Mon Roudoudou m’accompagne. C’est beau à regarder une mère citoyenne.
Nous traversons le village en direction de la mairie. La neige a fondu. Nous passons devant la mule qui semble toujours aussi étonnée. « C’est quoi tout ce monde aujourd’hui ? » nous dit-elle en mâchouillant une touffe d’herbe humide. Mon Roudoudou ne l’entend pas. C’est moi qui lui répond : « Forcément, c’est jour d’élections ! A part ça, ça va ? ». « Oui, ça s’est radouci ».
- Qu’est-ce que tu racontes ? Me demande mon fils.
- Je réponds à la mule.
Ceci étant une attitude normale pour une mère telle que la sienne, il reste imperturbable. D’après moi, il ne parle pas « mule ». Il va falloir que je lui apprenne.
Nous entrons d’un pas décidé dans la salle de la maison commune qui fait office de bureau de vote pour les 156 électeurs de la commune. Un maire, deux urnes, un isoloir et une vingtaine d’observateurs nous accueillent assis sur les chaises disposées autour de la pièce. Il y a davantage de monde que je ne l’imaginais. Echange de bonjours et de sourires. L’ambiance est détendue et gaie. Il faut dire qu’il n’y a qu’une seule liste pour les municipales. Pas d’électricité dans l’air donc.
Hop, je vote pour les cantonales.
Hop, je vote pour les municipales.
Alors que je suis dans l’isoloir, j’entends crier la dame qui tient le registre d’émargement.
- Martiiiiiiine ! Votre troisième prénom c’est Arlette ! Je ne savais pas ! Comme moi !
- C’est le prénom de ma Maman ! Criai-je alors à travers le rideau fermé en mettant mon bulletin dans l’enveloppe (on saura déjà que je n’ai pas voté blanc…).
- C’est pas courant comme prénom !
- Eh oui… Répondis-je, toujours dans l’isoloir, en articulant bien fort.
Voilà, c’est fait. J’ai rempli mon devoir de citoyenne sous l’œil satisfait de mon Roudoudou qui m’avait fait une leçon mémorable parce que je n’étais pas allée voter pour les présidentielles : « La prof d’éducation civique, eh ben, elle a dit que, etc… ».
Sur une table, j’aperçois un cubi de vin et des cakes salés bien sympathiques à cette heure… « Je peux ? ». Le maire me répond, l’air désolé : « Non ! Il est à présent interdit de manger et de boire dans un bureau de vote… Mais reste là, nous allons installer tout cela à l’extérieur.»
Pour éviter les tâches de gros rouge et les traces de doigts gras sur les bulletins, ce qui les rendraient nuls ? Il semble que cela soit pour ça. Pas question d’enfreindre la loi. Et puis je ne suis pas une pique-assiette. Mais n’empêche que le cake a vraiment l’air sympa…
Tout à coup, en deux temps trois mouvements, tout s’organise. On installe des tables dans le couloir et un essaim de femmes affairées y déposent charcuterie, fromage (fabrication locale), une immense marmite fumante pleine de gros haricots au figatellu (fabrication locale également), pain, les fameux cakes… J’ai bien fait de venir… Tous les présents sont cordialement invités. On plaisante, on rit beaucoup. Le jeune berger qui a fabriqué le fromage de chèvre fait partie de la tablée. Il demande un couteau. « Quoi ? Tu n’as pas de couteau sur toi ? Lui lance celui qui a fabriqué la charcuterie. Un berger qui n’a pas de couteau sur lui n’est pas un vrai berger ! ». Le berger éclate de rire. C’est un berger moderne.
Belle humeur, convivialité. Je me dis que certaines traditions dans nos villages ont tout intérêt à persister.









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