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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 11 février 2008 à 08:00
Par Martine Rousset

Humeur : songeuse (cela n’est pas dans la liste proposée mais si on ne peut plus avoir l’humeur qu’on veut…)

 

Tout auteur sait que ses textes seront décortiqués par les gens de son entourage. Famille, voisins, amis ou vagues connaissances. Chacun cherche à y déceler une trace de la vérité qu’il connaît. Quitte à tant la supposer qu’il finit par y croire. L’anecdote vécue, le personnage qui lui ressemble, le lieu reconnu. Le lien entre lui et l’auteur qui les rendrait complices. Mais si toutefois ce lien existe, encore faut-il le décrypter. Ce lecteur-là est-il conscient qu’il cherche finalement « sa » trace ?

 

Quelle est la part de réalité et de fiction dans les écrits d’un auteur ? Le sait-il lui-même d’ailleurs ? Pas si sûr quand on sait que l’imagination galope et transpose corps et âme un auteur dans un monde fictif. Le temps de l’écriture, voire davantage, l’auteur y croit lui aussi, transporté dans son univers qu’il tente de décrire avec ses mots. Et pour décrire, il faut y être.

 

Le lecteur doit-il chercher à identifier ce qui n’est pas nécessairement identifiable ? Un personnage, un lieu, un événement qui n’appartiennent pourtant qu’à un texte et à son auteur. Le lecteur prend alors le risque d’interpréter et de passer à côté du message véhiculé car finalement, il y a toujours un message. Enfin, il me semble...

 

J’en ai fait les frais avec ma nouvelle « Bienvenue au village ». J’avais déjà effleuré ma mésaventure dans mon article du 17 août dernier. Je reconnais qu’il est douloureux de s’apercevoir que mon texte a totalement été sorti de son intention par certains lecteurs. Pas catastrophique mais douloureux quand même. Pour ceux qui ne l’ont pas lue (est-ce possible ?!), il s’agit de l’histoire d’une jeune femme qui s’installe dans un petit village sans y avoir aucune attache. Intriguée par cette vie villageoise en vase clos toute nouvelle pour elle, elle y observe avec amusement les tensions et les dissensions jusqu’au jour où elle réalise que même si elle s’est parfaitement intégrée à cette vie, elle restera néanmoins une étrangère. Et finalement, agacée par les chuchotements que provoque la présence d’une fille trop discrète dans un petit village, elle cherche à interpeller les habitants afin de leur faire comprendre que l’ouverture vers l’autre est un pas indispensable à franchir. Elle invente alors une histoire abracadabrante qui va mettre tout le village en émoi. Bien entendu, sur le fond, je me suis inspirée de ma propre expérience. Mais juste dans l’idée. J’ai repris une ou deux anecdotes ayant réellement eut lieu dans mon village (cependant allègrement remaniées à ma sauce), j’ai doté ma protagoniste d’une voiture identique à la mienne (quelle idée d’ailleurs…), j’ai décrit un village avec une place et une église en y plantant une maison telle que la mienne, mais pour le reste, tout est sorti de mon imagination y compris les personnages. Je suis bien naïve… Chacun s’y est cherché et évidemment, certains s’y sont trouvés… Ce n’était pas eux mais quand on cherche vraiment, on trouve ce qu’on veut même ce qui n’existe pas. Le fait de n’avoir jamais cité la Corse dans ma nouvelle ne semble avoir gêné personne d’ailleurs… Quant au fameux message qui était glissé entre les lignes, il a échappé à la plupart. Et si j’écrivais « Bienvenue au village, la suite » ?

 

L’intention de l’auteur n’est donc pas toujours perçue de la façon souhaitée et s’en retrouve donc détournée. Néanmoins, n’écrirait-il pas parfois pour se libérer, se venger, se soulager ? Oui, mais pas toujours… Il s’agit souvent simplement d’un désir de voyage par l’écriture.

 

J’ai entendu une interview de Marie Darrieusecq pour son « Tom est mort ». On aime ou on n’aime pas, ce n’est pas le sujet. Bon nombre de lecteurs semblent avoir lu son livre, persuadés que l’auteur (je ne parviens à me résoudre à mettre un « e » à auteur quand il s’agit d’une femme…) avait elle-même vécu le drame de perdre un enfant. Cela rend-il le texte plus émouvant que de le penser ? Ou au contraire ne serait-il pas un formidable exercice que de décrire l’inconnu ?

 

Faut-il se laisser aller à l’écriture ou faut-il toujours garder dans un coin de sa conscience que l’interprétation du lecteur peut anéantir son intention ?

 

Nous en revenons à l’éternelle question : Faut-il écrire pour soi ou pour les autres ? « Pour soi ! » hurleront les auteurs. « Pour… nous ! » crieront les lecteurs…


 

Copyright © 2008 Martine Rousset