Victoire et Hélène se connurent alors que leurs enfants fréquentaient la même classe de maternelle. A force de se croiser devant les petits portemanteaux étiquetés des prénoms des bambins dans le couloir de l’école, elles finirent par se dire bonjour, puis se parler un peu, puis se parler beaucoup.
Et les années passèrent, leurs enfants grandirent et devinrent lycéens dans des établissements différents, Hélène divorça, Victoire en fit autant quelques temps plus tard, mais la relation des deux femmes était restée intacte même si Hélène avait choisi de s’installer seule avec son fils à une cinquantaine de kilomètres de chez son amie. Elles se voyaient moins mais le téléphone et la messagerie électronique leur permettaient de rester au courant de leurs actualités respectives. Une amitié de filles entre fous rires et confidences.
Puis Victoire rencontra Jacques... Etrangement, elle attendit un peu avant d’en parler à Hélène. Il était marié et la jeune femme avait mauvaise conscience. Mais un soir, alors qu’elles dînaient toutes les deux dans un petit restaurant, Victoire se laissa aller.
- J’ai rencontré quelqu’un… Annonça-t-elle le nez dans son fondant au chocolat.
Le visage d’Hélène s’éclaira :
- Oooh ! Raconte ! Vite ! Comment s’appelle-t-il ?
- Jacques.
- Je le connais ?
- Non.
- Ben, continue ! Comment est-il ? Quel âge a-t-il ? Tout ça quoi !
- Il est marié.
Hélène en fit tomber sa petite cuiller sur l’assiette.
- Zut. Et pas avec toi bien entendu…
- Ben non…
- Ne t’imagine pas qu’il va divorcer pour toi ! Tu sais, ces relations ne mènent jamais bien loin… Tu en es consciente ?
- Oui. Je m’en fiche. Ça me va plutôt bien même. Je ne veux plus l’ombre d’une chaussette roulée en boule dans un coin chez moi. La seule chose, c’est qu’il faut se cacher… C’est un peu pesant.
- Et si sa femme l’apprenait ?
- Elle n’en saura rien. Nous sommes très vigilants. Il a tellement la trouille qu’il est d’une discrétion frisant la paranoïa.
Hélène resta songeuse un instant puis après avoir jeté un regard sur les tables voisines, elle s’adressa à son amie en baissant la voix :
- Il fait bien l’amour ?
Le soupir extasié que Victoire laissa échapper en guise de réponse fit sourire la jeune femme.
- Veinarde. Au fait, tu sais que Sylvie est enceinte ?
- Non ! Mais quel âge a-t-elle ? S’exclama Victoire.
- Je n’en sais rien mais en tout cas, elle paraît davantage.
- Dis, pour Jacques, tu ne dis rien à personne hein ? Chut ! Je sais bien que je n’ai pas besoin de te le dire mais ça me rassure de le faire.
- Tu devrais me connaître ! Chut ! Répondit Hélène avec une petite moue qui exprimait clairement qu’elle était vexée.
- Je suis désolée… Mais si Jacques savait que j’en ai parlé à quelqu’un, même si il s’agit de mon amie, il serait contrarié.
- Tu es amoureuse !
- Tu as raison… Je plane à cent lieues en ce moment… Je plane tellement que l’autre fois, en descendant de chez moi mon sac à main d’un côté et le sac de poubelles de l’autre, eh bien… J’ai honte… J’ai jeté mon sac à main dans le conteneur… C’est au moment de rentrer dans ma voiture que j’ai réalisé…
Hélène éclata de rire. Déjà qu’en temps « normal », Victoire était plutôt tête en l’air alors pour peu qu’en prime, elle soit amoureuse… La cata !
Les deux jeunes femmes terminèrent joyeusement leur repas et rentrèrent, chacune de son côté en se quittant sur un « chut ! » hilare et complice.
(A suivre)








> Lire le commentaire