iBLOG précédent iBLOG suivant



Ma photo
Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, quand ça lui chante, à 7 heures 53, plus tôt ou plus tard, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ourse, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
Trafic
Noter ce blog :
1 5
4684 connectés
147269 visiteurs
Tribune libre
Nina : Elle est dvenue clodo! vous le saviez,mais ou est-elle?
Nina : Elle est dvenue clodo! vous le saviez,mais ou est-elle?
tassuad : ce jour là j'étais à Santa Reparata di Balagna dans la salle communale où un orchestre jouait , j'ai sorti mon harmo et je fus accepté illico
Le Doc : Va être épuisée la danseuse,elle est en transe depuis le 24 mai!
Cigale : Ben ca lui chante pas souvent à 7H53
Nostalgie : Pourquoi nous priver de tous ces jolis textes nous sommes orphelins de ce blog. Tristes aussi. Amitiès
TASSUAD : AVEC DE LA CHANTILLY MAISON
Owlette : Dessert: 2 tartes..2!
Roger : Mais quelle surprise,pourqu oi ne pas parler de moi, je le vaut bien
MARTINE : Ifrance ne veut pas de moi ! Et zut... Je hais la technique...
Acrostiche : Nous souhaitons ta présence.Se souvenir c'est bien mais lire c'est mieux REVIENS
Acrostiche : Rine que de temps en temps.Etpour nous faire plaisir.Viens nous distraire.Inven tes,tu sais si bien le faire.Emportes nous dans tes contes.
Un ami : Si tu pleures trop parceque tu as perdu ton soleil,tes larmes t'empêcheront de voir les étoiles.
Le blog : C'est le desert total, je suis désespéré, je commence une dépréssion.
C'est Nous : Pourquoi nous laisser tomber?
Roger Nina : Nous restons sur le tapis? Ben zut alors!
Roger Nina : Nous restons sur le tapis? Ben zut alors!
Nostalgie : Comme ce blog manque! 2 fois par semaine c'est trop demander?
tassuad : je l'ai vu en concert il y a longtemps un bonheur !!!
micorne : Barbara, un vrai bonheur merci Martine
Owlette : Sublime Barbara! Vive les 100000
3 connecté : pour quoi? ils attendent le passage des coureurs ? dopés
connecté : 6 connectés ? circulez ya rien à voir
Le Blog : He alors Martine ? Et moi, suis toujours là, j'ai faim, donnes moi des mots svp.
tassuad : le blog est mort ! vive le blog !
Ouf : Il était temps!
Kikéla : chouette la blogueuese.Quel le bonne surprise . youpi tralala
tassuad : digne? dingue? tong?
Enfin : Le retour. Sonnes les Martines !
Owlette : tout, blog et carabistouilles confondus
Mon calendrier
< Nov. 2009  
L M M J V S D
      1
2345678
9101112131415
16171819202122
23242526272829
30      
Contactez-moi
Mail :
MSN :
Agrégateurs RSS
bloglines
google
netvibes
newsburst
newsgator
pluck
yahoo
Publié le Dimanche 24 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Au secours !

Malheureusement, tout ce qui suit ne sort pas de mon imagination… Du « vécu », comme on dit…

 

- Tu as fait tes devoirs Roudoudou ?

- Et voilà, tu casses l’ambiance…

- Tu viens de t’éclater pour une semaine de vacances sur le continent, tu es en seconde, tes résultats du premier trimestre sont en dessous des pâquerettes, tu veux faire une première scientifique, donc, à quatre jours de la rentrée, commence tes devoirs.

Roudoudou dévale en soufflant les escaliers qui mènent à sa chambre et j’entends après 3 minutes 48 secondes chrono :

- Ça y’est ! J’ai commencé. Je continuerai demain.

Pause.

- Je peux aller sur MSN ?

Mon sang, sans pause, ne fait qu’un tour. La notion de commencement chez un ado se résume donc à l’ouverture de son sac de cours.

- Amène-moi ton agenda.

Il dévale –un peu moins vite- les escaliers, perd un peu de temps à je-ne-sais-quoi (mais je ne vais pas tarder à le savoir…) dans sa tanière et revient en me présentant son agenda.

 

En noir est écrit à la page du lundi, jour de la rentrée : Maths, exercices 19, 20 et 21 page 123. En bleu, est écrit à la hâte le mot « Facultatif ».

Il s’imagine que je suis née de la dernière pluie… Et justement, l’orage gronde…

- Parfait. Ils sont facultatifs mais tu vas les faire. Cela ne te fera pas de mal, tu ne crois pas ?

- Tu m’as acheté mon cahier pour les maths ? Le mien est terminé.

- Non, j’ai oublié, c’est vrai. Mais nous l’achèterons demain. En attendant, cela ne t’empêche pas de faire l’exercice sur une feuille volante.

- Mais c’est F-A-C-U-L-T-A-T-I-F ! C’est écrit là !

Et pour me le prouver il appuie sur le mot avec son index qui en devient blanc sous la pression.

- Allez, au boulot mon fils. Pense qu’il te faut remonter ta moyenne pour la première scientifique.

- De tout façon, j’ai changé d’avis. Tous ceux que je connais qui sont en première scientifique ont des mauvaises notes. Je veux plus faire scientifique.

Voilà autre chose…

- On verra ça en temps et en heure. Va faire tes maths.

Il dévale pour la troisième fois les escaliers mais cette fois-ci en bougonnant.

Deux minutes vingt-huit passent.

Je l’entends crier d’en bas.

- Tu sais pas où il est mon livre de maths ?

 

Ben non… Ce n’est pas le genre de bouquin que j’ai envie de lire pour me détendre…

Encore une minute vingt-cinq.

- Je sais pas où il est !

- Cherche.

- Je l’ai oublié à l’internat.

Je me pince inutilement mais on ne sait jamais…

- Appelle un copain alors.

- Je vais demander à un collègue de classe sur MSN.

Une vague lueur brille alors dans ses yeux. Il croit la cacher mais en mère avertie, je l’aperçois.

- Ok. Mais tu as cinq minutes devant toi. Pas une de plus.

Il semble désespéré mais il sait qu’il n’a pas le choix. Sa mère est une arapède pour ce genre de choses… Je lui cède l’ordinateur pour le temps imparti.

Cinq minutes plus tard.

- C’est pas possible. Y’a des schémas.

- Demande à ce qu’on te scanne la page et qu’on te l’envoie par courriel !

- Personne n’a de scanner.

- Toutes les imprimantes sont équipées d’un scan aujourd’hui.

- Personne n’a d’imprimante.

- Tu as au moins une dizaine de copains et de copines de classe dans tes contacts ! Enfin ! Il y en a bien un ou une qui a un scanner ?

- Non, ils ont tous des portables.

- Et quand on a un portable, on n’a pas de scanner ?

- Non.

- Pourquoi ?

- J’en sais rien, c’est comme ça.

 

Pendant que je réfléchis à la façon dont je vais gérer la situation, il en profite pour descendre dans la cuisine. Je l’entends, tout guilleret, chanter à tue-tête et ouvrir les placards. Ça creuse l’appétit tout ça…

 

J’ai réfléchis et je le rejoins. Mais avant de lui interdire l'accès à l'ordinateur jusqu'à la reprise des cours, je tente une dernière fois :

- Tu ne veux même pas essayer de joindre un copain de classe par téléphone ?
- Leur téléphone passe pas chez eux. 


L'interdiction est donc tombée. Il ne chante plus mais il encaisse la punition dignement, la tête haute et un paquet de gâteaux à la main.

Y aurait-il une once de mauvaise foi enfouie au fin fond de mon ado ? Ooooh… Ôtons vite de mon esprit cette vile pensée digne d’une mauvaise mère qui ne fait que mettre la pression à un pauvre gamin qui fait tout son possible pour réussir sa première année de lycée…

 

Je dois être au-dessous de tout, ou perdue à mille lieue au-dessus de quelque part entre nulle part et ailleurs… Pour me remonter le moral, je me dis que nous sommes probablement des milliers de parents d’ados perdus au même endroit…



Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le Samedi 23 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante
Ainsi s’achève la saga des Valentin. Je reprends donc les commandes en ce jour de Saint-Lazare, triste jour d’anniversaire pour moi mais dans lequel je ne plongerai pas. Il y a des milliers d’autres choses à faire que de se morfondre.  

J’ai beaucoup aimé ces instants de synergie par l’écriture grâce à vos Valentin et j’espère sincèrement que vous aussi. D’autant plus que pendant ce temps, je me suis roulé les pouces !… Parmi les auteurs de ces Valentinades, la plupart n’avaient jamais exposé publiquement leurs écrits. Qu’ils soient remerciés ici de leur audace. J’ose imaginer qu’ils y ont pris du plaisir. « Osons ! » disais-je un jour ici…

A Difrade, Owlette, Diogène, Le Mat, Omar Mollat, Micorne et Ugo, merci d’être rentrés dans l’un de ces jeux totalement inutiles dont je me délecte. Le jeu des mots. De toute façon, ici, nous sommes là pour ça. Ce blog étant un lieu d’inutilité publique, nous n’avons pas la prétention de refaire le monde mais juste d’édulcorer le nôtre.
 

Et pendant que vos textes s’égrenaient gaiement dans le gris et le bleu de ces colonnes, qu’ai-je fait hormis me rouler les pouces ? Eh bien… J’ai fait mes adieux à la fameuse petit voiture bordeaux qui avait fait de la figuration dans « Bienvenue au village ». Je vous fais grâce des détails mécaniques mais sachez simplement qu’elle a opté pour une retraite anticipée sans demander son reste ni mon avis. 

Elle m’a lâchée au bord d’une route sinueuse quasiment déserte, sans prévenir. Pas même un petit mot laissé sur le tableau de bord pour me dire qu’elle ressentait quelque fatigue, ni même un appel de phare ou un clignement de warning. Rien ! Après dix ans de vie commune ! Elle n’a même pas eu la délicatesse de me laisser en un lieu plus fréquenté ou mieux encore, devant un arrêt de bus. Cela aurait été la moindre des choses… Pire encore, elle a choisi un endroit où les téléphones portables ne passent pas, me laissant seule, abandonnée, livrée à moi-même dans cette jungle hostile où je n’apercevais, derrière un énorme châtaignier, que la crinière d’un vieux lion solitaire qui guettait son dîner. Ok, on oublie la jungle et le lion…
 

Alors, quand j’ai entendu, au loin, le vrombissement d’un moteur de voiture, je me suis postée au milieu de la route, les bras en croix. Dès qu’elle s’est approchée, je me suis jetée sur le capot et le nez écrasé sur le pare-brise, j’ai supplié les deux occupants de ne pas me laisser mourir de faim, de peur (à cause du lion) et de froid. Le jeune couple qui essayait sa voiture nouvellement acquise (je l’ai su ensuite) a bien entendu été fort ému par cette pauvre fille en perdition, son chapeau beige enfoncé jusqu’aux yeux tant il faisait froid.

Leur véhicule ne possédant que deux portes, la jeune femme s’est assise à l’arrière et m’a laissé la place à l’avant. Mais j’avais un souci : mon sac poubelle. Non, je ne pouvais pas le laisser dans ma voiture (pourquoi ? je n’en sais rien. Une idée idiote qui est passée sous mon chapeau). Je les ai donc fait patienter le temps de récupérer mon gros sac noir soigneusement fermé par un lien rouge noué avec une superbe boucle. Ils m’ont regardée faire sans rien dire. Je me suis installée dans le véhicule de mes sauveurs, j’ai posé le sac sur mes genoux et j’ai lancé au chauffeur : « C’est bon, on y va ! ». Il a obtempéré en silence, jetant juste un regard perplexe à sa compagne par le biais du rétroviseur.

Droite comme un « i », j’ai alors regardé attentivement la route par le petit espace qu’il restait entre le bord de mon chapeau et le sac poubelle. « J’ai l’air con » ai-je soudain déclaré après avoir évalué le tableau. Pas de réponse. Qui ne dit rien consent probablement… Quelques kilomètres plus loin, un container en bord de route a accueilli mon fardeau. Le couple semblait soulagé. C’est seulement à cet instant-là qu’ils m’ont raconté qu’ils venaient d’acquérir leur voiture et qu’ils avaient décidé de l’essayer agréablement en s’octroyant une journée en touristes.
 

Lorsque nous nous sommes retrouvés à une intersection, un choix était à faire. A droite, nous aboutissions à la nationale après une petite dizaine de kilomètres. A gauche, nous arrivions au même endroit mais vingt kilomètres plus tard et  de plus, par une petite route en très mauvais état. Malgré les panneaux qui indiquaient les différents kilométrages, il allait prendre à gauche… J’ai hurlé « Nooooon ! A droiiiiite ! » Il a obéi par un brusque coup de volant. Une atmosphère de plomb s’est soudain installée à l’arrière. Se sont enchaînées cinq minutes d’un silence pesant. Puis d’une toute petite voix dont l’intonation se confondait en excuses, il s’est adressé à la jeune femme :
- Nous reviendrons, ne t’inquiète pas…
- Tu m’avais promis…
- Un problème ? Ai-je alors demandé.
- Non non… Enfin… elle voulait absolument prendre l’autre route parce qu’il paraît que la vue est magnifique. C’est même pour cela que nous étions dans les parages…
« Mouais, me suis-je dit, c’est beau mais c’est long… Il est tard… On m’attend… »
- Oh, leur ai-je dit, je suis désolée ! Mais vous savez, si vous tombez en panne sur cette route, vous ne trouverez pas grand monde…
- On vient de l’acheter notre voiture ! Elle est en super état ! S’est indigné le conducteur.
A bout d’arguments, j'ai simplement ponctué par un sarcastique : « on ne sait jamais ». Re-silence.

Et enfin, nous sommes arrivés à la nationale. Un kilomètre plus loin, ils allaient pouvoir se débarrasser de moi. Il s'est arrêté au carrefour, a mis son clignotant et attendit de pouvoir se glisser entre deux voitures.
- Vous devriez mettre votre ceinture, leur ai-je alors gentiment fait remarquer en attachant la mienne alors qu'il n'avait pas encore redémarré.
Aucune réaction de leur part et rere-silence. Puis, toujours au carrefour, après s'être mis finalement au point mort, il rompit enfin le rere-silence  : « Tu conduis chérie ? »
Cette petite phrase anodine me saisit d’effroi :
- Vous n’avez pas votre permis de conduire ?!!!!
- Mais si, il l'a ! Ne vous inquiétez pas ! Nous sommes assurés aussi et ce n'est pas une voiture volée, me répond une petite voix agacée à l’arrière, il voulait simplement que j’essaie la voiture. Non chéri, je conduirai une autre fois. On rentre.

Suis-je bête…
 

Ils m’ont déposée quelques minutes plus loin en pays civilisé, là où les lions ne vont pas. Je les ai chaleureusement remerciés. Ils étaient tellement pressés de repartir que la dame n’a même pas pris le temps de repasser à l’avant.

Et là, en traversant la nationale à pied, mon chapeau enfoncé sur la tête, j'ai soudain réalisé que j’avais laissé une tronçonneuse et un gros bidon d’essence  dans le coffre de ma voiture. Pourvu qu’on ne me les fauche pas. Pourtant, il y avait de la place à côté de la dame. Zut.
 

 
  
Copyright © 2008 Martine Rousset
  

Publié le Vendredi 22 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

Valentin est un gentil garçon. Licencié de son poste de comptable depuis quelques semaines pour des raisons économiques, il cherche un nouvel emploi. Il envoie des curriculum vitae, décroche quelques entretiens et reçoit autant de lettres lui annonçant que « votre candidature a fait l’objet de toute notre attention mais nous avons le regret de… ». Car à cinquante-deux ans, chercher un emploi, c’est comme faire un marathon avec des semelles de plomb… On ne gagne pas et on s’essouffle pour rien…

 

Quant à Yvette, son épouse, elle a le vent en poupe. Sa passion pour la cuisine gastronomique l’a incitée à créer sa petite société de traiteur à domicile, il y a de cela quatre ans. Elle passe ses journées à cuisiner des mets somptueux dans sa cuisine totalement réaménagée. Tout ce qui sort des fourneaux d’Yvette n’est pas seulement bon mais est aussi artistiquement présenté et nommé. Médaillon céleste de petits légumes, Bouchée divine de la mer sur son lit de cresson, Fondant paradisiaque aux deux chocolats sur sa mousse framboisée…  C’est ce qui a d’ailleurs fait le succès de sa petite entreprise. Parmi sa clientèle, elle compte des médecins, des avocats, des personnalités politiques et même quelques stars. C’est Quentin, un jeune homme qu’elle vient d’embaucher, qui s’occupe de la livraison.

 

La cuisine d’Yvette, ce sont des odeurs envoûtantes, des effluves tièdes et sucrées, des exhalaisons raffinées, des saveurs délicates, des mélanges époustouflants d’épices, des coulis flamboyants, des sauces subtiles… Et tout cela au nez et à la vue de Valentin, chômeur de son état…

 

Et depuis que Valentin ne travaille plus, entre deux entretiens d’embauche stériles, il goûte et se régale. Mais déjà enrobé par vingt années de bonne cuisine, Valentin s’arrondit encore. Ce qui, bien entendu, n’échappe pas à l’œil de lynx d’Yvette :

 

- Dis, mon écrevisse, tu es en train de virer à la langouste…

 

Mais la crevette en phase d’épanouissement ne résiste pas… Goûter et encore goûter jusqu’à se lever la nuit en catimini pour satisfaire ses papilles déchaînées.

 

Après un mois de dégustation intempestive, il avait pris dix kilos, au bout de deux, sa balance en affichait encore dix de plus… Yvette durcit alors le ton :

 

- Valentin ! Encore quelques temps, et je vais être mariée à une baleine ! Non ! J’ai épousé une crevette, je veux bien qu’elle soit devenue écrevisse mais arrête-toi là. J’aime pas les gros.

- Oh ma douceur ! Pour toi, je le ferai. Tu as raison, à partir de lundi, carottes râpées et œufs durs.

- Pourquoi lundi ?

- Euh… Je n’en sais rien. On commence toujours un lundi non ?

Yvette hésita un instant, sa cuillère de bois en suspend au-dessus de la casserole dans laquelle frémissait une sauce onctueuse aux échalotes :

- Non, aujourd’hui.

C’était sans appel.

 

Cependant, après quelques repas allégés que Valentin fut contraint d’avaler sans la moindre envie, Yvette surprit son mari, à deux heures du matin, caché dans la petite réserve attenant à la cuisine où se trouvaient un immense congélateur et de grandes étagères surchargées de bocaux soigneusement étiquetés, préparations destinées à sa clientèle. Il était si concentré sur la barquette de caviar d’aubergines décongelé au four à micro-ondes qu’il ne l’entendit pas arriver. Le « Tu l’auras voulu ! » d’Yvette le fit sursauter. Une miette d’aubergine glissant sur le menton, il bredouilla quelques excuses et penaud, retourna se coucher.

 

La réaction d’Yvette ne se fit pas attendre. Elle était plutôt du genre à prendre le taureau par les cornes la Yvette… et deux jours plus tard, un maçon réduisait l’encadrement de la porte de moitié !… Seule Yvette pouvait encore y passer…

 

Quant à Valentin, après avoir usé de stratagèmes invraisemblables dignes de Mac Gyver pour tenter d’attraper quelques victuailles sur les étagères inaccessibles de l’extérieur (il a même essayé l’aspirateur…), il finit par se résoudre à se serrer la ceinture. Et forcément, il se mit à maigrir… Mais il était encore loin de pouvoir passer par l’ouverture étroite de la réserve…

 

Et puis voilà. Yvette reçut ce fameux coup de téléphone qui devait changer sa vie. Un critique culinaire invité chez un de ses clients et qui s’extasia sur la qualité du repas… Le bouche à oreille… Ce grand chef étoilé qui s’intéressa à elle mais qui lui demanda de parfaire son art dans quelques cuisines asiatiques et orientales à l’étranger avant de rentrer dans ses rangs avec un salaire mirobolant… Trois petits mois de stages… La chance de sa vie. A saisir immédiatement ou à oublier pour toujours…

 

Et elle fonça… Elle prit le risque de « prêter » sa clientèle à son principal concurrent moyennant un pourcentage non négligeable, elle casa Quentin, son livreur, chez le pizzaïolo du coin, elle remplit les placards de la cuisine de plats cuisinés « Minceur », elle fit ses bagages, embrassa tendrement son Valentin et s’envola vers son destin.

 

Valentin n’eut donc d’autre choix que de se nourrir de plats qu'il jugea fades et insipides en lorgnant le congélateur et les bocaux qui le narguaient de l'autre côté de la porte étroite. Mais le jeu en valait la chandelle… C’est en tout cas ce dont il était persuadé, les yeux rivés à cette caverne d’Ali Baba (au rhum)… Il lui fallait maigrir… Aucun doute là-dessus même si la raison pour laquelle il devait le faire était différente de celle d’Yvette…

 

Et au trentième matin d’absence d’Yvette, enfin, après dix minutes de contorsion, il y parvint… Il se précipita sur les bocaux, s’installa à même le sol et s’en délecta. Le ventre alors trop tendu, il dût attendre le lendemain pour sortir… Et c’est là qu’il s’organisa : téléphone mobile, chargeur, sac de couchage, le pot de chambre gardé en souvenir de sa grand-mère, le four d’appoint remisé dans le garage, assiettes, couverts, bouquins.

 

Les jours et les nuits passèrent. Le congélateur se vida, les étagères s’allégèrent. Quant à Valentin, il se remplit et s’alourdit…


                                                        
v 

Yvette revint, trois mois de stages plus tard, fort inquiète de la voix étrange que Valentin avait au téléphone depuis quelques temps. « Il déprime, avait-elle pensé, il ne trouve pas de travail et ça lui donne du vague à l’âme… Ma pauvre écrevisse… Il est vraiment temps que je rentre... »

 

Dès qu’elle pénétra dans la maison, elle fut saisie par une puanteur inouïe. « Valentin ! C’est moi ! Où es-tu ? ». Seul le silence répondit.

 

Il était là, assis dans la réserve, énorme et enroulé dans un duvet crasseux. Près de lui, au milieu des détritus, gisait son pantalon à présent trop petit. L’endroit était d’une saleté repoussante. L’odeur était insoutenable. Yvette était clouée sur place.

- Mais… mais… Qu’est-ce que tu fais là ? Bredouilla-t-elle. Et comment as-tu pu rentrer sans casser la porte ?

Elle n’y comprenait rien. Valentin,  totalement hébété, roulait des yeux vides en direction de la voix qui semblait s’adresser à lui. Il resta affalé sur le sol, sans un geste, le visage éteint.

 

Il fallut casser la cloison pour l’en faire sortir et quand les infirmiers vinrent le chercher, il se laissa faire mais à cet instant-là, il formula ses premiers mots depuis le retour de sa femme et les derniers de son existence :

 

- J’ai pas trop aimé la Papillote de veau sauce fine au foie gras et morilles. Un soupçon trop gras…


                                                                                             v 

Personne ne sut jamais vraiment comment Valentin avait pu accéder à la réserve de sa divine cuisinière d’épouse. Comment imaginer qu’il avait été capable de tenir un régime par gourmandise ?

La gourmandise de Valentin était passée à l’obsession en prenant le chemin de la folie, sentier escarpé où les plus fragiles trébuchent.





 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le Jeudi 21 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Les premiers morts passèrent d’autant plus facilement inaperçus qu’il n’y avait pas de rapport géographique entre eux. L’un avait été fauché par une voiture, une nuit, à Aubagne. Le deuxième, une femme, avait été retrouvé étouffé dans une galerie de peinture à Paris. Le troisième, à Marseille, s’était noyé bizarre, à la Saint Valentin. Le quatrième, une femme encore, avait eu un dialogue fatal, un soir, à la sortie d’un collège, en Corse du sud, après une réunion avec des parents d’élèves. Le cinquième n’était jamais revenu d’une sortie à ski dans les Alpes. Le sixième, lui, était mort naturellement. Le cœur avait lâché, après une grande frayeur, lors d’un voyage en Amérique du sud. Les quatre suivants, pareil, disparurent ici et là sans faire de vague. C’est le onzième qui commença à faire désordre. Il tomba du ferry entre Nice et Bastia, un soir au printemps. Deux témoins qui, avant la chute, avaient vu comme une ombre, peut-être une dispute, une vague querelle, mirent martel en tête aux enquêteurs. L’un d’eux, grand amateur de romans policiers, découvrit en effet que le malheureux passager était l’un des auteurs d’un recueil de nouvelles sur le thème du polar. Le bouquin avait été vendu en Corse au profit d’une association afin d’acheter du matériel adapté aux personnes handicapées. Très vite, les enquêteurs se rendirent compte que sur la liste des vingt-six auteurs de ce livre, onze avaient déjà disparu dans des circonstances suspectes. Il n’en fallut pas plus aux policiers pour imaginer un complot. Tous ces auteurs avaient plus d’un point en commun : un livre, une bonne action, la Corse et un méchant score de 26 à 11. Pour autant avant de serial-kylleriser l’histoire, il fallait au juge un peu plus de biscuits, même si, pour rire, le chef d’enquêtes avait baptisé son dossier les onze petits Maures.

Les biscuits arrivèrent avec l’été, parfaits, à pic comme des canistrelli à l’heure du café. Chaud devant : sept membres de la liste qui s’étaient donné rendez vous à Ajaccio à la terrasse d’un restaurant furent mitraillés en plein jour sur la place Foch. Pas un n’en réchappa. Un carnage. Les petits Maures faisaient une grande rivière en sang-tre ville. Du jamais vu. Même les mauvaises langues qui avaient répandu partout que tous ces auteurs de polars faisaient n’importe quoi pour faire parler d’eux, se disaient à présent que si c’était vraiment un plan média, la « com » tournait au massacre. Les autorités, elles, s’affolèrent sérieux : le parquet et la préfecture décidèrent illico de placer sous protection les huit derniers scripteurs de la noire insulaire. L’os, c’est que les auteurs s’étaient mis à broyer du noir. Ils troquaient leurs fauteuils à roulettes contre des véhicules blindés et les piles d’invendus contre des sacs de sable. Sur les huit que les flics cherchaient à protéger, deux avaient pris le maquis au fin fond du Cap corse ; l’une, réfugiée en plaine orientale, n’ouvrait même plus sa porte au facteur ; une autre qui vivait à Ajaccio s’était barricadée avec armes et bagages ; un cinquième, voyant arriver les gendarmes se blessa mortellement en tentant de s’échapper : il avait cru que les hommes du GIGN venaient lui voler son ADN. Les trois derniers furent retrouvés ivres morts dans une cave à vin : leur rouge de Sartène avait été empoisonné.

Au final, l’affaire se résumait en vingt-et-un homicides, un mort par accident et un genre total-confusion à l’atterrissage en bout de pas de piste. Le parquet se mangeait le code de procédure. Les meilleurs limiers de France étaient mis sur l’affaire. Les télévisions et les réseaux sur Internet ne parlaient plus que de la fatale série noire corse. Les politiques interpellèrent le gouvernement à l’assemblée. A gauche, à droite, à Matignon et même à l’Elysée, les 21 petits Maures alimentaient tous les débats. Les journaux se déchaînèrent. U troppu stroppia titra en première page un très sérieux quotidien parisien du soir en osant la langue vernaculaire.

Les flics, eux, se cognaient la tête contre le mur des hypothèses. Il y eut deux écoles et une nouvelle guerre des polices. Dans un camp, on planchait à roulettes sur la piste externe. Dans l’autre, on profilait psychologique en interne. Les premiers étaient persuadés que le tueur ou le cerveau des sicaires ne pouvait être qu’un lecteur mécontent, peut-être même une personne handicapée, déçue par le contenu des nouvelles, qui aurait décidé de se venger en éliminant les scripteurs des piccule fictions. Les seconds, au contraire, estimaient que l’assassin ne pouvait être qu’un auteur, un jaloux ou une jalouse dont la rivalité était le principal mobile. Les uns envisageaient sans vergogne des rafles inhumaines. Les plus hargneux, dans cette impasse, se réjouissaient même des nombreuses embûches que conservaient encore les avenues, les rues, les venelles et les trottoirs de nos cités. Les fuyards n’avaient aucune chance. Chez les partisans de la jalousie littéraire, les méthodes étaient moins brutales, mais on n’excluait pas non plus de sordides connivences. Un trop subtil chroniqueur d’une influente radio locale fut ainsi gardé à vue jusqu’aux limites des règles de la procédure pénale pour avoir préfacé le livre qui tuait tant. Selon les experts qui se livraient à l’analyse approfondie des textes, son avant-propos fournissait la clé de l’énigme : Quelques auteurs- avait écrit le malheureux- vont donc tuer pour nous et nous allons assister aux meurtres dans un fauteuil. Il ne fut relâché que lorsqu’il s’avéra que le Robert Dacier auquel il avait fait allusion, disposait d’un alibi en béton vu qu’il s’agissait d’un personnage de fiction et qu’il ne pouvait donc pas être un complice crédible.

Au fil des semaines, l’enquête s’enlisa, bête. L’affaire n’est pas prête d’être classée. Officiellement les recherches se poursuivent. Des sources policières laissent cependant entendre que toutes ressemblances avec des faits réels ne seraient que pure coïncidence. Mais là encore, il y a zizanie dans le panier à salades : des sources toutes aussi proches de l’enquête que les premières affirment que la réalité est toujours plus cruelle que la fiction.
 
© Ugo Pandolfi - janvier 2008
 


NDLB : Journaliste, Ugo Pandolfi est l'auteur de La Vendetta de Sherlock Holmes (Editions Little Big Man- Collection « Les voyageurs oubliés » - Paris - 2004 - ISBN : 2915557535). Son dernier ouvrage, Du texte clos à la menace infinie (Editions Eolia), est disponible en ligne (cf. Mes liens), tous les jeudis jusqu'en mai (le dénouement à l'époque des cerises !). Ugo est également l'un des principaux animateurs de Corsica Polar. Il nous livre ici en exclusivité une nouvelle qui paraîtra dans « Noirs de Corse – Piccule fictions ». Pour ceux qui n’ont pas encore entendu parler de cet ouvrage collectif qui paraîtra en juillet prochain, cliquez ici 
et pour souscrire, cliquez . 
Publié le Mercredi 20 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Péché capital  =  Transgression consciente et volontaire de la loi de Dieu. 
Là, ça commence très mal. Dieu a dit. Donc, si nous transgressons, il va nous punir. Fâcheux.

Mais à bien y regarder, selon quels critères un péché est-il capital ?
Dieu, d’accord. Plutôt ses représentants, les hommes (les humains).
 Je comprends que tout ce qui est fait en excès peut détruire.  Pour moi le seul péché capital est de faire du mal aux autres, volontairement. Parmi les péchés capitaux il y a les acceptables et ceux à rejeter complètement. 

Les acceptables :
 

La gourmandise, ça n’est pas si grave (sauf sur la balance).
Dans un joli salon de thé, une vitrine pleine de choux, éclairs, religieuses, Paris-Brest, qui peut y résister ? Le seul impératif c’est de n’y pas céder trop souvent. 

La luxure, entre personnes adultes et consentantes, là pas de problème.
C’est le plaisir, donc cela ne peut être contraire à la santé, morale et physique. Il suffit certainement d’éviter les Marquis de Sade et autres sombres excités. 

La paresse,  là encore c’est affaire de goût.
Qui peut dire de quelqu’un qu’il est paresseux ou paresseuse ? Certaines tâches nous rebutent, il est normal qu’on les
laisse pour des jours meilleurs. 

Ceux à rejeter complètement, ceux qui font du mal aux autres :
 

La colère, qui peut rendre ridicule, méchant. C’est une perte de contrôle de soi, partielle ou totale. Qui ne s’est vu, en voiture par exemple, vociférer et vouer aux gémonies
ces crétins qui n’avancent pas. Là on se sent parfaitement ridicule quand on y réfléchit. 

L’orgueil.  Ah l’orgueil !
Quelle puissance, quelle énergie peut pousser un être à se croire supérieur ? Non seulement à se croire supérieur, mais encore à le faire sentir aux autres. Que peut-il se passer dans un cerveau qui pousse à se pavaner tel un paon, faisant la roue, mentalement ? Je ne cherchais pas un exemple, mais ce matin au marché, j’étais tranquillement en train de papoter avec mon marchand de chinois (c’est une expression) quand est arrivée une personne, genre bourgeoise provinciale coincée (je ne pensais pas que ça existait encore),  laquelle sans bonjour s’est adressée au marchand : « Vous me garderez 10 nems, je les prendrai en revenant de la messe » (le tout avec accents circonflexes sur tous les mots). Comme si nous étions des êtres inférieurs. Dans ces cas-là je ne m’énerve pas, je fais un pas de côté, pour occulter la chose offensante et je continue la conversation comme si elle n’existait pas. Après son départ nous nous sommes regardés et nous avons éclaté de rire. Voilà pour moi un exemple type de l’orgueil. 

L’avarice, à part dans Molière, ça n’est pas fréquentable. On doit être tout rabougri, sans communications aucunes avec les autres. Ce doit être bien solitaire comme situation. Avec pour seule consolation sa chère cassette.
 

L’envie, convoitise du bonheur ou des biens des autres. Ce serait, par exemple, l’envie et la colère combinées qui pousseraient à brûler des voitures, à « caillasser » les pompiers qui viennent porter secours à vos voisins ? Non, là il y a aussi la haine.
 

Micorne  (ou doit-on signer Valentin ?)

(Texte : Micorne)


 


NDLB : Micorne vit dans un petit village du sud de la France qui porte un nom de fruit. Je la connais depuis… toujours… et elle compte beaucoup pour moi.