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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Rencart : A Porto Vecchio le 21 pour le solstice et NDC
Owlette : Zab c'est une ode a ton ode qu'il faut faire. L'amour est a chaque ligne. Merci!
Canard(e) : Ca sent l'Air Week end. Sévère, mais juste, la Martine. Mais tous les seniors ne se ressemblent pas, Princesse...
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1 policier : Je suis pas commissaire comme Flippi mais si Hugues se nomme Capet, il pourrait être le père d'Adrienne... mais on me demmandera pas mon avis...
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Tripoli : Trois monopolis
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Polisson : pratique l'érotisme
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Souricette : Babar c pas confortable une feuille viens me rejoindre avant l'automne!
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Publié le 27 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Ironique

J’ai beau m’être fait une raison sur le fait que les hommes sont si différents de nous qu’il ne nous faut pas forcément chercher à tout comprendre, ils continuent cependant à m’intriguer. Oh ! Pas de quoi fouetter un chat ! Cela n’occupe pas toutes mes pensées. Mais quand même, ils m’intriguent...

 

Notamment l’apparence de certains lorsqu’ils abordent l’âge mûr. J’ai dit « certains » ! Pas « tous » !

 

Leur chemise est entrouverte sur une moquette grisonnante, parfumée et parfaitement ordonnée, où chaque poil menace de faire éternuer l’énorme tête de Christ en or accrochée à une chaîne, en or également, et dont la taille des maillons sont malgré tout plus proches de la chaîne de vélo…  

 

Restons un instant avec la chemise. Elle doit avoir au moins une poche. Détail important qui permettra à son propriétaire d’y glisser l’air de rien une liasse de billets qui sera du meilleur effet. Facile à attraper, à montrer, ils n’hésiteront pas à la sortir dans leur intégralité pour payer la moindre baguette.

 

Passons à la tête… Pourquoi certains hommes dégarnis s’acharnent-ils à rabattre une mèche de leurs cheveux sur le sommet de leur crâne ? Pour faire illusion probablement. Le problème, c’est que pour la faire tenir, il faut la laquer. Le résultat est souvent étonnant car la raie sur le côté se trouve du coup juste au-dessus de l’oreille... Mais bon, ne nous moquons pas car certaines femmes n’ont rien à leur envier avec leur scarole mauve permanentée sur la tête.

 

Il ne manque plus à la panoplie que l’ustensile majeur : la voiture. Elle doit être spacieuse et en bon état.  A l’intérieur, une odeur de violette vous assaillit, dégagée par un petit canard en carton imprégné d’un parfum douteux, qui pendouille au rétroviseur. La grande classe.

 

Et ne me dites pas que j’exagère… Regardez autour de vous…

  

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 26 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Les deux frères avaient quitté le village aux aurores et s’étaient faufilés en silence dans la châtaigneraie à un kilomètre de là. Ils s’installèrent derrière un buisson, assis côte à côte.

 

- Dis Dumè, il ne va pas falloir le rater… Chuchota Migué.

- Ne t’inquiète pas mon frère, j’ai graissé mon calibre, je l’ai chargé et j’ai les poches bourrées de munitions. Il ne va pas tarder à arriver.

- Quelle heure est-il ?

- Six heures dix. Encore vingt minutes et ce chacal ne sera plus de ce monde, déclara-t-il en soupirant d’aise.

- Notre pauvre père serait fier de nous. Hein Dumè ?

- Tu as raison. Il doit gonfler le torse dans sa tombe ! Nous, ses fils, nous allons enfin descendre cette vermine de Francè. Un de la famille de ceux que nous détestons depuis six générations…

- Oui… Six générations qui attendaient la vengeance et c’est nous qui allons la leur donner.

- Dis Migué, finalement, sais-tu pourquoi nos deux familles se haïssent autant ?

- Non mais quelle importance ? Notre père nous a dit sa haine et celle de ses ancêtres. C’est notre sang qui doit parler et avoir le dernier mot. Encore cinq minutes, nous devrions nous taire. Il a l’ouïe fine ce parasite. Méfions-nous.

 

Les deux hommes, totalement immobiles, se tenaient aux aguets. Francè passait chaque jour sous les châtaigniers à six heures trente avec son chien pour sa promenade matinale. Tout le village le savait. Chacun connaît les habitudes de chacun dans un village…

 

- Ce n’est pas l’heure ? Demanda Migué dans un murmure à peine audible.

Dumè regarda sa montre et haussa les sourcils.

- Si… Il est trente et une… Ne bougeons surtout pas.

 

Un bruissement de feuilles les fit sursauter. Lorsqu’ils aperçurent le renard apeuré par leur présence qui s’éloignait en courant, ils échangèrent un petit sourire entendu. Le prochain bruissement serait le bon…

 

Mais le prochain bruissement se faisait attendre. Un quart d’heure avait passé. Les deux frères s’impatientaient.

 

Quand ils entendirent au loin sonner sept coups au clocher de l’église, Dumè se pencha vers Migué :

- Sept heures ! Mon Dieu ! Pourvu qu’il ne lui soit rien arrivé !

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 25 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
- J’avais déjà presque cinquante ans ! Imaginez le temps que j’ai perdu à ne pas savoir qu’il passait ! C’est la raison pour laquelle je rattrape aujourd’hui le temps en ne le perdant plus et en le regardant passer… J’avais donc cinquante ans et j’étais très amoureux d’une femme avec laquelle je devais passer un week-end dans une petite auberge en Haute-Savoie. Elle était arrivée avant moi et j’étais dans ma voiture, roulant gaiement pour la rejoindre. C’était un vendredi soir et il faisait nuit. Lorsque j’arrivai presque à destination, j’aperçus dans la vallée les lumières du village qui allait nous accueillir. Je fus soudain saisi par l’émotion et je ne pus résister à l’étrange besoin d’arrêter ma voiture sur le bord de la route. Et j’ai regardé, l’une après l’autre, les lumières qui clignaient. Evidemment, elles m’ont fait penser à des étoiles… C’est à cet instant-là que j’ai réalisé que l’une de ces lumières m’attendait et qu’elle n’était allumée que pour moi. Dans son scintillement inconscient, elle brillait dans l’attente de deux êtres qui s’aiment et qui vont se retrouver. J’ai alors arrêté le temps -« mon » temps- et je l’ai écouté me dire que cette minute était d’une intensité incroyable. J’ai vécu cette minute pour m’en souvenir et là, lorsque je vous la raconte, j’ai cinquante ans et je suis fou amoureux d’une jeune femme qui m’attend dans une auberge.
Rodolphe se tut. Son regard était ailleurs, plongé au creux d’une vallée savoyarde. La femme au chapeau rouge l’accompagna religieusement dans son silence. Le souvenir de Rodolphe bondissait dans sa tête. Reconstitué d’avoir été raconté, il resurgissait, intact et émouvant. La dame au chapeau rouge s’empara alors de l’appareil photo et à son tour, il fut ébloui par la lumière aveuglante du flash.
Satisfaite, elle reposa l’appareil et s’enquit :
- Qu’allez-vous écrire sous cette photo ? Après un long moment de réflexion, il répondit :
- « Moi, Rodolphe, surpris par une dame au chapeau rouge, j’ai rangé précipitamment mon souvenir. Ce dernier se rassembla et retourna sagement à sa place ».

                                              --------
 

Je suis la dame au chapeau rouge. J’ai souvent revu Rodolphe. Il avait cette philosophie de la vie de ne jamais prévoir -ou si peu-, d'écouter parler les instants et d'y revenir ensuite pour être sûr que j'avais moi aussi su les écouter et si j'avais entendu les mêmes choses que lui. Il tenait toujours à me faire partager ses sensations de l'instant. Suspendre le temps pour le regarder s’égrener... Parenthèses d'or...
 


FIN

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 24 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
- Je peux m’asseoir ?
- Vous l’êtes…
- C’est une lettre d’amour ?
Intriguée, elle l’observa longuement en silence. Il laissa patiemment aux yeux gris le temps nécessaire à se rassurer.
- C’est une lettre de mon amie d’enfance, répondit-elle soudain. Une vieille lettre qu’elle m’avait écrite avant de mourir et que je viens de retrouver entre les pages d’un livre. Elle dormait là depuis presque trente ans.
Il prit la dame en photo. Eblouie par le flash, elle cligna des yeux plusieurs fois.
- Vous auriez pu me prévenir !
- Surtout pas. Vous n’auriez plus pensé qu’à l’image que j’allais fixer… Là, vous pensiez à votre amie. Elle était vivante et vous écrivait une lettre. Sous cette photo, je crois que j’écrirai « lorsque le gris morose caché sous un chapeau est rattrapé par le bleu, pureté du jour heureux ». Vous vous souveniez de cette lettre avant de la retrouver par hasard ?
- Vaguement.
- C’est terrible ce que vous dîtes… Vous faisiez donc partie de ceux qui courent après le temps et en oublient de s'arrêter sur l'instant du moment.
- J’étais jeune… A cet âge, on extrapole sur l'avenir et on glisse sur le présent. Vous n’étiez pas ainsi vous aussi ?
- Hélas ! A trop vouloir prévoir, on néglige l’instant et on altère nos souvenirs. Pourquoi chercher à savoir absolument de quoi demain pourra être fait alors qu'aujourd'hui n'est pas terminé ?
- Dans sa lettre, mon amie se savait très malade et me disait « je t’aime ». Je n’ai pas été capable de m’imprégner de ses mots et d’écouter leur tendresse. J’ai juste pensé « elle va mourir et je n’aurai plus d’amie ».
Ses yeux gris culpabilisèrent et se brouillèrent d’émotion. Rodolphe, touché, lui tapota la main dans un geste fraternel et solidaire.
- J’ai compris qu’il nous fallait savoir arrêter le cours du temps, alors que j’étais très amoureux, avoua-t-il en baissant le ton. Je peux vous le raconter ?
- Oui… 


(A suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset

Publié le 23 mai 2008 à 08:00
Par Martine Rousset
Rodolphe ajouta calmement :
- Merci mon ami. Je peux à présent prendre congé. Quand je serai parti, continuez à penser à vos pieds. Demandez-vous pourquoi ils sont là, aujourd’hui et à cet endroit. Puis, fermez les yeux et imprégnez vous de cette sensation merveilleuse qu’est l’attente d’un rendez-vous galant. Il vous faudra vous en souvenir quand vous serez… vieux et con !

Il le salua d’un signe de tête et s’éloigna en sifflotant. L’inconnu ne le vit pas se cacher non loin de là et baissa pour la troisième fois son nez vers ses souliers, le sourcil songeur et le visage figé. Il ne vit pas non plus Rodolphe le prendre en photo. Il ne saura pas non plus que le soir même, sous cette image volée, il écrira de sa petite écriture serrée : « Un moment qui se fond et s’enchaîne. Ne le laisse pas fondre sans le regarder pour ne pas qu’il disparaisse sans avoir existé ».

Notre chasseur de temps continua de vadrouiller. La matinée était ensoleillée et le bleu du ciel l’incita à chantonner : «
Le soleil a rendez-vous avec la lune mais la lune n'est pas là et le soleil l'attend, ici-bas souvent chacun pour sa chacune, chacun doit en faire autant… ». Il s’interrompit et esquissa un petit pas de danse en se plantant, droit comme un « i », devant une femme d’âge mûr coiffée d’un petit chapeau rouge enfoncé sur le crâne, assise à la terrasse d’un café. Absorbée par la lecture de ce qui ressemblait à une lettre, elle tournait son café d’un geste absent. Elle ne le remarqua même pas.
- Arrêt sur image ! Claironna-t-il.
Elle sursauta et se redressa, interloquée, pour le dévisager.
- Votre chapeau vous va bien mais il cache vos yeux. Vous n’aimez pas vos yeux ?
Elle posa la feuille aux plis marqués et cessa de tourner inutilement la cuillère dans la petite tasse verte. Rodolphe affichait un large sourire bienveillant.
- Vous n’aimez pas vos yeux ? Répéta-t-il.
Quoique décontenancée par cette incursion brutale, elle lui sourit à son tour :
- Et cela changera quoi à votre vie si je réponds à votre question ?
- A ma vie ? Probablement rien… Mais à cette minute qui passe, cela changera tout ! Je suis tempographe. Je photographie l’instant, le palpe et le touche de mon objectif. Et si l’instant me répond, je suis heureux.
- Je suis un instant ?
- Enlevez votre chapeau.
- Mes yeux sont ce qu’ils sont. Ils ont vu, ils verront encore mais n’ont plus rien à prouver. J’ai passé soixante ans, je ne les cache pas, je les repose.
Elle enleva son chapeau et lui jeta son regard gris en pâture.Rodolphe tira une chaise à lui et s’y installa, face à elle.


(A suivre)

 

Copyright © 2008 Martine Rousset