L’ange noir
Monsieur appelait son funérarium « Le cottage ». Il trouvait l’expression plus conviviale et bien plus accueillante même si les trois premières lettres du mot « funérarium » semblaient pleines de promesses. Il avait même camouflé dans un coin de la pièce, un lecteur de CD qu’il utilisait lorsqu’il n’y avait personne d’autre que ces visages figés, les traits passés à la poudre rose pour leur donner meilleure mine. Il appréciait tout particulièrement la musique classique et écoutait souvent Mort Shuman. Paix à son âme.
La ballerine, allongée dans son cercueil et recouverte de tulle rose pâle, était l’une des plus belles mortes à laquelle il avait eut affaire. Fine, longue, gracieuse même dans ce dernier ballet, il la contempla longuement avant d’entreprendre son rituel habituel. « Quel gâchis » pensa-t-il tristement en observant cette beauté au jasmin.
Chassant d’un geste bref de la tête ces pensées saugrenues, mais cette fois-ci peut-être un peu plus tendrement qu’à l’accoutumée, il se pencha sur le pied gracile de la jeune femme et après avoir déclamé son « Je te croque, je te mords, je suis le croque-mort », il lui mordilla délicatement l’orteil.
L’instant qui suivit fut inconcevable. Invraisemblable. Inouï. Inattendu. Tel un inuit à dos de morse qui surgirait soudain dans le défilé de l’Inzecca au cœur du Fiumorbu…
La ballerine ouvrit les yeux dans un battement de cils divin et là, semblant crever le ciel et venant de nulle part surgit un ange mort.
Monsieur eut un mouvement de recul et spontanément, il s’écria :
« Je crois bien qu’il y a une poule dans Le Cottage !… ».
La danseuse était à présent assise en tailleur dans la bière brune en châtaignier. La tête penchée sur le côté, elle lui souriait. Monsieur recula craintivement de trois pas, lesquels, ajoutés au mouvement de recul précédent le situait, à vol de cormoran, à environ deux mètres de la jeune femme. Deux mètres dix, tout au plus.
Monsieur appelait son funérarium « Le cottage ». Il trouvait l’expression plus conviviale et bien plus accueillante même si les trois premières lettres du mot « funérarium » semblaient pleines de promesses. Il avait même camouflé dans un coin de la pièce, un lecteur de CD qu’il utilisait lorsqu’il n’y avait personne d’autre que ces visages figés, les traits passés à la poudre rose pour leur donner meilleure mine. Il appréciait tout particulièrement la musique classique et écoutait souvent Mort Shuman. Paix à son âme.
Chassant d’un geste bref de la tête ces pensées saugrenues, mais cette fois-ci peut-être un peu plus tendrement qu’à l’accoutumée, il se pencha sur le pied gracile de la jeune femme et après avoir déclamé son « Je te croque, je te mords, je suis le croque-mort », il lui mordilla délicatement l’orteil.
L’instant qui suivit fut inconcevable. Invraisemblable. Inouï. Inattendu. Tel un inuit à dos de morse qui surgirait soudain dans le défilé de l’Inzecca au cœur du Fiumorbu…
La ballerine ouvrit les yeux dans un battement de cils divin et là, semblant crever le ciel et venant de nulle part surgit un ange mort.
Monsieur eut un mouvement de recul et spontanément, il s’écria :
« Je crois bien qu’il y a une poule dans Le Cottage !… ».
La danseuse était à présent assise en tailleur dans la bière brune en châtaignier. La tête penchée sur le côté, elle lui souriait. Monsieur recula craintivement de trois pas, lesquels, ajoutés au mouvement de recul précédent le situait, à vol de cormoran, à environ deux mètres de la jeune femme. Deux mètres dix, tout au plus.
- Vous n’êtes pas morte ? Balbutia le croque-mort, les nerfs prêts à craquer.
- Vous le voyez bien mi amore, répondit la danseuse.
- Me… ah mords… moi l’orteil ?… encore ? !…
- Mais non… Dieu que les mortels vivants manquent de clairvoyance !
- Clairvoyance ? Il fait si chaud que j'ai été dans l'obligation de baisser le store…
- Là n’est pas la question tendre ami… Je ne suis pas morte et pire ! Je vous aime ! Je suis revenue pour vous le dire… Remontez le store que je vous entende !
- Euh… m'aimer ?! Mais même si ce que vous dîtes est vrai, cela n'a aucun sens ! Vous avez été égorgée ! Par un écureuil de surcroît. Votre cœur ne peut plus battre ! (aparté : ce mojito me donne des hallucinations c'est juré, craché, demain j'arrête ! Voyons cependant jusqu'où mon esprit est prêt à vagabonder.)
- Et pourtant mon cœur bat. Sentez ses battements… Donnez-moi votre main Monsieur ! Mon cœur ne bat que pour vous… Mais donnez-moi votre main, que diable ! Ne soyez pas timoré ! Ayez confiance… L’écureuil est un animal inoffensif et bien incapable d’égorger quelconque créature. Connaissez-vous la Confrérie des Adorateurs d'Ecureuils ? Vous devriez vous rapprocher de quelques-uns de leurs membres. Vous apprendrez que l’écureuil épargne toujours…
- (sa main adroite sur son sein gauche) Mais c'est vrai !? Votre cœur bat ! Par quel sortilège ?! (Il tombe à genoux) Par pitié, expliquez-moi ! Qui êtes-vous ? Que voulez-vous de moi ? Je ne suis qu'un humble croque-mort. Toutes celles que j'ai connues avant vous avaient un comportement conforme à leur état. Oui… j'avoue que parfois j'ai eu des pensées impures à leur encontre, mais jamais je n’ai cédé à cette monstrueuse décadence… je vous le jure !… et puis, mon compte en banque est au Crédit du Père Lachaise… Ne faites-vous pas erreur ? (aparté : demain, je me remets au Jack Daniel’s…).
- Des pensées impures ! Mais qui n’a pas eu une seule fois dans sa vie des pensées impures ? Vous êtes séduisant Monsieur… Vous me tentez…
Note : ?...
(à suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset
Vous être croque-mort dans la vie et j’aimerais tant que vous deveniez pour moi, et pour moi seule… croque-vie dans la mort… Je vous en conjure, venez avec moi, j’habite un endroit merveilleux. Où vous n’aurez plus jamais ni chaud, ni froid, ni faim, ni soif (très bon pour votre foie d’ailleurs)… Un endroit où nous n’aurons d’autre souci que de faire la mort jour et nuit… Vous venez ?
- Je suis troublé belle danseuse… Jamais on ne m’a parlé ainsi. Tant de mansuétude… de délicatesse… et d’intérêt pour mon foie… Ma vie durant, je n’ai aspiré qu’à rendre le dernier service à mes contemporains et vous apparaissez… Une ombre lumineuse…Un désavœunir (Note) qui me laisse pantois et pantin de vos désirs… Qui que vous soyez, vous avez su parler à mon cœur d’homme orchestre des dernières œuvres et …
- Alors, vous venez ?!…
- J’arrive !… (aparté : demain, je me mets à l’eau…)
Note : ?...
(à suivre)








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