalousement les recettes, il entretenait également une vaste collection de représentantes de la gente féminine. Il se vantait néanmoins de n’avoir jamais « largué » une femme puisque par élégance, il s’était toujours arrangé pour qu’elles conviennent elles-mêmes qu’il n’était fait pour aucune d’entre elles. Tout un art… Ses amis le surnommaient Chiwawa. C’était le nom de l’un de ses cocktails dont se souvenaient forcément tous ceux qui l’avaient un jour goûté tant il décoiffait. - Petits joueurs s’abstenir ! S’écriait-il, hilare, tout en versant l’armagnac dans les verres. Il les faisait ensuite chauffer puis les flambait en maintenant une fourchette avec du sucre au-dessus des flammes. Lorsque le sucre avait fondu, il faisait tremper les doigts de ses invités dans le verre encore embrasé et leur demandait de les porter directement à leurs lèvres. Puis, une fois la flamme étouffée par une assiette, il les faisait se pencher pour inspirer les vapeurs… Ceux qui connaissaient déjà le chiwawa de Lazare en riaient d’avance. Les autres riaient bêtement. Quant à Lazare, sa fourchette à la main, il en pleurait de rire.
Il se disait consultant et s’amusait à ne jamais répondre à la sempiternelle question : « consultant en quoi ? » en se contentant d’un facétieux « je consulte… de ci, de là… ». Rares étaient ceux qui savaient qu’en réalité il était conseil littéraire et travaillait chez lui.
Divorcé depuis plusieurs années, ses deux enfants, un garçon et une fille, vivaient chez son ex-épouse. Il était très proche d’eux malgré une tension avec leur mère que le temps avait accrue par erreur. Avec le temps… Non, pas toujours. Rêveur, il se démenait entre réalité et espoir, glissant avec fatalisme sur l’une et se propulsant avec frénésie vers l’autre. Il adorait les Pink Floyd mais ne les écoutait plus depuis qu’il n’avait plus de tourne-disque pour y passer ses vieux 33 tours, pratiquait la sieste tous les après-midi, refusait de tomber amoureux parce qu’il ne voulait plus souffrir, s’abrutissait d’émissions de télévision pour faire passer le temps à perdre, prétendait que son chat était un poète, ne jouait aux cartes que si c’était au strip poker, allumait sa cheminée en plein mois d’août juste pour la regarder flamber, s’émouvait lorsque la pluie tombait sur les roux et les orangés de l’automne, prenait toutes ses décisions importantes seul au volant de sa voiture, fumait beaucoup, manipulait la langue française avec finesse, se passionnait pour l’essence des êtres et vouait un culte à Claude Nougaro dont le « Je voudrais savoir si l'homme a raison ou pas » dans Paris Mai était devenue sa devise.
Il venait de passer une année qu’il jugeait inintéressante et s’ennuyait chez lui. A peine levé, il ouvrit les grands volets de la baie vitrée de son salon. Il cligna des yeux, surpris par l’ardeur matinale des rayons de cet étonnant soleil de mai. Il jeta un œil sur la pendule. Sept heures trente. Il se prépara un thé et s’installa dans son fauteuil près de la fenêtre. Il savoura le liquide chaud à petites gorgées tout en trempant un gâteau sec dans sa tasse. Il n’avait pas envie de travailler. Pourtant, une pile d’ouvrages en attente de ses suggestions l’attendait effrontément sur son bureau. Ce matin, il n’avait pas la force de les affronter, ni de les juger, ni de conseiller leurs auteurs. Toutefois, il eut été plus raisonnable qu’il avance dans son travail. Mais il n’était pas raisonnable. Il enfila son jean et sa chemise abandonnés la veille sur une chaise, se passa les doigts dans les cheveux, alluma une cigarette et sortit. Alors que son chat lui emboîtait le pas, il le repoussa gentiment vers l’intérieur de l’appartement. Le chat, vexé, rentra du pas le plus lent qu’il put et grimpa sur le fauteuil. Il se coucha dos à son maître et l’ignora. Quand Lazare démarra sa voiture, il ne savait encore ni pourquoi, ni pour où. Vingt minutes plus tard, il marchait le long de la plage, ne croisant que quelques joggeurs matinaux profitant du beau temps. Il aperçut parmi des algues et quelques galets, là où le sable est encore mouillé mais ne va bientôt plus l’être, un petit morceau de verre blanc poli déposé par les vagues. Il le ramassa et le glissa dans sa poche. Il s’amusa à en chercher d’autres. Un rectangulaire de couleur ambre, un vert difforme, un autre vert tout rond… Il avançait ainsi à petits pas, penché vers le sol, lorsqu’il entrevit une petite bouteille en plastique à demi enfouie dans le sable. Dans un geste citoyen, il la récupéra pour la jeter plus tard dans la poubelle de la plage. Il remarqua alors qu’elle contenait un petit objet cylindrique. Intrigué, il dévissa le bouchon, retourna la bouteille et fit glisser l’objet dans sa main. Avec précaution, il retira le morceau de plastique qui le renfermait et seulement à cet instant, il comprit qu’il s’agissait d’un bout de papier roulé. Il le déplia et découvrit trois lignes écrites en rouge d’une écriture ronde : « Grain de sel cherche grain de sable. Grain de folie également accepté. 3 octobre. Nina, boîte postale n° 12, Sète ». Qui connaît Lazare sait que, forcément, ce message l’interpella. Et Lazare qui ne faisait jamais aucune promesse, ni à lui, ni aux autres, promit sur le champ de contacter cette mystérieuse Nina. Il rentra immédiatement chez lui, balança un reste de magret de canard dans l’assiette de son chat, prit dans le placard de la cuisine un verre à moutarde vide décoré d’un Spider Man et le remplit à ras bord de jus d’orange. Puis il s’installa à son bureau et s’empara d’une petite feuille de bloc-notes et d’un stylo : « Grain de sable ensablé accepterait volontiers contact avec grain de sel si toutefois il n’en manque pas (de sel). 5 mai. Lazare, boîte postale n° 42, Nice ». Il retourna en ville poster sa lettre en sifflotant et abattit ce jour-là la moitié de sa pile de manuscrits.
(A demain, c'est vous qui voyez)
Publié le Mardi 04 septembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Nina émergeait d’un divorce tranquille comme il en existe parfois. L’une de ces séparations sans plus de heurts que quelques tensions passagères quand il faut parler d’argent et de partage. Certains divisent les petites cuillères et les assiettes, eux non. Elle en conservait la demi-propriété d’une maison qu’elle habitait seule, dans le Languedoc à deux pas de la mer, et une énergie incroyable. Enragée de vie, libre et heureuse de l’être, elle avançait sur sa nouvelle route d’un pas léger mais assuré.
Nina était une quadragénaire plutôt fluette d’après ses amis, maigrichonne aux yeux de sa mère et menue selon elle-même. Les cheveux châtains très courts et très raides, un petit visage aux traits volontaires, des yeux pétillants, une bouche éternellement amusée, elle n’était ni jolie, ni laide. Elle aimait à se perdre dans des pantalons et des chandails trop grands ce qui lui avait valu le surnom de « Shar Peï ». Entre son job d’illustratrice de livres pour enfants et sa passion pour la peinture, elle intercalait entre ses couleurs quelques amants qui possédaient tous un point commun : la rapidité avec laquelle ils traversaient sa palette. Elle rêvait de subtilité, de délicatesse, d’attention, d’humour, d’inattendu, de richesse d’âme… Tout ceci réuni en un seul homme… « Impossible, disait-elle, il m’en faudrait plusieurs pour tout réunir ! ». Elle se qualifiait fièrement d’électron libre et plaignait à haute voix ses amies en ménage qu’elle appelait en riant ses « électrostatiques ». Celles-ci riaient jaune mais le fait qu’elles associaient involontairement une couleur à leur rire plaisait à Nina. Vert de peur, rouge de honte, noir de monde, couleurs complémentaires de l’image. Elle affectionnait la fraîcheur des nouvelles rencontres même si elles aboutissent la plupart du temps à l’ennui, voire à la déception. Elle exultait lorsqu’elle gravissait l’escalier invisible qui la menait vers l’inconnu, excitée par le fébrile espoir d’être surprise. Curieuse de tout, elle n’excluait rien ni personne. Elle jouait volontiers au jeu que la vie lui proposait et ouvrait grand ses yeux et ses oreilles sur toute chose. Elle aimait tout particulièrement Charles Baudelaire, le fondant au chocolat, Björk, Victor Hugo, Boule et Bill, Jacques Prévert, le bleu, Tommy des Who, Jacques Brel, la glycine, l’adagio d’Albinoni, Platon et Pluto. Avec un récent coup de cœur pour Le Chat de Philippe Gelück dont le « celui qui pète plus haut que son cul se met son suppositoire dans la nuque » l’avait fait hurler de rire. Eclectique Nina.
En ce matin de début octobre, le ciel bas et lourd étalait ses nuances de gris. Nina, d’humeur légère, renonça aux tâches ménagères programmées pour la semaine précédente et reportées nonchalamment à cette semaine. Elle prit son bloc à dessins, ses crayons de couleurs, une petite bouteille d’eau minérale, passa avec insolence devant son aspirateur et sortit de chez elle. Au volant de sa vieille 4 L blanche, elle roula un moment au hasard jusqu’à ce qu’elle se décide enfin à prendre la direction de la mer toute proche. Installée en tailleur sur la plage déserte, son bloc sur le genou gauche, ses pastels plantés la mine en l’air dans le sable, elle cherchait dans le reflet des nuages sur l’eau l’inspiration d’une illustration pour « Du rififi chez le rat Fafa » qu’une maison d’édition venait de lui commander dans l’urgence. Bien que le ciel lui renvoya quelques nuances de gris proches de celles du rat, sa page restait blanche et sa tête, vide mais vagabonde. Machinalement, elle attrapa sa petite bouteille d’eau, la but d’un trait puis la tritura de ses doigts absents. Elle en arracha ensuite consciencieusement l’étiquette. Alors qu’elle raclait de son ongle la colle récalcitrante sur le plastique, une idée lui traversa l’esprit. Une idée totalement inutile. Donc, une idée qui lui plut. Elle se saisit de son crayon rouge et écrivit sur la première page de son bloc : « Grain de sel cherche grain de sable. Grain de folie également accepté. 3 octobre. Nina, boîte postale n° 12, Sète ». Elle déchira le coin de la feuille où elle avait écrit, le roula, l’enveloppa dans un morceau de cellophane arraché à l’emballage de son bloc qui traînait encore au fond de son sac, projeta au passage un rangement de ce dernier pour la semaine suivante et jeta le cylindre ainsi obtenu dans la bouteille vide. Une fois le bouchon solidement vissé, elle ramassa à la hâte son petit matériel qu’elle lança en vrac dans son sac, grimpa dans sa 4 L et fila vers le port de pêche où elle connaissait un certain Victor qui avait un jour accepté de se laisser croquer (dessiné et non consommé…) avec son bateau par Nina pour les besoins de l’illustration d’une version pour enfants de « Le vieil homme et la mer ». Victor, pêcheur en Méditerranée, fit office de Santiago, pêcheur dans la mer des Caraïbes. Le vieil homme, maigre et desséché par le soleil et les embruns marins, reconnut immédiatement la jeune femme alors qu’elle s’approchait de son point d’attache. De son accent chantant du sud de la France, sans cesser l'inspection de son filet de pêche étalé sur le pont de son bateau, il s’écria : - Mademoiselle Nina ! Quel bon vent vous amène ? - Bonjour Monsieur Victor. La pêche a été bonne ? - Rien du tout ! Je crois bien que je vais m’en aller plutôt pêcher devant l’Eternel ! Nina rit de bon cœur. - Je peux vous demander un tout petit service ? Oh, pas grand-chose… - Eh bé, si je peux vous aider ! Elle extirpa la bouteille du fouillis de son sac, se plaça au bord du quai et la lui tendit. - Pourriez-vous jeter ça par-dessus bord lorsque vous serez en mer ? Victor parut surpris mais il attrapa la bouteille sans poser de questions. Nina était à ses yeux une artiste. On ne pose pas de question à un artiste puisqu’on ne comprendra de toute façon pas sa réponse. - D’accord petite demoiselle ! Ce sera fait ! Elle n’en doutait pas.
(A demain si vous le voulez bien)
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