Zézette et Nénette, deux souris nées à quelques jours d’intervalle, chacune de l’union aseptisée de deux souris de laboratoire toutes quatre mortes pour l’humanité, vivaient ensemble dans le quart de mètre cube d’une cage posée sur un plan de travail carrelé.
Nourries, logées mais pas blanchies (elles l’étaient déjà naturellement), elles menaient une petite vie tranquille. De temps à autre, elles étaient sorties de leur cage par des mains gantées de latex mais hormis une petite douleur brève et tout à fait supportable qu’elles ressentaient parfois, personne ne semblait leur vouloir de mal.
Jusqu’au jour où l’on fit rentrer un chat dans le laboratoire…
Ce matin-là, Zézette et Nénette couinaient gentiment entre elles. Elles devisaient placidement des petits événements passés comme deux petites vieilles qu'elles n'étaient pas. Le passage, la veille, d’un groupe de blouses blanches qui avaient stationné plus longtemps qu’à l’accoutumée autour de leur cage vitrée, le gloussement aguicheur de la jolie petite stagiaire lorsque le Professeur Yokotoha lui avait suggéré de ne rien porter sous sa blouse étant donné la chaleur ambiante, le mot « chat » qu’elles avaient entendu vingt-deux fois dans la même journée… Enfin, leur petit quotidien de rongeurs captifs qu’elles revivaient ensemble pour tuer l’ennui.
- Tu sais ce que c’est un chat toi ? Demanda songeusement Zézette.
- Non. Je ne connais que le mot. J’aimerais bien savoir à quoi cela ressemble, pas toi ?
- Bof. Je me dis parfois qu’il vaut mieux ne pas savoir. Il parait que ça passe son temps à courir après les souris !
- Quelle trouillarde tu fais !
- Tu ne vas pas remettre ça sur le tapis (d’où le tapis de souris…) ! Toi, tu n’as jamais peur de rien ! C’est toi qui n’es pas normale.
- Allez, n’en parlons plus… Nous sommes différentes, c’est tout.
A cet instant, la porte du laboratoire s’ouvrit et une horde de blouses blanches fit irruption dans
Pompon était un énorme matou noir de jais, gras comme un cochon et au regard vert perçant. Il appartenait (non… un chat n’appartient à personne…) à Ginette Planchon, une vieille fille laborantine aussi grasse que lui, les yeux bovins agrandis par des verres de lunette épais et une queue de cheval campée en plumeau au sommet de
(à suivre)








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