Et puis, elle fascinait son entourage parce qu’au-delà de ses kilos superflus, elle détenait un titre qui engendrait l’admiration : elle était championne de France d’échecs dans sa catégorie d’âge.
Lorsqu’elle décrocha ce titre, le collège entier resta pantois.
Quand elle retourna en classe après sa victoire, elle se contenta de répondre malicieusement aux félicitations enjouées de ses camarades par un laconique :
- Au jeu d’échecs, les fous sont les plus près du roi !
- Comprendra qui pourra, pensa-t-elle, amusée par la mine perplexe de ceux qui reçurent cette phrase sans en saisir le sens.
Elle ne se prenait jamais au sérieux, sauf quand elle disputait une partie d’échecs.
Cerise avait de magnifiques yeux bleu turquoise à l’étincelle rieuse et espiègle, ourlés de longs cils qu’une touche de mascara étirait encore davantage. Sa bouche aux lèvres épaisses et joliment dessinées s’illuminait d’un sourire involontairement charmeur mais honnête. Plus mince, elle aurait probablement fait des ravages parmi les adolescents mais aucun d’entre eux ne voyait en elle une petite amie potentielle. Elle était la copine, la rigolote, la championne, celle qu’on craignait aussi parfois tant ses propos étaient directs et son humour décapant, mais pas la girl friend que l’on aurait été fier de tenir par la main. Loin de s’en offusquer, elle s’en amusait :
- Connais-tu le point commun entre des pantoufles et moi ? Avait-elle demandé en riant à Aurélie.
- Non…
- On ne sort avec aucun des deux pour ne pas être ridicule !
Cerise se fichait totalement, de toute façon, des garçons du collège. Elle ne leur trouvait aucun attrait pour une seule et unique raison : Helmut Schön, jeune allemand de seize ans, champion d’Europe d’échecs junior, beau comme le jour selon Cerise et laid comme un pou selon Corinne, sa petite sœur qui mettait un point d’honneur à la contredire systématiquement.
Elle suivait assidûment le parcours du jeune champion, lisait attentivement les articles des journaux spécialisés qui lui étaient consacrés, étudiait les parties qu’il avait jouées et appréciait son jeu intuitif.
(à suivre)Lorsqu’elle décrocha ce titre, le collège entier resta pantois.
Quand elle retourna en classe après sa victoire, elle se contenta de répondre malicieusement aux félicitations enjouées de ses camarades par un laconique :
Elle ne se prenait jamais au sérieux, sauf quand elle disputait une partie d’échecs.
Cerise avait de magnifiques yeux bleu turquoise à l’étincelle rieuse et espiègle, ourlés de longs cils qu’une touche de mascara étirait encore davantage. Sa bouche aux lèvres épaisses et joliment dessinées s’illuminait d’un sourire involontairement charmeur mais honnête. Plus mince, elle aurait probablement fait des ravages parmi les adolescents mais aucun d’entre eux ne voyait en elle une petite amie potentielle. Elle était la copine, la rigolote, la championne, celle qu’on craignait aussi parfois tant ses propos étaient directs et son humour décapant, mais pas la girl friend que l’on aurait été fier de tenir par la main.
Elle suivait assidûment le parcours du jeune champion, lisait attentivement les articles des journaux spécialisés qui lui étaient consacrés, étudiait les parties qu’il avait jouées et appréciait son jeu intuitif.
Elle l’aperçut pour la première fois lors d’un open international en province à l’automne de l’année précédente. Jusqu’à lors, elle ne connaissait que son nom. Quand elle remarqua Helmut, assis à l’une des nombreuses tables alignées dans l’immense salle de réception de l’Hôtel de Ville, décontracté, il attendait son adversaire. Elle tomba instantanément sous le charme de cette touffe de cheveux blonds trop longs et de ces yeux noirs auxquels rien ne semblait échapper. Vêtu d’un jean et d’un tee-shirt blanc mal repassé, il cherchait du regard celui qui allait jouer avec les blancs en face de lui.
Copyright © 2008 Martine Rousset







