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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 08 décembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Il parait qu’à une époque lointaine, les gens voyaient beaucoup plus loin que le bout de leur nez qu’aujourd’hui et ceux qui ne cultivaient pas cette qualité étaient fort rares. On les craignait tant qu’on les chassait de leur communauté car on disait d’eux qu’ils empêchaient les autres d’avoir leurs propres pensées tant leur étroitesse d’esprit faisait peur.

 

C’est ainsi qu’Ambroise et Romaric se retrouvèrent sur des chemins inconnus, leur baluchon sur l’épaule et quelques pièces en poche. Ils errèrent plusieurs jours sans rencontrer âme qui vive, se nourrissant des baies sauvages qu’ils trouvaient sur leur route. Ainsi, le nez sur leurs souliers, ils marchaient côte à côte en silence. Ils ne virent ni la beauté de l’horizon rougi par le soleil couchant, ni les maisonnettes aux cheminées fumantes accrochées aux collines. Les yeux rivés au sol, ils avançaient sans questions et sans curiosité. Ils suivaient scrupuleusement le sentier, se disant qu’il allait bien les mener quelque part.

 

Au huitième jour, ils croisèrent un vieillard qui portait péniblement quelques bûches. Le vieil homme, intrigué par la présence de ces deux inconnus, les interpella :

- Où allez-vous ?

Les deux garçons haussèrent les épaules. Ils n’en savaient rien.

- Là où mène ce chemin, répondit Ambroise, nous avons été chassés de chez nous parce que nous ne voyons pas plus loin que le bout de notre nez.

 

Le visage du vieil homme s’illumina. Ses deux filles n’étaient donc pas les seules dans ce cas ! Il était cependant parvenu à le cacher aux autres villageois car il n’avait pas le cœur à les chasser de sa maison. Néanmoins, il ne parvenait bien évidemment pas à les marier… « Ces deux garçons feraient probablement d’excellents maris pour elles », pensait-il au moment où il les invita à le suivre.

 

C’est ainsi qu’il leur donna ses deux filles pour femmes. Sa maison était suffisamment grande pour qu’ils y vivent tous mais un jour, il n’en pu plus tant les jeunes gens dépendaient de lui, incapables de se créer une pensée ou de produire un avis. Exaspéré, il chassa ses filles et leurs maris de chez lui.

 

Ces derniers construisirent une cabane au bout d’un sentier qui ne menait nulle part et s’y installèrent tant bien que mal.

 

Ils eurent des enfants qui ne voyaient pas plus loin que le bout de leur nez et de génération en génération, les cabanes se multiplièrent.

 

Voilà comment ceux qui ne voient pas plus loin que le bout de leur nez se répandirent dans le monde entier.