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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 22 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Rebelle
Une goutte d’eau vient de faire déborder mon vase. Juste une goutte de pas grand-chose qui m’agace. Pourquoi affirme-t-on des choses sans savoir ? Hein ?Pourquoi ? 

Eh bien, quand j’entends des insulaires affirmer que l’origine de leur patronyme vient des Etrusques puisque le cousin Machin-Truc-Chouette a remonté la généalogie de la famille jusque-là, que tous les porteurs d’un même patronyme sont issus du même village et que le cousin Machin-Truc-Chouette, il s’y connaît, moi la pinzuta, voici ce que je leur réponds.
 

Les patronymes en Corse se sont fixés pour la plupart des villages dans le courant du 18ème (soit près de quatre siècles après la France continentale et l’Italie), exception faite cependant des familles importantes telles que celles des notables locaux et des familles anoblies.  Pour certaines petites communes ils n'y apparaîtront même que dans le premier quart du 19ème siècle. Les villes portuaires d’Ajaccio, Bastia et Calvi sont des cas particuliers que je mettrai de côté.
 

Le patronyme permet d'identifier un individu par rapport au clan familial auquel il est rattaché. La terminaison « i » de la plupart de nos patronymes tend à le démontrer et on peut dire d'un Franceschi qu'il fait partie « du clan de Francesco », ce dernier étant l'ancêtre éponyme. Quant à ce fameux ancêtre éponyme, il est celui qui est à l'origine d'une famille, celui qui fut l'autorité de cette famille, autrement dit celui à partir duquel a été créé un clan, soit parce qu'il a bâti la maison familiale (n'oublions pas que le 16ème siècle fut une période de reconstruction après les ravages des guerres), soit parce qu'il est l'ancêtre « étranger » qui s'est installé le premier en un lieu dont il n'était pas natif. Il est donc possible que deux frères soient à l'origine de deux patronymes différents. Bien évidemment, l'ancêtre éponyme, n'est pas le créateur conscient d'un patronyme et nous ne verrons bien souvent son prénom se transformer en nom que très longtemps après son décès. 
 
Mais l'ancêtre éponyme n'a pas nécessairement transmis un patronyme issu de son prénom. Il peut s'agir d'un nom de lieu, d'un surnom, ou encore d'un nom de métier. D'autre part, l'origine d'un nom peut également être collective, autrement dit un patronyme peut avoir été créé par exemple en faisant référence aux idées politiques d'un groupe d'individu ou à une profession commune à toute une famille. Même si l’on trouve des patronymes issus d’un nom de lieu, d’un surnom ou d’un métier, ceux issus d’un prénom sont cependant les plus fréquents.

Jusqu'au début du 17ème siècle, on a souvent attribué aux nouveau-nés des prénoms « païens » parfois à l'origine de patronymes. Puis, à la suite du Concile de Trente, les prénoms chrétiens les ont remplacé progressivement. De ces prénoms, sont nés la plupart des patronymes actuels : Giovanni, Giuseppi, Mattei, Antoni, Battesti, Natali, Pietri, Paoli, Franceschi, etc. D'autres ont pu naître également de prénoms composés ou de variantes de prénoms. Même si le prénom s'est transformé en nom, il a quand même été transmis comme le veut la tradition. Ainsi, il n'est pas rare de trouver au 19ème siècle des Natalino Natalini, des Paolo Paoli ou des Pietrino Pietrini dont le prénom est finalement installé dans la famille depuis plus longtemps que le patronyme n'y est fixé...
 
Lorsqu'un patronyme est le nom d'une commune, il s'agit la plupart du temps d'une famille originaire d'un village dont elle porte le nom et qui s'est installée dans un autre. De nombreuses familles bastiaises sont dans ce cas : Rogliano, Sisco, Ogliastro, Oletta, Luri, Olmeta, Belgodere (village abandonné à proximité de Bastia), etc...   
De nombreux autres patronymes voient leur origine dans le nom d'un hameau. Dans certains cas, si une commune comprenait plusieurs hameaux, les habitants de chacun d'entre eux en prenaient le nom (à moins que ce ne soit le hameau qui ait pris le nom de ses habitants...). On différenciait ainsi chaque famille en fonction de son hameau de résidence. Ce qui ne veut pas dire que toutes les personnes portant un même patronyme étaient forcément proches parents...  
Les patronymes issus de métiers sont faciles à identifier. On trouve ainsi des Sartori, Muratori ou Ferrali dont on devine aisément la signification. Mais là encore, l'ancêtre éponyme n'est pas forcément un seul individu. Il peut s'agir en effet d'un clan entier, soit de toute une famille exerçant une même profession. Si les patronymes se transmettent traditionnellement de père en fils, on peut observer malgré tout quelques exceptions qui risquent fortement d'embrouiller le chercheur : les changements de patronymes...  
Tout d'abord, on trouve en Corse, et ce jusqu'au début du 19ème siècle, des changements de patronymes au fil des actes. Il s'agit parfois d'hésitation dans la fixation d'un patronyme d'une famille étrangère à une commune : une famille sera parfois identifiée par son véritable patronyme et parfois par celui de sa commune d'origine, et ce jusqu'à ce que l'usage finisse par trancher.  
On trouve également le cas des individus mâles qui transmettent le patronyme de leur mère. Dans ce cas, plusieurs possibilités s'offrent à nous : soit le père de cet individu est décédé très jeune et le patronyme de sa mère s'est substitué tout naturellement, par usage, à celui de son époux (on peut penser qu'après son veuvage, elle soit retournée vivre avec ses enfants dans son propre clan familial), soit le père était étranger au village et a perdu son patronyme -si toutefois il en avait un- en s'intégrant au clan familial de son épouse.  
On observe également le cas d'individus qui ont suffisamment marqué la mémoire d'un village pour que leur patronyme s'étende aux cousins, beaux-frères ou neveux.

Enfin, il existe des changements brutaux de patronymes dans des familles ayant pourtant déjà le leur. Il s'agit bien souvent d'une façon de différencier plusieurs branches d'une même famille devenue trop nombreuse et dont les individus deviennent donc difficilement identifiables, en créant de nouveaux patronymes au sein même de cette famille. Ou simplement de la propre volonté d'une branche d'une famille de se différencier du reste du clan. Ainsi, on trouve des individus qui ajoutent à leur nom celui de leur mère, créant ainsi des noms composés.
 

Alors que l’on arrête de dire que tous les porteurs d’un même patronyme ont tous le même berceau, c’est parfois vrai mais souvent une affirmation sans fondement. Quant au cousin Machin-Etrusque-Chouette, qu’il vienne me voir, je lui dirai comment je m’appelle.

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 21 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Ironique

Moi, c’est Youki et j’ai trois ans. Youki, épagneul bretonnant par ma mère. Mon père reste un mystère. Probablement un frisé aux oreilles dressées vu mes bouclettes et mon oreille droite. La gauche, c’est celle de ma mère. Tombante et frémissante. J’ai également hérité de ma mère l’art de l’arrêt. Mes arrêts sur les mouches sont une pure merveille et d’une efficacité absolue. Aucune ne me résiste. J’observe d’ailleurs le même don chez mon humain quand une humaine traverse son champ de vision. Serions-nous cousins ? Enfin, mes humains sont des gens sympas, un peu encombrants mais sympas.

 

Le matin, c’est mon humaine qui me réveille. Elle m’extrait du canapé avec douceur en me disant invariablement « Qu’est-ce que tu fais là ? Si ton père te voyait ! Descend tout de suite ! ». Mon père ! Comment connaîtrait-elle mon père ? Je sais très bien qu’elle cherche simplement à me faire peur. Or, cela me laisse de marbre. Mais je descends. Il est hors de question que je contrarie celle qui est rattachée aux mains qui ouvrent mes boîtes de Canigou. Je descends, je m’étire, je fais quelques pas et je me recouche sur le tapis du salon jusqu’à ce que mon humain claironne « Allez Youki ! Au pissou ! ». J’ignore ce qu’est le « pissou » pour un humain mais il est en tout cas un sésame qui m’ouvre la porte d’entrée. J’adore ce moment où les odeurs de la nuit sont encore suspendues aux lauriers roses et aux enjoliveurs des voitures de la résidence. Parfois je croise Nounouche, la petite cocker golden prétentieuse du second, promenant son humaine au bout d’une laisse. Elle n’a pas l’air de vouloir avancer car Nounouche la tire de toutes ses forces, les oreilles balayant le sol et laissant derrière elle deux traînées sur le gravier du parking. Si je dis que Nounouche est prétentieuse, c’est que lorsque je l’approche pour renifler les nouveautés du jour, elle me montre systématiquement les crocs en me tançant d’un regard biaiseur. Je préfère Pèpète la caniche blanche. Elle, au moins, elle ne dit rien vu qu’elle promène son pouic coincé entre ses dents.

Je fais ensuite ma tournée d’odeurs et lève la patte sur chacune d’entre elles. J’aime bien quand ça sent le moi. Ça me rassure.

 

Lorsque j’entends siffler, je dois rentrer. Et même si je traînerais bien encore dans le quartier, j’obtempère. La seule fois où j’ai ignoré le sifflement de mon humain, cela m’a valut la honte de ma vie. Je l’ai entendu arriver derrière moi mais j’ai gardé la truffe collée au pied du réverbère, genre décontracté. Ulysse, le berger allemand du bâtiment D23 promenait son humain en laisse à deux pas de moi et je le faisais bisquer en lui montrant bien que je pouvais renifler à loisir, sans laisse et sans humain à traîner. Et là, vous savez ce qu’il a dit mon humain, juste devant l’autre qui, évidemment, me regardait à ce moment-là ? Il a dit : « Espèce de bâtard, tu vas rentrer ? » Espèce de bâtard… Le mot qui fâche… Le mot qui fait rire les Rintintin à pedigree… Moi l’épagneul bretonnant de l’oreille gauche… Je suis rentré mais une fois à la maison, je lui ai planqué sa basket droite sous le buffet de la cuisine et je suis allé me coucher l’air détaché dans mon panier. Voilà. Fallait pas m’appeler « bâtard » devant le Ulysse des Monts Fleuris de Jouvence, champion de beauté du Périgord. Quelle truffe.

 

S’ensuit une longue journée de farniente pendant laquelle mes humains partent au « sois-sage-on-va-gagner-ta-gamelle-et-ne-grimpe-pas-sur-le-canapé ». Je passe alors du fauteuil au canapé puis du lit au fauteuil et je recommence. Quand j’entends le cliquetis de la clef dans la serrure, je détale vers mon panier où je fais semblant de dormir. C’est l’heure où il est hors de question de contrarier qui que ce soit vu que mon repas arrivera dans le quart d’heure qui suivra. Je leur montre d’ailleurs avec effusion que je suis ravi de les voir, poussant le vice jusqu’à aller chercher leurs chaussons l’un après l’autre. Juste après le « pissou » qui ouvre la porte d’entrée et mon inspection d’odeurs autour de l’immeuble, je rentre au premier sifflet. Ma gamelle est là et elle m’attend. Ça creuse, le reniflage.

 

Un chien de passage invité chez les humains du dernier étage m’a dit un jour qu’il vivait à la campagne, rongeait des os et poursuivait du gibier.  Il y en a qui n’ont vraiment pas de chance. Une vie sans canapé, comment est-ce possible ? Et puis d’abord, c’est quoi du « gibier » ? Et la « campagne » ? Pour l’os, je sais, mon pouic en a la forme…


Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 20 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Dans mon article du 3 janvier dernier, « Quoi de neuf pour 2008 ? », j’avais effleuré le projet lancé par Handi 20 de mobiliser les auteurs de Corsica Polar dans le but d’éditer un recueil de nouvelles « polars ». Ce projet devant aboutir sur une récolte de fonds destinés à l’acquisition de matériel adapté aux personnes handicapées.
 

Depuis, ce projet prend forme et se précise. Les uns et les autres s’investissent à « donf les manettes » et le résultat, alors que le projet n’est lancé que depuis décembre, en est déjà à un stade bien avancé. Comme quoi, quand on veut, on peut. L’appel lancé par Fabrice Albertini, président d'Handi 20 a été entendu puisque 21 auteurs se sont engagés à offrir un peu de leur univers noir :


Fabrice Albertini, Pierre-Paul Battesti, Denis Blémont-Cerli, Jérôme Camilly, Jean -Paul Ceccaldi, Marie-Hélène Ferrari, Claude Ferrieux, Michel Jacquet, Okuba Kentaro, Elisabeth Milleliri, Jacques Mondoloni, Jean-Pierre Orsi, Ugo Pandolfi, Jean-Pierre Petit, Danièle Piani, Jean-Michel Raffalli, Martine Rousset,  Jean-Pierre Santini, Arlette Shleifer, Jeanne Tomasini et Jean-Louis Vassallucci. Ajoutons à cette liste un 22ème auteur : un certain Guy de Maupassant…
 

La plupart ont déjà remis leurs textes. Il ne reste à ceux qui ne l’ont pas encore fait que deux semaines pour préméditer leur crime. Ça, c’était juste pour leur mettre la pression… Facile de mettre la pression quand sa propre nouvelle attend sagement dans les colonnes de son blog depuis déjà longtemps…
 


Quant au titre, ce sera vraisemblablement : « Noirs de Corse – Piccule Fictions ».

 

Le tout devrait paraître en juillet prochain. Les souscriptions sont d'ores et déjà ouvertes.

 

Et en pensant tendrement à toutes les Zab du monde (cf.  Lettre à une amie), je croise les doigts pour que Noirs de Corse  soient 21  bonnes raisons d’être comme tout le monde.

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 19 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Videz nos sacs et vous saurez qui nous sommes. Chacune d’entre nous possède un sac, cette « chose » dans laquelle nous transportons notre vie. A chacune le sien. Petit ou grand, à dos ou à main, je crois bien que celui qui y plonge son nez sait à qui il a affaire.

 

Attention, ne croyez surtout pas que notre sac contient de l’inutile. Pas du tout… Le mien est très fonctionnel par exemple. Tout est utile. Pas nécessairement utilisé mais utile… Là, je vous entends marmonner, curieux et presque agacés : « Elle va nous le dire ce qu’elle a dans son sac au lieu de philosopher dans le vide ? ». Eh bien oui, je vais vous le dire.

 

Je passe sur les classiques du style carte bancaire, carte Vitale, papiers d’identité en tout genre, agenda et porte-monnaie qui sont le tronc commun de tous les sacs. Le mien, hormis ces classiques incontournables, renferme des accessoires dont pour rien au monde je ne pourrais me séparer.

Tout d’abord, mon appareil photo numérique. Par bonheur, il ne s’agit plus de ces appareils photographiques sur pied desquels sortait un petit oiseau mais d’un appareil de taille raisonnable. Bien évidemment, je transporte également deux piles de rechange (en plus des deux insérées) et son cordon ombilical des fois qu’une urgence m’oblige à retoucher une photo sur un ordinateur de passage avant d’être rentrée à la maison (cela n’est jamais arrivé mais on ne sait jamais).

Ensuite, on y trouve non pas un carnet de notes mais deux. Le second ne servira que lorsque le premier sera entièrement noirci d’idées vagabondes surgissant sans prévenir.

Après cela, vous avez la bobine de fil et l’aiguille (au cas où toujours et encore), les clefs importantes (bien que l’importance de certaines d’entre elles m’ait totalement échappé aujourd’hui et que j’ignore complètement quelle serrure elles peuvent bien ouvrir…), deux stylos (on double toujours les stylos en supposant que l’un peut être défaillant), une clé USB (mon deuxième cerveau) et enfin, symbole des symboles féminins, une lime à ongle.

 

Je me suis toujours demandé comment les hommes pouvaient vivre sans sac à main. Comment font-ils donc ? Mais oui, suis-je bête, ils se servent dans celui de leur moitié. Et en plus ils rouspètent… Quant à ceux sans moitié, peut-être possèdent-ils un « baise-en-ville » ? Mais alors, que peuvent-ils bien y mettre ?

  

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 18 janvier 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Tendre

Deux regards se croisent, s’intéressent. Une émotion court alors sur un fil imperceptible, s’étirant en fines gouttelettes étonnées. Attirance de quatre yeux le temps d’une fraction de seconde pendant laquelle le monde n’existe plus. Juste les yeux de l’autre dans lesquels chacun décèle un je-ne-sais-quoi, un quelque chose, un peut-être. Regard fugace inoubliable parce qu’intense. Trouble indicible. Mise à nu de chacun. Puis le monde se redessine tout autour d’eux et existe à nouveau. L’instant est passé et seul son souvenir leur appartient.

 

Un regard de détresse qui vous accroche. Lorsque les yeux resteront baissés, il sera trop tard. L’abandon aura absorbé l’énergie chétive qu’il restait à l’appel. Cette âme au regard perdu sera encore là mais elle aura renoncé.

 

Regard inquisiteur parfois gênant, qui cherche et qui creuse l’autre. Regard acéré qui entaille et dérange. Regard interrogateur et affamé qui attend d’être rassasié. Les yeux chargés de questions hèlent l’autre, figés et arrondis par l’expectative de laquelle ils veulent s’échapper.  Regard amusé et plissé, sans rien attendre sinon de l’être souvent. Regard haineux qui, par son intensité, croit détruire ou effacer l’autre. Regard vissant. Regard fuyant qui s’échappe sans affronter, sans transmettre. Par crainte ou par mépris.

 

Regard virgule, regard apostrophe, regard exclamation, regard interrogation, regard suspension. Regards ponctuant qui en disent long sans un mot. Regards que nous tentons de décrire en vain. Regards dont l’incommensurabilité échappe à la plume.

  

 

Copyright © 2008 Martine Rousset