Jamais, Pauline n’avait oublié de lui envoyer ses vœux. Chaque année, elle recevait une gentille carte joliment décorée d’une bougie allumée entourée de rubans dorés surmontés d’un magnifique " Meilleurs Vœux " en relief. Elle les gardait précieusement comme toutes les autres cartes qu’elle recevait.
Mais cette année, celle qu’elle reçut de sa vieille amie la fit pâlir : " 2009 ? Ta dernière ? ".
" Quelle peau de vache ! " pensa-t-elle… Elle ne s’était jamais sentie aussi bien. Son médecin préféré lui avait assuré qu’elle finirait centenaire… bien tassée ! Et voilà que celle qu’elle prenait pour une amie, lui balançait cette vacherie !... Sa vengeance serait terrible ! Quelques coups de fils à qui il faut et elle allait voir…
Sa " vieille amie " reçut un appel téléphonique pour le moins étrange... Une entreprise mortuaire lui demandait ses mensurations…
Ses mensurations ? Mais pourquoi ? Elle répondit sèchement " 95/60/90 à la belle époque " et raccrocha immédiatement. " C’est plutôt à cette satanée Huguette qu’ils auraient dû demander ça ! ", pensa-t-elle, agacée. Huguette… Sa vieille amie Huguette… Cette vieille bique oui ! Elle ne l’emporterait pas au paradis ! D’ailleurs, cette année, elle lui avait bien fait comprendre qu’il allait se passer quelque chose. 2010 ne passerait pas par elle !
Depuis toujours, elle lui en voulait à la Huguette. Il était grand temps qu’elle arrête de lui envoyer ses meilleurs vœux alors qu’au fond d’elle, elle lui souhaitait les pires… Ne l’avait-elle pas traitée de poire un soir de bal alors qu’elle affichait honteusement un 60/100/130 ? Elle détestait son 95/60/90… Et cette année serait L’Année.
Elle ne vivait plus que pour cet instant qui la ravissait. La méchante blague qu’elle préparait serait son chef d’œuvre… Elle en riait d’avance… Elle en riait fort lorsque son cœur lâcha ! D’un coup sec et irréversible. Son âme ricana en s’envolant…
Une carte de vœux en forme de faire-part, ou le contraire… voilà qui était original… Il ne lui restait plus qu’une seule chose à faire : lui répondre…
" Ma Chère Amie,
C’est avec une grande tristesse et beaucoup d’émotion que cette année, je t’adresse mes dernières condoléances… Je te promets cependant que j’ai bien spécifié à l’entreprise de pompes funèbres quelles étaient tes véritables mensurations afin que tu ne sois pas à l’étroit. Décidément, tu auras passé ta vie à te prendre pour quelqu’un d’autre… ".








> Lire le commentaire