Alors que je faisais un petit passage à la pharmacie de par chez moi, voilà donc que l’un des pharmaciens avec lequel j’échange souvent quelques grosses bêtises qui nous font rire, alors qu'il servait une cliente, me lance :
- Alors ? Ce blog ? Ça marche ? Vous trouvez des choses à dire ?
- Je me débrouille… Vous n’avez qu’à venir voir !
Puis après un bref instant de réflexion, une boîte d’anti-dépresseur dans la main mais l’œil aussi effervescent qu’un Efferalgan 500 :
- Vous parlez de moi dans votre blog ? Parce que si vous parlez de moi, j’irai !
- J’en suis cap’ vous savez…
Il m’a regardé avec perplexité quelques secondes. Le sourcil gauche, légèrement froncé, laissait entendre « Houlà ! Elle en est capable... ». Le sourcil droit, imperturbable, lui répondait « Mais non ! Que veux-tu qu’elle raconte ? Elle ne te connaît quasiment pas ! ».
Bravo le sourcil gauche.
Pardonnez-moi, cher Pharmacien, de ne pas vous appeler par votre prénom, je n’ai jamais songé à vous le demander. D’ailleurs, j’y pense soudain, comment saurez-vous que c’est réellement à vous que je dédie ce blog aujourd’hui ? Eh bien, pour preuve, nous dirons simplement par discrétion que votre officine, attenante à une librairie, se trouve sur la plaine orientale, en un lieu qui commence par « Fol » et se termine comme figatelli. Ça vous va ?
Et puis d’abord, vous méritez que l’on parle de vous. Si, si. Et ce, pour au moins une raison : quand je mets un pied dans votre boutique, je me marre. On ne se marre pas dans tous les commerces voyez-vous ! La bonne humeur n’est pas donnée à tous figurez-vous…
Certes, tous les pharmaciens doivent bien sourire de quelques maladresses de leurs clients. Celui qui a des problèmes avec sa faune intestinale, celui qui vous demande un tube d’aspirine phosphorescent ou un aérosol pour anéantir les acadiens, cet autre qui souffre d’hernie fiscale à peine sorti d’un souci avec son nerf asiatique, cette grand-mère qui n’en peut plus de son bungalow dans le bas du dos, cette mère qui achète de l’Arnikan en prévision d’éventuels esquimaux après les chutes en patin à roulettes de son bambin... Suggérez leur donc de faire un ketchup complet !
Cela doit être formidable d’être pharmacien. D’abord, chez vous, vos collaboratrices sont toutes charmantes, votre patron vous laisse fumer votre clope hors RTT, vous terminez votre boulot à heure fixe et ne ratez ainsi jamais l’heure de l’apéro et en plus, vous rencontrez plein de monde. Vous pouvez même draguer sur place ! C’est pas beau la vie ? Peut-être même avez-vous des admiratrices silencieuses ? Imaginez un instant que la cliente qui achète régulièrement des suppositoires anti-inflammatoires serait en fait plutôt enflammée par vous ? Autant, chez elle, l'armoire de sa salle de bains est remplie à ras bord de boîtes intactes bien alignées de Nifluril, chacune d'entre elles n’étant qu’un prétexte pour vous visiter… J’ai néanmoins une petite pensée pour tous les pharmaciens qui écoutent chaque jour le détail des petits bobos de leurs clients. Il est une question que vous ne devriez jamais poser à aucun d’entre eux, c’est « Comment allez-vous ? »…
Mais des pharmaciens qui imitent Evinrude en pleine boutique, qui jouent avec les mots, qui sourient tout le temps, finalement il n’y en a pas tant que ça…
Il avait raison votre sourcil gauche...








> Lire les 6 commentaires