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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 03 octobre 2007 à 11:04
Par Martine Rousset

Me voilà bien perplexe aujourd’hui quant à mon humeur du jour… Aucune de celles proposées ne me parle… Je m’invente donc pour aujourd’hui une humeur « tout et rien ».

 

Ceci étant dit, la question a été récemment posée ici de savoir si nous écrivons pour être lus ou pour être aimés ? Argh… Le piège !

 

Déjà, lorsque nous écrivons, quel terme nous allouer ? Celui qui brode est un brodeur, celui qui cuisine est un cuisinier, celui qui brait est un âne mais… celui qui écrit ? Comment appelle-t-on finalement, celui qui s’exprime, un stylo à la main ou un clavier sous les doigts ? Un écrivain ? Le dictionnaire ne fait pas seulement de l’écrivain celui qui écrit, il en fait d’office un créateur littéraire professionnel… Professionnel… Allez expliquer cela à mon banquier… Un auteur ? Le dictionnaire y voit là aussi un créateur de textes destinés à la publication. Personnellement, je m’y retrouve davantage. Mais le terme d’auteur exclut alors les créateurs de textes destinés à personne d’autre qu’eux-mêmes !

Je cale… Mais tant pis, je garde le mot « auteur » pour tout le monde, que nous cachions nos écrits ou que nous les jetions en pâture. L’auteur est finalement la personne qui est à l'origine de quelque chose.

Bon, ça, c’est fait.

 

Nous avons donc, d’un côté, ceux qui écrivent dans le secret de leur plume, et de l’autre, ceux qui ressentent le besoin de transmettre. Les premiers pourront devenir les seconds (ce qui est mon cas) et les seconds, redevenir les premiers après leur désillusion (ce qui pourrait être mon cas)…

 

Les auteurs de textes confidentiels ne souhaitant pas être lus, ils n’attendront bien évidemment pas d’être aimés en retour. Et les autres ? Etre lus ? Etre aimés ? J’entends déjà le chœur des auteurs… « Mais pour être lus, voyons ! ». Ah ?

Pour y répondre, il faudrait déjà que nous sachions pourquoi nous écrivons. Simple exutoire ou quête de gloire ? Tiens, en plus ça rime…

Il faut bien admettre que le souhait de chaque auteur qui publie est de toucher le plus grand nombre. Ne serait-ce pas la plus merveilleuse des choses que de vivre de ses écritures, ce qui permettrait de ne faire de sa passion qu’une seule et unique bienfaitrice activité ? (Message perso à l'utopiste qui est en moi : calme-toi, tu frises le ridicule. Merci.)

 

De là à chercher la gloire, je ne pense pas que nous soyons nombreux à l’attendre. Ceux-là font partie des auteurs qui se sont improvisés auteurs par mode ou par opportunité. Certains d’entre eux nous font même l’affront d’avoir du talent… Terrible pour ceux qui se réfugient dans l’écriture avec la sincérité de leur âme et sans autre dessein que de faire partager leurs mots d’émotion.

 

Mes premiers écrits datent de mon adolescence. Jusqu’à très récemment, je n’en avais jamais conservé un seul. J’écrivais pour moi et après m’être laissée glisser vers une écriture libératrice, je détruisais sans vergogne les mots que je venais d’étaler. Seuls quelques poèmes écrits lorsque j’étais lycéenne ont survécu, sauvés tendrement de la destruction par ma mère. Des poèmes maladroits qui parlaient d’amour (forcément !) et qui rimaient chichement. Leur relecture, récemment, m’a inspiré quelques éclats de rire… Je n’en suis pas très fière, c’est vrai… Et ma mère a l’interdiction de les sortir de leur tiroir sans mon autorisation ! Savez-vous que dans l’un de ces poèmes, je suis parvenue à faire rimer « arrive » avec… « endive »… Vous comprenez à présent pourquoi je n’écris plus de poésie ?

 

Et puis, il y a ceux qui écrivent sur le tard. Parce qu’un événement de leur vie les a incités à raconter.

 

Ecrit-on ce que nous aimerions lire ? Aurions-nous aimé écrire ce que nous avons aimé des autres ? Doit-on se laisser aller dans l’écriture en faisant fi des effets ou doit-on s’enfermer dans une écriture dont le seul objectif est celui de plaire ? A chaque auteur sa réponse.

 

Pourquoi j’écris ? Parce que le bien que cela procure, eh bien… c’est d’la balle  ! Pourquoi j'ai publié "Mystères d'âmes" ? Parce que quelqu'un a trouvé les mots pour m'en persuader. Pourquoi j'ai créé un blog ? Par jeu...

 

Et finalement, doit-on se poser de telles questions en écrivant ? Laisser courir sa plume au gré de ses émotions et de son imagination n’est-il pas la plus humble façon d’écrire ? Une plume libre est probablement une plume modeste. Si cette plume est aimée, tant mieux pour elle. Sinon, rien ne l’empêchera de courir sur le papier. En tout cas, c'est ainsi pour la mienne. Pourquoi j'écris ? Pour exister.



Les commentaires


Publié le 03 octobre 2007
Par Jean-paul
flicorse@ifrance.com
Je n’ai pas envie de faire un long discours sur les raisons d’écrire et, sur ce point, le texte de Martine, bien qu’étant une réponse personnelle à Diogène, dit l’essentiel.
« Un livre est écrit pour être lu » disait Sartre, et c’est une évidence comme d’être écouté lorsque l’on parle. « Etre aimé » est une autre histoire. Surtout, que veut dire "être aimé" pour un auteur ? Enfin il ne faudrait pas faire d’amalgame. Si on parle de blog, la donne est différente. Il ne s’agit plus de littérature. On peut y écrire pour des tas de raisons et sans doute aussi pour être aimé. Diogène, sans trop s’en rendre compte, a lui-même participé au blog. L’a-t-il fait pour être lu ou pour être aimé ? Il est trop facile de poser sournoisement une question et, pleutre, de se retirer dans son tonneau .


Publié le 03 octobre 2007
Par Ugo
jean.pandolfi-crozier@orange.fr
Surtout ne vous arretez pas, jeune fille. D'exister et d'écrire. C'est un double je(u) qui vaut la chandelle.
NB ou PS (selon votre humeur): depuis l'essor du numérique, le concept d'auteur prend du large. La notion d'éditeur de contenu est bien plus globale et généreuse, incluant tout un ensemble de données qui excéde les écrits de l'auteur: images, commentaires, réactions, vidéos, séquences de textes qui s'organisent entre eux par différents hypermedias...Il y a bien là, sans tomber dans le culte béat des nouvelles technologies de l'information, quelque chose de novateur, à explorer, à découvrir, à poursuivre. Des terres inconnues où l'auteur au sens classique n'est plus vraiment tout seul à courir avec sa plume sur le papier.
Et tant mieux si dans l'océan des réseaux, de petits mots prennent des allures de bouteilles à la mer puisqu'il se trouve bien des auteures pour en faire toute une histoire.


Publié le 03 octobre 2007
Par Yves
thomasyves@hotmail.com
Dans le TLFi (accessible en ligne), je note à l'article "écrivant" (substantif) :

[P. oppos. à écrivain] :

2. Un sociologue qui écrit un article de sociologie est un écrivant dès lors qu'il refuse certaines figures de rhétorique, les antithèses, par exemple... Tandis qu'un écrivain, lui, travaille dans le volume du langage...
BARTHES DS L'Express, 25 mai 1970 cité ds Vie Lang., no 223, 1970, p. 593.