- C’est une fille ! S’écria la sage-femme en brandissant la petite chose vagissante et en la posant sur le ventre de la jeune mère épuisée.
Difficile de dire d’un nouveau-né qu’il est beau. Il n’est ni rose, ni souriant, rarement potelé, le crâne souvent en pain de sucre et son cordon ombilical clampé n’a rien d’engageant. Mais quand il s’agit de son propre bébé, mûri pendant neuf mois, attendu, désiré, aimé sans le connaître, il est le plus beau du monde et on lui souhaite tous les bonheurs. Cerise était tout ça.
Et Cerise a grandi et abandonné ses grenouillères à sa petite sœur arrivée trois ans après elle. Puis elle a grandi encore pour passer de l’école maternelle à l’école primaire. Et aujourd’hui, elle est en classe de quatrième dans un collège privé.
Mais si Cerise a grandi, elle a grossi également. Cerise est une adolescente aux formes généreuses accentuées par sa petite taille et ses cheveux bruns démesurément longs. Oubliée la fillette maigrichonne avec laquelle il fallait utiliser des ruses de sioux afin de lui faire avaler deux grains de riz transformés pour l’occasion en avions. Oubliée l’écolière pour laquelle la petite montagne habilement sculptée à la fourchette par sa mère dans la purée devenait l’Himalaya. Cerise, à présent, ne se fait plus prier et son tour de taille s’en souvient. Lorsque Aurélie, sa meilleure amie, lui suggéra prudemment un jour : « Tu devrais faire attention à ce que tu manges… », elle l’interrompit avant même qu’elle n’aille au bout de sa pensée.
- Tu ne vas pas commencer ! Tu aimes le dessin alors tu dessines n’est-ce pas ? Moi j’aime manger alors je mange. Quant à mes rondeurs, je m’en balance, il y aura plus à aimer !
Et tournant les talons, agacée par la remarque de son amie qu’elle jugea effrontée, elle rejoignit un groupe de garçons, la plantant comme une baramine au milieu du préau.
Cerise prétendait assumer son excès de poids mais néanmoins, ne supportait pas qu’on lui en fit quelconque réflexion. Faisait-elle remarquer à Ingrid qu’elle avait de grands pieds ? A Angélique que ses seins étaient ridiculement petits ? A Natacha que ses ongles rongés faisaient ressembler ses doigts à des moignons ? A Aurélie que son maquillage de dame tranchait vulgairement avec son visage encore poupin ? Non, elle ne se serait pas permise de le faire.
Les garçons l’accueillirent volontiers dans leur discussion. Cerise était drôle et d’un caractère suffisamment trempé pour qu’on apprécie sa présence. Son humour acéré et sarcastique faisait mouche à l’instant où on l’attendait le moins, déclenchant des éclats de rire francs et sincères de ses camarades, et parfois même de ses professeurs.
(à suivre)
Difficile de dire d’un nouveau-né qu’il est beau. Il n’est ni rose, ni souriant, rarement potelé, le crâne souvent en pain de sucre et son cordon ombilical clampé n’a rien d’engageant. Mais quand il s’agit de son propre bébé, mûri pendant neuf mois, attendu, désiré, aimé sans le connaître, il est le plus beau du monde et on lui souhaite tous les bonheurs. Cerise était tout ça.
Et Cerise a grandi et abandonné ses grenouillères à sa petite sœur arrivée trois ans après elle. Puis elle a grandi encore pour passer de l’école maternelle à l’école primaire. Et aujourd’hui, elle est en classe de quatrième dans un collège privé.
Mais si Cerise a grandi, elle a grossi également. Cerise est une adolescente aux formes généreuses accentuées par sa petite taille et ses cheveux bruns démesurément longs. Oubliée la fillette maigrichonne avec laquelle il fallait utiliser des ruses de sioux afin de lui faire avaler deux grains de riz transformés pour l’occasion en avions. Oubliée l’écolière pour laquelle la petite montagne habilement sculptée à la fourchette par sa mère dans la purée devenait l’Himalaya. Cerise, à présent, ne se fait plus prier et son tour de taille s’en souvient.
Les garçons l’accueillirent volontiers dans leur discussion. Cerise était drôle et d’un caractère suffisamment trempé pour qu’on apprécie sa présence. Son humour acéré et sarcastique faisait mouche à l’instant où on l’attendait le moins, déclenchant des éclats de rire francs et sincères de ses camarades, et parfois même de ses professeurs.
(à suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset







