Cerise en fut si troublée qu’elle en oublia instantanément le numéro de la table à laquelle elle devait s’installer. Elle retourna s’en enquérir sur la liste des joueurs affichée dans la salle et en profita pour repérer le nom du jeune homme.
Stupéfaite, elle marmonna pour elle seule :
- Helmut Schön ! Non seulement il est champion d’Europe mais en plus il est beau !
Puis les parties débutèrent, déclenchant une concentration extrême chez les participants. Hormis quelques toussotements discrets, on n’entendit plus que le cliquetis des pendules sur lesquelles chacun appuyait après avoir joué son coup. Helmut, la tête dans les mains et les doigts rassemblés en œillères afin d’éviter toute évasion intempestive de son esprit, parcourait l’échiquier des yeux à une allure vertigineuse, anticipant à la fois sur son jeu et sur celui de son adversaire.
Quant à Cerise, une dizaine de tables plus loin, elle s’était elle aussi isolée mentalement afin de disputer au mieux une partie qui s’avérait difficile contre un jeune chinois d’envergure.
Elle perdit sa partie après deux heures trente d’un combat acharné. Elle serra la main de l’asiatique, le gratifia d’un sourire poli puis se leva en silence. Elle s’arrêta discrètement près d’Helmut qui jouait toujours afin d’évaluer sa partie. Il était sur le point de gagner. Le roi blanc serait fichu dans quelques coups. Son adversaire préféra abandonner. Helmut poussa un soupir de soulagement et les yeux rougis de fatigue, il s’adossa à sa chaise. Il s’accorda alors un instant de décontraction, les mains croisées derrière son cou, avant d’aller livrer le résultat du match.
Cerise stagna près de lui à chercher son regard mais ne le trouva pas. Ses yeux restèrent suspendus à ce vide reposant dont il avait à présent besoin.
- Je suis transparente pour ce garçon, soupira-t-elle tristement. Pourtant je ne passe pas inaperçue… Plutôt imposante la fille ! Une autre fois peut-être… Ou peut-être pas…
Dès cet instant elle espéra qu’elle jouerait un jour contre lui. A peine rentrée chez elle, elle se mit à étudier assidûment la tactique du jeune homme et s’imprégna de toutes les parties importantes qu’il avait jouées. Une main poussant les pièces du jeu et l’autre plongée dans un immense paquet de chips, elle reconstituait sur son grand échiquier de bois, des heures entières, les positions parfois rocambolesques du jeune champion. Rocambolesques mais souvent gagnantes. Cerise était admirative.
Quant à Cerise, une dizaine de tables plus loin, elle s’était elle aussi isolée mentalement afin de disputer au mieux une partie qui s’avérait difficile contre un jeune chinois d’envergure.
Cerise stagna près de lui à chercher son regard mais ne le trouva pas. Ses yeux restèrent suspendus à ce vide reposant dont il avait à présent besoin.
Dès cet instant elle espéra qu’elle jouerait un jour contre lui. A peine rentrée chez elle, elle se mit à étudier assidûment la tactique du jeune homme et s’imprégna de toutes les parties importantes qu’il avait jouées. Une main poussant les pièces du jeu et l’autre plongée dans un immense paquet de chips, elle reconstituait sur son grand échiquier de bois, des heures entières, les positions parfois rocambolesques du jeune champion. Rocambolesques mais souvent gagnantes. Cerise était admirative.
(à suivre)
Copyright © 2008 Martine Rousset







