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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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abbé froid : paix à son âme
abbé froid : paix à son âme
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Publié le 04 avril 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

Il ferma les trois verrous de sa porte et se dirigea vers le salon. Il alluma la radio afin d’écouter les informations. Le flash ne parla que de politique. Rageusement, il éteignit. La politique, il n’en faisait plus. Il avait été communiste, il y a bien longtemps, mais à présent il s’en désintéressait totalement. Il se souvint qu’à l’époque, Monsieur Préboist du deuxième étage droite, un ancien instituteur également communiste, lui avait chanté un jour en riant : « Hanneton prend sa faucille, larirette, larirè-ette-e ! ». L’imbécile. Quand le vieil homme était mort, il était allé à son enterrement mais n’avait présenté ses condoléances à personne. Sa veuve ne lui avait jamais reproché. Elle l’avait même remercié de sa présence. « Elle n’en pense pas moins », s’était-il persuadé. Il balaya ces vieux souvenirs usés et se prépara une infusion.

 

Dans l’après-midi, il alla marcher un peu jusqu’au jardin public. Il faisait beau et il avait besoin d’exercice. Il y rencontra la jeune mère du rez-de-chaussée. Elle lui adressa un petit signe de la main, tout en cramponnant de l’autre la poussette de son enfant. « Cette fille n’a vraiment rien de sympathique quoi qu’en pensent les gens de l’immeuble. Ils disent qu’elle est discrète… Ils ne voient donc pas qu’elle déteste tout le monde ? Et moi un peu plus que les autres on dirait… » Pensa-t-il en inclinant froidement la tête en guise de bonjour.

 

Il marcha jusqu’à la tombée de la nuit. Quand il rentra, après avoir vérifié que sa voiture était toujours intacte, l’immeuble était désert. Il put rentrer chez lui sans faire de rencontre. A peine arrivé, il s’aperçut que l’électricité avait été coupée. Contrarié, il attrapa une lampe de poche et alla frapper chez sa voisine afin de savoir si elle connaissait l’origine de la coupure. Personne ne lui répondit. « Pourtant elle est là ! Je le sais ! Elle ne sort jamais cette vieille bique ! » Marmonna-t-il en frappant à nouveau. Il décida d’aller frapper à la porte d’Hector. Silence. « Et voilà, maintenant qu’il m’a fait remarquer que je passais le cap de la soixantaine aujourd’hui, il me laisse mariner… Quand je pense qu’il était un ami…»

 

Alors qu’il allait faire demi-tour, la porte s’ouvrit et Hector apparut dans l’entrebâillement.

- Ah ! C’est toi !

- Sais-tu pourquoi il n’y a plus d’électricité ?

- Je crois le savoir oui… Rentre.

Hector chuchotait. Inquiet, Gilbert obtempéra. « Un cambriolage ! Quelqu’un a coupé l’électricité pour cambrioler ! Oh ! Les crétins ! » Imagina-t-il aussitôt. 

 

A cet instant, la lumière revint… Ils étaient tous là dans le salon d’Hector. Tous. La veuve Préboist, sa vieille bique de voisine, la jeune mère avec son bambin dans les bras... Tous les habitants de l’immeuble étaient là et criaient « Bon anniversaire ! » autour d’une table garnie de toutes sortes de tartes salées et de paquets de toutes les couleurs.

 

Quand il rentra chez lui, deux heures plus tard, il nota dans son calepin :

 

« 8 mai. 19 H 10. Coupure d’électricité. »

 

FIN

 

Copyright © 2008 Martine Rousset