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Le blog de Martine Rousset
Mon bloc perso.
Ici, chaque jour à huit heures, les humeurs d’une blogueuse, mère, mi-ours, mi-cigale et auteur de « Mystères d’âmes », recueil de nouvelles aux Editions A Fior di Carta.
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Publié le 12 novembre 2007 à 08:00
Par Martine Rousset
Humeur : Souriante

Elle se réveilla en sursaut. Une chaleur étouffante enveloppait la chambre et elle avait très soif. Elle repoussa le drap tout doucement, jeta un coup d’œil sur le réveil qui marquait trois heures et quart du matin et se retourna vers son mari. Il n’y était pas… Etonnée, elle se leva, enfila son peignoir jaune et ses pantoufles roses à pompons en duvet et se dirigea vers la cuisine.


Dans la pénombre, assis sur un tabouret, il était là à tourner sa cuillère dans une tasse de café, le dos arrondi et la tête baissée.

Elle se servit un grand verre d’eau fraîche et adossée au réfrigérateur, elle l’observa. Les yeux fixés sur la tasse, il semblait plongé dans ses pensées. Elle s’approcha de lui :

- C’est la chaleur qui t’a réveillé ?

Il tressaillit. Il ne l’avait pas entendu entrer dans la pièce. Il leva les yeux vers son épouse. Quand elle alluma la lumière de la hotte aspirante, elle s’aperçut qu’il pleurait.

 

Elle ne l’avait jamais vu pleurer. Jamais. Ni de joie, ni de tristesse. D’une petite voix, elle s’en inquiéta :

- Mais que se passe-t-il ? Quelque chose ne va pas ?

Il posa la cuiller sur la table et repoussa sa tasse. Il paraissait bouleversé.

- Je me souviens, c’est tout, lui répondit-il les yeux rougis.

- Mais de quoi parles-tu ?

- Il y a vingt ans aujourd’hui, je te demandais en mariage…

Elle n’en revenait pas. Il était donc ému au souvenir de ce merveilleux jour… Et il se rappelait de la date…


Elle sentit elle aussi les larmes brouiller ses yeux puis mouiller ses joues. Elle s’assit sur le tabouret face à lui et lui dit tendrement :

- Oh ! Mon chéri… Je me souviens moi aussi de ce jour… Je n’avais pas encore dix-huit ans…

- Te souviens-tu que ce jour-là, ton père nous a surpris dans ta chambre…

Cela la fit sourire. Il essuya à nouveau une larme et reprit :

- Il n’était pas vraiment content ton père… Tu t’en souviens ?

- Bien sûr ! Comment pourrais-je oublier ce moment ! Il était tellement en colère qu’il t’a menacé !

- Je me souviens parfaitement de ses mots à ce moment-là. C’était terrible.

- Mais Papa était gendarme alors tu sais, il ne faut pas lui en vouloir de s’être laissé emporter parce qu’il nous trouvait en… flagrant délit !

A présent, elle riait franchement. Elle passa machinalement sa main sur le foulard qui retenait les bigoudis de sa mise en pli.

 

Au lieu de rire avec elle, il se mit à nouveau à sangloter.

- Ce jour-là, il m’a dit « Ou tu épouses ma fille, ou je t’envoie en prison pendant vingt ans ». Sa voix résonne encore dans ma tête…

Elle ne comprenait pas.

- Et alors ? S’enquit-elle.

Il respira profondément, attrapa la cuiller et la tritura entre ses doigts. Puis relevant la tête, il planta son regard dans celui de sa femme :

- Eh bien, aujourd’hui, j’aurais été libéré…